CapBibliqueCapBiblique

Jour 85 ☼ — Le Christ au-delà des frontières

← J84 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J85 ☾ →


Résumé : Nouvel épisode dans l'Évangile selon saint Matthieu, avec le début de ce que le frère Paul-Adrien appelle « la section des trois montagnes ». La lecture des chapitres 14 et 15 enchaîne la mort de Jean le Baptiste, la première multiplication des pains, la marche sur les eaux, la controverse sur le pur et l'impur, la Cananéenne et la seconde multiplication des pains. Le commentaire montre que la multiplication des pains est le plus grand miracle de Jésus, celui que les quatre évangiles rapportent, et le replace dans un mouvement de retrait : Jésus, endeuillé, harcelé par les foules et pourchassé par une commission d'enquête venue de Jérusalem, s'éloigne vers le territoire païen, où il finit par rompre le pain pour des païens.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nouvel épisode dans l'Évangile selon saint Matthieu. Nouvel épisode, nouvelle section. Vous savez comment est-ce qu'à chaque fois l'Évangile selon saint Matthieu alterne discours-récit-discours-récit ? Eh bien là, ce sera un récit. J'ai coutume d'appeler cette section la section des trois montagnes, parce que vous allez voir comment est-ce qu'on passe d'une montagne à une autre montagne.

La section est relativement longue, donc on va la couper en deux épisodes : d'abord chapitres 14 et 15, puis 16 et 17. Au début de cette section, vous aurez la malheureuse mort de Jean le Baptiste, un des passages les plus glauques de tout le Nouveau Testament. Et à la fin de cette section, à la fin du chapitre 17, Jésus qui reparlera à nouveau de Jean le Baptiste. Cette inclusion est entre les deux, Jésus qui va d'une montagne à l'autre.

Lecture : Matthieu 14-15

En ce temps-là, Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, apprit la renommée de Jésus et dit à ses serviteurs : « Celui-là, c'est Jean le Baptiste. Il est ressuscité d'entre les morts, et voilà pourquoi des miracles se réalisent par lui. »

Car Hérode avait fait arrêter Jean, l'avait fait enchaîner et mettre en prison. C'était à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe. En effet, Jean lui avait dit : « Tu n'as pas le droit de l'avoir pour femme. » Hérode cherchait à le faire mourir, mais il eut peur de la foule qui le tenait pour un prophète.

Lorsqu'arriva l'anniversaire d'Hérode, la fille d'Hérodiade dansa au milieu des convives, et elle plut à Hérode. Alors il s'engagea par serment à lui donner ce qu'elle demanderait. Poussée par sa mère, elle dit : « Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean le Baptiste. » Le roi fut contrarié, mais à cause de son serment et des convives, il commanda de la lui donner. Il envoya décapiter Jean dans la prison. La tête de celui-ci fut apportée sur un plat et donnée à la jeune fille, qui l'apporta à sa mère. Les disciples de Jean arrivèrent pour prendre son corps, qu'ils ensevelirent ; puis ils allèrent l'annoncer à Jésus.

Quand Jésus apprit cela, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l'écart. Les foules l'apprirent et, quittant leurs villes, elles le suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.

Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : « L'endroit est désert et l'heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu'ils aillent dans les villages s'acheter de quoi manger. » Mais Jésus leur dit : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les-moi. » Puis, ordonnant à la foule de s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction. Il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

Aussitôt, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre. Elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés et dirent : « C'est un fantôme ! » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! C'est moi, n'ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à s'enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Après la traversée, ils abordèrent à Génézareth. Les gens de cet endroit reconnurent Jésus : ils firent avertir toute la région et on lui amena tous les malades. Ils le suppliaient de leur laisser seulement toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui le faisaient furent sauvés.

Alors des pharisiens et des scribes venus de Jérusalem s'approchent de Jésus et lui disent : « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains avant de manger. » Jésus leur répondit : « Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? Car Dieu a dit : "Honore ton père et ta mère", et encore : "Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort." Et vous, vous dites : "Supposons que quelqu'un déclare à son père ou à sa mère : Les ressources qui m'auraient permis de t'aider sont un don réservé à Dieu. Dans ce cas, il n'aura plus à honorer son père ou sa mère." Et ainsi, vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé à votre sujet quand il a dit : "Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C'est en vain qu'ils me rendent un culte ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains." »

Jésus appela la foule et lui dit : « Écoutez et comprenez bien. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur. » Alors les disciples s'approchèrent et lui dirent : « Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés en entendant cette parole ? » Il répondit : « Toute plante que mon Père du ciel n'a pas plantée sera arrachée. Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » Prenant la parole, Pierre lui dit : « Explique-nous cette parabole. » Jésus répliqua : « Êtes-vous encore sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche passe dans le ventre, pour être éliminé ? Mais ce qui sort de la bouche provient du cœur, et c'est cela qui rend l'homme impur. Car c'est du cœur que proviennent les pensées mauvaises : meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages et diffamations. C'est cela qui rend l'homme impur ; mais manger sans se laver les mains, cela ne rend pas l'homme impur. »

Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s'approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et à l'heure même, sa fille fut guérie.

Jésus partit de là et arriva près de la mer de Galilée. Il gravit la montagne et là, il s'assit. De grandes foules s'approchèrent de lui, avec des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets et beaucoup d'autres encore. On les déposa à ses pieds et il les guérit. Alors la foule était dans l'admiration, en voyant des muets qui parlaient, des estropiés rétablis, des boiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient. Et ils rendirent gloire au Dieu d'Israël.

Jésus appela ses disciples et leur dit : « Je suis saisi de compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n'ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun : ils pourraient défaillir en chemin. » Les disciples lui disent : « Où trouverons-nous dans un désert assez de pain pour rassasier une telle foule ? » Jésus leur demanda : « Combien de pains avez-vous ? » Ils dirent : « Sept, et quelques petits poissons. » Alors il ordonna à la foule de s'asseoir par terre. Il prit les sept pains et les poissons ; rendant grâce, il les rompit et il les donnait aux disciples, et les disciples aux foules. Tous mangèrent et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait sept corbeilles pleines. Or, ceux qui avaient mangé étaient quatre mille, sans compter les femmes et les enfants. Après avoir renvoyé la foule, Jésus monta dans la barque et alla dans le territoire de Magadane.

Commentaire

C'est souvent la question que je posais au catéchisme : c'est quoi le plus grand miracle de Jésus ? Est-ce que le plus grand miracle de Jésus, c'est la guérison du paralytique ? Est-ce que c'est le fait d'avoir marché sur les eaux, ce qui est quand même assez impressionnant ? Eh bien, la réponse la plus claire, la plus simple : le plus grand miracle de Jésus, c'est la multiplication des pains. Il a à ce point impressionné les gens, il a une telle profondeur, que vous le retrouvez non pas une fois, mais bien deux fois dans Matthieu, deux fois dans Luc, deux fois dans Marc, et une fois dans l'Évangile selon saint Jean, qui ne peut jamais rien faire exactement comme tout le monde. Saint Jean vous en donne en plus la signification eucharistique ; et là, dans l'Évangile selon saint Matthieu, vous voyez comment est-ce que c'est pris dans le mouvement apostolique de Jésus.

Alors, déjà, regardez comment Jésus s'est retrouvé sur cette montagne à multiplier des pains. C'est quelque chose de très beau. Jean le Baptiste vient de mourir. Et Jean le Baptiste, pour Jésus, ça veut dire quelque chose. Jean le Baptiste, c'est le prédécesseur de Jésus. Donc il y a à la fois les liens de la famille, de l'affection ; mais quand Jean le Baptiste meurt, Jésus comprend que le prochain sur la liste, c'est lui. C'est ça que ça veut dire. Et donc il porte à la fois le deuil de son cousin, et puis le choc de son destin, que maintenant il va subir aussi.

Donc il est en train de s'éloigner gentiment pour faire son deuil de son côté. Et à ce moment-là, tout le monde le suit. Il n'a pas un instant de répit. Et quand il débarque, alors qu'il veut pouvoir prier et prendre du temps pour lui, il a devant lui une foule affamée. Et Jésus prend sur lui. Il faut imaginer tout ce que ça a dû lui coûter. Et non seulement il guérit cette foule, mais en plus il lui donne à manger.

Sauf que les pharisiens commencent à venir maintenant, en plus, le titiller et le harceler. Donc là, il faut imaginer la commission d'enquête spécialement déléguée par Jérusalem, qui va jusque dans ce trou paumé qu'est Capharnaüm pour venir casser la tête de Jésus. Donc Jésus, il commence à ne plus trop arriver à gérer les choses, si je puis dire. Il vient d'avoir le deuil de Jean le Baptiste, il est harcelé par la foule, et maintenant il a en plus contre lui une enquête formelle de Jérusalem.

Et donc, il est en train de s'éloigner, il est en train de s'éloigner du côté des païens. Sauf que, à nouveau maintenant, ce sont les païens qui se mettent à le harceler pour lui demander de faire des miracles. Et Jésus qui prend sur lui pour remonter sur une nouvelle montagne et faire une nouvelle multiplication, cette fois-ci en territoire païen. Ce qui en plus finit par achever la réputation de Jésus, à la fois comme grand thaumaturge, faiseur de miracles, mais aussi comme quelqu'un qui partage le pain avec des païens, ce que les pharisiens ne supportent pas.

Donc il y a tout ça qui est dit ici. Et ce n'est pas terminé, parce que notre section, nous n'en sommes qu'à la moitié. L'autre moitié dans l'épisode qui arrive juste après.

Psaume 118e

Mon âme est collée à la poussière ; fais-moi vivre selon ta parole.

J'énumère mes voies : tu me réponds ; apprends-moi tes commandements.

Montre-moi la voie de tes préceptes, que je médite sur tes merveilles.

La tristesse m'arrache des larmes : relève-moi selon ta parole.

Détourne-moi de la voie du mensonge, fais-moi la grâce de ta loi.

J'ai choisi la voie de ta fidélité, je m'ajuste à tes décisions.

Je me tiens collé à tes exigences : Seigneur, garde-moi d'être humilié.

Je cours dans la voie de tes volontés, car tu mets au large mon cœur.


← J84 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J85 ☾ →