Jour 92 ☼ — Gabaon : la ruse qui change l’histoire
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit Josué 9, le récit truculent de la ruse des Gabaonites : déguisés en voyageurs épuisés venus d'un pays lointain, ils obtiennent d'Israël un traité de paix que les fils d'Israël concluent sans consulter l'oracle du Seigneur. Le commentaire montre comment ces voisins connaissaient assez bien la loi du Deutéronome pour en exploiter l'exception, et comment leur ruse joue sur la pitié d'un peuple qui se souvient de son propre désert. Le frère en tire une leçon sur l'excès de naïveté, aussi dangereux que l'excès de violence, et sur la parole donnée qui engage même quand elle a été extorquée. L'épisode se termine par deux psaumes en rattrapage, les psaumes 45 et 46.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Aujourd'hui, Josué chapitres 9 et 10, mis en deux épisodes. Mes commentaires disent à ce propos : « un long récit qu'on se gardera bien de dissocier ». Bon, sauf que moi, je n'avais pas le choix, j'ai dû les dissocier pour respecter la longueur impartie, mais dans votre tête, vous me ferez un effort pour relier tout ça à la fin de la journée.
On commence avec Josué chapitre 9. Le récit est suffisamment truculent pour qu'il n'y ait pas besoin d'introduction : vous arriverez à suivre sans aucun problème.
Lecture : Josué 9
En apprenant cela, tous les rois qui étaient au-delà du Jourdain, dans la montagne, dans le Bas-Pays et sur toute la côte de la Méditerranée vers le Liban — Hittites, Amorites, Cananéens, Perizzites, Hivites et Jébuséens — se coalisèrent pour combattre Josué et Israël d'un commun accord.
Les habitants de Gabaon apprirent ce que Josué avait fait à Jéricho. Eux aussi agirent par ruse : ils se déguisèrent, chargèrent leurs ânes de sacs usés et de vieilles outres à vin usées, déchirées, raccommodées. Ils mirent à leurs pieds de vieilles sandales rapiécées, sur eux des vêtements usagés ; tout le pain de leurs provisions était sec et en miettes.
Et ils allèrent trouver Josué au camp de Guilgal et lui dirent, ainsi qu'aux hommes d'Israël : « Nous venons d'un pays lointain, concluez une alliance avec nous maintenant. »
Les hommes d'Israël répondirent aux Hivites : « Peut-être habitez-vous au milieu de nous. Dans ce cas, comment conclure une alliance avec vous ? »
Ils répondirent à Josué : « Nous sommes tes serviteurs. » Mais Josué leur demanda : « Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? »
Ils répondirent : « Tes serviteurs viennent d'un pays très lointain, à cause de la renommée du Seigneur ton Dieu. En effet, nous avons entendu parler de tout ce qu'il a fait en Égypte et de tout ce qu'il a fait aux deux rois des Amorites qui vivaient au-delà du Jourdain, Sihôn, roi de Hesbon, et Og, roi de Basan, qui vivait à Ashtaroth. Nos anciens et tous les habitants de notre pays nous ont dit : "Prenez des provisions pour la route et allez au-devant d'eux." Vous leur direz : "Nous sommes vos serviteurs. Concluez une alliance avec nous maintenant." Il était encore chaud quand nous avons fait provision dans nos maisons, le jour de notre départ vers vous. Et maintenant, il est sec et en miettes. Ces outres de vin, elles étaient neuves quand nous les avons remplies : les voilà déchirées. Nos vêtements et nos sandales, les voici usés par un très long voyage. »
Les gens d'Israël acceptèrent leurs provisions sans consulter l'oracle du Seigneur. Josué leur accorda la paix et conclut avec eux une alliance pour qu'ils aient la vie sauve. Les responsables de la communauté leur en firent serment.
Or, trois jours après avoir conclu cette alliance, ils apprirent qu'ils étaient des voisins et habitaient au milieu d'eux. Les fils d'Israël partirent et, le troisième jour, entrèrent dans leurs villes. Leurs villes étaient Gabaon, Kephira, Bééroth et Qiryath-Yéarim. Les fils d'Israël ne les tuèrent pas, puisque les responsables de la communauté leur avaient fait ce serment par le Seigneur, Dieu d'Israël.
Mais toute la communauté récrimina contre les responsables. Tous les responsables dirent à toute la communauté : « Nous, nous leur avons prêté serment par le Seigneur, Dieu d'Israël. Maintenant, nous ne pouvons plus leur faire de mal. Voici ce que nous ferons : nous leur laisserons la vie, pour que la colère de Dieu ne nous atteigne pas à cause du serment que nous leur avons fait. » Les responsables ajoutèrent : « Qu'ils vivent, mais qu'ils soient fendeurs de bois et porteurs d'eau pour toute la communauté. » Ainsi parlèrent les responsables.
Josué appela les Gabaonites et leur dit : « Pourquoi nous avoir trompés en disant : "Nous habitons très loin", alors que vous habitez au milieu de nous ? Maintenant, vous êtes maudits. Vous ne cesserez plus de servir comme fendeurs de bois et porteurs d'eau pour la maison de mon Dieu. »
Ils firent à Josué cette réponse : « Tes serviteurs ont tellement entendu que le Seigneur ton Dieu avait ordonné à son serviteur Moïse de vous livrer tout le pays et d'exterminer devant vous tous ses habitants, que devant vous, nous avons eu très peur pour nos vies. C'est pourquoi nous avons agi de la sorte. Maintenant, nous sommes entre tes mains. Traite-nous selon ce qu'il est à tes yeux juste et bon de nous faire. »
Josué les traita ainsi : il les délivra de la main des fils d'Israël, qui ne les tuèrent pas. Et ce jour-là, Josué les établit comme fendeurs de bois et porteurs d'eau au service de la communauté.
Commentaire
Alors que Rahab, elle, comme elle a joué cartes sur table, a pleinement été intégrée dans Israël, au point de faire partie de la généalogie de Jésus. La leçon, c'est que ce qui vous donne la citoyenneté du peuple saint, ce n'est pas la race, ce n'est pas la localisation, c'est la foi et l'honnêteté spirituelle. C'est ça qui vous agrège au peuple de Dieu.
Bon, revenons à Gabaon. Gabaon, c'était juste au nord de la mer Morte, en gros, le pays de Jérusalem. On nous dit qu'ils font partie des Hivites. Les Hivites, on en a déjà entendu parler : ils font partie de ces peuples qu'Israël est censé détruire. Ils font partie des Hittites, Amorites, Cananéens, Perizzites, Hivites, Jébuséens.
Sauf que, eh bien, ils connaissent bien leur Bible, manifestement, ces Gabaonites. Ils ont dû lire Deutéronome chapitre 27. Je ne sais pas comment est-ce qu'ils ont fait. Peut-être espionnage de guerre, ruse de guerre — mais très bonne ruse de guerre. Parce que le Deutéronome, que nous avions lu il y a maintenant quelque temps, prévoyait qu'Israël puisse faire des traités de paix avec des cités distantes, lointaines. Et quand on avait fait les traités, après, il peut y avoir une relation de vassalité. C'est en fait ce que veut dire cette histoire de porteur d'eau et de fendeur de bois : c'est être le vassal de quelqu'un.
Et les Gabaonites ont compris le truc. Ils se présentent comme venant d'un pays très lointain : donc ils font partie de l'exception du Deutéronome. En plus, ils disent qu'ils ont fait comme une sorte de long pèlerinage, ce qui n'est pas sans susciter la sympathie des Israélites qui viennent, eux aussi, de sortir d'un long pèlerinage.
D'ailleurs, ils portent des vêtements usés. Et ce n'est pas sans rappeler cette formulation que nous avons rencontrée auparavant : « Souviens-toi, Israël, pendant quarante ans, ton vêtement ne s'est pas usé, tes chaussures ne se sont pas usées. » Et les Israélites se disent qu'eux avaient eu de la chance dans le désert, Dieu s'était occupé d'eux ; mais manifestement, les Gabaonites n'avaient pas eu cette chance, ils arrivent complètement épuisés. Ils sont très forts pour arriver à se camoufler et attirer la pitié des Israélites, qui se font totalement berner. Parce qu'ils ne consultent pas Dieu.
Et c'est là où, en fait, on en revient à nous. Parce que nous, quand on se fait avoir dans la vie — ne dites pas que ça ne vous est jamais arrivé, moi ça m'arrive à peu près tous les trois jours — mais quand je me fais avoir par des gens dans la vie, c'est à cause de moi, c'est à cause de ma naïveté. Dieu, on ne peut pas le rouler. Dieu est au courant de tout.
Et vous voyez comment est-ce que ce passage contraste singulièrement avec l'anathème. Encore l'anathème ! Eh bien oui, mais regardez : l'anathème, c'est l'excès de violence. Et ici, vous avez un excès de naïveté. Ce que la Bible vous dit, c'est que les excès, que ce soit dans la violence ou dans la naïveté, c'est dangereux et c'est à éviter.
Faites attention, parce que — comment je pourrais vous dire ça ? — c'est très courant chez les chrétiens. Le nombre de fois où on se fait avoir parce que les personnes misent sur notre charité ! Et elles ont raison, mais au détriment de la justice et de la vérité, et ça, ça ne va pas. L'Église est très forte pour dénoncer les excès de violence, et elle a raison ; mais on aimerait qu'elle soit aussi forte pour dénoncer les excès de naïveté.
Alors, quand je dis « ça ne va pas », ça ne veut pas tout de suite dire qu'il faut les envoyer balader. Ça veut dire qu'il ne faut pas être naïf et être dupe. On peut bien se faire avoir, mais en connaissance de cause. Et après tout, on n'est pas obligé de se faire avoir non plus.
Alors maintenant, comment est-ce que Dieu réagit ? Déjà, on met de côté « aller tous les tuer », parce que ça, quand même : quand on a donné sa parole trop vite, on est quand même tenu par sa parole. Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Et un psaume dit : « Si quelqu'un a juré à ses dépens, qu'il ne reprenne pas sa parole. » Israël y est tenu.
Je vous cite une de mes notes de bas de page : d'après 2 Samuel chapitre 21, le roi Saül rompit ce pacte en mettant à mort les Gabaonites ; David se verra obligé de réparer cette rupture en livrant aux Gabaonites sept fils de Saül. Eh oui : quand on fait les choses mal, ça ne nous empêche pas quand même de devoir les assumer.
Maintenant, ça ne veut pas dire non plus qu'il ne faut rien dire, rien faire. Et vous voyez ici comment est-ce que le traité est renégocié. Une nouvelle clause est incluse dans le traité de non-agression, une clause de malédiction. Verset 23 :
Maintenant, vous êtes maudits. Vous ne cesserez plus de servir comme fendeurs de bois et porteurs d'eau pour la maison de mon Dieu.
C'est assez curieux, parce que normalement, vous voyez, quand on respecte un contrat, on est béni. Alors que là, quand on va respecter un contrat, on va être maudit. Ça veut dire qu'il y a bien un changement, il y a bien une prise en considération de la tromperie et de la duperie.
Cette malédiction, en gros, consiste à dire qu'il n'y aura pas de relation d'égalité. Soit, on s'est fait avoir, mais en attendant, il n'y aura pas de pleine réciprocité : vous ne serez pas admis dans la pleine communion d'Israël, il y aura toujours un lien de hiérarchie.
On n'en a pas fini avec les Gabaonites, on les retrouvera plus tard dans la Bible. Mais pour le moment, il est l'heure de passer à nos transitions poétiques. Et alors là, je vous préviens, moi, j'ai des psaumes à rattraper : non pas un psaume, mais deux psaumes. Écoutez, ils sont beaux, ils sont courts, donc profitez de la lecture, c'est déjà une manière pour vous de prier.
Psaume 45
Il est avec nous, le Seigneur de l'univers, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob.
Le fleuve, ses bras réjouissent la ville de Dieu, la plus sainte des demeures du Très-Haut. Dieu s'y tient, elle est inébranlable ; quand renaît le matin, Dieu la secourt.
Des peuples mugissent, des règnes s'effondrent ; quand sa voix retentit, la terre se défait.
Il est avec nous, le Seigneur de l'univers, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob.
Venez et voyez les actes du Seigneur, comme il couvre de ruines la terre. Il détruit la guerre jusqu'au bout du monde, il casse les arcs, brise les lances, incendie les chars.
« Arrêtez, sachez que je suis Dieu. Je domine les nations, je domine la terre. »
Il est avec nous, le Seigneur de l'univers, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob.
Psaume 46
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie, car le Seigneur est le Très-Haut, le Redoutable, le grand roi sur toute la terre.
Celui qui nous soumet des nations, qui tient des peuples sous nos pieds, il choisit pour nous l'héritage, fierté de Jacob, son bien-aimé.
Dieu s'élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. Sonnez pour notre Dieu, sonnez, sonnez pour notre roi, sonnez, car Dieu est le roi de la terre : que vos musiques l'annoncent.
Il règne, Dieu, sur les païens, Dieu est assis sur son trône sacré. Les chefs des peuples se sont rassemblés : c'est le peuple du Dieu d'Abraham. Les princes de la terre sont à Dieu qui s'élève au-dessus de tous.
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