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Matthieu 15, 21-28
AELF · Bible liturgique

21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
22 Et voici qu'une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : " Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. "
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s'approchant, le priaient : " Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. "
24 A quoi il répondit : " Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. "
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : " Seigneur, viens à mon secours ! "
26 Il lui répondit : " Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " -
27 " Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! "
28 Alors Jésus lui répondit : " O femme, grande est ta foi ! Qu'il t'advienne selon ton désir ! " Et de ce moment sa fille fut guérie.

Matthieu 15, 21-28
Commentaire

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".


Avec notre page, nous continuons d'accompagner Jésus dans sa 3ème grande mission apostolique, située dans l'Evangile de Matthieu, entre ses 3ème et 4ème grands discours, et au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son "heure" de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.

2. Message

Jésus se retire en terre païenne. Interpellé par une Cananéenne qui le supplie de libérer sa fille d'un démon, il rappelle que sa mission historique ne s'adresse qu'à ceux qui, en Israël, ont besoin de son salut. Ce qu'il reprécise par sa distinction, choquante pour nous, entre les "enfants" (Israël) et les "chiens" (païens).

La grande foi de cette femme s'exprime par son insistance, l'intensité de sa supplication, son humilité, qui ne revendique que quelques miettes perdues.

Reconnaissant la grandeur de cette foi, Jésus guérit la fillette, anticipant la transmission de son salut à toutes les nations, après sa résurrection (Matthieu, 28, 18 - 20).

3. Decouvertes

Tyr et Sidon, ainsi que les Cananéens avaient une très mauvaise réputation (Ezéchiel, 28). La démarche de foi de cette femme n'en apparaît que plus contrastée.

Dans les pays païens limitrophes d'Israël résidaient également de nombreux Juifs. Ce qui explique que la renommée de Jésus y soit parvenue.

La femme s'adresse à Jésus en l'appelant "Seigneur" et "Fils de David".

Le refus de Jésus, par son silence, et ensuite par ses paroles, est, à la fois, mise à l'épreuve de la foi de cette femme et rappel de l'élection d'Israël par Dieu, de la priorité de la mission du Messie à l'égard de son peuple, et de la fidélité de Dieu, face à l'incroyance d'Israël, que Jésus rencontre à son tour.

Cette priorité d'Israël dans le plan du salut de Dieu demeure dans la prédication apostolique, même si celle-ci s'exerce massivement auprès des païens : Actes, 13, 46; 18, 4 - 6; 28, 16 - 28; Romains, 1, 16; 2, 9 - 10; 11, 10 - 14; Ephésiens, 3, 4 - 6.

La réponse finale, astucieuse, de la Cananéenne reconnaît la priorité d'Israël, tout en demandant l'extension aux païens des biens du salut.

Le centurion de 8, 5 - 13 et cette Cananéenne sont les deux seuls cas où Jésus vante le degré de foi qu'il rencontre. Il guérit leur malade à distance. La qualité de la foi qu'ils manifestent l'un et l'autre leur fait ainsi recevoir le salut de Dieu par delà Israël.

4. Prolongement

Depuis la résurrection de Jésus, et la prédication exercée en son Nom à toutes les nations, car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Timothée, 2, 4 - 6), notre foi est l'ouverture d'un coeur de pauvre au salut gratuit par grâce, que Dieu nous propose par Jésus, dans l'Esprit Saint.

Nous avons sans cesse à nous remettre entièrement entre les mains de Jésus, dans la confiance totale que hors de lui, nous ne pouvons rien faire (Jean, 15, 5 et Actes, 4, 12).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous appelles à croire en toi et en ta mission de Sauveur unique de toute l'humanité, au terme du grand projet de Dieu de conduire tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps à partager sa gloire : viens augmenter ma foi, pour que le don de ton Esprit fructifie en moi, et que j'accepte de me laisser pénétrer par lui, en renonçant à la maîtrise de mon existence, et en me remettant sans cesse entre tes mains, dans l'attitude de celui qui se reconnaît, de lui-même, pauvre, impuissant, en manque de l'essentiel. AMEN.

07.08.2002.*