Jour 76 ☼ — La morale divine
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 20 et 21 du Deutéronome, le frère Paul-Adrien lit les lois de la guerre, le rituel d'expiation pour un meurtre dont l'assassin est inconnu, puis diverses prescriptions de droit familial. Le commentaire se donne un jeu : repérer toutes les allusions entre ces lois et les paraboles de Jésus. On y retrouve le fils prodigue, le bon Samaritain, la parabole du festin de noces, et jusqu'au pendu à l'arbre qui annonce la croix. Conclusion : Jésus a longuement médité le Deutéronome, et c'est de là que sont sorties les paraboles du Royaume.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, Deutéronome, chapitres 20 et 21. On va continuer sur les questions de guerre, ce qui développe le commandement « Tu ne tueras pas ». Et il y aura ensuite d'autres prescriptions liées au droit familial. Les commandements vont se succéder, ils ont chacun leur charme particulier, donc vous n'avez pas trop de risques de vous ennuyer.
Néanmoins, je le dis en commentaire, voilà ce que je vais faire : je vais essayer de trouver toutes les allusions entre les différentes paraboles et enseignements de Jésus et les lois que vous allez entendre. Est-ce que vous allez en trouver autant que moi ? Eh bien, on verra.
Lecture : Deutéronome 20-21
Lorsque tu partiras en guerre contre tes ennemis et que tu verras des chevaux, des chars, un peuple plus nombreux que toi, tu ne les craindras pas. Car le Seigneur ton Dieu est avec toi, lui qui t'a fait monter du pays d'Égypte.
Quand vous serez sur le point de combattre, le prêtre s'avancera et parlera au peuple. Il lui dira : « Écoute, Israël, vous êtes aujourd'hui sur le point de combattre vos ennemis, que votre courage ne faiblisse pas. N'ayez pas peur, ne vous affolez pas, ne tremblez pas devant eux, car le Seigneur votre Dieu marche avec vous afin de combattre pour vous et de vous sauver. »
Ensuite, les scribes parleront au peuple en ces termes : « Y a-t-il un homme qui a construit une maison neuve et ne l'a pas encore inaugurée ? Qu'il s'en aille et retourne chez lui, de peur qu'il ne meure au combat et qu'un autre n'inaugure sa maison. Y a-t-il un homme qui a planté une vigne et n'en a pas profité ? Qu'il s'en aille et retourne chez lui, de peur qu'il ne meure au combat et qu'un autre n'en profite. Y a-t-il un homme qui a choisi une fiancée et ne l'a pas encore épousée ? Qu'il s'en aille et retourne chez lui, de peur qu'il ne meure au combat et qu'un autre ne l'épouse. »
Les scribes diront encore au peuple : « Y a-t-il un homme qui a peur et dont le courage faiblit ? Qu'il s'en aille et retourne chez lui, de peur que le courage de ses frères, à cause de lui, ne fonde comme le sien. » Quand les scribes auront fini de parler, ils placeront des officiers à la tête du peuple.
Lorsque tu approcheras d'une ville pour la combattre, tu lui proposeras la paix. Si elle accepte la paix et t'ouvre ses portes, toute la population qui s'y trouve sera astreinte à la corvée et te servira. Mais si elle refuse la paix et engage le combat, tu l'assiégeras. Le Seigneur ton Dieu la livrera entre tes mains et tu passeras tous les hommes au fil de l'épée. Quant aux femmes, aux enfants, au bétail, tout ce qui se trouve dans la ville, tout le butin, tu t'en saisiras. Tu te nourriras du butin pris aux ennemis que le Seigneur ton Dieu t'aura livrés. Tu agiras ainsi envers toutes les villes très éloignées de toi, villes qui n'appartiennent pas aux nations que voici.
Dans les seules villes des peuples que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage, tu ne laisseras subsister aucun être vivant. En effet, tu dois vouer à l'anathème le Hittite, l'Amorite, le Cananéen, le Perizzite, le Hivvite et le Jébuséen, selon l'ordre du Seigneur ton Dieu, afin qu'ils ne vous apprennent pas à pratiquer toutes les abominations qu'ils pratiquent envers leurs dieux. Ce serait péché contre le Seigneur votre Dieu.
Lorsque tu assiégeras une ville pendant de longs jours, en combattant contre elle pour la conquérir, tu ne brandiras pas la hache sur les arbres pour les abattre, car c'est eux qui te nourriront. Tu ne les couperas donc pas. L'arbre des champs est-il un homme pour que tu le traites en assiégé ? Seul un arbre que tu reconnaîtras comme n'étant pas un arbre fruitier, tu pourras l'abattre, le couper, et tu en feras des machines de guerre contre la ville que tu combats, jusqu'à sa reddition.
Lorsque, sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donne en possession, on trouvera, gisant dans la campagne, une victime dont l'assassin est inconnu, les anciens et tes juges sortiront. Ils mesureront la distance entre la victime et les villes proches. On déterminera la ville la plus proche de la victime. Alors, les anciens de cette ville prendront une génisse qui n'a jamais servi, qui n'a jamais été sous le joug. Ils la feront descendre vers un torrent intarissable, dans un endroit ni labouré ni ensemencé. Et là, dans le torrent, ils briseront la nuque de la génisse.
Alors s'avanceront les prêtres, fils de Lévi, car c'est eux que le Seigneur ton Dieu a choisis pour le servir et bénir en son nom. C'est sur leur déclaration que se règlent tout litige et tout échange de coups. Puis tous les anciens de la ville qui se sont approchés de la victime se laveront les mains au-dessus de la génisse dont la nuque a été brisée dans le torrent. Et ils déclareront : « Nos mains n'ont pas répandu le sang de cet homme et nos yeux n'ont rien vu. Absous, Seigneur, ton peuple Israël que tu as racheté. Ne laisse pas au milieu de ton peuple Israël le sang innocent. » Et ils seront absous du sang. Toi, tu feras disparaître d'Israël l'effusion du sang innocent. Ainsi, tu feras ce qui est droit aux yeux du Seigneur.
Lorsque tu partiras en guerre contre tes ennemis et que le Seigneur ton Dieu les aura livrés entre tes mains, il t'arrivera de faire des prisonniers. Et peut-être remarqueras-tu, parmi les captives, une femme de belle apparence dont tu t'éprendras. Si tu veux l'épouser, tu la feras entrer dans ta maison. Alors, elle se rasera la tête, se coupera les ongles, retirera son manteau de captive et habitera dans ta maison. Elle pleurera son père et sa mère pendant un mois ; après quoi tu t'approcheras d'elle, tu l'épouseras et elle deviendra ta femme. S'il arrive que tu ne la désires plus, tu la laisseras partir où elle voudra. Tu ne pourras absolument pas la vendre ni en tirer profit, puisque tu lui as fait violence.
Lorsqu'un homme a deux femmes, il peut arriver qu'il aime l'une et n'aime pas l'autre, et que toutes les deux lui donnent des fils. Si l'aîné est le fils de la femme qu'il n'aime pas, le jour où cet homme partagera son héritage entre ses fils, il ne pourra pas traiter comme un premier-né le fils de la femme qu'il aime, au détriment de l'aîné, fils de la femme qu'il n'aime pas. C'est bien l'aîné, fils de la femme qu'il n'aime pas, qu'il reconnaîtra comme tel en lui donnant double part de ses biens, car c'est lui les prémices de sa virilité et c'est à lui qu'appartient le droit d'aînesse.
Lorsqu'un homme a un fils rebelle et obstiné, qui n'écoute ni son père ni sa mère, s'ils lui font la leçon et qu'il ne les écoute toujours pas, alors son père et sa mère se saisiront de lui et le conduiront auprès des anciens de la ville, au lieu désigné. Et ils diront aux anciens de la ville : « Notre fils que voici est rebelle et obstiné. Il ne nous écoute pas. C'est un débauché, un buveur. » Alors tous les hommes de la ville le lapideront jusqu'à ce que mort s'ensuive. Et ainsi tu ôteras le mal du milieu de toi. Tout Israël l'apprendra et sera dans la crainte.
Lorsqu'un homme, ayant commis une faute passible de mort, a été condamné à mort et pendu à un arbre, on ne laissera pas son cadavre sur l'arbre durant la nuit. Tu devras le mettre au tombeau le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu. Ainsi tu ne rendras pas impur le sol que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage.
Commentaire
Commençons par la fin. La fin est assez éloquente. Alors, je vais tricher un tout petit peu, ça va être dans saint Paul.
Lorsqu'un homme, ayant commis une faute passible de mort, a été condamné à mort et pendu à un arbre, on ne laissera pas son cadavre sur l'arbre durant la nuit. Tu devras le mettre au tombeau le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu.
Ça, c'est exactement Jésus, qui sera pendu sur la croix, objet de malédiction, et c'est pour ça qu'on le mettra dans un tombeau le soir même. Eh bien ça, en fait, ça vous venait de ce passage du Deutéronome. Ça méritait d'être dit, juste avant qu'on reparte maintenant sur nos paraboles.
Est-ce que vous en avez trouvé ? Il était question d'un fils rebelle, qui vit dans la débauche et qui dilapide l'héritage familial. Le fils prodigue, évidemment, bien joué ! Après, on parle du droit du fils aîné. Et là, on pense encore au fils prodigue, avec le fils cadet et le fils aîné qui ne peuvent pas se supporter l'un l'autre. On peut se demander si, dans la tête de Jésus, en méditant ce livre du Deutéronome — parce que Jésus méditait le livre du Deutéronome —, il n'en a pas fait une seule parabole. Avec une différence : la différence, c'est que dans le livre du Deutéronome, on est censé mettre à mort, lapider le fils rebelle, alors que chez Jésus, ça deviendra la parabole de la miséricorde.
Je remonte un peu plus haut, chapitre 21, le début.
Lorsque, sur la terre que le Seigneur te donne en possession, on trouvera, gisant dans la campagne, une victime dont l'assassin est inconnu, les anciens et tes juges sortiront. Ils mesureront la distance entre la victime et les villes proches, etc.
Eh bien ça, probablement en germe, vous avez ici le bon Samaritain. Le bon Samaritain, se rendant à Jérusalem, trouve sur le bord du chemin quelqu'un qui a été frappé à mort, ou quasiment à mort, par les bandits. Et alors là, ce qui est assez singulier, c'est de voir que dans ce chapitre 21 du livre du Deutéronome, il est question de prêtres, de lévites, d'anciens. Et là, dans ce chapitre 21, ils sont censés s'enquérir du droit : qui a commis ce meurtre ? Alors que dans le bon Samaritain, ça devient des gens qui n'en ont rien à faire et qui passent à côté. Donc, en fait, les lévites, dans la parabole du bon Samaritain, on n'arrête pas de nous dire que c'est parce qu'ils ne veulent pas se rendre impurs qu'ils ne touchent pas cet homme laissé pour mort — et donc qu'ils n'obéissent pas à la loi du Deutéronome. Ah !
Alors, vous avez quoi d'autre ? Eh bien, vous avez une allusion aussi très singulière. Ça, c'était dans le chapitre 20, sur cette histoire de guerre. Souvenez-vous : en guerre, il y a des soldats, et puis il y a des personnes qu'on va renvoyer de l'armée. On va les renvoyer de l'armée parce que, je vous cite : « Y a-t-il un homme qui a construit une maison neuve ? Y a-t-il un homme qui a planté une vigne ? Y a-t-il un homme qui a choisi une fiancée ? » Eh bien, que toutes ces personnes-là retournent chez elles.
Et ça, ça vous donnera une parabole chez Jésus : la parabole du festin. Un roi préparait le festin de noces pour son fils et il envoya des serviteurs appeler tous les convives. Et ceux-ci refusèrent, déclinant en disant : « Je viens de m'acheter un bœuf, je viens de me marier, j'ai une maison, je ne peux pas venir. » Et donc le roi, dans sa colère, envoya les faire périr, eux qui avaient maltraité ses serviteurs.
C'est quand même curieux, parce que quand le Deutéronome dit qu'il faut lapider, Jésus pardonne ; et quand le Deutéronome dit qu'il faut relâcher, Jésus, lui, au contraire, dit que Dieu va tuer. Peut-être que c'est justement ça qui donne la clé de la parabole de Jésus. C'est que normalement, ces personnes avaient le droit de refuser — si jamais on est toujours dans le contexte du Deutéronome chapitre 20 —, elles avaient le droit de refuser si jamais on les invitait à la guerre. Là, on ne les invite pas à la guerre, on les invite à un festin de noces. Donc, en fait, elles confondent guerre et festin de noces. Et il est peut-être là, le problème. Si vous pensez qu'aller au festin des noces éternelles, en voyant Dieu, c'est aller à la guerre, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Dieu est votre ennemi ?
Bon, eh bien, ça en fait, des allusions. Mon point était le suivant : ça vous montre à quel point Jésus a médité ces passages-là et qu'il y a vu le royaume de Dieu. Donc, à toutes les personnes qui disent que le Deutéronome ne les concerne pas : écoutez, c'est quand même de là que sont sorties les paraboles du Royaume.
Psaume 39
D'un grand espoir, j'espérais le Seigneur. Il s'est penché vers moi pour entendre mon cri. Il m'a tiré de l'horreur du gouffre, de la vase et de la boue. Il m'a fait reprendre pied sur le roc, il a raffermi mes pas.
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. Beaucoup d'hommes verront, ils craindront, ils auront foi dans le Seigneur. Heureux est l'homme qui met sa foi dans le Seigneur et ne va pas du côté des violents, dans le parti des traîtres.
Tu as fait pour nous tant de choses, toi, Seigneur mon Dieu, tant de preuves et de projets et de merveilles. Non, tu n'as point d'égal. Je l'ai dit, je l'ai redit encore, mais leur nombre est trop grand.
Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles. Tu ne demandais ni holocauste ni victime. Alors j'ai dit : « Voici, je viens. Dans le livre est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j'aime : ta loi me tient aux entrailles. »
J'annonce la justice dans la grande assemblée. Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais. Je n'ai pas enfoui ta justice au fond de mon cœur, je n'ai pas caché ta fidélité, ton salut. J'ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée.
Toi, Seigneur, ne retiens pas loin de moi ta tendresse. Que ton amour et ta vérité sans cesse me gardent. Les malheurs m'ont assailli, leur nombre m'échappe. Mes péchés m'ont accablé, ils m'ont attrapé, ils m'enlèvent la vue. Plus nombreux que les cheveux de ma tête, ils me font perdre cœur.
Daigne, Seigneur, me délivrer. Seigneur, viens vite à mon secours. Qu'ils soient tous humiliés et déshonorés, ceux qui s'en prennent à ma vie. Qu'ils reculent couverts de honte, ceux qui cherchent mon malheur. Que l'humiliation les écrase, ceux qui me disent : « C'est bien fait ! »
Mais tu seras l'allégresse et la joie de tous ceux qui te cherchent. Toujours ils rediront : « Le Seigneur est grand ! », ceux qui aiment ton salut. Je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi. Tu es mon secours, mon libérateur. Mon Dieu, ne tarde pas.
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