Jour 72 ☼ — Un peuple rebelle, un Dieu miséricordieux
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 9 du Deutéronome, où Moïse plonge au cœur du problème : si Israël entre en Terre promise, ce n'est pas à cause de sa justice, mais à cause de la méchanceté des nations qu'il déposséde. Suit le long rappel du veau d'or, des tables brisées, des quarante jours d'intercession de Moïse et du renouvellement de l'Alliance. Le commentaire souligne que ce n'est pas un compliment fait à Israël mais une menace : le jour où il se comportera comme les autres nations, il sera dépossédé à son tour — ce qui arrivera avec l'exil à Babylone. Et il nous avertit de ne pas nous croire meilleurs que les civilisations antiques : à qui nous comparons-nous ?
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous continuons notre question : à supposer qu'un jour nous rentrions en Terre promise et dans le jardin d'Éden, ce qui est le cas du peuple hébreu qui écoute Moïse, comment faire pour y rester ? « Quand tu auras mangé et que tu seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et que tu les habiteras, garde-toi de dire en ton cœur : c'est ma force, ma vigueur qui les a bâties. » Mais ça, c'était hier. Aujourd'hui, Moïse, au Deutéronome chapitre 9, va plonger pour le coup au cœur du problème. C'est quoi, le cœur du problème ? Eh bien, vous le connaissez, donc je ne dis rien, je vous laisse le redécouvrir par vous-même.
Lecture : Deutéronome 9–10
Écoute, Israël, te voilà aujourd'hui sur le point de passer le Jourdain pour aller déposséder des nations plus grandes et plus puissantes que toi, et prendre des villes immenses dont les fortifications montent jusqu'au ciel. C'est un peuple grand et de haute stature, les géants Anaqites. Toi, tu le connais, tu as entendu dire : « Qui peut tenir devant les fils d'Anak ? »
Or, tu sais aujourd'hui que le Seigneur ton Dieu passera devant toi comme un feu dévorant. C'est lui qui les exterminera, c'est lui qui les abaissera devant toi. Alors tu les déposséderas et tu les feras périr aussitôt, comme te l'a dit le Seigneur.
Lorsque le Seigneur ton Dieu les aura chassés devant toi, ne dis pas en ton cœur : « C'est à cause de ma justice que le Seigneur m'a fait entrer dans ce pays pour en prendre possession », car c'est à cause de la méchanceté de ces nations que le Seigneur les dépossède devant toi. Ce n'est pas en raison de ta justice, ni à cause de la droiture de ton cœur, que tu entreras dans leur pays pour en prendre possession. C'est en raison de leur méchanceté que le Seigneur ton Dieu dépossède ces nations devant toi, et pour tenir la parole qu'il a jurée à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. Sache bien que ce n'est pas à cause de ta justice que le Seigneur ton Dieu te donne à posséder ce bon pays, car tu es un peuple à la nuque raide.
Souviens-toi, n'oublie pas que tu as irrité le Seigneur ton Dieu dans le désert. Depuis le jour où vous êtes sortis d'Égypte jusqu'à ce que vous arriviez en ce lieu, vous avez été rebelles au Seigneur. Au mont Horeb, vous avez irrité le Seigneur, et le Seigneur s'est mis dans une telle colère qu'il voulait vous exterminer.
J'étais monté sur la montagne pour recevoir les tables de pierre, les tables de l'Alliance que le Seigneur a conclue avec vous. Je suis resté dans la montagne quarante jours et quarante nuits, sans manger ni boire. Le Seigneur m'a donné les deux tables de pierre écrites du doigt de Dieu et portant toutes les paroles qu'il vous avait dites du milieu du feu, sur la montagne, le jour de l'assemblée. C'est donc au bout de quarante jours et de quarante nuits que le Seigneur m'a donné ces deux tables de pierre, les tables de l'Alliance.
Le Seigneur me dit : « Lève-toi, descends vite d'ici, car ton peuple, que tu as fait sortir d'Égypte, s'est corrompu. Ils n'ont pas mis longtemps à s'écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre. Ils se sont fait une idole en métal fondu. »
Le Seigneur me dit encore : « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Laisse-moi faire. Je vais les anéantir, effacer leur nom de sous les cieux, et je ferai de toi une nation plus puissante et plus nombreuse que ce peuple. »
Je redescendis de la montagne, qui était toujours en feu. Je tenais dans les mains les deux tables de l'Alliance, et je vis que vous veniez de pécher contre le Seigneur votre Dieu. Vous vous étiez fait un veau en métal fondu. Vous n'aviez pas mis longtemps à vous écarter du chemin que le Seigneur vous avait ordonné de suivre. Je pris les deux tables, de mes deux mains je les jetai et je les brisai sous vos yeux.
Je tombai à terre devant le Seigneur et, comme la première fois, je fus quarante jours et quarante nuits sans manger ni boire, à cause de tous les péchés que vous aviez commis. Vous aviez fait ce qui est mal aux yeux du Seigneur et ainsi vous l'aviez exaspéré. Je redoutai cette colère, cette fureur du Seigneur irrité au point de vouloir vous anéantir. Et cette fois encore, le Seigneur m'écouta. Contre Aaron également, le Seigneur se mit en grande colère, au point de vouloir l'anéantir. À ce moment-là, j'ai intercédé aussi pour Aaron.
Quant à votre péché, ce veau que vous aviez fait, je l'ai pris, je l'ai brûlé, je l'ai broyé, je l'ai réduit en fine poussière, et j'en ai jeté la poussière dans le torrent qui descend de la montagne.
Vous avez irrité le Seigneur. Et quand le Seigneur vous envoya de Cadès-Barné en disant : « Montez prendre possession du pays que je vous ai donné », vous avez été rebelles à l'ordre du Seigneur votre Dieu. Vous n'avez pas cru en lui, vous n'avez pas écouté sa voix. Rebelles au Seigneur, vous l'avez été depuis le jour où je vous connais.
Je suis donc tombé à terre devant le Seigneur, et durant ces quarante jours et ces quarante nuits je restai prostré, car le Seigneur avait dit qu'il allait vous anéantir. J'ai intercédé auprès du Seigneur et j'ai dit : « Seigneur mon Dieu, ne détruis pas ton peuple, ton héritage, lui que tu as racheté dans ta grandeur, lui que tu as fait sortir d'Égypte par ta main puissante. Souviens-toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Jacob. Ne regarde pas l'endurcissement de ce peuple, ni sa méchanceté, ni son péché. Que dans le pays d'où tu nous as fait sortir, l'on ne dise pas : "Le Seigneur n'a pas été capable de les faire entrer dans le pays dont il leur avait parlé ; c'est à cause de sa haine contre eux qu'il les a fait sortir, pour les faire mourir dans le désert." Pourtant, c'est bien eux ton peuple, ton héritage, que tu as fait sortir par ta grande force et ton bras étendu. »
En ce temps-là, le Seigneur me dit : « Taille deux tables de pierre semblables aux premières, et monte vers moi sur la montagne. Tu feras aussi une arche de bois. J'écrirai sur ces tables les paroles qui étaient sur les premières, celles que tu as brisées, et tu les placeras dans l'arche. »
J'ai donc fait une arche en bois d'acacia, j'ai taillé deux tables de pierre semblables aux premières, et je suis monté sur la montagne, les deux tables dans la main. Il écrivit sur les tables la même inscription que la première fois, ces dix paroles que le Seigneur vous avait dites sur la montagne, du milieu du feu, le jour de l'assemblée. Puis le Seigneur me les donna. Je suis redescendu de la montagne, j'ai placé les tables dans l'arche que j'avais faite, et elles y sont restées, comme le Seigneur me l'avait ordonné.
Les Israélites levèrent le camp et quittèrent les puits de Bené-Yaakane pour Moséra. C'est là que mourut Aaron et qu'il fut mis au tombeau. De là ils partirent pour Goudgoda, et de Goudgoda vers Yotbata, un pays de torrents.
En ce temps-là, le Seigneur mit à part les descendants de Lévi, pour porter l'arche de son Alliance, se tenir en sa présence, assurer le service divin et bénir le peuple au nom du Seigneur, comme ils l'ont fait jusqu'à ce jour. C'est pourquoi Lévi n'a pas reçu sa part d'héritage comme ses frères. C'est le Seigneur qui est son héritage, comme l'a dit le Seigneur notre Dieu.
Quant à moi, je me suis tenu sur la montagne, comme la première fois, quarante jours et quarante nuits. Cette fois encore, le Seigneur m'écouta ; le Seigneur consentit à ne pas t'exterminer. Alors le Seigneur me dit : « Lève-toi, va devant le peuple, donne le signal du départ, qu'ils entrent en possession du pays que j'ai juré à leurs pères de leur donner. »
Commentaire
C'est toujours cette question : qu'est-ce que ça veut dire, Dieu qui extermine les autres nations et qui les abaisse devant toi ? Est-ce que vous sentez bien que c'est une vraie question ? Parce que derrière, il y a quand même des applications modernes, géopolitiques, évidentes. L'orgueil d'un peuple sur ses voisins.
Ce que vous dit Dieu, c'est que si jamais il a donné la Terre promise au peuple hébreu, ce n'est pas parce que le peuple hébreu le méritait, c'est parce que les autres faisaient n'importe quoi.
Lorsque le Seigneur ton Dieu les aura chassés devant toi, ne dis pas en ton cœur : « C'est à cause de ma justice que le Seigneur m'a fait entrer dans ce pays pour en prendre possession », car c'est à cause de la méchanceté de ces nations que le Seigneur les dépossède devant toi.
Sous-entendu : ce n'est pas parce que tu es quelqu'un de bien, c'est parce que les autres sont pires. Je ne sais pas si vous voyez, mais il y a une énorme différence. D'abord parce que ce n'est pas un compliment pour les Juifs, c'est en fait une accusation sur les autres. Puis deuxième différence, c'est que derrière, il y a une menace. C'est que le jour où Israël va se mettre à se comporter comme les autres nations, ils vont passer de l'autre côté, du côté des ennemis que Dieu va combattre, et ils se feront à leur tour déposséder.
Et laissez-moi vous dire une chose : c'est exactement ce qui va se passer. Je suis désolé de spoiler l'histoire, mais le nombre de batailles qu'Israël va perdre parce qu'en fait il se comportait mal devant les nations… ça, on le verra dans le livre de Samuel. Et puis, le jour où Dieu va vraiment taper du poing sur la table, après avoir envoyé ses prophètes pour leur dire « mais arrêtez, vous êtes pires que vos voisins », ça vous donnera l'exil à Babylone et le Temple sera détruit.
Et à l'inverse, c'était quoi, toutes ces abominations que pratiquaient les autres nations ? Vous aviez l'exploitation économique, vous aviez le désir de conquête, vous aviez l'arrogance sexuelle, vous aviez la manière de sacrifier les enfants — on a retrouvé des tombes avec des enfants sacrifiés. Et vous savez, tout ce que je vous dis là, il n'y a pas besoin de regarder très loin pour le retrouver en France, chez nous aussi. Si jamais je vous disais tout ce que j'entends en confession… Et ce n'est pas pour le plaisir de me plaindre ou de pointer du doigt ce qui va mal, mais il ne faut pas se croire meilleur que les civilisations antiques : ça, c'est faux. Un jour, ce seront les autres générations qui nous jugeront, et on verra bien ce qu'elles diront de nous.
Pour l'instant, n'oublions pas que les civilisations peuvent mourir, et que si nous faisons n'importe quoi, Dieu nous dépossédera. Mais c'est normal, c'est comme ça que ça marche, l'histoire.
Si vous voulez, c'est toujours la question de : à qui on se compare. C'est sûr que si on se compare à un peuple qui a vécu cinq siècles avant Jésus-Christ et dont d'ailleurs on ne connaît rien, c'est facile de trouver qu'on n'est pas revenu à quelque chose. Si jamais maintenant vous vous comparez au juste, au saint, à Moïse qui a prié pour vous, à Jésus qui est mort pour vous, là quand même…
Alors on pourrait se dire : « Mais non, mais c'est eux qui ont eu des vies extraordinaires ; tout le monde n'est pas appelé à avoir une vie extraordinaire. » Non, non, non, non, non, non, non. Ce n'est pas eux qui ont eu des vies extraordinaires, ce n'est pas eux qui sont supérieurs à nous : c'est nous qui sommes inférieurs à eux.
Psaume 36a
Ne t'indigne pas à la vue des méchants, n'envie pas les gens malhonnêtes. Aussi vite que l'herbe, ils se fanent ; comme la verdure, ils se flétrissent.
Fais confiance au Seigneur, agis bien, habite la terre et reste fidèle. Mets ta joie dans le Seigneur : il comblera les désirs de ton cœur.
Dirige ton chemin vers le Seigneur, fais-lui confiance, et lui, il agira. Il fera lever comme le jour ta justice, et ton droit comme le plein midi.
Repose-toi sur le Seigneur et compte sur lui. Ne t'indigne pas devant celui qui réussit, devant l'homme qui use d'intrigues.
Laisse ta colère, calme ta fièvre, ne t'indigne pas : il n'en viendrait que du mal. Les méchants seront déracinés, mais qui espère le Seigneur possédera la terre.
Encore un peu de temps : plus d'impies ! Tu pénètres chez lui, il n'y est plus. Les doux posséderont la terre et jouiront d'une abondante paix.
L'impie peut intriguer contre le juste et grincer des dents contre lui, le Seigneur se moque du méchant, car il voit son jour qui arrive.
L'impie a tiré son épée, il a tendu son arc pour abattre le pauvre et le faible, pour tuer l'homme droit. Mais l'épée lui entrera dans le cœur et son arc se brisera.
Pour le juste, avoir peu de biens vaut mieux que la fortune des impies, car le bras de l'impie sera brisé, mais le Seigneur soutient les justes.
Il connaît les jours de l'homme intègre qui recevra un héritage impérissable. Pas de honte pour lui au mauvais jour, au temps de famine, il sera rassasié.
Mais oui, les impies disparaîtront comme la parure des prés ; c'en est fini des ennemis du Seigneur : ils s'en vont en fumée.
L'impie emprunte et ne rend pas ; le juste a pitié, il donne. Ceux qu'il bénit posséderont la terre, ceux qu'il maudit seront déracinés.
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