Jour 91 ☾ — Haï : défaite, revanche et leçon de foi !
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Résumé : Après la faute d'Acane, le frère Paul-Adrien lit Josué 8 : Dieu rend la victoire à Israël, qui prend Haï grâce à une embuscade, voue la ville à l'anathème, puis bâtit un autel sur le mont Ébal où la Loi est relue devant tout le peuple. Le commentaire prend enfin à bras-le-corps la question de l'anathème : incohérences historiques et archéologiques, style hyperbolique de propagande guerrière dans l'Ancien Orient, puis lecture canonique de toute la Bible où l'anathème se desserre progressivement jusqu'au grand retournement de l'exil à Babylone. Pour un chrétien, la clé de lecture reste Jésus, qui refuse la pierre et le glaive et déplace la violence de l'anathème vers le jugement dernier. Faute de temps, la prière est reportée, et un dernier commentaire sur la guerre spirituelle est annoncé.
Introduction
Retournons à notre histoire de Haï, qui vient clôturer le passage de Jéricho. Maintenant que l'on a tué Acane, peut-être que Dieu va accorder la victoire. Allons voir de plus près Josué chapitre 8.
Lecture : Josué 8
Le Seigneur dit à Josué : « Ne crains pas, ne t'effraie pas. Prends avec toi tout le peuple en armes, lève-toi, monte vers la ville de Haï. Regarde, je livre entre tes mains le roi de Haï, son peuple, sa ville, son pays. Tu traiteras Haï et son roi comme tu as traité Jéricho et son roi. Toutefois, vous pourrez la dépouiller de ses richesses et de son bétail. Veille à placer une embuscade contre la ville, à l'arrière. »
Josué se leva avec tout le peuple en armes pour monter contre Haï. Josué choisit trente mille hommes, des guerriers de valeur. Il les fit partir de nuit. Il leur donna cet ordre : « Attention, vous resterez en embuscade contre la ville, par derrière. Ne vous en éloignez pas trop et tous, tenez-vous prêts. Moi et tous les gens qui sont avec moi, nous approcherons de la ville. Et quand ils sortiront à notre rencontre comme la première fois, nous fuirons devant eux. Ils sortiront derrière nous et nous les attirerons loin de la ville, car ils se diront : ils fuient devant nous comme la première fois. Alors, vous, vous surgirez de l'embuscade et vous occuperez la ville. Le Seigneur votre Dieu la livre entre vos mains. Quand vous tiendrez la ville, vous y mettrez le feu. Vous agirez selon la parole du Seigneur. Voilà l'ordre que je vous donne. »
Josué les envoya. Ils gagnèrent le lieu de l'embuscade. Ils prirent position entre Béthel et Haï, à l'ouest de Haï. Josué passa cette nuit-là au milieu de la troupe.
Josué se leva de bon matin et passa la troupe en revue. Puis il monta contre Haï avec les anciens d'Israël en avant de la troupe. Tout le peuple en armes qui était avec lui monta, s'avança et arriva en face de la ville. Ils campèrent au nord de Haï. Entre Haï et Josué, il y avait un vallon. Josué prit environ cinq mille hommes et les plaça en embuscade entre Béthel et Haï, à l'ouest de la ville. La troupe installa son camp au nord de la ville et son arrière-garde à l'ouest de la ville. Josué passa cette nuit-là au milieu de la vallée.
Quand le roi de Haï vit cela, les hommes de la ville se levèrent en hâte dès le matin. Et ils sortirent, lui et tout son peuple, à la rencontre d'Israël pour le combattre, au lieu prévu, face à la Araba. Ils ne savaient pas que derrière eux, il y avait une embuscade contre la ville. Josué et tout Israël se firent battre par eux et s'enfuirent vers le désert. Alors tous les gens qui étaient dans la ville se mobilisèrent pour les poursuivre, et ils poursuivirent donc Josué et furent attirés loin de la ville. Dans Haï et dans Béthel, il ne resta pas un homme qui ne fût sorti derrière Israël. Ils avaient laissé la ville ouverte et ils poursuivaient Israël.
Le Seigneur dit à Josué : « Tends vers Haï le javelot que tu as à la main, je te la livre. » Josué tendit vers la ville le javelot qu'il tenait, et dès qu'il eut tendu la main, les hommes de l'embuscade surgirent de leur position. Ils coururent, entrèrent dans la ville, s'en emparèrent et mirent immédiatement le feu. Alors, se retournant, les hommes de Haï virent la fumée de la ville monter dans le ciel. Mais ils ne pouvaient plus fuir ni d'un côté ni de l'autre, puisque à ce moment, le groupe qui fuyait vers le désert fit volte-face vers ceux qui le poursuivaient. Josué et tout Israël avaient vu que les hommes de l'embuscade s'étaient emparés de la ville : en effet, la fumée montait de la ville. Ils se retournèrent pour attaquer les hommes de Haï. Les autres sortirent de la ville à leur rencontre, et les hommes de Haï se trouvèrent au milieu, avec les fils d'Israël d'un côté et de l'autre. Ceux-ci les frappèrent jusqu'à ce qu'il ne reste ni survivant, ni rescapé. Quant au roi de Haï, on le saisit vivant et on l'amena à Josué.
Lorsqu'Israël eut achevé de tuer tous les habitants de Haï dans la campagne, dans le désert où ils avaient été poursuivis, lorsque tous furent jusqu'au dernier tombés sous le fil de l'épée, tout Israël revint vers Haï et la passa au fil de l'épée. Au total, douze mille hommes et femmes tombèrent ce jour-là, tous les habitants de Haï. Josué ne rabaissa pas la main qui tendait le javelot jusqu'à l'accomplissement de l'anathème contre tous les habitants de Haï. Israël prit seulement comme butin pour lui le bétail et les richesses de la ville, selon l'ordre donné par le Seigneur à Josué. Alors Josué brûla Haï et en fit une ruine pour toujours, un lieu désolé jusqu'à ce jour. Quant au roi de Haï, il le pendit à un arbre et le laissa jusqu'au soir. Mais au coucher du soleil, Josué ordonna de descendre le cadavre de l'arbre. On le jeta à l'entrée de la porte de la ville. On éleva sur lui un monceau de pierres qui existe jusqu'à ce jour.
Josué bâtit un autel au Seigneur, Dieu d'Israël, sur le mont Ébal. Moïse, serviteur du Seigneur, en avait donné l'ordre aux fils d'Israël. En effet, il est écrit dans le livre de la loi de Moïse : « Tu feras un autel de pierres brutes, c'est-à-dire non taillées par le fer. » Sur cet autel, ils offrirent au Seigneur des holocaustes et des sacrifices de paix. Là, Josué écrivit sur des pierres une copie de la loi que Moïse avait écrite en présence des fils d'Israël. En face des prêtres lévites qui portaient l'arche de l'alliance du Seigneur, tout Israël, ses anciens, ses scribes et ses juges, tous, Israélites de souche et immigrés, se rangèrent de part et d'autre de l'arche, les uns du côté du mont Garizim, les autres du côté du mont Ébal, pour que le peuple d'Israël reçoive d'abord la bénédiction, comme Moïse, serviteur du Seigneur, en avait donné l'ordre. Puis Josué lut toutes les paroles de la loi, bénédictions et malédictions, tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. De tout ce que Moïse avait commandé, il n'y a pas une parole qui n'ait été lue par Josué en présence de toute l'assemblée d'Israël, y compris les femmes et les enfants, ainsi que les immigrés qui vivaient au milieu du peuple.
Commentaire
Revoilà l'anathème qui débarque. Alors, promis, maintenant on va mettre les mains dans le cambouis et on va en parler. Sauf que si je devais mettre précisément la violence du passage, ce ne serait peut-être pas dans les douze mille hommes tués, même si c'est horrible, mais ce serait plutôt dans des pierres. À mon avis, c'est vraiment là que je mettrais la violence.
Parce qu'en fait, il a été beaucoup question de pierres : entre Acane que l'on lapide, entre le roi de Haï que l'on ensevelit sous des pierres. Et où retrouve-t-on ces pierres ? Ces pierres qui ont servi à détruire, on les retrouve pour construire un autel.
Tu feras un autel avec des pierres brutes, non taillées.
Josué chapitre 8, verset 31. C'est quand même curieux que cette violence qui s'est exprimée à travers tous ces textes à coups de pierres, on la retrouve au pied de l'autel.
Maintenant, comment est-ce que nous, chrétiens, nous allons lire ça ? La réponse est très simple : on va lire ça comme des chrétiens. Jésus n'a pas pris des pierres pour lapider la femme. Jésus a dit à Pierre, qui avait sorti son épée pour le défendre : « Range ton glaive, celui qui sortira le glaive, par le glaive périra. » Et c'est toujours la première chose qu'il faut se dire. Pour nous, le sommet de la révélation, ce n'est pas le livre de Josué, ni même l'Ancien Testament, c'est Jésus qui donne la clé de lecture. Et une fois qu'on arrive dans Jésus, on se dit qu'en fait il ne va pas y avoir de problème : on a la conclusion. Et comment est-ce qu'on est passé de Haï et des anathèmes à ce que dit Jésus ?
En tout cas, ça veut dire que nous, chrétiens, on est obligés d'avoir une lecture minimaliste de l'anathème dans l'Ancien Testament ; pas simplement pour faire plaisir au monde, même si jamais c'est important, mais par respect pour la manière dont Jésus a lu les Saintes Écritures.
Déjà, on va commencer par regarder s'il n'y a pas des incohérences dans tous les textes que l'on a lus, qui parlaient des anathèmes. Et en fait, il y en a plein. Souvenez-vous de cet anathème dans le livre des Nombres avec les Madianites : je vous ai dit qu'en fait, on croyait les avoir tous tués, mais on va les retrouver plus tard. Manifestement, l'anathème ne les a pas tous tués.
Ou encore Jéricho. Jéricho, on a tué tout le monde. Sauf que Jéricho, on a retrouvé les ruines — d'ailleurs, ça a vraiment existé. Même, on s'est aperçu que Jéricho, cette ville, avait arrêté d'exister suite à quelque chose, un accident très grave, peut-être un incendie, peut-être une guerre, mais c'était deux cents ans avant que les Israélites n'arrivent. Et Haï, c'est pareil : deux cents ans avant que les Israélites n'arrivent, elle était déjà inhabitée. En fait, Haï, ça signifie « ruine » en hébreu. Et quand on vous dit qu'il y a douze mille hommes qui ont été tués : Haï, c'était un tout petit village.
Donc en fait, il y a déjà quelques petites incohérences. On dit : bon, OK, il n'y a peut-être pas eu les anathèmes comme ça. N'empêche que la Bible parle des anathèmes, elle dit qu'il faut faire des anathèmes. Alors on continue de regarder. On a retrouvé, par exemple, une stèle du IXᵉ siècle, des Moabites, en guerre contre Israël, qui disent avoir pratiqué l'anathème sur Israël et, je cite, les avoir totalement détruits. Ce qui, manifestement, est faux : Israël a survécu.
Ça vous montre que l'anathème, en fait, dans la pratique de l'Ancien Orient, a été considéré comme une propagande de guerre, un style hyperbolique destiné à vanter les mérites et la victoire d'un dieu et d'un peuple sur un autre. Probablement, ici, l'anathème, la destruction totale, veut dire avoir détruit suffisamment l'adversaire pour détruire son identité nationale et l'empêcher de se reconstruire. Ce n'est pas d'abord une volonté génocidaire, mais une volonté d'anéantir l'identité d'un peuple. D'ailleurs, qu'il n'y ait pas de volonté génocidaire, ça se trouve aussi dans le texte biblique, puisque ce sont les villes, donc les centres de pouvoir, qui sont voués à l'anathème, jamais les campagnes.
Donc ça, quand on parle des anathèmes, c'est une première chose qu'il faut toujours considérer : c'est la réalité historique. Il y a eu de la violence, il y a eu des abus, il y a eu même beaucoup de violence, beaucoup d'abus, mais il n'y a pas eu probablement de génocide, d'un point de vue archéologique.
Alors maintenant, on arrive d'un point de vue narratif, parce qu'on peut dire peut-être que ça n'a pas existé historiquement, n'empêche que la Bible se réclame de cette violence. Eh bien oui et non. Alors oui, à lire les textes de manière isolée, mais non quand vous remettez tous les textes ensemble. C'est ce qu'on appelle la lecture canonique, c'est-à-dire qu'on prend les textes les uns après les autres et on a le point de départ. Ça avait commencé avec les Madianites dans le livre des Nombres, là on est dans Josué, mais un jour ça va nous amener jusqu'à Jésus. Comment est-ce qu'on passe du livre des Nombres, où on tue tous les Madianites, jusqu'à Jésus, qui nous dit qu'il ne faut pas le pratiquer ?
Et en fait, on s'aperçoit que dans chacun des textes, il y a des petits correctifs qui sont amenés pour faire évoluer gentiment les choses. Regardez : livre des Nombres, anathème total des Madianites, sauf que le texte ne nous dit pas que cet anathème a vraiment été fait. Ensuite, on arrive à Jéricho et à Haï. Il y avait un anathème total, mais on s'est aperçu que cet anathème, le principe narratif était surtout de mettre en valeur Rahab et Acane : c'était juste une toile de fond pour faire ressortir deux individus exceptionnels.
Et là, maintenant, dans Haï, on s'aperçoit qu'il commence à y avoir un petit desserrement de vis : maintenant, on a le droit de prendre le butin. Et vous verrez qu'il y aura un autre anathème, mais cette fois-ci on aura le droit de prendre et du butin et de l'or — alors que c'était justement parce qu'Acane avait pris de l'or qu'il avait été lapidé. Donc, au fur et à mesure, on va desserrer la vis. Plus tard, dans la Bible, on dira qu'on n'est peut-être pas obligé de tuer absolument tout le monde. Et vous allez voir, au fur et à mesure, l'anathème qui évolue. Alors, ce ne sera pas de manière linéaire : il y aura des hauts, il y aura des bas, il y aura des avancées, il y aura des reculades.
Mais il y a un moment donné, ça va aboutir jusqu'au grand retournement : l'exil à Babylone, Nabuchodonosor qui va envahir Jérusalem, et où en fait c'est Israël… — je suis en train de spoiler l'histoire biblique, ah, tant pis — c'est Israël qui va se prendre l'anathème en pleine figure. Israël, à un moment donné, va être totalement déporté, Jérusalem détruite. Si vous voulez, ça, ça change complètement la donne. L'anathème, vous ne pouvez pas le prendre dans un sens nationaliste : l'anathème est une anticipation du jugement divin.
Et c'est ça que va comprendre Jésus. Et il va reprendre la pratique de l'anathème, mais en vous disant deux choses : c'est que la lecture littérale de la guerre sainte, de la violence faite sur des hommes par des hommes au nom de Dieu, ça, c'est fini, point à la ligne ; et que cette violence de l'anathème, il va la mettre ailleurs, dans le jugement dernier. Vous n'avez qu'à lire le livre de l'Apocalypse — d'ailleurs, ça tombe bien, parce qu'on le lira ensemble. La bataille d'Armageddon, la bataille finale des forces du bien contre les forces du mal : voilà, dans la religion chrétienne, ce qui est devenu l'anathème.
Et donc, nous, en lisant le livre de Josué, on revient au début de cette évolution. Donc, si vous êtes choqués, c'est normal. C'est précisément parce que c'est choquant que la Bible, sous l'inspiration divine, a fait évoluer cette pratique. Quand vous regardez isolément les textes, vous avez l'impression que Dieu veut les anathèmes. Mais quand vous regardez tous les textes, toute la Bible dans son ensemble, on s'aperçoit qu'en fait la vraie volonté de Dieu, c'est qu'il n'y ait pas d'anathème. Et alors, on regarde les textes à nouveau et on s'aperçoit qu'il y a des petits correctifs à chaque fois. Et c'est peut-être dans ces petits correctifs que se situe vraiment l'inspiration divine.
Vous allez me dire peut-être : « Mais en attendant, dans les textes que je lis, Dieu pratique l'anathème. » Oui, mais il y a une chose qu'il ne faut pas oublier : c'est de quelle image de Dieu on est parti. L'image de Dieu de laquelle on part dans la Bible, c'était l'image du Dieu des temps anciens. C'était un Dieu guerrier. À cette époque-là, tout le monde voyait dans les dieux des guerriers qui pouvaient donner la victoire au peuple. Et c'est de là qu'est partie la révélation chrétienne. C'est ce visage de Dieu qu'au fur et à mesure on a peaufiné et on a évangélisé.
La révélation chrétienne n'est pas tombée d'un bloc. La Bible, ce n'est pas le Coran. L'inspiration biblique, on appelle ça l'inspiration libre : ça veut dire qu'on part de l'imaginaire que les gens avaient pour ensuite, d'un lent travail pédagogique, à chaque fois corriger les petites erreurs, préparer les cœurs et ouvrir suffisamment l'âme pour qu'à un moment donné les cœurs soient suffisamment ouverts. Et là, pouf, on envoie Jésus. Et là, la révélation sort.
Je ne vais pas avoir le temps de faire la prière, ah, ça m'énerve. Écoutez, c'est tellement important, ces choses-là, que je suis obligé de prendre mon temps là-dessus. Encore, je n'ai même pas tout dit : je n'ai pas encore parlé de la guerre spirituelle. Tenez bon, préparez-vous, il y aura encore un dernier commentaire sur la notion de guerre spirituelle qui est en jeu dans l'anathème et qu'il ne faut pas oublier.
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