Jour 74 ☾ — Moïse prépare le peuple
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 15 et 16 du Deutéronome, le frère Paul-Adrien lit les prescriptions sur la remise des dettes au bout de sept ans, la libération de l'esclave hébreu, la consécration des premiers-nés, puis le calendrier des trois grandes fêtes : Pâque, Semaines et Tentes. Le commentaire s'attache à un petit mot qui se glisse dans tout le texte : le mot « frère », véritable charte de la fraternité, presque utopiste. Le pauvre que l'on croise est un frère, donc un membre de notre famille, et son visage nous adresse le commandement de Dieu. L'épisode se conclut par une prière pour tous ceux qui souffrent de la pauvreté et des dettes.
Introduction
Nous continuons à expliciter le quatrième commandement : tu honoreras le jour du Seigneur, tu pratiqueras ses sabbats. Alors ici, le sabbat va prendre la forme plus particulière de la remise des dettes au bout de sept ans. C'est un lien avec le sabbat, le repos des sept jours : ce sera le chapitre 15. Et ensuite, il prendra une autre forme particulière, ce sont les fêtes et les solennités. Et donc on est reparti pour un calendrier liturgique dans le chapitre 16.
On a compris que tout ça permettait de mettre à part la nation juive. Derrière, c'est la consécration à Dieu qui est importante. Mais est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose de nouveau aussi ici dans ces deux chapitres ? On verra.
Lecture : Deutéronome 15-16
Au bout de sept ans, tu feras la remise des dettes. Et voici comment se fera cette remise : tout possesseur d'une créance fera remise à son prochain de ce qu'il lui aura prêté. Il n'exercera pas de poursuites contre son prochain ou son frère, puisqu'on aura proclamé la remise des dettes en l'honneur du Seigneur. Contre l'étranger, tu pourras exercer des poursuites, mais en ce qui concerne ton frère, tu feras la remise de sa dette.
De toute manière, il n'y aura pas de malheureux chez toi. Le Seigneur, en effet, te comblera de bénédictions dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage pour que tu en prennes possession. Ceci à condition que tu écoutes bien la voix du Seigneur ton Dieu en veillant à pratiquer tout ce commandement que je te donne aujourd'hui. Alors le Seigneur ton Dieu te bénira comme il te l'a dit : tu prêteras à de nombreuses nations, mais tu n'emprunteras pas ; tu domineras sur de nombreuses nations, mais aucune d'elles ne dominera sur toi.
Se trouve-t-il chez toi un malheureux parmi tes frères, dans l'une des villes de ton pays que le Seigneur ton Dieu te donne ? Tu n'endurciras pas ton cœur, tu ne fermeras pas la main à ton frère malheureux, mais tu lui ouvriras tout grand la main et tu lui prêteras largement de quoi suffire à ses besoins. Garde-toi de tenir en ton cœur ces propos pervers : « Voici bientôt la septième année, l'année de la remise des dettes », en regardant méchamment ton frère malheureux sans rien lui donner. Il en appellerait au Seigneur contre toi et tu serais chargé d'un grand péché. Tu lui donneras largement. Ce n'est pas à contrecœur que tu lui donneras, oh non ! Pour ce geste, le Seigneur ton Dieu te bénira dans toutes tes actions et dans toutes tes entreprises. Certes, le malheureux ne disparaîtra pas de ce pays. Aussi je te donne ce commandement : tu ouvriras tout grand ta main pour ton frère quand il est dans ton pays, pauvre et malheureux.
Quand, parmi tes frères hébreux, un homme ou une femme se sera vendu à toi, il te servira durant six ans, et la septième année, tu le renverras libre de chez toi. Et en ce cas, tu ne le renverras pas les mains vides. Tu le couvriras de cadeaux avec le produit de ton petit bétail, de ton aire à grains et de ton pressoir. Tu lui donneras à la mesure de la bénédiction du Seigneur ton Dieu. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte et que le Seigneur ton Dieu t'a racheté. Voilà pourquoi je te donne aujourd'hui ce commandement.
Mais s'il te dit : « Je ne veux pas sortir de chez toi », parce qu'il t'aime, toi et ta maison, et qu'il est heureux chez toi, tu prendras un poinçon, tu lui en perceras l'oreille contre la porte, et il sera ton serviteur pour toujours. Envers ta servante, tu feras de même. Qu'il ne te semble pas pénible de le renvoyer libre de chez toi : durant six ans de service, il t'aura rapporté deux fois ce que gagne un salarié. Ainsi le Seigneur ton Dieu te bénira en tout ce que tu feras.
Tout premier-né mâle qui naîtra dans ton gros ou ton petit bétail, tu le consacreras au Seigneur ton Dieu. Tu ne feras pas travailler le premier-né de ta vache, tu ne tondras pas le premier-né de ta brebis. C'est devant le Seigneur ton Dieu, au lieu choisi par le Seigneur, que tu le mangeras. Tu le mangeras chaque année, toi et ceux de ta maison. Mais si l'animal a une tare, s'il est boiteux ou aveugle, s'il a n'importe quel autre défaut grave, tu ne le sacrifieras pas au Seigneur ton Dieu. Tu le mangeras dans ta ville ; l'homme impur et celui qui est pur en mangeront l'un et l'autre, comme si c'était de la gazelle ou du cerf. Il n'y a que le sang que tu ne consommeras pas : tu le répandras sur la terre comme de l'eau.
Observe le mois des épis. Célèbre la Pâque pour le Seigneur ton Dieu, car c'est au mois des épis que le Seigneur ton Dieu t'a fait sortir d'Égypte, durant la nuit. Tu feras le sacrifice de la Pâque pour le Seigneur ton Dieu avec du petit et du gros bétail, dans le lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom. Tu n'y mangeras pas de pain levé, mais là, pendant sept jours, tu mangeras des pains sans levain, un pain de misère, car c'est en toute hâte que tu es sorti du pays d'Égypte. Ceci pour faire mémoire, tous les jours de ta vie, de ce jour où tu es sorti du pays d'Égypte. Pendant sept jours, on ne verra pas chez toi de levain sur tout ton territoire. Rien de la chair que tu auras sacrifiée le soir du premier jour ne sera conservé jusqu'au lendemain matin.
Tu ne pourras pas sacrifier la Pâque dans n'importe laquelle des villes que le Seigneur ton Dieu te donne, mais c'est au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom que tu sacrifieras la Pâque, le soir, au coucher du soleil, au moment précis où tu es sorti d'Égypte. Tu la feras cuire, tu la mangeras au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu, puis tu t'en retourneras au matin et tu regagneras tes tentes. Pendant six jours, tu mangeras des pains sans levain. Le septième jour, ce sera la clôture de la fête pour le Seigneur ton Dieu et tu ne feras aucun travail.
Tu compteras sept semaines. Dès que la faucille commence à couper les épis, tu commenceras à compter les sept semaines. Puis tu célébreras la fête des Semaines en l'honneur du Seigneur ton Dieu avec l'offrande volontaire que fera ta main. Ton offrande sera à la mesure de la bénédiction du Seigneur ton Dieu. Tu te réjouiras en présence du Seigneur ton Dieu, au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom. Et avec toi, tu réjouiras ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, le lévite qui réside dans ta ville, l'immigré, l'orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte et tu veilleras à pratiquer ces décrets.
La fête des Tentes, tu la célébreras pendant sept jours, lorsque tu auras rentré le produit de ton aire à grains et de ton pressoir. Tu la fêteras dans la joie. Tu réjouiras ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, le lévite et l'immigré, l'orphelin et la veuve qui résident dans ta ville. Durant sept jours, tu célébreras la fête en l'honneur du Seigneur ton Dieu au lieu choisi par le Seigneur. Car le Seigneur ton Dieu t'aura béni dans toutes tes récoltes et dans tous tes travaux, et tu seras rempli de joie.
Trois fois par an, à la fête des pains sans levain, à la fête des Semaines et à la fête des Tentes, tous les hommes paraîtront devant la face du Seigneur ton Dieu, au lieu qu'il aura choisi. Ils ne paraîtront pas les mains vides devant la face du Seigneur, mais chacun fera de sa main un don à la mesure de la bénédiction que le Seigneur ton Dieu aura donnée.
Commentaire
Bien. Ce qu'il y avait de nouveau, c'était un petit mot qui est venu s'insérer subrepticement à travers tout le texte : c'est le mot de « frère ».
Il n'exercera pas de poursuites contre son prochain ou son frère.
Ma note de bas de page dans ma Bible note, à juste titre — je ne ferai pas mieux qu'elle — : « Orientée vers la défense du pauvre et de l'opprimé, ce nouveau paragraphe ainsi constitué ressemble fort, par l'usage du mot "frère", à une charte de la fraternité. » C'en est même quasiment utopiste. Ça veut dire que si jamais on libère les gens au bout de sept ans, ça veut dire qu'il n'y a pas d'esclaves, et même qu'il n'y a pas de dettes. Puis de toute façon, comme dit le verset 4 : « De toute manière, il n'y aura pas de malheureux chez toi. » Alors ça, on ne sait pas très bien si jamais c'est un ordre ou si jamais c'est un rêve. Mais il y a quand même l'idée de cette fraternité qui s'étend sur tout le pays.
Alors vous notez quand même que le texte a soin de préciser :
Ceci à condition que tu écoutes bien la voix du Seigneur ton Dieu en veillant à pratiquer tout ce commandement que je te donne aujourd'hui.
Ce qui veut donc dire que si jamais il y a des pauvres, ça veut dire qu'on n'a pas écouté la voix de Dieu. Alors on peut le voir de deux manières. On peut le voir en disant : ça permet de sauvegarder le rêve, le rêve utopiste du narrateur, qui se dit « normalement il ne devait pas y avoir de pauvres, et si jamais il y en a, c'est de votre faute ». On peut le voir aussi d'une deuxième manière, c'est-à-dire que le pauvre que l'on croise dans la rue ou ailleurs, c'est un reproche ou un appel à la conversion qui nous est adressé pour que nous suivions davantage la loi de Dieu.
Et ça, ça c'est vrai quand même. Ce n'est pas moi qui le dis, écoutez Jésus : « J'avais faim, vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, vous m'avez visité », etc. Donc le pauvre que l'on croise dans la rue, qui est notre frère, est en fait pour nous l'image du Christ. Et le Christ, c'est la loi. Donc quand on voit un pauvre, il y a ce commandement de Dieu qui arrive à travers son visage : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Bon, vous me direz, le narrateur ne devait pas être si utopiste que ça, parce que juste le paragraphe après, il dit :
Se trouve-t-il chez toi un malheureux parmi tes frères, dans l'une des villes de ton pays que le Seigneur te donne ? Tu n'endurciras pas ton cœur, tu ne fermeras pas la main à ton frère malheureux.
Donc je suppose que le narrateur avait bien conscience qu'il y aurait des malheureux chez nous. Mais ici, vous notez deux choses. Cette fois-ci, c'est à nouveau l'usage du mot « frère ». Le pauvre est un frère. C'est-à-dire que là, on redit qu'il fait partie de notre famille. Et que si jamais il fait partie de notre famille, normalement on est censé lui partager quelque chose de notre intimité. Et non seulement de notre argent, mais aussi de la chaleur de notre foyer. Je ne dis pas que j'y arrive, mais derrière, l'idéal de fraternité, c'est quand même celui-là. Et à défaut d'y arriver, je suis quand même d'accord pour dire que c'est ce que je devrais faire.
Et ensuite le chapitre continue en disant : « Tu n'endurciras pas ton cœur, tu ne fermeras pas la main à ton frère malheureux. » « Tu n'endurciras pas ton cœur » : là-dedans, vous avez deux thèmes. Le thème de la dureté de cœur — à nouveau, l'ombre du pharaon. C'est-à-dire que si jamais on est indifférent à la pauvreté de nos prochains, en fait on se retrouve en Égyptien, du côté du fouet, de ceux qui frappaient les autres. C'est ça que ça veut dire, l'homme au cœur dur. Et ça veut dire aussi que le cœur est le lieu où on écoute la parole de Dieu. « Tu n'endurciras pas ton cœur » : il est là, le lieu où on pratique la loi.
Alors, en bonus, il y avait évidemment plein d'autres choses sur ce calendrier liturgique, sur le fait qu'il fallait aller dans un lieu unique, sur le fait qu'on donnait quelques prescriptions supplémentaires. Je vous laisse ça en exercice spirituel. Et maintenant, nous nous tournons vers la prière.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur notre Dieu, toi le juste, toi le miséricordieux, nous nous tournons vers toi avec des cœurs pleins d'humilité. Tu as établi des lois pour nous enseigner l'amour du prochain et la justice. Tu nous as ordonné de libérer les dettes et de tendre la main aux démunis. Tu nous as demandé que personne ne soit laissé dans la souffrance, mais que tous puissent goûter ta bonté.
Seigneur, nous te prions pour tous ceux qui souffrent de la pauvreté. Nous te prions pour tous ceux qui sont accablés de dettes. Nous te prions pour les orphelins, pour les veuves, pour les immigrés, pour tous ceux qui vivent chez nous dans le besoin. Nous te demandons, Seigneur, de les assister. Et nous te demandons, Seigneur, d'attendrir notre cœur pour que nous soyons pour eux l'image de ta providence.
Que le Seigneur nous aide à être généreux et qu'il prenne pitié des pauvres. Et vous, que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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