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Livre de · 34 chapitres

Deutéronome

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Deutéronome 30, 10 - 14
AELF · Bible liturgique

Moïse disait au peuple d'Israël :

10 « Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu,

en observant ses ordres et ses commandements

inscrits dans ce livre de la Loi ;

reviens au Seigneur ton Dieu,

de tout ton coeur et de toute ton âme.

11 Car cette Loi que je te prescris aujourd'hui

n'est pas au-dessus de tes forces

ni hors de ton atteinte.

12 Elle n'est pas dans les cieux, pour que tu dises :

Qui montera aux cieux

nous la chercher et nous la faire entendre,

afin que nous la mettions en pratique ?

13 Elle n'est pas au-delà des mers, pour que tu dises :

Qui se rendra au-delà des mers

nous la chercher et nous la faire entendre,

afin que nous la mettions en pratique ?

14 Elle est tout près de toi, cette Parole,

elle est dans ta bouche et dans ton coeur

afin que tu la mettes en pratique. »

Deutéronome 30, 10 - 14
Commentaire

Est-Ce Donc Si Difficile D’Observer La Loi ?

Le livre du Deutéronome se présente comme le dernier discours de Moïse, son testament spirituel en quelque sorte : mais il n’a certainement pas été écrit par Moïse lui-même puisqu’il répète à de nombreuses reprises : Moïse a dit, Moïse a fait... Et l’auteur use de beaucoup de solennité pour rappeler ce qui lui semble être l’apport majeur de Moïse : il est celui qui a fait sortir d’Égypte le peuple d’Israël et a conclu l’Alliance avec Dieu au Sinaï. Par cette Alliance, Dieu s’engageait à protéger son peuple tout au long de son histoire, mais réciproquement, le peuple s’engageait à toujours respecter la Loi de Dieu car il y reconnaissait le meilleur garant de sa liberté retrouvée.

Mais une chose est de s’engager, une autre de respecter l’engagement. Or le peuple y a trop souvent manqué. Le royaume du Nord a fait lui-même son propre malheur, et depuis la victoire des Assyriens, il est rayé de la carte. Les habitants du royaume du Sud feraient bien d’en tirer les leçons et c’est à eux que l’auteur s’adresse ici : « Écoute la voix du SEIGNEUR ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi ».

Et pourtant il a l'air de dire que ce ne serait pas bien difficile d'observer cette Loi : elle n'est ni difficile à comprendre ni difficile à appliquer : « Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. »

Alors pourquoi les hommes, du temps de Moïse, comme du temps de l'auteur du Deutéronome, comme aujourd'hui sont-ils si rétifs à des commandements pourtant bien simples : tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas le bien d'autrui ? À cette question, Moïse répondait : le peuple a « la nuque raide » ; à la fin de sa vie, quand il réfléchissait sur le passé, il pouvait dire : « Sache bien que ce n’est pas à cause de ta justice que le SEIGNEUR te donne à posséder ce bon pays, car tu es un peuple à la nuque raide. Souviens-toi. N’oublie pas que tu as irrité le SEIGNEUR ton Dieu dans le désert. Depuis le jour où vous êtes sortis d’Égypte jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu, vous avez été rebelles au SEIGNEUR » (Dt 9,6-7).

Un Peuple À La Nuque Raide

Je m’arrête sur cette expression « nuque raide » : il y a une superbe image qui se cache derrière cette formule que nous disons malheureusement toujours trop vite* ;* il faut avoir devant les yeux un joug, cette pièce de bois qui unit deux bœufs pour labourer. L’expression « nuque raide » évoque donc un attelage, ou plus exactement une bête qui refuse de courber son cou sous l’attelage ; si une bête est rétive, on se doute bien que l’attelage est moins performant : or, justement, l’Alliance entre Dieu et son peuple était comparée à une attache, un joug d’attelage. Pour recommander l’obéissance à la Loi, Ben Sirac, par exemple, disait : « Placez votre cou sous le joug et recevez l’instruction. » (Si 51,26). Jérémie reprochant au peuple d’Israël ses manquements à la Loi disait dans le même sens : « Depuis longtemps, tu as brisé ton joug, rompu tes liens » (Jr 2,20 ; Jr 5,5).

On comprend mieux du coup la phrase célèbre de Jésus : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples... Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger » (Mt 11,29-30). Cette phrase de Jésus a peut-être bien ses racines justement dans notre texte du Deutéronome : « Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. » Autrement dit, Dieu ne demande pas à son peuple des choses impossibles. Peut-être ce passage s’adresse-t-il à des croyants découragés, à l’instar des disciples qui se plaignirent un jour à Jésus en lui demandant « Qui donc peut être sauvé ? » (Mt 19,25).

On retrouve bien là, dans le Deutéronome d’abord, chez Jésus ensuite, le grand message très positif de la Bible : la Loi est à notre portée, le mal n’est pas irrémédiable ; l’humanité va vers son salut : un salut qui consiste à vivre dans l’amour de Dieu et des autres, pour le plus grand bonheur de tous. Mais, l’expérience aidant, on a appris aussi que la pratique d’une vie juste, c’est-à-dire en conformité avec ce projet de Dieu est quasi-impossible aux hommes s’ils comptent sur leurs seules forces. Et la leçon est toujours la même : Jésus répond à ses disciples : « Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu, tout est possible. » (Mt 19,26).

Oui, à Dieu tout est possible, y compris de transformer nos nuques raides. Puisque son peuple est désespérément incapable de fidélité, c’est Dieu lui-même qui transformera son cœur : « Le SEIGNEUR ton Dieu te circoncira le cœur, à toi et à ta descendance, pour que tu aimes le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, afin de vivre » (Dt 30,6).

Par « circoncision du cœur », on entend l’adhésion de l’être tout entier à la volonté de Dieu. On a longtemps espéré que le peuple lui-même atteindrait cette qualité d’adhésion à l’Alliance « de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces » (comme dit la fameuse phrase du « Shema Israël », la grande profession de foi, Dt 6,4) ; mais il a bien fallu se rendre à l’évidence ; et des prophètes comme Jérémie, Ézéchiel prennent acte de ce qu’il y faudra une intervention de Dieu : « Je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple » (Jr 31,33).