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Livre de · 34 chapitres

Deutéronome

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Dt 7,6-11
AELF · Bible liturgique

Texte biblique non disponible pour ce passage — sera ajouté quand un passage de ce chapitre sera commenté dans la liturgie.

Dt 7,6-11
Commentaire

Le Deutéronome — en grec Deuteronomion, « seconde Loi » — se présente comme une série de discours de Moïse adressés à Israël dans les plaines de Moab, au seuil de la Terre promise. Les exégètes y reconnaissent moins l'œuvre d'un seul homme qu'une tradition relue et réécrite, dont le noyau remonte probablement à la réforme du roi Josias (vers 622 av. J.-C.), quand on « retrouva » le livre de la Loi dans le Temple (2 R 22). Notre passage appartient au grand discours parénétique des chapitres 5 à 11, qui développe le sens du premier commandement. Le genre est celui de l'exhortation prêchée : Moïse alterne le « tu » et le « vous », interpelle, rappelle, motive l'obéissance. Le contexte immédiat (7, 1-5) est rude : il s'agit de l'interdit (hérem) contre les nations de Canaan et de leurs cultes. Notre péricope justifie cette mise à part en remontant à sa source : l'élection.

Le cœur du texte est le verbe bāḥar (« choisir, élire »), employé deux fois, et la notion de segullâh, ici traduite « domaine particulier ». Ce terme désigne dans le monde ancien le trésor personnel d'un roi, son bien propre soustrait au domaine public. Israël est la segullâh de YHWH parmi tous les peuples (cf. Ex 19, 5 ; Ml 3, 17). La rhétorique deutéronomique opère ici un renversement décisif : l'élection ne repose sur aucune qualité du peuple, ni le nombre, ni la puissance — « vous êtes le plus petit de tous ». La seule cause assignée est ahabâh, l'amour gratuit de Dieu, et la fidélité au serment juré aux pères, Abraham, Isaac et Jacob. Le texte articule ainsi grâce et histoire : l'amour présent s'enracine dans une promesse passée, et se vérifie dans l'Exode, « racheté de la maison d'esclavage » (le verbe pādâh, « racheter », appartient au vocabulaire de la libération de l'esclave).

Le passage déploie une tension théologique majeure entre la gratuité absolue de l'élection et l'exigence de la réponse. Le v. 9 nomme Dieu « le Dieu fidèle (hā'ēl hanne'emān) qui garde l'Alliance et la ḥésed » — ce mot dense, ḥésed, dit à la fois la bonté, la loyauté et la miséricorde de l'allié. Cette fidélité s'étend « pour mille générations », hyperbole qui dit l'inépuisable patience divine, reprise directement du Décalogue (Ex 20, 6 ; Dt 5, 10). Le contraste avec la « riposte immédiate » aux adversaires (v. 10) déconcerte le lecteur moderne, mais relève du langage de l'Alliance comme traité de vassalité : bénédictions et malédictions encadrent l'engagement. Le déséquilibre est voulu — mille générations de bonté contre une rétribution ponctuelle —, soulignant que le penchant de Dieu est vers la miséricorde.

Origène, commentant le Deutéronome dans ses Homélies sur les Nombres et ailleurs, insiste sur le fait que l'élection du « plus petit » manifeste une logique constante de Dieu, qui choisit la faiblesse pour confondre la force ; il y lit une préfiguration de l'Église, peuple recruté non parmi les puissants mais parmi les humbles, en écho à 1 Co 1, 27-28. Augustin, pour sa part, fait de ce passage l'un des piliers de sa doctrine de la grâce : dans le De praedestinatione sanctorum, il martèle que si Dieu avait choisi Israël à cause de ses mérites, l'élection ne serait plus gratuite ; le « ce n'est pas que vous soyez les plus nombreux » devient pour lui la preuve scripturaire que l'amour de Dieu précède et fonde toute dignité humaine, et non l'inverse — non quia digni eramus, sed quia ipse dilexit.

L'intertextualité biblique est particulièrement riche. La désignation d'Israël comme « peuple saint » ('am qādôš) et « royaume de prêtres » trouve sa source en Ex 19, 5-6, dont notre texte est un écho délibéré ; le Nouveau Testament la transfère à l'Église en 1 P 2, 9 : « vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis » — où peuple acquis traduit précisément l'idée de segullâh. Le thème de l'amour électif non mérité irrigue tout le Nouveau Testament : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis » (Jn 15, 16), et « il nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 10.19). Saint Paul, en Rm 9-11, médite explicitement sur cette élection libre, tout en affirmant que les dons de Dieu sont sans repentance (Rm 11, 29) — manière de relire la « fidélité pour mille générations ».

Jean Chrysostome, dans son commentaire des épîtres et ses homélies, souligne que rappeler à un peuple sa petitesse originelle est une pédagogie contre l'orgueil : l'élu doit toujours se souvenir qu'il a été tiré de l'esclavage par pure miséricorde, afin que la gratitude, et non la présomption, gouverne son obéissance. C'est exactement le mouvement du texte : le « tu garderas donc » (v. 11) découle du don, et ne le conditionne pas. L'éthique deutéronomique est une éthique de reconnaissance — l'observance des « commandements, décrets et ordonnances » est la forme concrète de l'amour rendu à celui qui a aimé le premier. Lue le 12 juin 2026, en cette solennité, la péricope invite à reconnaître dans l'Église le prolongement de cette élection gratuite : un peuple sans titre propre à se glorifier, sinon d'avoir été aimé et racheté.

Reste un débat exégétique honnête à signaler. Les spécialistes discutent du rapport entre cette théologie de l'élection et les versets précédents sur l'extermination des nations cananéennes (hérem) : certains, comme l'école de von Rad, y voient un langage largement rétrospectif et idéal, projeté à l'époque de Josias ou de l'Exil pour défendre l'identité d'Israël menacée d'assimilation, plus qu'un programme historique. D'autres soulignent la tension non résolue entre un Dieu d'amour universel et la violence du texte, que la tradition chrétienne a constamment relue de manière typologique : les « ennemis » à exterminer deviennent, chez les Pères comme Grégoire de Nysse dans la Vie de Moïse, les vices et les passions qui asservissent l'âme. Cette intériorisation ne dissout pas la difficulté historique, mais elle indique comment la foi a su faire fructifier un texte de combat en chemin de sainteté, fidèle à l'intuition centrale du passage : être consacré, c'est appartenir tout entier à Celui qui nous a choisis par amour.

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