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Jour 71 ☼ — Le peuple choisi

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 7 du Deutéronome, où Moïse met Israël en garde contre les dangers qui l'attendent en Terre promise : alliances, mariages mixtes, idoles des sept nations de Canaan. Le commentaire aborde de front la question choquante de l'anathème, largement fantasmée et peu attestée historiquement, pour y lire un appel à la radicalité et à l'intégrité existentielle : pas de faux compromis au nom de l'affectif, du relativisme religieux ou du confort. Il souligne surtout la beauté cachée du texte : Israël est choisi alors qu'il est « le plus petit de tous les peuples », ce qui interdit à la fois le complexe de supériorité et le complexe d'infériorité. L'épisode se termine par le psaume 35.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nous continuons notre lecture du livre du Deutéronome. Après avoir rappelé l'itinérance du peuple hébreu dans le désert, les rébellions et les leçons qu'il fallait en tirer, après avoir rappelé le don de la Loi et comment il y avait une mystique derrière, nous nous tournons maintenant vers les dangers qui vont guetter Israël quand il entrera dans la Terre promise : militarisme, matérialisme, moralisme. Et nous commençons tout de suite avec le chapitre 7.

Lecture : Deutéronome 7

Quand le Seigneur ton Dieu te fera entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, il expulsera devant toi des nations nombreuses : le Hittite, le Guirgashite, l'Amorite, le Cananéen, le Perizzite, le Hivvite et le Jébuséen, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi. Le Seigneur ton Dieu te les livrera et tu les battras. Mais alors tu les voueras à l'anathème. Tu ne concluras pas d'alliance avec elles, tu ne leur feras pas grâce. Tu ne contracteras pas de mariage avec elles : tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour la donner à ton fils, car cela détournerait ton fils de me suivre ; il servirait d'autres dieux. La colère du Seigneur s'enflammerait alors contre vous et il aurait vite fait de t'exterminer.

Voici ce que vous leur ferez : vous démolirez leurs autels, vous briserez leurs stèles, vous abattrez leurs poteaux sacrés, vous brûlerez leurs idoles. Car tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu, et c'est toi qu'il a choisi pour être son peuple, son domaine particulier parmi tous les peuples de la terre.

Si le Seigneur s'est attaché à vous, s'il vous a choisis, ce n'est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. Mais c'est par amour pour vous et pour tenir le serment fait à vos pères que le Seigneur vous a fait sortir à main forte et vous a rachetés de la maison d'esclavage et de la main de Pharaon, roi d'Égypte.

Tu sauras donc que c'est le Seigneur ton Dieu qui est Dieu, le Dieu vrai, qui garde son alliance et sa fidélité pour mille générations à ceux qui l'aiment et gardent ses commandements. Mais il riposte à ses adversaires en les faisant périr, et sa riposte est immédiate. Tu garderas donc le commandement, les décrets et les ordonnances que je te prescris aujourd'hui de mettre en pratique.

Et parce que vous aurez écouté ces ordonnances, que vous les aurez gardées et mises en pratique, le Seigneur ton Dieu te gardera l'alliance et la fidélité qu'il a jurées à tes pères. Il t'aimera, il te bénira, il te multipliera. Il bénira le fruit de ton sein et le fruit de ton sol, ton froment, ton vin nouveau, ton huile fraîche, la portée de tes vaches et de tes brebis, sur la terre qu'il a juré à tes pères de te donner. Béni seras-tu plus que tous les peuples. Pas de stérilité chez toi, ni pour les hommes, ni pour les femmes, ni pour le bétail. Le Seigneur détournera de toi toute maladie. Ces funestes épidémies que tu as connues en Égypte, il ne te les infligera pas, mais il en frappera tous ceux qui te haïssent.

Tu dévoreras tous ces peuples que le Seigneur ton Dieu te livre. Ton œil sera sans pitié pour eux, et tu ne serviras pas leurs dieux, car ce serait pour toi un piège.

Peut-être diras-tu en ton cœur : « Ces nations sont plus nombreuses que moi, comment pourrais-je les déposséder ? » Ne les crains pas. Rappelle-toi donc ce que le Seigneur ton Dieu a fait à Pharaon et à toute l'Égypte : les grandes épreuves que tes yeux ont vues, les signes et les prodiges, la main forte et le bras étendu par lequel le Seigneur ton Dieu t'a fait sortir. Le Seigneur ton Dieu en fera autant à tous les peuples dont tu as peur. Bien plus, le Seigneur ton Dieu enverra des frelons jusqu'à ce que périssent les survivants qui se seraient cachés. Et tu ne trembleras pas devant eux, car le Seigneur ton Dieu au milieu de toi est un Dieu grand et terrible.

Le Seigneur ton Dieu expulsera ces nations devant toi peu à peu. Tu ne pourras les exterminer sur-le-champ, de peur que les bêtes sauvages ne se multiplient contre toi. Mais le Seigneur ton Dieu te les livrera et les frappera d'une grande panique jusqu'à ce qu'elles soient détruites. Il livrera leurs rois entre tes mains et tu feras disparaître leurs noms de dessous les cieux. Pas un ne tiendra devant toi, tu les extermineras jusqu'au dernier.

Les idoles de leurs dieux, vous les brûlerez. Tu ne convoiteras ni l'or ni l'argent qui les recouvre, et tu ne les prendras pas, de peur qu'ils ne soient pour toi un piège, car pour le Seigneur ton Dieu c'est une abomination. Tu ne feras pas entrer dans ta maison une abomination : tu serais comme elle anathème. Mais tu l'auras en horreur et en abomination, car c'est un anathème.

Commentaire

Il expulsera devant toi des nations nombreuses : le Hittite, le Guirgashite, l'Amorite, le Cananéen, le Perizzite, le Hivvite et le Jébuséen.

Une armée de sept nations, comme dit la chanson des White Stripes. Tout est dans tout.

Commençons peut-être avec ce qu'il y a, pour nos oreilles modernes, de plus choquant. C'est toujours une porte d'entrée : la question de l'anathème. On l'a déjà rencontrée avec les Madianites, quand il s'agissait d'exterminer leurs femmes — d'ailleurs, on ne sait pas vraiment si jamais on l'a fait ou pas. On le retrouve ici quand il s'agit de démolir les autels, de briser les stèles, d'abattre les poteaux sacrés, de brûler les idoles. Alors nous, évidemment, on se dit toujours : mais comment est-ce que maintenant je vais faire pour vivre dans une société multiconfessionnelle, avec un Dieu qui est censé parler d'amour et de respect, et une parole de Dieu, la Bible, qui nous parle d'anathème ?

Souvenez-vous, on n'a pas dit que le Deutéronome était le sommet de la Révélation. Puis les anathèmes, comme on l'avait vu avec les Madianites, c'est plutôt de l'ordre du fantasme que de la réalité historique. Formellement, dans la Bible, vous n'aurez que quatre anathèmes attestés — enfin, en tout cas où il est écrit « et ils réduisirent à l'anathème telle ou telle ville » : il y avait Haï, Hazor, et puis il y en a deux autres.

Et ici, derrière, ce qu'il faut voir — et c'est le premier indice que vous donne le chapitre 7, il faut ensuite qu'on aille plus loin — en fait, il est question de rappeler une forme de radicalité. Pas de compromis. Pas de compromis, ici, ça veut dire pas de fausse alliance : « Tu ne concluras pas d'alliance avec elles. » Ce que vous rappelle la Bible, c'est que ce que vous croyez est en fait le plus important dans votre vie. S'il y a un lieu sur lequel vous ne voulez pas faire de faux compromis, c'est là. On pourrait appeler ça l'intégrité, l'intégrité existentielle, qui est au-dessus de tout dans notre vie. En fait, c'est une forme d'honnêteté. Donc, par exemple, quand au nom d'un attachement affectif on tolère trop de choses, parce qu'on aime les gens et alors on passe trop vite, ce que vous dit la Bible, c'est que ça, ce n'est pas une manière d'être honnête.

Donc il y a trois lieux, vous dit la Bible, de principales tentations — parce que c'est vrai que ce n'est pas facile dans la vie de tous les jours. Il n'y a qu'à voir dans nos familles, dans notre travail, etc. : on voit bien qu'en fait on n'ose pas s'opposer aux gens. Ça peut être dans le domaine affectif. Ça peut être dans le domaine religieux, où on dit : « Ah oui, toutes les religions, il n'y en a pas une qui est au-dessus des autres, elles se valent toutes, elles ont toutes un éclat de vérité. » Puis ça peut être aussi, au nom du confort, qu'on n'ose pas non plus s'opposer aux gens, parce qu'on est bien tranquille. L'anathème, c'est vous dire que c'est ça, ces trois lieux-là : il faut être clair, il faut être tranchant. Alors, dans la charité — ça, c'est ce que rajoutera Jésus. Mais en attendant, il faut savoir soi à quoi on croit. Et c'est ce que vous rappelle ce passage-là. Attention au confort, quand il vous disait « dans ce pays ruisselant de lait et de miel ». Attention aux femmes auxquelles tu vas t'attacher. Attention aussi quand il y aura plein de rites différents au milieu de toi. Reste droit dans tes bottes.

Alors oui, la manière dont l'Ancien Testament parle de l'anathème manque encore de cette douceur, de ce respect, de cette charité qui caractérise le Nouveau Testament et Jésus. En attendant, il pose aussi une vraie question, à laquelle on ne s'attend pas, sur la manière de se comparer aux autres, et sur un complexe de supériorité contre lequel l'Ancien Testament nous met en garde. Et ça, c'est très beau.

En bonus, vous regardez comment ce texte aussi vous dit de cultiver une attitude juste vis-à-vis des autres traditions, vis-à-vis des autres cultures, vis-à-vis des autres civilisations, et d'éviter à la fois le complexe de supériorité, de dauber sur les autres en les regardant de haut. Et vous savez, ça, ça va vite. Par exemple, en France, on peut dauber facilement sur les autres traditions culturelles. Parfois même, on daube sur sa propre histoire et sur les générations passées, en se disant qu'on vaut mieux que nos ancêtres du Moyen Âge. Écoutez, regardez l'histoire. Et là, le texte vous disait : « Écoutez, calmez-vous, vous êtes le plus petit des peuples. » Vous êtes le plus petit des peuples, donc prenez-le pour vous : voilà, vous, Français — ou quelque pays que vous habitiez —, vous êtes le plus petit des peuples, c'est ce que Dieu vous dit, point à la ligne. Pas de complexe de supériorité.

Et à l'inverse, il vous disait aussi — ça, c'était très beau — pas de complexe d'infériorité non plus. Parce que vous êtes peut-être le plus petit des peuples, mais vous avez Dieu avec vous, qui va se battre pour vous. Donc notre force vient de Dieu. Et vous voyez là, c'est très beau, cette espèce d'humilité, entre la juste attitude à avoir, complexe de supériorité, complexe d'infériorité. Et donc ça, c'est très beau, parce que dans un lieu qui vous parle d'anathème, qui pourrait faire peur pour la radicalité qu'il y a derrière, en fait le texte vous parle aussi de l'humilité. Étonnant, non ?

Et ça fait que ce texte devient en fait très proche de nous, parce que ce sont des questions qu'on n'arrête pas de se poser : comment se comporter en France vis-à-vis des autres confessions, vis-à-vis des autres cultures, vis-à-vis des autres religions ? Parce que ce que ce texte vous dit, c'est qu'à la fois il ne faut pas les regarder de haut, mais qu'en même temps il ne faut pas les regarder d'en bas non plus ; que vous avez de justes motifs d'être fier d'être chrétien, sauf que cette fierté ne vient pas de vous, elle vient de Dieu. Et ça vous donne la juste attitude : ne pas avoir honte de ce qu'on est, ne pas non plus être arrogant. Et si jamais vous êtes chrétien, vous savez quand même que ce sont les deux tentations que vous avez en France en ce moment.

Donc, transition poétique, avant de continuer sur l'autre chapitre pour voir où tout ça nous mène.

Psaume 35

C'est le péché qui parle au cœur de l'impie. Ses yeux ne voient pas que Dieu est terrible. Il se voit d'un œil trop flatteur pour trouver et haïr sa faute.

Il n'a que ruse et fraude à la bouche, il a perdu le sens du bien. Il prépare en secret ses mauvais coups. La route qu'il suit n'est pas celle du bien, il ne renonce pas au mal.

Dans les cieux, Seigneur, ton amour, jusqu'aux nues, ta vérité. Ta justice, une haute montagne, tes jugements, le grand abîme. Tu sauves, Seigneur, l'homme et les bêtes.

Qu'il est précieux, ton amour, ô mon Dieu. À l'ombre de tes ailes, tu abrites les hommes. Ils savourent les festins de ta maison. Au torrent du paradis, tu les abreuves. En toi est la source de vie. Par ta lumière, nous voyons la lumière.

Garde ton amour à ceux qui t'ont connu, ta justice à tous les hommes droits. Que l'orgueilleux n'entre pas chez moi, que l'impie ne me jette pas dehors. Voyez, ils sont tombés, les malfaisants. Abattus, ils ne pourront se relever.


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