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Matthieu 26, 14-25
AELF · Bible liturgique

14 Alors l'un des Douze, appelé Judas Iscariote, se rendit auprès des grands prêtres
15 et leur dit : " Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? " Ceux-ci lui versèrent trente pièces d'argent.
16 Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le livrer.
17 Le premier jour des Azymes, les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : " Où veux-tu que nous te préparions de quoi manger la Pâque ? "
18 Il dit : " Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : "Le Maître te fait dire : Mon temps est proche, c'est chez toi que je vais faire la Pâque avec mes disciples". "
19 Les disciples firent comme Jésus leur avait ordonné et préparèrent la Pâque.
20 Le soir venu, il était à table avec les Douze.
21 Et tandis qu'ils mangeaient, il dit : " En vérité je vous le dis, l'un de vous me livrera. "
22 Fort attristés, ils se mirent chacun à lui dire : " Serait-ce moi, Seigneur ? "
23 Il répondit : " Quelqu'un qui a plongé avec moi la main dans le plat, voilà celui qui va me livrer !
24 Le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! "
25 A son tour, Judas, celui qui allait le livrer, lui demanda : " Serait-ce moi, Rabbi ? " - " Tu l'as dit ", répond Jésus.

Matthieu 26, 14-25
Commentaire

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".


Avec cette page, nous nous trouvons à l'intérieur de la toute dernière partie de l'Evangile de Matthieu, traitant de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus (26, 1 - 28, 20).

Dans la 1ère section de cet ensemble, qui traite de la passion et de la mort de Jésus en 19 épisodes(26, 1 - 27, 66), nous en sommes aux 3ème et 4ème épisodes, réunis en notre passage : déjà les autorités du Temple ont pris la décision de faire mourir Jésus, et, à Béthanie, quand Jésus s'était trouvé à table chez Simon le Lépreux, une femme était venue répandre sur sa tête un parfum de grand prix, devant les disciples indignés d'une telle dépense. Ce qui n'avait pas empêché Jésus d'interpréter ce geste comme une bonne oeuvre, annonçant l'ensevelissement prochain de son corps.

2. Message

Quel contraste entre le geste de cette femme oignant Jésus et la démarche de Judas, qui constitue le 3ème épisode de ce récit de la Passion ! Le traître "marchande" la livraison de son Maître, et se fait payer immédiatement. A partir de là, les dés sont jetés : tout est en place pour le déroulement de la passion. Reste à déterminer le moment favorable.

Notre page se poursuit avec l'épisode suivant, nous décrivant les préparatifs du repas Pascal Juif, que Jésus va célébrer avec ses disciples. En réponse à leur sollicitation, Jésus les charge d'aller en ville préparer tout ce qui est nécessaire pour célébrer cette Pâque. Il domine bien la situation, et il semble avoir bien tout prévu, en fonction des circonstances.

Jésus partage donc ce repas, mais avec ses douze apôtres seulement, et il ne nous est rapporté de cet événement que l'annonce par Jésus que l'un des Douze, qui entourent avec lui cette table, va le trahir et le livrer, ainsi que l'institution Eucharistique et le chant des psaumes, qui figurent dans l'épisode suivant.

Jésus manifeste ouvertement qu'il sait qui va le trahir, il en parle donc devant tous, répondant à la question précise de Judas : "c'est toi qui l'as dit", après l'avoir sérieusement mis en garde sur les conséquences de son action.

Tout au long de ce que nous rapporte cet épisode, Jésus parle et agit avec une très grande autorité. A deux reprises, il souligne l'importance de l'événement de sa passion qui pointe à l'horizon : d'une part, il fait dire que "son temps est proche", indiquant ainsi combien sa passion et sa mort vont inaugurer la fin des temps et la venue du Royaume de Dieu, et, d'autre part, il précise que dans son passage par la mort, le Fils de l'homme, qu'il est, accomplira pleinement les Ecritures de l'Ancien Testament.

3. Decouvertes

Jérusalem, en plus de ses 30000 habitants, accueillait alors environ 130000 pélerins pour la fête de la Pâque Juive, qui durait une semaine et un jour. Il fallait donc "réserver" la salle que l'on voulait utiliser pour célébrer le repas pascal.

D'après Matthieu, Jésus a célébré le repas pascal au jour fixé, et selon le rite Juif prévu, ce que contredit l'Evangile de Jean, selon lequel la Pâque Juive aurait été célébrée, cette année-là, le soir du Vendredi, soit après la mort de Jésus (Jean, 18, 18 et 19, 14. 31. 42).

Si l'on suit l'Evangile de Jean, Jésus n'aurait célébré avec ses disciples qu'un repas d'adieux, en y instituant l'Eucharistie (dont Jean, d'ailleurs, ne parle pas à cet endroit), et "célébré" la Pâque Juive, en la remplaçant par sa mort, vécue dans son engagement total d'obéissance au Père et en prenant tous les risques, jusqu'au bout.

En s'adressant à Judas, Jésus constate et déclare sa situation malheureuse : il ne le maudit ni le condamne, il se contente de l'avertir de la portée de son geste. Mais Judas ne croit pas à la mission de Jésus, qu'il se contente d'appeler "Rabbi" dans cet épisode, alors que les autres disciples le nomment déjà "Seigneur". N'oublions jamais, cependant, que tous les Evangiles ont été écrits pour nous apporter la bonne Nouvelle de Jésus, relisant son ministère, à partir de l'expérience que ses premiers disciples avaient eue de sa résurrection.

4. Prolongement

Ce dernier repas de Jésus, quelle qu'en ait été la date exacte, a eu lieu , de toute façon, dans une forte ambiance "pascale", marquée par le souvenir de l'Exode avec sa dimension de libération de l'esclavage Egyptien, et d'intervention puissante de Dieu, qui "est passé" au milieu de son peuple, pour le faire sortir d'Egypte et le conduire vers la terre d'Israël.

Dans sa mort et sa résurrection, Jésus accomplit définitivement ce "passage" de Dieu, en lui, parmi nous, passage qui nous ouvre au partage de la vie même de Dieu, dans le don qu'il nous fait de son "Règne" sur notre existence et nos relations personnelles. Ainsi, Jésus est-il la "Pâque Nouvelle", l'Agneau de Dieu "debout comme immolé" (Apocalypse, 5, 6 - 7), le crucifié-ressuscité, qui est "élevé" à la droite du Père.

Notre rite Eucharistique reproduit les gestes de Jésus en son dernier repas, lorsqu'il a repris lui-même les gestes Juifs de bénédiction effectués, lors des repas de fête, par le chef de famille qui, à deux reprises, rendait grâces à Dieu, en rompant le pain au début de ce repas, et en faisant circuler la coupe de vin, à la fin de ce même repas. Mais, par les paroles nouvelles qu'il a jointes à ces gestes pour leur donner un sens nouveau, Jésus a fait, de cette double bénédiction, un "mémorial", ou souvenir vivant, laissé à ses disciples et à tous les croyants, de son corps livré et de sa vie répandue, dans la Pâque définitive de sa mort sur la croix et de son entrée dans sa gloire de Ressuscité.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as laissé les gestes tout simples du partage du pain et de la coupe, pour y inscrire la puissance du souvenir vivant de ton "passage" au Père, qui a réalisé notre libération, et nous a donné notre dignité de "Fils" de Dieu, associés à sa vie, et promis à la rencontre, avec toi, de sa gloire : apprends-moi à vivre, en vérité, ce partage eucharistique, comme le lieu de la saisie de mon existence par la force transformante de ta mort, de ta résurrection, et du don de ton Esprit. AMEN.

27.03.2002.*