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Jour 74 ☼ — Vivre saintement : des lois de pureté à la fête de Dieu

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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit la lecture des institutions religieuses du Deutéronome avec le chapitre 14 : interdiction des entailles rituelles, longue liste des animaux purs et impurs, puis la dîme mangée dans la joie devant le Seigneur et partagée tous les trois ans avec le lévite, l'immigré, l'orphelin et la veuve. Le commentaire montre que la nouveauté, par rapport au Lévitique, n'est plus anthropologique mais politique : il s'agit de se distinguer des autres peuples, et la nourriture est le plus efficace des clivages. Il rappelle enfin, avec saint Paul, que la charité et l'hospitalité priment sur toute question culinaire. L'épisode se termine par le psaume 37.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nous sommes toujours dans les institutions religieuses. Et je vous avais dit que là, le plan suivait plus ou moins ce qui avait été donné dans le Décalogue. Alors on aurait déjà fait, d'après les spécialistes, les trois premiers commandements, et là on attaquerait le quatrième : « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. » Ça marche un tout petit peu moins bien : il est question de pureté, d'impureté, de lévites. Peut-être que l'idée qu'il y a derrière, c'est que le sabbat, c'est un jour à part, et qu'avec la question de pureté, d'impureté et de lévites, c'est quelque chose à part aussi.

Mais on a déjà parlé de la pureté et de l'impureté, et on a déjà parlé des lévites. Donc la question : qu'est-ce qu'il y a de nouveau ici ? On se retrouve tout à l'heure pour voir si vous avez trouvé la réponse.

Lecture : Deutéronome 14

Vous êtes des fils pour le Seigneur votre Dieu. Vous ne vous ferez pas d'entailles, vous ne vous couperez pas les cheveux sur le front en signe de deuil, car tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu. C'est toi que le Seigneur a choisi pour être son peuple, son domaine particulier parmi tous les peuples qui sont sur la surface de la terre.

Tu ne mangeras rien d'abominable. Et voici les animaux dont vous pourrez manger : bœufs, moutons, chevreaux, cerfs, gazelles, chevreuils, bouquetins, daims, antilopes, mouflons. De tout animal qui a le sabot fourchu, fendu en deux ongles, et qui rumine, vous pourrez manger.

Toutefois, parmi les ruminants et les animaux à sabot fourchu et fendu, vous ne pourrez pas manger de ceux-ci : le chameau, le lièvre et le daman, car ils ruminent, mais ils n'ont pas le sabot fourchu : vous les tiendrez pour impurs. Ni le porc, car il a le sabot fourchu et fendu, mais il ne rumine pas : vous le tiendrez pour impur. Vous ne mangerez pas de leur chair et vous ne toucherez pas à leur cadavre.

Voici ce dont vous pourrez manger parmi tous ceux qui vivent dans l'eau : tous ceux qui possèdent nageoires et écailles, vous pourrez en manger. Mais vous ne mangerez pas de ceux qui ne possèdent ni nageoires ni écailles : vous les tiendrez pour impurs.

Vous pourrez manger de tout oiseau pur, mais voici les oiseaux dont vous ne pourrez pas manger : l'aigle, le gypaète, l'orfraie, le busard, le vautour et les différentes espèces de milan, toutes les espèces de corbeaux, l'autruche, le chat-huant, la mouette et les différentes espèces d'éperviers, le hibou, la chouette, l'ibis, la hulotte, le vautour blanc, le cormoran, la cigogne et les différentes espèces de hérons, la huppe, la chauve-souris.

Vous tiendrez tous les insectes ailés pour impurs : vous n'en mangerez pas. Vous pourrez manger de tout volatile pur.

Vous ne pourrez manger d'aucune bête crevée. Tu la donneras à l'immigré qui réside dans ta ville : lui peut en manger. Ou bien, vends-la à un étranger. Toi, en effet, tu es un peuple consacré au Seigneur. Et tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère.

Tu prélèveras chaque année la dîme de tout ce que tes semailles auront produit dans tes champs. La dîme de ton froment, de ton vin nouveau et de ton huile fraîche, les premiers-nés de ton gros et de ton petit bétail, tu les mangeras devant le Seigneur ton Dieu, au lieu qu'il aura choisi pour y faire demeurer son nom. Ainsi, tu apprendras à craindre le Seigneur ton Dieu tous les jours.

Si le chemin est trop long pour toi, si tu ne peux y apporter la dîme au lieu choisi par le Seigneur pour y mettre son nom, parce que ce lieu est trop éloigné et que le Seigneur ton Dieu t'aura béni, tu convertiras la dîme en argent, tu serreras l'argent dans ta main et tu iras au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu. Tu échangeras cet argent contre tout ce que tu voudras : gros bétail, petit bétail, vin, boisson forte, tout ce dont tu auras envie. Là, tu mangeras devant le Seigneur ton Dieu et tu te réjouiras, toi et ta maisonnée. Et le lévite qui habite dans ta ville, tu ne le délaisseras pas, puisqu'il n'a ni part ni héritage avec toi.

Au bout de trois ans, tu prélèveras toutes les dîmes de tes récoltes de cette année-là et tu les déposeras aux portes de ta ville. Alors viendront le lévite, puisqu'il n'a ni part ni héritage avec toi, l'immigré, l'orphelin et la veuve qui résident dans ta ville. Ils mangeront et ils seront rassasiés. Et ainsi, le Seigneur ton Dieu bénira toute l'œuvre de tes mains.

Commentaire

Ce qu'il y a de nouveau — enfin, vous me direz que c'est peut-être plus tout à fait nouveau maintenant depuis le début du Deutéronome, mais quand même, par rapport au livre des Nombres et du Lévitique — c'est le souci de se distinguer des autres peuples. C'est toujours cette idée que, malgré les appels à l'anathème et à la radicalité, manifestement, les choses seront toujours plus compliquées que ça. Donc là, cette fois-ci, pour aider le peuple hébreu à se distinguer des autres peuples, on va lui donner des rites particuliers et spécifiques.

D'abord, on interdit le principe des scarifications rituelles, de se faire des entailles, ce qui reprend quand même de loin l'interdiction, dans le livre du Lévitique, de se faire des tatouages. Parce que les tatouages, à cette époque-là, étaient en fait des rites magiques : on se tatouait des sorts sur le corps. C'est pour ça que c'était interdit. Les tatouages étaient forcément religieux à cette époque. Je dis ça parce qu'il ne faut pas tout de suite transposer à l'usage et à la pratique des tatouages aujourd'hui. C'est toujours bien de replacer un commandement du Lévitique ou du Deutéronome dans son contexte, pour voir si, quand le contexte évolue, ce que la loi devient aussi. On n'a pas une lecture fondamentaliste de tous ces passages. Évitons quand même les raccourcis trop rapides. L'idée derrière, c'est de ne pas faire de magie et de ne pas ressembler au culte idolâtrique. Donc, pas d'entailles.

Et puis après, vous avez la reprise du pur et de l'impur et des lévites. Le pur et l'impur, on l'a déjà vu dans le Lévitique. Dans le Lévitique, quand vous êtes impur, ça veut dire qu'il y a en vous un déficit de vie, que vos processus psychiques sont comme déséquilibrés, ce qui fait que vous n'êtes plus capable de recevoir la sainteté de Dieu qui, elle, est un excès de vie. Bon, donc c'était lié à une certaine forme d'anthropologie et de vision de Dieu.

Mais ici, on n'est pas dans le Lévitique, on est dans le Deutéronome, et la question du pur et de l'impur ne devient pas liée à une question d'anthropologie, mais à une question politique : se séparer, se distinguer des autres cultes. Parce que ça commence par la phrase :

Vous ne mangerez d'aucune abomination.

Et « abomination », dans la Bible, c'est un terme technique qui, en fait, désigne les pratiques idolâtriques des autres peuples. « Vous ne mangerez d'aucune abomination », ici, ça veut dire : « Vous ne mangerez d'aucun animal impur que les autres peuples mangent. » Le principal souci, c'est, à travers la nourriture, de vous distinguer des autres peuples.

Et de fait, vous regardez la population musulmane ou la population juive : la principale manière pour eux de se séparer du reste de la population, c'est avec la nourriture halal ou la nourriture casher. Ça, pour l'avoir vu — et je me souviens quand j'étais prof —, dès que vous avez des questions de nourriture, quand vous faisiez un repas de classe, ça clivait tout de suite la classe en deux. Vous achetiez des bonbons : il y avait ceux qui pouvaient manger, il y avait ceux qui ne pouvaient pas manger. Donc, en fait, mettre dans la nourriture des principes clivants, vraiment, c'est ce qui permet de séparer une communauté du reste.

Alors nous, après, le christianisme va venir derrière. On pourrait penser à Jésus qui redéfinit le pur et l'impur, mais ici, je repense plutôt à saint Paul, qui va voir, derrière cette question du pur et de l'impur qui tombe, la barrière de la loi qui séparait les juifs des autres nations et qui tombe avec elle. Il a réuni les enfants dispersés. Et saint Paul qui ira jusqu'à vous dire que vous avez le droit de manger de la nourriture idolothyte, c'est-à-dire la viande qui était sacrifiée aux démons, aux cultes païens, parce que les cultes païens ne sont rien.

Ce que saint Paul vous dit, c'est que la charité prime sur toutes ces questions ; que la vraie pureté et la vraie impureté, c'était la gratuité, la pureté de l'intention, la charité ; et qu'au nom de la charité, pour le coup, on n'a pas le droit de faire des questions de nourriture des questions clivantes. Ça ira même très loin : si jamais vous êtes invité à un repas halal, au nom de la charité, pour respecter votre hôte, vous mangez la nourriture halal. Si jamais vous êtes un végane ou un végétarien et que vous allez dans une famille qui n'est ni végane ni végétarienne, alors ça ne vous empêche pas de dire vos opinions, ça n'empêche pas de dire que ça vous chagrine ou des choses comme ça, mais saint Paul vous dirait que vous n'avez pas à imposer vos propres choix culinaires. La charité, l'hospitalité doit primer sur tout le reste.

Alors, ça ne vous empêche pas d'avoir une opinion personnelle, ça ne vous empêche même pas, si jamais vous êtes chrétien, de rappeler à votre hôte que le vendredi, pour vous, vous ne mangez pas de viande parce que le Christ est mort pour vous. Ça veut simplement dire que vous n'en faites pas un point d'honneur, et que si jamais il faut mettre ça de côté au nom de la délicatesse, eh bien on le met de côté. C'est plus important de faire de son hôte un ami.

Petit instant poétique avant de continuer notre lecture du Lévitique. Psaume 37.

Psaume 37

Seigneur, corrige-moi sans colère et reprends-moi sans violence. Tes flèches m'ont frappé, ta main s'est abattue sur moi. Rien n'est sain dans ma chair sous ta fureur, rien d'intact en mes os depuis ma faute.

Oui, mes péchés me submergent, leur poids trop pesant m'écrase, mes plaies sont puanteur et pourriture : c'est là le prix de ma folie.

Accablé, prostré, à bout de force, tout le jour j'avance dans le noir. La fièvre m'envahit jusqu'à la moelle, plus rien n'est sain dans ma chair. Brisé, écrasé, à bout de force, mon cœur gronde et rugit.

Seigneur, tout mon désir est devant toi, et rien de ma plainte ne t'échappe. Le cœur me bat, ma force m'abandonne, et même la lumière de mes yeux.

Amis et compagnons se tiennent à distance, et mes proches, à l'écart de mon mal. Ceux qui veulent ma perte me talonnent, ces gens qui cherchent mon malheur. Ils prononcent des paroles maléfiques ; tout le jour, ils ruminent leurs traîtrises.

Moi, comme un sourd, je n'entends rien ; comme un muet, je n'ouvre pas la bouche, pareil à celui qui n'entend pas, qui n'a pas de réplique à la bouche.

C'est toi que j'espère, Seigneur. Seigneur mon Dieu, c'est toi qui répondras. J'ai dit : « Qu'ils ne triomphent pas, ceux qui rient de moi quand je trébuche. »

Et maintenant, je suis près de tomber, ma douleur est toujours devant moi. Oui, j'avoue mon péché, je m'effraie de ma faute.

Mes ennemis sont forts et vigoureux, ils sont nombreux à m'en vouloir injustement. Ils me rendent le mal pour le bien ; quand je cherche le bien, ils m'accusent.

Ne m'abandonne jamais, Seigneur. Mon Dieu, ne sois pas loin de moi. Viens vite à mon aide, Seigneur, mon salut.


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