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Jour 71 ☾ — Souviens-toi du Seigneur

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 8 du Deutéronome, le frère Paul-Adrien lit l'exhortation de Moïse à se souvenir des quarante années au désert et à ne pas oublier le Seigneur une fois installé dans un pays fertile. Le commentaire montre la progression spirituelle du Deutéronome : de la tentation du compromis avec les autres peuples, à l'idéal d'intégrité de l'anathème, jusqu'à l'ascèse — retourner au désert par le jeûne et la prière pour ne pas oublier d'où l'on vient. Le frère souligne que le pays promis est décrit comme un jardin d'Éden, et pose la question redoutable : la difficulté n'est peut-être pas d'arriver au paradis, mais d'y rester. L'épisode se termine par une prière pour être gardé de l'orgueil et de l'endormissement spirituel.

Introduction

Deutéronome, chapitre 8. Nous continuons sur nos questions de comment occuper sainement un pays et se comporter vis-à-vis des autres peuples, des autres religions, des autres nations, et vis-à-vis même de notre propre histoire et de notre propre richesse matérielle. Deutéronome, chapitre 8.

Lecture : Deutéronome 8

Tous les commandements que je vous prescris aujourd'hui, vous veillerez à les mettre en pratique, afin que vous viviez, deveniez de plus en plus nombreux et entriez en possession du pays que le Seigneur a juré de donner à vos pères.

Souviens-toi de ta longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert. Le Seigneur, ton Dieu, te l'a imposée pour te faire passer par la pauvreté. Il voulait t'éprouver et savoir ce que tu as dans ton cœur. Allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?

Il t'a fait passer par la pauvreté, il t'a fait sentir la faim et il t'a donné à manger la manne, cette nourriture que ni toi ni tes pères n'aviez connue, pour que tu saches que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.

Ton vêtement ne s'est pas usé sur toi et ton pied ne s'est pas enflé au cours de ces quarante années. Tu le sauras en ton cœur : comme un homme éduque son fils, c'est ainsi que le Seigneur, ton Dieu, a fait ton éducation. Tu garderas les commandements du Seigneur, ton Dieu, pour marcher sur ses chemins et pour le craindre.

Le Seigneur, ton Dieu, te conduit vers un pays fertile, pays de rivières abondantes, de sources profondes jaillissant dans les vallées et les montagnes, pays de blé et d'orge, de raisin, de grenade et de figue, pays d'olive, d'huile et de miel, pays où le pain ne te manquera pas et où tu ne seras privé de rien, pays dont les pierres contiennent du fer et dont les montagnes sont des mines de cuivre.

Tu mangeras et tu seras rassasié. Tu béniras le Seigneur, ton Dieu, pour ce pays fertile qu'il t'a donné.

Mais garde-toi d'oublier le Seigneur, ton Dieu, de négliger ses commandements, ses ordonnances et ses décrets que je te donne aujourd'hui. Quand tu auras mangé et seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et que tu les habiteras, quand tu auras vu se multiplier ton gros et ton petit bétail, ton argent, ton or et tous tes biens, n'en tire pas orgueil.

Et n'oublie pas le Seigneur, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage. C'est Lui qui t'a fait traverser ce désert vaste et terrifiant, pays de serpents brûlants et de scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C'est Lui qui, pour toi, a fait jaillir l'eau de la roche la plus dure. C'est Lui qui, dans le désert, t'a donné la manne, cette nourriture inconnue de tes pères, pour te faire passer par la pauvreté et pour t'éprouver avant de te rendre heureux.

Garde-toi de dire en ton cœur : « C'est ma force, c'est la vigueur de ma main qui m'ont procuré cette richesse. » Souviens-toi du Seigneur, ton Dieu. Car c'est Lui qui t'a donné la force d'acquérir cette richesse, en confirmant ainsi l'alliance qu'Il avait jurée à tes pères, comme on le voit aujourd'hui.

Et si jamais tu en viens à oublier le Seigneur, ton Dieu, si tu suis d'autres dieux, si tu les sers et si tu te prosternes devant eux, je l'atteste aujourd'hui contre vous, à coup sûr, vous périrez. Comme les nations que le Seigneur aura fait périr devant vous, ainsi vous périrez, pour n'avoir pas écouté la voix du Seigneur, votre Dieu.

Commentaire

Vous voyez, c'est là où on avance. Parce qu'en fait, là, il vous reparle de cette longue marche traversée dans le désert. Souvenez-vous que Dieu vous a fait passer par la pauvreté, il vous a fait sentir la faim, il vous a donné à manger la manne, et votre pied ne s'est pas enflé, etc. Et ça, ça vous ramène à notre question que posait l'anathème. Votre intégrité, comment la nourrir, comment la préserver ? Votre intégrité, comment la nourrir, comment la préserver ?

Vous pouvez couper les ponts avec les sources de tentations, ou alors avec les compromis, ou une trop grande souplesse et délicatesse. Vous pouvez choisir d'être strict, rigoureux, de fermer les yeux, et de condamner en regardant les autres en disant : tout ça, c'est des païens, c'est une autre religion, c'est une autre culture, c'est d'autres valeurs, je ne suis pas d'accord, je vivrai ma vie. Il y a certainement un petit côté vrai là-dedans — non, d'ailleurs, je n'en sais rien. En tout cas, il y a un petit côté pharisien. Ça, c'est clair et net : pharisien, c'est les pérouchim, ceux qui voulaient vivre de manière séparée, c'étaient les purs et durs.

Et vous avez une autre manière de vouloir refuser tout compromis et de garder votre radicalité : c'est non pas en regardant les autres, mais en se regardant soi-même et sa propre histoire, ce souvenir d'où on vient. Et là, dans le livre du Deutéronome, ça devient le souvenir du désert. Verset 2 :

Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert.

Et ce souvenir, ici, ça veut dire se débrouiller pour le revivre, pour retourner au désert. Ce n'est pas se souvenir dans sa tête en se refaisant le film, c'est retourner dans l'épreuve de la pauvreté, dans l'épreuve de la soif, dans l'épreuve de la fatigue. Et ça, c'est ce qu'on appelle l'ascèse. Et ça existe, l'ascèse. L'ascèse, ça veut dire la discipline spirituelle, se donner des exercices pour ne pas s'enfoncer dans la satisfaction spirituelle et le confort. Le jeûne, l'aumône. C'est le carême. Les quarante jours qu'on revit dans le désert.

Eh bien ça, vous voyez, c'est une sorte de pèlerinage de retour aux sources. Et ça, ça vous permet de cultiver en vous cette radicalité qui fait qu'on n'oublie pas d'où on vient. On n'oublie pas les merveilles de Dieu. On n'oublie pas qu'on est le plus petit des peuples, qu'on est des pécheurs. Et on retourne à remettre les mains dans le cambouis, à s'apercevoir qu'en fait, on n'est pas grand-chose. Eh bien, si vous faites ça, vous aurez vécu l'idéal de l'anathème.

À travers les longs jeûnes, à travers les longues veilles, si jamais vous le faites, vous vous apercevrez d'une chose, c'est que vous vous apercevrez, comme dit le Deutéronome, que votre vêtement ne s'usera pas. Le vêtement, c'est votre dignité, c'est votre manière de pratiquer la loi. Votre pied ne s'enflera pas au cours des quarante années. Alors ça, on pourrait se dire : ça, c'est avoir les grosses chevilles. Mais ça, c'est l'interprétation dans le français courant. Avoir le pied qui s'enfle, dans le langage biblique, ça veut dire marcher dans la voie des commandements de Dieu et se fatiguer parce que c'est difficile. Eh bien, si vous faites de l'ascèse, si vous retournez au désert, la pratique de la religion ne vous lassera pas.

Et puis, surtout, si vous retournez au désert, si vous faites cette expérience et cet exercice spirituel, vous ferez à nouveau l'expérience de Dieu. Vous le ferez de la manière suivante. Parce que quand on essaye de jeûner longtemps, quand on essaye de prier longtemps, généralement, d'ailleurs, on n'y arrive pas. Et en fait, ça creuse juste l'insatisfaction. Et puis, on se rappelle de ce qu'on est. Parce que, quand même, pas grand-chose. Vraiment, pour avoir essayé, croyez-moi, on n'y est pas. On n'a pas grand-chose. Simplement, si jamais vous le faites, alors, comme continue le Deutéronome :

Tu le sauras en ton cœur : comme un homme éduque son fils, ainsi le Seigneur, ton Dieu, fera ton éducation.

Et vous voyez, là, je reprends le long chemin du Deutéronome. Mais est-ce que vous voyez cette progression spirituelle qu'on est en train d'accomplir ? On est passé de la tentation qu'il peut y avoir de vivre dans un pays avec beaucoup de richesses et des gens qui ont une autre religion que vous, à ensuite l'anathème et l'idéal d'intégrité, voire de radicalité qu'il y avait derrière, à maintenant l'ascèse spirituelle. On verra si jamais c'est le dernier mot, mais quand même, vous voyez tout l'itinéraire spirituel du Deutéronome ? Bon, c'est pas rien.

Est-ce que j'arrête là mon commentaire ? Allez, allez, j'ai peut-être encore une petite chose à vous dire. Regardez la manière dont il parle du pays et de la Terre promise. Pays d'olive, d'huile, de miel, pays où le pain ne manquera pas, avec des pierres qui contiennent du fer, avec des grenades, des vignes, du blé, de l'orge, du raisin, des sources profondes qui jaillissent des vallées. C'est le jardin d'Éden. C'est le paradis.

En réfléchissant à ça dans la prière, je me suis fait cette réflexion. Peut-être que la difficulté, c'est pas d'arriver au paradis ; peut-être que la difficulté, en fait, c'est d'y rester. La question, c'est : imaginez que vous êtes dans le jardin d'Éden. Moi, je ne sais pas. Voilà, c'est possible. Imaginez, un jour, vous vous retrouvez au milieu du paradis, là, comme ça, pouf, sur terre. Combien de temps vous allez tenir avant de faire n'importe quoi ? Regardez Adam et Ève. Ça n'a pas duré longtemps. Ils n'étaient pas plus bêtes que nous. Au contraire même, d'après une tradition, ils étaient plus intelligents et plus robustes à la tentation. Eh bien, ils ne sont pas restés longtemps.

Eh bien, vous, imaginez, vous êtes comme le peuple hébreu, vous allez rentrer dans la Terre promise. Regardez même en France. La France, il y a tout ce qu'il faut pour que ce soit le paradis. Combien de temps on va tenir dans le paradis ? Eh bien, en fait, c'est exactement la question que Moïse pose au peuple hébreu qui s'apprête à rentrer dans la Terre promise.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur Jésus, tu nous as avertis dans tes paroles de ne pas nous laisser séduire par l'illusion du confort et de la suffisance. Toi qui as dit dans l'Évangile selon saint Luc : « Gardez-vous de toute avarice, car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens », protège mon cœur des pièges de l'orgueil et de l'autosatisfaction. Ne permets pas que je sois repu, rassasié de mes succès et de mes biens, au point de m'endormir spirituellement.

Toi qui as dit : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure », aide-moi à ne jamais oublier que c'est aujourd'hui que tu veux que je te suive. Ne laisse pas mon cœur se figer dans l'illusion que tout va bien et que je n'ai plus rien à apprendre de toi. Seigneur, aide-moi, comme un serviteur qui attend le retour de son maître.

Et vous, que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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