Jour 91 ☼ — Jéricho : la chute des murailles
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit d'une traite les chapitres 6 et 7 du livre de Josué : la liturgie des sept tours autour de Jéricho, l'effondrement du rempart, le salut de Rahab, puis la défaite devant Aï causée par le vol d'Akan. En enchaînant les deux chapitres, le récit change de sens : la victoire et l'échec sont les deux faces d'une même histoire. L'anathème apparaît alors comme une toile de fond narrative qui fait ressortir deux figures inverses, Rahab l'exception légitime et Akan le traître, et rappelle qu'un seul individu engage toute la communauté. Pas de psaume aujourd'hui : il a été déplacé dans l'épisode suivant.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Eh bien, vous voyez, encore une leçon sur le fait de lire la Bible en entier, en parcourant les chapitres sans avoir trop le temps de s'arrêter. Et ça vous raconte une toute autre histoire. Nous allons entendre la prise de Jéricho. Extraordinaire, magnifique, vous allez voir. Elle a traversé les siècles, frappé l'imagination. Et généralement, on s'arrête là pour célébrer la grandeur et les miracles de Dieu. Eh bien, le fait d'enchaîner les chapitres fait que directement du chapitre 6 au chapitre 7, on va aller de Jéricho à Aï. Et vous allez voir comment est-ce que ça raconte une autre histoire, maintenant, de mettre ces deux chapitres l'un tout de suite après l'autre.
Lecture : Josué 6-7
Jéricho était fermée, verrouillée à cause des fils d'Israël. Nul ne sortait et nul n'entrait.
Le Seigneur dit à Josué : « Regarde, je livre entre tes mains Jéricho, son roi et ses meilleurs guerriers. Vous, tous les hommes de guerre, vous ferez le tour de la ville. Vous tournerez une fois et tu feras de même six jours durant. Devant l'arche, sept prêtres porteront sept trompes en corne de bélier. Le septième jour, vous ferez sept fois le tour de la ville et les prêtres sonneront du cor. Quand retentira la corne de bélier, quand vous entendrez le son du cor, tout le peuple poussera une grande clameur. Et alors le rempart de la ville s'effondrera sur place et le peuple montera à l'assaut, chacun droit devant soi. »
Josué, fils de Noun, appela les prêtres et leur dit : « Portez l'arche d'alliance et que sept prêtres portent sept trompes en corne de bélier devant l'arche du Seigneur. » Il dit au peuple : « Passez, faites le tour de la ville et que l'avant-garde passe devant l'arche du Seigneur. »
Selon les paroles de Josué au peuple, il dit : « Faites le tour de la ville et que l'avant-garde marche devant les prêtres qui sonnent du cor. » Les sept prêtres portant les sept trompes en corne de bélier devant le Seigneur passèrent en sonnant du cor. L'arche de l'alliance du Seigneur les suivait. L'avant-garde marchait devant les prêtres qui sonnaient du cor, l'arrière-garde suivait l'arche : on marchait en sonnant du cor.
Josué avait donné cet ordre au peuple : « Vous ne pousserez aucune clameur, vous ne ferez pas entendre votre voix, aucune parole ne sortira de votre bouche, jusqu'au jour où je vous dirai : "Poussez une clameur !" et alors vous pousserez une clameur. »
L'arche du Seigneur fit le tour de la ville, elle tourna une fois, puis on rentra au camp pour y passer la nuit.
Josué se leva de bon matin et les prêtres portèrent l'arche du Seigneur. Les sept prêtres portant les sept trompes en corne de bélier marchaient devant l'arche du Seigneur en sonnant du cor. L'avant-garde marchait devant eux. L'arrière-garde suivait l'arche du Seigneur. On marchait en sonnant du cor. Le second jour, ils firent une fois le tour de la ville, puis ils revinrent au camp. Et ils firent ainsi pendant six jours.
Le septième jour, ils se levèrent dès l'aurore. Ils firent le tour de la ville sept fois, selon le même rite. Ce jour-là seulement, ils firent sept fois le tour de la ville. La septième fois, alors que les prêtres sonnaient du cor, Josué dit au peuple : « Poussez une clameur ! Le Seigneur vous a livré la ville. La ville sera vouée à l'anathème pour le Seigneur, elle et tous ceux qui s'y trouvent. Seule vivra Rahab, la prostituée, elle et tous ceux qui seront avec elle dans la maison, car elle a caché les messagers que nous avons envoyés. Mais vous, veillez à éviter l'anathème, de peur que, prenant de ce qui est anathème, vous ne rendiez anathème le camp d'Israël et n'y semiez la confusion. L'argent, l'or, les objets de bronze et de fer, tout sera consacré au Seigneur et entrera dans le trésor du Seigneur. »
Le peuple poussa la clameur, on sonna du cor. Lorsque le peuple entendit le son du cor, il poussa une grande clameur et le rempart s'effondra sur place. Alors le peuple monta vers la ville, chacun droit devant soi, et ils s'emparèrent de la ville. Ils vouèrent à l'anathème tout ce qui se trouvait dans la ville, l'homme comme la femme, le jeune comme le vieillard, de même que le bœuf, le mouton et l'âne, les passant tous au fil de l'épée.
Josué dit aux deux hommes qui avaient espionné le pays : « Entrez dans la maison de la prostituée. Faites sortir de là cette femme et tout ce qui est à elle, comme vous le lui aviez juré. » Les jeunes gens qui avaient espionné entrèrent. Ils firent sortir Rahab, son père, sa mère, ses frères et tout ce qui était à elle. Ils firent sortir tout son clan et les installèrent hors du camp d'Israël.
Alors on incendia la ville et tout ce qui s'y trouvait, sauf l'argent, l'or et les objets de bronze et de fer : on les donna au trésor de la maison du Seigneur. Mais Josué laissa en vie Rahab, la prostituée, ainsi que la maison de son père et tout ce qui était à elle. Elle a habité au milieu d'Israël jusqu'à ce jour, parce qu'elle avait caché les messagers envoyés par Josué pour espionner Jéricho.
En ce temps-là, Josué fit prononcer ce serment : « Maudit soit devant le Seigneur l'homme qui se lèvera pour rebâtir cette ville, Jéricho. Au prix de son premier-né il en posera les fondations, et au prix de son cadet il en fixera les portes. »
Le Seigneur était avec Josué et sa renommée s'étendit à tout le pays.
Mais les fils d'Israël transgressèrent l'anathème. Akan, fils de Carmi, fils de Zabdi, fils de Zéra, de la tribu de Juda, prit ce qui était voué à l'anathème, et la colère du Seigneur s'enflamma contre les fils d'Israël.
Depuis Jéricho, Josué envoya des hommes à la ville d'Aï, près de Beth-Awen, à l'est de Béthel, et leur dit : « Montez espionner le pays. » Ils revinrent dire à Josué : « Que le peuple ne monte pas tout entier. Deux ou trois mille hommes monteront et ils battront Aï. Ne fatigue pas là tout le peuple, car ces gens sont peu nombreux. »
Trois mille hommes du peuple environ y montèrent, mais ils s'enfuirent devant les hommes d'Aï. Les hommes d'Aï tuèrent environ trente-six hommes. Ils poursuivirent les autres au-delà de la porte de la ville jusqu'à Shebarim et les battirent dans la descente. Alors le peuple perdit courage et son cœur fondit.
Josué déchira ses vêtements. Devant l'arche du Seigneur, il tomba face contre terre. Lui et les anciens d'Israël y restèrent jusqu'au soir. Ils répandirent de la poussière sur leur tête. Alors Josué dit : « Ah, Seigneur Dieu ! Pourquoi as-tu forcé ce peuple à passer le Jourdain ? Est-ce pour nous livrer aux mains des Amorites et nous faire périr ? Si seulement nous avions décidé de rester en deçà du Jourdain ! Je t'en prie, Seigneur, que puis-je dire maintenant qu'Israël a battu en retraite devant ses ennemis ? Les Cananéens et tous les habitants du pays l'apprendront. Ils se tourneront contre nous pour retrancher notre nom de la terre. Que pourras-tu faire alors pour ton grand nom ? »
Le Seigneur dit à Josué : « Relève-toi. Pourquoi rester effondré ? Israël a péché. Ils ont transgressé l'alliance que je leur avais prescrite. Et même, ils ont pris ce qui était voué à l'anathème. Ils l'ont volé, dissimulé et mis dans leurs affaires. Les fils d'Israël ne pourront pas faire face à leurs ennemis. Ils battront en retraite. À présent, ils sont devenus anathèmes. Mais je cesserai d'être avec vous si vous n'éliminez pas du milieu de vous celui qui est devenu anathème. Lève-toi, sanctifie le peuple. Tu diras : "Sanctifiez-vous pour demain, car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : un anathème est au milieu de vous. Un anathème est au milieu de toi, Israël. Tu ne pourras pas faire face à tes ennemis tant que vous n'aurez pas écarté l'anathème du milieu de vous. Au matin, vous vous approcherez par tribu. Et la tribu que le Seigneur aura désignée s'approchera par clan. Et le clan que le Seigneur aura désigné s'approchera par famille. Et la famille que le Seigneur aura désignée s'approchera homme par homme. Celui qui sera désigné comme anathème sera brûlé, lui et tout ce qui lui appartient, puisqu'il a transgressé l'alliance du Seigneur et commis en Israël un acte insensé." »
De bon matin, Josué se leva et fit approcher Israël par tribu. La tribu de Juda fut désignée. Il fit approcher les clans de Juda. Le clan des Zarhites fut désigné. Il fit approcher le clan des Zarhites, homme par homme. Zabdi fut désigné. Alors il fit approcher sa famille, homme par homme. Akan, fils de Carmi, fils de Zabdi, fils de Zéra, de la tribu de Juda, fut désigné.
Et Josué dit à Akan : « Mon fils, glorifie le Seigneur, Dieu d'Israël, et rends-lui grâce. Révèle-moi ce que tu as fait. Ne me cache rien. » Akan répondit à Josué : « En vérité, c'est moi qui ai péché contre le Seigneur, Dieu d'Israël. J'ai agi de cette manière. J'ai vu dans le butin un beau manteau de Mésopotamie, deux cents pièces d'argent et un lingot d'or d'une valeur de cinquante pièces. J'en ai eu envie. Je les ai pris. Ils sont cachés dans la terre au milieu de ma tente, et l'argent est dessous. »
Josué envoya des messagers qui coururent à la tente. Le manteau était caché dans la tente d'Akan, et l'argent en dessous. Ils les reprirent dans la tente et les rapportèrent à Josué et à tous les fils d'Israël. On les déposa devant le Seigneur.
Josué saisit Akan, fils de Zéra, avec l'argent, le manteau et le lingot d'or, ainsi que ses fils et ses filles, son bétail, son âne, son bœuf, son petit bétail, sa tente et tout ce qui lui appartenait. Tout Israël accompagnait Josué. On les fit monter au val d'Akor. Josué dit : « Pourquoi as-tu semé chez nous la confusion ? Que le Seigneur te confonde aujourd'hui ! » Et tout Israël le lapida. On les brûla, on leur jeta des pierres. Ils élevèrent sur lui un grand tas de pierres. Et alors le Seigneur revint de son ardente colère. Voilà pourquoi on a appelé ce lieu du nom de val d'Akor, c'est-à-dire val de la confusion. Et il l'a porté jusqu'à ce jour.
Commentaire
Quand je vous dis que ça raconte une toute autre histoire quand on enchaîne les chapitres, vous voyez comment est-ce qu'on est passé de la victoire de Jéricho tout de suite directement à l'échec d'Aï. Parce qu'en fait, c'est la même histoire, l'une servant de contrepoint à l'autre. Deux villes, deux individus, une femme, un homme, l'une ayant valeur positive, l'autre ayant valeur négative. Deux faces d'un même récit.
Le plus simple pour le montrer est peut-être de partir de ce qui choque le plus : encore et toujours cette histoire d'anathème, Josué qui dit « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». En tout cas, c'est ça, ce que nous imaginons lire. Sauf que l'anathème, on l'avait déjà rencontré avec les Madianites dans le livre des Nombres. On avait vu que c'était toujours beaucoup plus compliqué, que d'abord, les anathèmes n'avaient pas toujours eu lieu malgré ce que le texte biblique en disait.
Et Jéricho, l'archéologie l'a retrouvée. On a exhumé les puissants remparts de cette ville décrite par la Bible. Sauf que oui, Jéricho s'est bien arrêtée de vivre du jour au lendemain à cause d'un incendie ou d'un accident, mais d'après l'archéologie, c'était quand même peut-être deux cents ans avant l'arrivée des Juifs en Terre promise.
Alors, on me dira : oui, ils ne l'ont peut-être pas fait, mais en tout cas la Bible se réclame de l'avoir fait. Mais là encore, soyons attentifs à ce que dit le texte. Le texte vous parle d'un anathème, il faut détruire tout le monde. Sauf que tout de suite après, on vous donne une exception : Rahab. Et encore tout de suite après, on vous explique que les Israélites l'ont mal fait :
Mais les fils d'Israël transgressèrent l'anathème. Akan, fils de Carmi, fils de Zabdi, fils de Zéra, de la tribu de Juda…
Tiens, d'ailleurs, la tribu de Juda, la tribu dans laquelle va se marier Rahab.
Et si vous mettez de côté l'horreur suscitée par cette question d'anathème, qui est notre porte d'entrée contemporaine, pour nous situer du point de vue du texte, vous vous apercevez que l'anathème, c'est juste la toile de fond qui permet en fait de faire ressortir Rahab, exception légitime, et de faire ressortir Akan, traître illégitime. Cet anathème est un procédé narratif qui permet de mettre en valeur l'individu. Un individu engage toute la communauté et toute la communauté est responsable de l'individu : soit pour le meilleur, Rahab, et un individu peut sauver une communauté ; soit pour le pire, Akan, et un individu peut perdre une communauté.
Pour le dire de manière différente, mais plus simple et plus brutale : tous ces morts supposés, mais la Bible s'en fiche éperdument, ça ne l'intéresse tout simplement pas. Ce qui l'intéresse, c'est Rahab. Ce qui l'intéresse, c'est cette liturgie autour des remparts de Jéricho, alors qu'ils étaient peut-être déjà détruits, mais qui vous rappelle qu'il s'agit de la puissance de Dieu, et que la véritable liturgie, le Dieu des armées, c'est Dieu qui combat pour vous : il s'agit d'un combat spirituel avant d'être un combat militaire. Et qu'Akan, lui, on retrouve des lingots d'or sur sa poitrine : là, c'est le culte de Mammon, c'est l'idolâtrie. Vous ne pouvez pas servir deux maîtres, vous ne pouvez pas servir Dieu et l'argent.
Et par-dessus tout cela, vous avez ce tirage au sort extraordinaire qui relie l'individu à la communauté et la communauté à l'individu, qui ménage comme une sorte d'intrigue — on voit que l'étau se resserre — et derrière, c'est l'omniscience de Dieu qui ramène chacun à sa propre responsabilité. Ce que vous vivez engage l'Église entière.
Fin du commentaire. Et hop, une petite surprise : j'ai mis le psaume dans l'épisode à venir. Je me suis dit que ce serait plus équilibré.
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