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Jour 83 ☾ — L'appel des disciples

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Résumé : Dans ce deuxième épisode de la journée, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 10 de saint Matthieu, le deuxième grand discours de Jésus : le discours apostolique. Après avoir guéri les malades, Jésus appelle ses douze disciples, leur donne autorité sur les esprits impurs et les envoie vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Le commentaire montre comment ce texte, constamment relu par les missionnaires et par les saints Dominique et François, allie l'exigence d'intégrité du message et un réconfort permanent : ne vous inquiétez pas, c'est l'Esprit du Père qui parlera en vous. L'épisode s'achève par une prière d'envoi en mission.

Introduction

Deuxième épisode de la journée, nous passons cette fois-ci à Matthieu, chapitre 10, notre deuxième grand discours. Et si jamais ma voix grave vous étonne, eh bien c'est parce que je suis tout simplement malade. Assez parlé de moi, revenons à saint Matthieu.

Ce que l'on appelle le discours apostolique, un discours relativement court, mais après avoir guéri tous les malades, Jésus s'aperçoit qu'il y en a encore beaucoup d'autres à guérir et qu'il n'y arrivera pas tout seul. Et ainsi, après le chapitre consacré aux miracles, un chapitre consacré à l'envoi des disciples en mission.

Lecture : Matthieu 10

Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d'expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité.

Voici le nom des douze apôtres : le premier, Simon, surnommé Pierre ; André, son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu, le publicain ; Jacques, fils d'Alphée, et Thaddée ; Simon le Zélote et Judas l'Iscariote, celui-là même qui le livra.

Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n'entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

Ne vous procurez ni or, ni argent, ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. L'ouvrier, en effet, mérite sa nourriture.

Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez là jusqu'à votre départ. En entrant dans la maison, saluez ceux qui l'habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n'en est pas digne, que votre paix retourne vers vous. Si l'on ne vous accueille pas et si l'on n'écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. Amen, je vous le dis : au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins sévèrement que cette ville.

Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes. Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez conduits devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens. Quand on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, car ce n'est pas vous qui parlerez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous.

Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort. Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Amen, je vous le dis : vous n'aurez pas fini de passer dans toutes les villes d'Israël quand le Fils de l'homme reviendra.

Le disciple n'est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit que le disciple soit comme son maître, et le serviteur comme son seigneur. Et si les gens ont traité de Béelzéboul le maître de maison, ce sera bien pire pour ceux de sa maison.

Ne craignez donc pas ces gens-là. Rien n'est voilé qui ne sera dévoilé, rien n'est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l'âme aussi bien que le corps.

Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu'une multitude de moineaux.

Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.

Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera.

Qui vous accueille m'accueille ; et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

Commentaire

Vous venez d'entendre le discours apostolique de Jésus, qui est une collection de paroles de sagesse qui pourrait presque suffire à remplir une vie entière pour le missionnaire que je suis. C'est un des passages auxquels je me réfère constamment. Derrière, en fait, vous avez saint Dominique, vous avez saint François, vous avez les apôtres, vous avez la grande geste de l'évangélisation de la part de l'Église. C'est là-dedans que vous avez, entre guillemets, la stratégie — sauf que ça n'en est pas une — la manière dont l'Église va parler du Ciel.

Et la manière dont l'Église parle du Ciel, c'est avec l'intégrité : dire la vérité, traiter au prix, parfois s'il faut le payer, de la haine des hommes. On a traité le maître de maison de Béelzéboul — ça, c'est Jésus que les pharisiens traitaient de Satan — qu'est-ce qu'il arrivera pour vous aussi ? Et vous aviez aussi, et qui lui fait écho à quelques évangiles près, cette phrase de l'Évangile selon saint Luc : « Malheur à vous lorsque les hommes diront du bien de vous. » Alors on n'est pas là pour rechercher les polémiques, on n'est pas là pour rechercher les insultes, et on ne va pas tendre le dos pour se faire battre, mais l'intégrité du message parfois nous met en butte au monde.

Mais vous sentez aussi comment ce discours apostolique que vous avez entendu n'a de cesse d'essayer de vous réconforter. Il vous dit : ne vous inquiétez pas, ça vous est arrivé, ça m'était déjà arrivé à moi, ne le prenez pas personnellement. Il vous dit encore : ne vous inquiétez pas sur ce que vous devrez dire ou comment vous devrez le dire, je m'occupe de tout. Vous avez tout quitté pour moi, je quitterai tout pour vous.

Ce n'est pas vous qui parlerez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous.

Ne vous préoccupez pas de la stratégie, des finances, par quelle ville vous allez commencer : laissez-vous porter. Alors bien sûr, ça peut toujours être bon d'avoir des stratégies, de réfléchir — si jamais on va aller dans la rue, si jamais on va aller sur YouTube, si jamais ça va être au travail, à la maison ou avec des amis, par quoi est-ce qu'on va commencer les conversations — mais Jésus vous dit, avec cette phrase-là, l'essentiel, c'est vous. Soyez candides comme des colombes et rusés comme des serpents, mais à vous d'abord d'être candides, à vous d'abord de recevoir du Ciel cette puissance, cette autorité spirituelle, à vous de vivre dans la familiarité avec Dieu, et moi je m'occuperai du reste. Je ne vous demande pas d'avoir fait des études, je ne vous demande pas d'avoir fait le séminaire, je ne vous demande pas d'avoir fait une école de vie pour évangéliser : je vous demande d'aller vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Et ces brebis perdues, on en connaît tous. On en connaît tous, et on a tous les possibilités d'aller les voir.

Bon, après, vous avez quand même ce qui termine ce discours — vous sentez encore que là, le discours est construit, c'est quelque chose de très beau, avec une captatio benevolentiae au début, Jésus qui vous prend dans le sens du poil en vous promettant, entre guillemets, je vais le dire mal, mais vous aurez compris, des pouvoirs spirituels : guérir, exorciser, relever les morts. Donc captatio benevolentiae au début, et à la fin, péroraison finale, discours de motivation :

Qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense.

Ce qui veut dire, en fait, que quand vous, vous allez évangéliser, vous allez distribuer des récompenses aux hommes qui vous accueillent. Vous êtes une source de bénédiction : celui qui vous accueille sera accueilli par Dieu, celui qui vous écoute sera pardonné par Dieu. C'est quand même quelque chose d'extraordinaire, de pouvoir non seulement annoncer l'Évangile, mais encore de pouvoir le donner aux hommes. Enfin bref, moi, ça fait ma vie de dominicain, c'est pour ça que j'ai tout quitté. Relisez-le.

Nous terminons par une prière.

Prière

Seigneur Jésus, toi qui as envoyé tes disciples annoncer la Bonne Nouvelle, envoie-moi aussi dans ce monde, que j'annonce ton Évangile, que j'annonce la vie éternelle. Donne-moi la force de t'annoncer avec courage. Sois ma joie dans les obstacles, ma sagesse dans les épreuves ; que ton Esprit me guide à travers toutes les difficultés.

Seigneur, je te confie toutes les personnes à qui je vais parler de toi, je te confie toutes les personnes qui, en ton nom, se convertiront, toutes les personnes aussi qui refuseront de se convertir. Je te demande, pour les uns, la grâce de persévérer dans la foi, et pour les autres, le courage de se repentir.

Seigneur, envoie-moi en mission.

Et vous, que Dieu vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.


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