Jour 70 ☼ — Les Dix Paroles de l'Alliance
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Résumé : Cet épisode est consacré au chapitre 5 du Deutéronome, où Moïse redonne le décalogue pour la troisième fois. Le frère Paul-Adrien souligne que le Deutéronome est le premier livre de spiritualité de la Bible et que Moïse y enseigne l'actualisation de la parole de Dieu : l'Alliance n'a pas été conclue avec les pères, mais avec ceux qui sont là aujourd'hui. Le commentaire compare ce récit à celui de l'Exode 20 et montre que Moïse réécrit consciemment l'histoire, mettant son amertume de côté pour présenter les pères comme saisis de crainte révérencieuse, et pour offrir à la nouvelle génération une page blanche à écrire. L'épisode se termine par la seconde partie du psaume 34.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Vite, vite, vite, vite, Deutéronome chapitre 5.
Vous avez peut-être déjà lu des livres de spiritualité, vous avez peut-être déjà lu du saint Thérèse de Lisieux, ou alors du saint Jean de la Croix, ou alors du saint Thomas d'Aquin, moi, j'en sais rien. Mais le premier livre de spiritualité, c'est le Deutéronome. Je suis désolé, les enfants, c'est quand même le livre, le père de tous les livres de spiritualité.
Donc on y retourne. Après nous avoir donné les grands principes de la vie spirituelle, cette fois-ci, on passe à une autre étape, ce qu'on appelle les règles et les commandements. Ce qui, évidemment, dans le cas de Moïse, veut dire le décalogue.
Si jamais vous regardez bien, c'est la troisième fois qu'on a le décalogue. C'est jamais évident de donner une loi. La première fois, c'était le décalogue tout simple, et ensuite après, vous avez le veau d'or. Il l'a donné une deuxième fois, là c'était plutôt avec un accent cultuel. Bon, vous avez déjà oublié, c'est pas très grave. Mais c'est pour vous dire qu'à chaque fois, on le redonne. Et c'est jamais tout à fait la même chose. Et là, on vous le redonne une troisième fois, parce que c'est jamais évident, cette affaire. Eh bien écoutez, il y a quoi de nouveau dedans ? On se retrouve juste après.
Lecture : Deutéronome 5
Moïse convoqua tout Israël et leur dit : « Écoute, Israël, les décrets et les ordonnances que je proclame à vos oreilles aujourd'hui, vous les apprendrez et vous veillerez à les mettre en pratique.
Le Seigneur notre Dieu a conclu une alliance avec nous à l'Horeb. Ce n'est pas avec nos pères que le Seigneur a conclu cette alliance, mais bien avec nous, nous-mêmes, qui sommes ici aujourd'hui, tous vivants. C'est face à face que le Seigneur a parlé avec vous sur la montagne, du milieu du feu. Moi, je me tenais entre le Seigneur et vous, en ce temps-là, pour vous transmettre la parole du Seigneur, car vous aviez peur du feu et vous n'étiez pas montés sur la montagne.
Le Seigneur a dit : “Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage. Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte, car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. Chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils jusqu'à la troisième et la quatrième génération. Mais ceux qui m'aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu'à la millième génération.
Tu n'invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
Observe le jour du sabbat en le sanctifiant, selon l'ordre du Seigneur ton Dieu. Pendant six jours, tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage. Le septième jour est le jour du repos, sabbat en l'honneur du Seigneur ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l'immigré qui réside dans ta ville. Ainsi, comme toi-même, ton serviteur et ta servante se reposeront. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte et que le Seigneur ton Dieu t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu. Et c'est pourquoi le Seigneur ton Dieu t'a ordonné de célébrer le jour du sabbat.
Honore ton père et ta mère, comme te l'a ordonné le Seigneur ton Dieu, afin d'avoir longue vie et bonheur sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d'adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain. Tu ne désireras ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf ou son âne, rien de ce qui lui appartient.”
Ces paroles, le Seigneur les a dites à toute l'assemblée de son peuple sur la montagne, du milieu du feu, des nuages et de la nuit obscure. Il les a dites d'une voix puissante et n'a rien ajouté. Ensuite, il les a écrites sur deux tables de pierre qu'il m'a données.
Or, vous avez entendu la voix sortant des ténèbres, tandis que la montagne était embrasée par le feu. Vous vous êtes approchés de moi, vous, tous les chefs de tribus, et vous, les anciens, et vous m'avez dit : “Voici que le Seigneur notre Dieu nous a montré sa gloire et sa grandeur. Nous avons entendu sa voix du milieu du feu. Aujourd'hui, nous avons vu que Dieu peut parler à l'homme et lui laisser la vie. Et maintenant, pourquoi mourir, dévorés par ce grand feu ? Si nous continuons à entendre la voix du Seigneur notre Dieu, nous allons mourir. Est-il jamais arrivé à un être de chair d'entendre, comme nous, le Dieu vivant parler du milieu du feu, et malgré tout rester en vie ? Toi, Moïse, approche donc pour écouter ce que dira le Seigneur notre Dieu. Tu nous répéteras toutes les paroles du Seigneur notre Dieu. Nous les écouterons et nous les mettrons en pratique.”
Le Seigneur a entendu le son de votre voix lorsque vous me parliez. Il m'a dit : “J'ai bien entendu résonner la voix de ce peuple lorsqu'il te parlait. Ils ont bien fait de dire tout cela. Si seulement ils avaient à cœur de me craindre et de garder mes commandements chaque jour, pour leur bonheur et celui de leurs fils, à jamais ! Va leur dire : retournez à vos tentes. Mais toi, reste ici près de moi. Je vais te dire tous les commandements, les décrets et les ordonnances que tu leur enseigneras, pour qu'ils les mettent en pratique dans le pays que je leur donne en possession.”
Vous veillerez à agir comme vous l'a ordonné le Seigneur votre Dieu, sans dévier ni à droite ni à gauche. En tout, vous suivrez le chemin que le Seigneur votre Dieu vous a tracé. Alors vous vivrez, vous aurez bonheur et longue vie dans le pays dont vous allez prendre possession. »
Commentaire
Moïse a bien soin de présenter le décalogue comme étant quelque chose de contemporain. « Écoute, voilà la loi que je proclame aujourd'hui. » Le Seigneur a conclu une alliance avec nous à l'Horeb — ça, c'est les anciennes générations —, mais :
Ce n'est pas avec nos pères que le Seigneur a conclu cette alliance, mais bien avec nous, nous-mêmes, qui sommes ici aujourd'hui, tous vivants.
Donc voilà, ce n'est pas avec les pères que Dieu a conclu l'alliance, c'est avec toutes les générations de tout le peuple d'Israël. Ce qui est un exercice spirituel. Parce que de la même manière que le peuple hébreu devait refaire sienne la loi qui avait été anciennement conclue, c'est de la même manière que nous, nous lisons l'Évangile. Quand nous lisons l'Évangile, il faut aussi qu'on se redise que ce qui s'est passé au temps de Jésus, c'est de nous dont il est question. Il faut qu'on arrive à trouver notre place dans l'Évangile.
Ce principe d'actualisation de la parole de Dieu que nous faisons tous les jours, la première fois que vous l'avez de manière formellement écrite dans la Bible, c'est ici. C'est Moïse qui est en train de vous apprendre à lire la Bible.
Et si vous faites ça, la leçon de ce texte, le fruit que vous allez en avoir, c'est l'immédiateté que vous allez avoir entre vous et Dieu. Là, dans le texte, ça donne l'immédiateté dont parle Moïse entre Dieu et le peuple :
C'est face à face que le Seigneur a parlé avec vous sur la montagne, du milieu du feu.
Ce qui est curieux, parce que « face à face », normalement, c'est la vision. Et là, on est dans le registre de l'audition. Mais c'est pour vous montrer l'immédiateté de la parole. Et avec un aspect mystique : « Il a parlé avec vous sur la montagne », le lieu sacré par excellence, « du milieu du feu », c'est-à-dire du Saint même, de sa sainteté, de sa vie.
Bon, après, tout dépend de la manière dont vous écoutez, dont vous obéissez à la parole de Dieu que vous êtes en train de méditer, votre lecture de la Bible. Ici, le décalogue.
Ça, c'est le gros passage du texte que vous venez d'entendre. Regardez là, qu'est-ce que Dieu dit à Moïse ? Dieu dit à Moïse : le peuple a bien parlé.
Ils ont bien fait de dire tout cela. Si seulement ils avaient à cœur de me craindre et de garder mes commandements chaque jour… Va leur dire : retournez à vos tentes.
Soyez en paix, je vous bénis. Donc Dieu est très content.
Et dans le livre de l'Exode, ça avait été une autre histoire. Souvenez-vous, chapitre 20, quand Moïse vient de donner le décalogue, que dit le peuple ? « Ils dirent à Moïse : toi, parle-nous et nous écouterons, mais que Dieu ne nous parle pas, car ce serait notre mort. » Là, c'était quand même une autre tonalité. Là, le peuple n'avait pas franchement envie d'écouter Dieu. Et derrière, on sentait que c'était un peu contre leur gré qu'ils avaient reçu cette loi.
Ici, c'est différent. Ici, je soupçonne Moïse d'être en pleine réécriture de l'histoire, pour le coup consciente, afin de ne pas trop insister sur la dureté de cœur des pères, mais plutôt de laisser une chance à la nouvelle génération. Il présente les choses de manière différente. Il présente au peuple hébreu leur père comme étant un peuple saisi d'admiration, d'étonnement et de crainte révérencieuse devant Dieu. Alors que dans le livre de l'Exode, le peuple restait bien à l'écart, en train de se dire : « Eux, on n'a pas trop envie de l'écouter. » Là, il présente les choses différemment. Voilà ce que Moïse, en fait, aurait aimé voir dans le livre de l'Exode, qu'il n'a pas vu. Et maintenant, il se dit : allez, pourquoi pas, on retente la chose.
Et là, écoutez, pour la première fois, vous avez Moïse qui met son amertume de côté, qui laisse passer ça, pour essayer de tirer vers le haut le peuple qu'il a devant lui, en disant : c'est une nouvelle page à écrire, et c'est à eux de l'écrire.
Regardez comment est-ce qu'il présente le décalogue, d'ailleurs. Ça aussi, c'est très beau :
Est-il jamais arrivé à un être de chair d'entendre, comme nous, le Dieu vivant parler du milieu du feu, et malgré tout rester en vie ?
Là, ce qu'il dit, c'est qu'en fait le peuple n'est pas en train de râler contre Dieu, de se révolter ou de refuser d'obéir : c'est qu'il a conscience de la grâce que Dieu lui fait. Ça veut dire, en fait, que le peuple hébreu ne mérite pas le don de la loi. C'est tellement beau, c'est tellement précieux, que simplement entendre la parole de Dieu et ses commandements, rien que ça, c'est d'une telle puissance et d'une telle sainteté, que rien que ça pourrait suffire à faire mourir l'homme. Et c'est comme si le peuple, maintenant, ne voulait pas abuser de la bonté de Dieu et ne lui demandait pas des grâces à chaque fois. Donc ils vont dire : « Moïse, toi, tu nous répéteras les paroles. »
L'idée qu'il y a derrière, c'est l'humilité. On n'est pas digne du don de la loi. Donc on rend grâce à Dieu, déjà, de nous avoir donné des prophètes qui nous les rappellent. C'est pour ça que Dieu les bénit : « Va leur dire : retournez à vos tentes. Mais toi, reste ici près de moi. » Ça, c'est Dieu qui parle à Moïse. « Mais toi, reste ici près de moi. Je vais te dire tous les commandements, les décrets, les ordonnances. »
Et donc là, après, Moïse va rester quarante jours dans la nuée. C'est le séjour mystique de Moïse qui continue. Vous sentez que ce mot de « mystique » revient sans cesse. Mais en fait, le Deutéronome, c'est ça : deuxième loi. C'est passer d'une première loi extérieure — les rites, les prescriptions, la pureté, l'impureté, les sacrifices — à une deuxième loi, celle du cœur, qui est en fait la même. Mais c'est pas que ça. Est-ce que vous avez compris ce qu'il y avait derrière ? Le feu dévorant de Dieu qui s'offre à vous.
Psaume 34b
Des témoins injustes se lèvent : des inconnus m'interrogent. On me rend le mal pour le bien : je suis un homme isolé.
Quand ils étaient malades, je m'habillais d'un sac, je m'épuisais à jeûner, sans cesse revenait ma prière. Comme pour un frère, un ami, j'allais et venais ; comme en deuil de ma mère, j'étais sombre et prostré.
Si je faiblis, on rit, on s'attroupe, des misérables s'attroupent contre moi ; des gens inconnus me déchirent à grands cris, ils blasphèment, ils me couvrent de sarcasmes, grinçant des dents contre moi.
Comment peux-tu voir cela, Seigneur ? Tire ma vie de ce désastre, délivre-moi de ces fauves. Je te rendrai grâce dans la grande assemblée, avec un peuple nombreux, je te louerai.
Qu'ils n'aient plus à rire de moi, ceux qui me haïssent injustement, et ceux qui me déchirent, qu'ils me détestent sans raison. Qu'ils cessent leurs clins d'œil : ils n'ont jamais une parole de paix, ils calomnient les gens tranquilles du pays.
La bouche large ouverte contre moi, ils disent : « Voilà, nos yeux l'ont vu ! » Tu as vu, Seigneur, sors de ton silence ; Seigneur, ne sois pas loin.
Réveille-toi, lève-toi, Seigneur mon Dieu, pour défendre et juger ma cause. Juge-moi, Seigneur mon Dieu, selon ta justice : qu'ils n'aient plus à rire de moi, qu'ils ne pensent pas : « Voilà notre affaire ! » qu'ils ne disent pas : « Nous l'avons englouti ! »
Qu'ils soient tous humiliés, confondus, ceux qui riaient de mon malheur ; qu'ils soient déshonorés, couverts de honte, tous ceux qui triomphaient.
À ceux qui voulaient pour moi la justice, rire et cri de joie ! Ils diront sans fin : « Le Seigneur triomphe, lui qui veut le bien de son serviteur. » Moi, je redirai ta justice et chaque jour ta louange.
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