Jour 84 ☾ — Les paraboles du Royaume
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Résumé : Cet épisode est consacré au chapitre 13 de l'évangile selon saint Matthieu, où Matthieu a rassemblé toutes les paraboles du Royaume : le semeur, l'ivraie, la graine de moutarde, le levain, le trésor, la perle et le filet. Le frère Paul-Adrien explique pourquoi la parabole du semeur, qu'on croit toujours comprendre, se lit à plusieurs niveaux : notre cœur, la figure du semeur qu'est Jésus, et surtout le grain de blé qui meurt en terre pour donner du fruit. Il montre que toutes les autres paraboles viennent éclairer les zones restées obscures de la première, ce qui fait de la parabole du semeur une parabole sur les paraboles. L'épisode se termine par une prière pour devenir une terre fertile.
Introduction
Une de mes sections préférées, les paraboles, parce que Matthieu fait bien les choses : il vous a mis toutes les paraboles en un seul chapitre, le chapitre 13. Alors ça va commencer par la grande parabole, « un semeur étant sorti pour semer », qu'ensuite on va expliquer, et ensuite une collection d'autres paraboles. Bonne écoute.
Lecture : Matthieu 13
Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison et il était assis au bord de la mer. Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu'il monta dans une barque où il s'assit. Toute la foule se tenait sur le rivage et il leur dit beaucoup de choses en parabole.
« Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin et les oiseaux sont venus tout manger. D'autres sont tombés sur le sol pierreux où il n'avait pas beaucoup de terre. Ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. Le soleil s'est levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D'autres sont tombés dans les ronces. Les ronces ont poussé et les ont étouffés. D'autres sont tombés dans la bonne terre et ils ont donné du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »
Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en parabole ? » Il leur répondit : « À vous, il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n'est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera et il sera dans l'abondance. À celui qui n'a pas, on enlèvera même ce qu'il a. Si je leur parle en parabole, c'est parce qu'ils regardent sans regarder et qu'ils écoutent sans écouter ni comprendre, de sorte que s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe : "Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Car le cœur de ce peuple s'est alourdi. Ils sont devenus durs d'oreilles, ils se sont bouché les yeux, de peur qu'avec leurs yeux ils ne voient, qu'avec leurs oreilles ils n'entendent, que leur cœur ne comprenne, qu'ils se convertissent, et moi, je les aurais guéris."
Mais vous, heureux vos yeux puisqu'ils voient, et vos oreilles puisqu'elles entendent. Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu.
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand quelqu'un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s'empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c'est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c'est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie, mais il n'a pas de racine en lui, il est l'homme d'un moment, et quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c'est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est celui qui entend la Parole et la comprend, et il porte du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un. »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint. Il sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla. Quand la tige poussa et produisit l'épi, alors l'ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : "Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y ait de l'ivraie ?" Il leur dit : "C'est un ennemi qui a fait cela." Les serviteurs lui dirent : "Veux-tu donc que nous allions l'enlever ?" Il répond : "Non, de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson. Et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler. Quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier." »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu'un homme a prise et qu'il a semée dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leur nid dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu'une femme a pris et qu'elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : « J'ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde. »
Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s'approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l'ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme. Le champ, c'est le monde. Le bon grain, ce sont les fils du Royaume. L'ivraie, les fils du Mauvais. L'ennemi qui l'a semée, c'est le diable. La moisson, c'est la fin du monde. Et les moissonneurs, ce sont les anges. De même qu'on enlève l'ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l'homme enverra ses anges et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal. Ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu'il entende !
Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède et il achète ce champ.
Ou encore, le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède et il achète la perle.
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l'on jette dans la mer et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondirent : « Oui. » Jésus ajouta : « C'est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien. »
Lorsque Jésus eut terminé ses paraboles, il s'éloigna de là. Il se rendit dans son lieu d'origine et il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle manière qu'ils étaient frappés d'étonnement et disaient : « D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N'est-ce pas là le fils du charpentier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie, et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d'où lui vient tout cela ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Et Jésus leur dit : « Un prophète n'est méprisé que dans son pays et dans sa propre maison. » Et il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur mépris.
Commentaire
C'est un de mes passages préférés. J'adore cette parabole du semeur. On croit la connaître, on croit la comprendre, et on se trompe. Vous savez, quand vous croyez comprendre une parabole, ce n'est jamais très bon signe.
D'ailleurs, regardez, pour vous dire qu'il y a plus derrière cette parabole : Jésus commence par vous la donner, et ensuite il commence à expliquer pourquoi personne ne la comprend, sauf les disciples qui croient la comprendre, mais en fait qui la comprennent si peu que Jésus ensuite est obligé de leur expliquer. D'ailleurs, l'explication que Jésus en donne n'est pas forcément l'explication la plus naturelle. Et ensuite, pour remettre une couche, vous avez cette collection de nouvelles paraboles qui toutes viennent éclairer certains passages que la première parabole laissait obscurs.
Alors, reprenons déjà cette parabole qui est incompréhensible. Évidemment, si jamais vous allez à la messe, vous l'avez peut-être déjà entendu expliquer dix fois. Mais moi, au catéchisme, quand les enfants l'écoutent pour la première fois, je n'en ai jamais trouvé un seul qui était capable de la comprendre.
Alors, vous pouvez même regarder la manière dont vous la comprenez. Par exemple, la manière la plus naturelle de la comprendre, c'est de dire que ça parle de nous, de notre cœur : est-ce que nous sommes capables d'entendre la Parole, ou pas capables de l'entendre ? Mais là, vous voyez, c'est un premier niveau, parce qu'en fait, c'est vous que vous êtes en train de mettre au cœur de la parabole. Vous, vous, vous et encore vous. Enfin, apprenez à vous décentrer un petit peu.
Donc, il y a un deuxième niveau, qui d'ailleurs n'est pas dit, mais qui cette fois-ci centre la parabole sur la figure du semeur. Parce que qui est le semeur ? Le semeur est Jésus. Le Jésus qui donne la Parole sans calculer, sans compter à la dépense, et que vous êtes appelés à imiter. Et donc déjà, un deuxième niveau de lecture de cette parabole, c'est : si vous êtes missionnaire, évangélisateur ou simple témoin du Christ, cette parabole est un appel à ne pas vous laisser décourager. Peut-être que plein de témoignages que vous donnez de Jésus ne servent à rien, mais ça finira toujours, à un moment, par tomber dans de la bonne terre. Ce que cette parabole veut dire, c'est : courage, les petits gars.
Or, il y a un autre niveau de lecture, qui cette fois-ci centre la parabole non pas sur vous, non pas sur la terre, non pas sur le semeur, mais sur le grain de blé qui tombe en terre. Et là, cette fois-ci, vous passez de l'évangile selon saint Matthieu à l'évangile selon saint Jean : le grain de blé qui tombe en terre porte beaucoup de fruits. Et ce qu'il y a au cœur de cette parabole, c'est le don de soi. Vous voulez que la parole de Dieu donne du fruit ? Eh bien, derrière, il faut donner sa vie. C'est ça, la véritable parole de Dieu : c'est que cette parole de Dieu est comparable à un grain de blé qui meurt. Pour les anciens, les grains de blé mouraient pour donner naissance à une vie nouvelle.
Et donc là, vous voyez comment, au fur et à mesure, on est en train, poupée gigogne après poupée gigogne, de traverser différentes strates exégétiques et de compréhension de ce texte.
Puis après, vous avez toute la série des autres paraboles. Mais si jamais vous regardez bien, la parabole de l'ivraie vient en fait expliquer d'où vient le mal, et qu'est-ce qu'il faut faire en présence du mal. Si vous regardez par exemple la parabole, cette fois-ci, de la petite graine de moutarde qui devient un immense arbre, eh bien cette fois-ci, vous êtes en train de mettre le focus sur comment le grain de blé qui a été semé porte du fruit. Si maintenant vous regardez la parabole de la personne qui a un trésor caché dans son champ, mais cette fois-ci, il est encore question de vous, c'est-à-dire : une fois que le grain de blé a poussé, qu'est-ce qu'il faut faire ? Eh bien, il faut cultiver le champ, il faut l'acheter, il faut tout quitter pour se l'approprier, etc.
C'est vraiment la parabole du semeur. C'est la mère des paraboles. Et c'est même une parabole sur les paraboles. Les paraboles, c'est Jésus qui parle du royaume des Cieux dans de courtes histoires imagées, et que personne ne comprend. Mais comment ça se fait que personne ne comprenne cette parabole ? Eh bien, c'est encore ce que vous explique la parabole du semeur. Ce qui explique pourquoi Jésus prend du temps à l'expliquer : il commence par expliquer pourquoi les gens ne la comprennent pas — et c'est la dureté de cœur ; ensuite, il explique comment les disciples doivent la comprendre ; et ensuite, il vous donne des pistes pour approfondir.
Donc vraiment, cette parabole, méditez-la, faites-la vôtre : c'est la grande parabole. Nous terminons par une prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, fais de moi une terre fertile. Seigneur, donne-moi de donner ma vie comme un grain de blé. Seigneur, enlève les épines. Protège-moi des pierres. Garde-moi des moineaux. Et que je porte du fruit pour la vie éternelle.
Et vous, que Dieu qui est tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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