Jour 75 ☼ — Le roi, gardien de la loi divine
← J74 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J75 ☾ →
Résumé : Après un appel à la générosité envers ceux qui se consacrent à l'œuvre de Dieu, le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 16 et le chapitre 17 du Deutéronome : l'institution des juges, la procédure des témoins, le recours au tribunal du lieu choisi par Dieu, et la loi du roi. Le commentaire montre la méfiance de Moïse envers la royauté, qui lui rappelle Pharaon, puis s'arrête sur le verset des « deux ou trois témoins ». Ce verset, cité par Jésus en Matthieu 18, est l'embryon de ce que les chrétiens appelleront la correction fraternelle, avec ses étapes et ses conditions. L'épisode se termine par le psaume 38.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
On en est à la moitié du Lévitique là, à peu près, hein ? Et vous avez entendu tout à l'heure ce que nous disions sur les lévites, il y a quelques chapitres. Comme quoi subvenir aux besoins des lévites, qui étaient consacrés à l'œuvre de Dieu, c'est ça aussi qui devait vous distinguer du reste des nations. Donc, à tous, je lance cet appel solennel : distinguez-vous ! Distinguez-vous par votre générosité ! Et si jamais vous ne savez pas comment le faire, il y a des liens qui sont donnés dans le podcast.
Nous retournons maintenant au Deutéronome. La fin du chapitre 16, que j'ai mise là parce qu'il était question de villes, et puis ça va avec le reste, qui est le chapitre 17. Jusqu'à présent, on était dans les institutions religieuses. Souvenez-vous, nous sommes en train de décrire une théocratie. Maintenant, on va voir comment cette souveraineté religieuse se distille, infuse les instances judiciaires du pays. On est passé dans un autre ordre.
Je vous ai dit que ceci était plus ou moins à mettre en lien avec le Décalogue, que nous étions comme en train de commenter. Donc là, c'est le cinquième commandement : tu honoreras ton père et ta mère. Alors, j'admets que le lien n'est pas parfaitement clair, nonobstant ce que me disent mes spécialistes de ce chapitre du Deutéronome. Peut-être que le lien est le suivant : à travers l'honneur que l'on doit à ses parents, il s'agit d'honorer les institutions de son pays et l'autorité du juge. Bon. Après tout, pourquoi pas ? C'est vrai que derrière l'honneur dû aux parents, il y a l'honneur dû à la tradition à laquelle on appartient. C'est peut-être ça, le lien.
Lecture : Deutéronome 16,18 – 17,20
Dans toutes les villes que te donne le Seigneur ton Dieu, tu établiras des juges et des scribes sur toutes tes tribus. Ils jugeront le peuple en de justes jugements. Tu ne feras pas dévier le droit. Tu n'agiras pas avec partialité. Et tu n'accepteras pas de présent, car le présent aveugle les sages et compromet la cause des justes. C'est la justice, rien que la justice, que tu rechercheras, afin de vivre et de prendre possession du pays que te donne le Seigneur ton Dieu.
Tu ne planteras pas de poteau sacré, de quelque bois que ce soit, à côté de l'autel du Seigneur ton Dieu que tu auras bâti à ton usage, et tu ne dresseras pas de stèle : le Seigneur ton Dieu déteste cela.
Tu ne sacrifieras pas au Seigneur ton Dieu un bœuf ou un mouton qui a une tare ou un défaut quelconque, car c'est une abomination pour le Seigneur ton Dieu.
Supposons qu'au milieu de toi, dans l'une des villes que le Seigneur ton Dieu te donne, un homme ou une femme fasse ce qui est mal aux yeux du Seigneur ton Dieu, en transgressant son alliance, en allant servir d'autres dieux et se prosterner devant eux, devant le soleil, la lune ou toute l'armée des cieux, toute chose que je n'ai pas commandée. Si on te le rapporte, si tu l'entends dire, tu feras une enquête approfondie. Si c'est vrai, si le fait est établi, si une telle abomination a été commise en Israël, tu feras sortir aux portes de ta ville cet homme ou cette femme coupable de cette action mauvaise ; tu lapideras l'homme ou la femme, jusqu'à ce que mort s'ensuive. C'est sur la déclaration de deux ou trois témoins que l'on pourra mettre à mort celui qui doit mourir. On ne pourra pas le mettre à mort sur la déclaration d'un seul témoin. Les témoins seront les premiers à lever la main contre le condamné pour le mettre à mort. Ensuite, le peuple tout entier l'achèvera de ses mains. Tu ôteras le mal du milieu de toi.
Si une cause te semble trop difficile à juger, qu'il s'agisse de sang versé, de litiges ou de blessures, et que cette affaire soit contestée au tribunal de ta ville, tu te lèveras et tu monteras au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu. Tu iras trouver les prêtres lévites et les juges en fonction dans ces jours-là. Tu les consulteras et ils te feront connaître la sentence. Tu te conformeras à la sentence qu'ils t'auront fait connaître en ce lieu choisi par le Seigneur. Et tu auras soin d'agir selon toutes leurs instructions. Suivant l'arrêt qu'ils auront rendu et la sentence qu'ils auront prononcée, tu agiras sans dévier ni à droite ni à gauche de la parole qu'ils t'auront dite. Mais l'homme qui agit avec présomption, n'écoutant ni le peuple, ni le prêtre qui se tient là pour le service du Seigneur ton Dieu, ni le juge, cet homme-là mourra. Tu ôteras le mal d'Israël. Le peuple tout entier l'apprendra et sera saisi de crainte, et il n'agira plus avec présomption.
Lorsque tu seras entré dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne, que tu en auras pris possession et que tu y habiteras, si tu te dis : « Je veux établir sur moi un roi, comme toutes les nations d'alentour », tu devras établir sur toi un roi choisi par le Seigneur ton Dieu. C'est parmi tes frères que tu prendras un roi pour l'établir sur toi. Tu ne pourras pas te donner un roi étranger qui ne serait pas l'un de tes frères. Mais qu'il n'aille pas multiplier le nombre de ses chevaux, qu'il ne ramène pas le peuple en Égypte pour avoir beaucoup de chevaux, alors que le Seigneur vous a dit : « Vous n'en reprendrez plus jamais le chemin. » Qu'il ne multiplie pas le nombre de ses femmes, de peur que son cœur ne dévie ; son argent et son or, qu'il ne les multiplie pas à l'excès. Quand il montera sur son trône royal, il écrira pour lui-même, sur un livre, une copie de cette loi, en présence des prêtres lévites. Elle restera auprès de lui. Il la lira tous les jours de sa vie, afin d'apprendre à craindre le Seigneur son Dieu, en gardant, pour les mettre en pratique, toutes les paroles de cette loi et tous ses décrets. Alors son cœur ne s'élèvera pas au-dessus de ses frères, il ne déviera du commandement ni à droite ni à gauche. Ainsi, lui et ses fils règneront de longs jours en Israël.
Commentaire
Ça se sent, Moïse n'aime pas les rois. Ça lui rappelle trop Pharaon. « Qu'il n'aille pas multiplier le nombre de ses chevaux » : les chevaux, c'est une arme de guerre. « Qu'il ne multiplie pas le nombre de ses femmes » : il y a peut-être une petite pointe sur Salomon. Il n'existe pas encore, il est seulement dans la pensée divine, mais quand même, il y a déjà un petit tacle qui vient de la part de Moïse.
Il faut comprendre Moïse : il n'a pas libéré son peuple pour que son peuple aille à nouveau en servitude volontaire. Parce que c'est ça qu'il y a de très curieux dans le roi : c'est qu'Israël va choisir librement de se mettre sous la domination d'un roi. On se souvient de La Boétie, de son discours sur la servitude volontaire. Il y aurait là tout un passage à méditer, mais c'est encore un peu trop tôt.
Moi, ce que je voudrais, c'est commenter un passage qu'il y avait avant, sur les procédures judiciaires. Parce qu'il y avait un petit passage qui m'a fait penser à l'Évangile et à Jésus. Alors, comme c'est lui qui nous a sauvés, on y retourne. Qui sait s'il n'y a pas là quelque chose de la charité qui est en train de se jouer. Ce qui m'a fait penser à Jésus, c'est cette phrase-là, verset 6 :
C'est sur la déclaration de deux ou trois témoins que l'on pourra mettre à mort celui qui doit mourir.
Et pour voir comment ça m'a fait penser à Jésus, je vous propose de commencer par un petit détour du côté de la parabole de la brebis perdue. Eh oui, dans l'Évangile selon saint Matthieu, Jésus vous prend les 99 brebis qui n'ont pas besoin d'être sauvées, la centième qui est partie se perdre et qu'il faut tout quitter pour aller chercher. Quand on l'a retrouvée, on la ramène à la maison. Et Jésus, qui fait le commentaire de sa propre parabole, dit : « Si ton frère a péché contre toi, va le voir seul à seul et reprends-le. » Ce qui est en fait la manière d'appliquer la parabole de la brebis perdue, ce qu'on oublie souvent.
Mais là, je reviens au livre du Deutéronome. Vous voyez cette phrase : « Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le seul à seul. » Vous en avez un lointain écho dans cette phrase du Deutéronome que vous venez d'entendre :
Si on te le rapporte, si tu l'entends dire, tu feras une enquête approfondie.
Alors, vous allez me dire : vous ne voyez peut-être pas bien le rapport. Mais regardez la suite. Jésus continue en disant : « Si tu es allé voir ton frère seul à seul et que ça n'a pas marché, va chercher un ou deux témoins, car il est écrit : c'est sur la parole de deux ou trois témoins que tout sera réglé. » Et ça, pour le coup, c'était une citation dans le texte, du passage qu'on vient de lire : Deutéronome, chapitre 17, verset 6.
Donc, en fait, ce que vous venez d'entendre, c'est l'embryon de ce qu'on appellera plus tard la correction fraternelle chrétienne. Et qu'il y a une manière, pour les chrétiens, de reprendre son frère quand il fait n'importe quoi, et qu'on ne le reprend pas n'importe comment, qu'il y a une procédure judiciaire à suivre, et qui, en fait, est expliquée dans ce livre du Deutéronome.
Ha ha ! Là, tout de suite, ça devient plus intéressant, parce que dès que quelqu'un vous fait une crasse ou qu'un chrétien se comporte mal devant vous, ça vous explique comment réagir. Eh bien, commencez par aller le voir seul à seul, puis ensuite, allez chercher un ou deux témoins qualifiés. Et si jamais ça ne marche pas, qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien, on continue de lire la suite, parce que ça ne s'arrête pas là. Jésus continue en disant : « Si ça ne suffit pas, va le dire à l'Église entière. » Ce qui, en fait, venait, encore une fois, du passage du Deutéronome :
Si une cause te semble trop difficile à juger, tu te lèveras, tu monteras au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu, tu iras trouver les prêtres lévites et les juges en fonction ce jour-là.
Et, petite parenthèse, c'est ce qui vous a donné dans l'Église le code de droit canonique et le fait qu'il y ait des tribunaux ecclésiastiques.
Et ensuite, si ça ne suffisait toujours pas, Jésus, pour le coup, conclut en disant : « Dans ce cas-là, considère-le comme un publicain et un païen. » Et ça, ça vous vient du Deutéronome, qui termine ce passage en disant :
Mais l'homme qui agit avec présomption, n'écoutant ni le prêtre qui se tient là pour le service du Seigneur ton Dieu, ni le juge, cet homme-là mourra, tu ôteras le mal d'Israël.
C'est l'excommunication qui devient le fait de mettre à mort.
Donc, cette correction fraternelle, qui est très importante pour nous chrétiens. Jésus vous rappelle quand même — enfin non, d'ailleurs, ce n'est pas Jésus, ça, c'est dans les livres de théologie, mais ça marche très bien — parce qu'ailleurs, Jésus a aussi dit : « Tu ne jugeras pas, pour ne pas être jugé. » Donc, je vous rappelle les règles. Il faut être en charge : ça veut dire que ce n'est pas n'importe qui qui juge n'importe qui, il faut être responsable, mais officiellement. Ensuite, il faut vouloir le bien de la personne et que ce soit pédagogique : le but, ce n'est pas de taper sur les doigts pour taper sur les doigts, le but, c'est d'amener à résipiscence — un joli mot pour dire que la personne en face de vous vienne à se convertir et à retourner vers Dieu. Et ensuite, il faut le faire avec bienveillance, et que ce soit en temps opportun et de manière opportune. Enfin bref, pour saint Thomas d'Aquin, la correction fraternelle est un fruit de la charité.
Psaume 38
J'ai dit : « Je garderai mon chemin sans laisser ma langue s'égarer ; je garderai un bâillon sur ma bouche, tant que l'impie se tiendra devant moi. »
Je suis resté muet, silencieux ; je me taisais, mais sans profit. Mon tourment s'exaspérait, mon cœur brûlait en moi. Quand j'y pensais, je m'enflammais, et j'ai laissé parler ma langue.
Seigneur, fais-moi connaître ma fin, quel est le nombre de mes jours : je connaîtrai combien je suis fragile. Vois le peu de jours que tu m'accordes : ma durée n'est rien devant toi. L'homme, ici-bas, n'est qu'un souffle ; il va, il vient, il n'est qu'une image ; rien qu'un souffle, tous ces tracas ! Il amasse, mais qui recueillera ?
Maintenant, que puis-je attendre, Seigneur ? Elle est en toi, mon espérance. Délivre-moi de tous mes péchés, épargne-moi les injures des fous.
Je me suis tu, je n'ouvre pas la bouche, car c'est toi qui es à l'œuvre. Éloigne de moi tes coups : je succombe sous ta main qui me frappe. Tu redresses l'homme en corrigeant sa faute, tu ronges comme un ver son désir. L'homme n'est qu'un souffle.
Entends ma prière, Seigneur, écoute mon cri, ne reste pas sourd à mes pleurs. Je ne suis qu'un hôte chez toi, un passant, comme tous mes pères. Détourne de moi tes yeux, que je respire, avant que je m'en aille et ne sois plus.
← J74 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J75 ☾ →