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Jour 67 ☾ — L'héritage d'Israël

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le tout dernier chapitre du livre des Nombres, où les chefs de famille du clan de Galaad s'inquiètent du mariage des filles de Selofhad et du risque de voir leur héritage passer à une autre tribu. Le commentaire souligne que le dernier mot de ce livre n'appartient pas à Moïse mais aux femmes, présentées ici comme les véritables modèles d'obéissance et les gardiennes de l'héritage familial. Là où les hommes préservaient la tradition en tuant, elles la préservent en fondant des familles — et se voient reconnaître, à mots couverts, le droit de choisir leur mari. L'épisode se referme sur une prière d'action de grâce pour la fin du livre des Nombres, avant l'ouverture du Deutéronome.

Introduction

Livre des Nombres, chapitres 35 et 36. Profitez, mais profitez ! Ce sont nos deux derniers chapitres du livre des Nombres.

Lecture : Nombres 36

Alors s'approchèrent les fils de famille du clan des fils de Galaad, fils de Makir, fils de Manassé, l'un des clans des fils de Joseph. Ils prirent la parole devant Moïse et devant les responsables, chefs de famille des fils d'Israël. Ils dirent : « Le Seigneur a prescrit à Monseigneur de donner le pays en héritage aux fils d'Israël en le partageant par tirage au sort. Et Monseigneur a reçu l'ordre du Seigneur de donner la part d'héritage de notre frère Selofhad à ses filles. Or, si l'une d'elles épousait un membre d'une autre tribu d'Israël, sa part d'héritage serait retranchée de l'héritage de nos pères, tandis qu'elle s'ajouterait à l'héritage de la tribu dans laquelle elle serait entrée. Cette part serait alors retranchée de notre héritage attribué par le tirage au sort. Quand pour les fils d'Israël arrivera le Jubilé, sa part d'héritage sera ajoutée à l'héritage de la tribu dans laquelle elle serait entrée. Et donc, cette part d'héritage serait retranchée de l'héritage de la tribu de nos pères. »

Alors Moïse donna l'ordre suivant aux fils d'Israël, selon la parole du Seigneur. Il dit : « Ceux de la tribu des fils de Joseph ont raison. » En ce qu'a ordonné le Seigneur en ce qui concerne les filles de Selofhad, il a dit : « Elles pourront épouser qui bon leur semblera, à condition d'épouser quelqu'un d'un clan de la tribu de leurs pères. Ainsi, les parts d'héritage des fils d'Israël ne passeront pas d'une tribu à l'autre. En effet, chacun des fils d'Israël restera attaché à l'héritage de la tribu de ses pères. Toute fille qui possède une part d'héritage provenant des tribus des fils d'Israël doit épouser quelqu'un d'un clan de la tribu de son père, afin que chacun des fils d'Israël possède la part d'héritage de ses pères. Ainsi, la part d'héritage ne passera pas d'une tribu à l'autre, car les tribus des fils d'Israël resteront attachées chacune à sa part d'héritage. »

Les filles de Selofhad firent comme le Seigneur l'avait ordonné à Moïse. Mahla, Tirsa, Hogla, Milka et Noa, les filles de Selofhad, écoutèrent Moïse. Elles épousèrent des fils de leur oncle. Elles épousèrent donc des hommes des clans des fils de Manassé, fils de Joseph, et leur part resta dans la tribu à laquelle appartenait le clan de leur père.

Voici les commandements et les ordonnances que le Seigneur prescrivit aux fils d'Israël par l'intermédiaire de Moïse, dans les steppes de Moab, au bord du Jourdain, à la hauteur de Jéricho.

Commentaire

Le dernier mot de ce livre n'appartient pas à Moïse mais aux femmes. Aux femmes qui font leur retour, décidément. Elles sont partout dans ces dernières pages du livre des Nombres. Le retour des filles de Selofhad.

Ces filles, on les a déjà croisées au chapitre 27, préoccupées par la sauvegarde de l'héritage familial. Leur père n'avait eu que des filles, à qui allait aller son héritage. Et Moïse leur avait donné raison : c'est vous qui vous en occuperez, parce que c'est vous qui en avez le souci.

Bon, ici, ce sont les hommes qui s'inquiètent d'elles. Qu'est-ce qui se passe si ces filles se marient avec un Israélite qui appartient à une autre tribu ? Les hommes, qui ne peuvent pas s'empêcher de faire la mouche du coche ici, mais qui posent quand même une bonne question. Parce que derrière, vous sentez le souci des tribus, le souci de l'héritage et des traditions, de préserver la mémoire de qui on est. Et ça, vous dit Moïse, c'est bien. Préserver la mémoire des familles, les lignées des familles d'Israël, qui sont la base de toute l'organisation sociale et politique. C'est juste, c'est vrai, ce rappel que c'est au niveau domestique et familial que se joue l'essentiel d'une nation.

Et c'est peut-être pour ça que les femmes n'arrêtent pas de revenir hanter toutes ces pages-là. Vous savez, la charité, ce n'est pas d'abord un programme politique. La charité, c'est d'abord une manière de vivre à la maison. Et c'est peut-être là que se joue l'essentiel.

Et moi, je trouve que, quand on regarde de manière attentive ces pages-là, c'est plutôt à l'honneur de la Bible, même si je vous accorde que c'est difficile de voir, derrière le substrat patriarcal, le souci des femmes et ce qui deviendra plus tard, un jour, le christianisme. Mais regardez attentivement. D'abord, la Bible donne leur nom, ce qui n'a l'air de rien, mais ce qui leur confère une dignité : elles sont reconnues comme des individus et des personnes. Ensuite, chapitre 27, à l'égard de ces femmes, Moïse s'était montré particulièrement louangeur. Il a même reconnu leur droit d'hériter, ce qui n'était pas acquis. Et en plus, il l'a protégé par la loi.

Et là, maintenant, dans ce chapitre 36, ce sont elles qui sont présentées comme les véritables modèles d'obéissance. On a le sentiment que c'est à travers elles que là, on a compris ce que c'était que de vouloir sauver l'héritage familial et donc l'héritage national. Si vous regardez bien, même, allons plus loin : la manière dont les hommes essaient de préserver l'héritage dans le livre des Nombres, généralement, c'est en tuant tout le monde. Souvenez-vous de Pinhas. Les femmes, elles, elles essaient de préserver la tradition et l'héritage en fondant des familles et en préservant l'héritage familial. Eh bien, ça a plus de classe.

Enfin, enfin et peut-être surtout, là, à mots couverts, on vient de leur reconnaître le droit de choisir leur mari. La seule chose, c'est qu'on a mis des bornes à leur choix pour que l'héritage reste à l'intérieur de la tribu. Pour le reste, elles peuvent choisir qui elles veulent. Donc là, il y a un petit truc, quand même.

Et c'est comme ça que s'achève ce livre des Nombres, qui est passé de figures militaires au début du livre à, maintenant, des figures féminines. Alors, je suis d'accord pour dire que ces figures féminines, ce ne sont pas les grandes héroïnes du XXIᵉ siècle et qu'elles restent soumises à leur mari dans un cadre patriarcal. Mais quand même, vous sentez qu'il y a quelque chose qui ne cesse de revenir. Alors, on me dira que c'est peut-être encore très insuffisant, mais un jour, tout ceci trouvera sa résolution. Je pense en particulier, et on le lira, au livre de Ruth.

En attendant, vous avez entendu au verset 4 la subtile allusion au Jubilé. Le Lévitique est encore là.

Le soleil se couche sur les Nombres. Nous allons ouvrir un nouveau livre, le Deutéronome. Au moment de terminer le livre des Nombres, nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te confions notre lecture de la Bible. Nous te demandons, Seigneur, de pouvoir pénétrer ces pages pour arriver à discerner ta volonté.

Nous te rendons grâce pour toutes les merveilles que nous trouvons à l'intérieur de ces pages, pour tous les trésors de sagesse, pour cet effort de charité qui se déploie au long des pages, au long des générations, qui s'expriment de manière parfois très étonnante à travers des sociétés qui nous sont devenues étrangères et qui parfois nous choquent par leur aspect primitif.

Mais quand même, Seigneur, nous te rendons grâce, parce que tu nous donnes de nous émerveiller devant les tours et les détours qu'a pris ta sagesse pour révéler, à partir du cœur dur de l'homme, les trésors de ta miséricorde.

C'est dans cette famille, c'est dans ce peuple, c'est dans ce pays qu'un jour tu as décidé de t'incarner. Et pour cela, nous te rendons grâce.

Et vous, que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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