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Jour 96 ☼ — Un autel suspect… et un malentendu évité !

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 22 du livre de Josué : les Roubénites, les Gadites et la demi-tribu de Manassé sont renvoyés chez eux avec la bénédiction de Josué, mais bâtissent au passage un autel imposant près du Jourdain, ce qui manque de déclencher une guerre entre les tribus. L'explication — un autel-témoin destiné à rappeler aux générations futures qu'ils appartiennent bien à Israël — apaise la communauté. Le commentaire revient sur ce « cadavre dans le placard » que sont les tribus de l'est du Jourdain, figures des enfants dispersés d'Israël que Jésus viendra rassembler. Il élargit ensuite au livre de Josué tout entier, livre baroque et déroutant, dont l'étrangeté vient peut-être de ce que nous avons oublié ce que signifie être un peuple.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Josué, chapitre 22, avec une anecdote suffisamment curieuse pour qu'il n'y ait pas besoin d'introduire le texte que vous allez entendre : l'anecdote suffira à éveiller votre attention.

Lecture : Josué 22

Josué appela les Roubénites, les Gadites et la demi-tribu de Manassé. Il leur dit : « Vous avez observé tout ce que vous a ordonné Moïse, le serviteur du Seigneur, et vous avez écouté ma voix en tout ce que je vous ai ordonné. Pendant longtemps et jusqu'à ce jour, vous n'avez pas abandonné vos frères et vous avez bien observé les commandements du Seigneur votre Dieu. Maintenant, le Seigneur votre Dieu a procuré à vos frères le repos, comme il leur avait dit. Maintenant, vous pouvez retourner à vos tentes, dans votre propre pays, celui que Moïse, le serviteur du Seigneur, vous a donné au-delà du Jourdain. Seulement, ayez grand soin de mettre en pratique le commandement et la loi que Moïse, le serviteur du Seigneur, vous a prescrits : aimez le Seigneur votre Dieu, marchez dans tous ses chemins, gardez ses commandements, attachez-vous à lui, servez-le de tout votre cœur et de toute votre âme. »

Josué les bénit et les renvoya, et ils allèrent à leurs tentes.

À l'une des demi-tribus de Manassé, Moïse avait fait une donation dans le Bashân. À l'autre moitié, Josué avait fait une donation parmi leurs frères, sur la rive occidentale du Jourdain. Josué les renvoya également à leurs tentes et les bénit. Il s'adressa à eux en ces termes : « Retournez à vos tentes avec des richesses, des troupeaux très nombreux, avec de l'argent, de l'or, du bronze, du fer, des vêtements en très grande quantité, et partagez avec vos frères le butin de vos ennemis. »

Ils quittèrent donc les fils d'Israël à Silo, qui est au pays de Canaan, pour aller au pays de Galaad. Ce pays était leur propriété. Ils en avaient reçu la possession sur l'ordre du Seigneur, par l'intermédiaire de Moïse.

Ils arrivèrent ainsi à Guelilot du Jourdain, qui est au pays de Canaan. Et là, les fils de Roubène, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé bâtirent un autel près du Jourdain, un autel imposant.

Les fils d'Israël l'apprirent. « Les fils de Roubène, disait-on, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé ont bâti un autel face au pays de Canaan, à Guelilot du Jourdain, du côté des fils d'Israël. » À cette nouvelle, toute la communauté des fils d'Israël se rassembla à Silo pour monter les combattre.

Les fils d'Israël envoyèrent Pinhas, fils du prêtre Éléazar, vers les fils de Roubène, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé, au pays de Galaad. Et avec lui, dix responsables, un par famille, pour toutes les tribus d'Israël. Chacun était chef de sa famille parmi les clans d'Israël.

Parvenus chez les fils de Roubène, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé, au pays de Galaad, ils leur parlèrent en ces termes : « Voici ce qu'a dit toute la communauté du Seigneur : Que signifie cette infidélité que vous avez commise à l'égard du Dieu d'Israël, en vous détournant de lui, en vous bâtissant un autel, vous révoltant ainsi aujourd'hui contre le Seigneur ? La faute de Péor ne nous suffit-elle pas ? Nous n'en sommes pas encore lavés jusqu'à ce jour, et pourtant ce fut un fléau pour la communauté du Seigneur. Et aujourd'hui, vous vous écartez du Seigneur ? Aujourd'hui, vous vous révoltez contre le Seigneur ; demain, c'est lui qui va s'irriter contre toute la communauté d'Israël. Le pays en votre propriété est-il impur ? Venez alors dans le pays qui est la propriété du Seigneur, là où il a sa demeure, installez-vous parmi nous, mais ne vous révoltez pas contre le Seigneur. Ne vous révoltez pas contre nous en vous bâtissant un autel à part de celui du Seigneur notre Dieu. Le jour où Akane, fils de Zérah, transgressa l'anathème, n'est-ce pas sur toute la communauté d'Israël que vint la colère ? Et il ne fut pas seul à périr pour son crime. »

Les fils de Roubène, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé répondirent aux chefs des clans d'Israël en ces termes : « Le Dieu des dieux, le Seigneur, c'est lui ! C'est lui, ce qu'Israël doit savoir. S'il s'agit d'une révolte ou d'une transgression envers le Seigneur, qu'il ne nous sauve pas en ce jour ! Si nous avons bâti un autel pour nous détourner du Seigneur, pour présenter holocauste et offrande de céréales, pour y faire des sacrifices de paix, que le Seigneur nous demande des comptes ! Mais non, c'est par inquiétude de ce qui pourrait arriver que nous l'avons fait. Nous nous disions que demain, peut-être, vos fils pourraient dire à nos fils : Qu'y a-t-il de commun entre vous et le Seigneur, Dieu d'Israël ? Entre nous et vous, fils de Roubène et fils de Gad, le Seigneur a mis une frontière : le Jourdain. Vous n'avez pas de part avec le Seigneur. Et vos fils détacheraient nos fils de la crainte du Seigneur. Nous nous sommes dit alors : agissons dans notre intérêt, bâtissons un autel, non pour des holocaustes ou des sacrifices, mais comme témoin entre nous et vous, et nos descendants après nous. C'est bien le service du Seigneur que nous accomplissons en sa présence, avec nos holocaustes, nos sacrifices, ainsi que nos sacrifices de paix. Et demain, vos fils ne pourront pas dire aux nôtres : vous n'avez aucune part avec le Seigneur. Nous nous sommes dit : si demain on nous parle ainsi, à nous ou à nos descendants, nous dirons : voyez la forme même de l'autel du Seigneur que nos pères ont fait. Il n'est pas pour des holocaustes ni pour des sacrifices, mais un témoin entre nous et vous. Loin de nous la pensée de nous révolter contre le Seigneur, de nous détourner du Seigneur aujourd'hui en bâtissant un autel pour des holocaustes, des offrandes de céréales et des sacrifices, à part de l'autel du Seigneur notre Dieu qui est devant sa demeure. »

Le prêtre Pinhas, les responsables de la communauté et les chefs des clans d'Israël qui étaient avec lui entendirent ces paroles prononcées par les fils de Roubène, les fils de Gad et les fils de Manassé, et ils furent satisfaits.

Pinhas, fils du prêtre Éléazar, dit aux fils de Roubène, aux fils de Gad et aux fils de Manassé : « Nous savons maintenant que le Seigneur est au milieu de nous, puisque vous n'avez pas commis cette transgression envers le Seigneur. Vous avez ainsi délivré les fils d'Israël de la main du Seigneur. »

Pinhas, fils du prêtre Éléazar, et les responsables, quittant les fils de Roubène et les fils de Gad, revinrent du pays de Galaad au pays de Canaan, vers les fils d'Israël, pour leur rendre compte. Les fils d'Israël furent satisfaits, ils bénirent Dieu, renoncèrent à attaquer et à ravager les pays habités par les fils de Roubène et les fils de Gad.

Les fils de Roubène et les fils de Gad appelèrent l'autel « Témoin », car il est témoin entre nous que le Seigneur est Dieu.

Commentaire

Vous avez dû sentir qu'on s'approche de la fin du livre de Josué. Josué qui félicite tout le monde : « Vous avez observé tout ce que vous a ordonné Moïse et vous avez écouté ma voix en tout ce que je vous ai ordonné. » Ce qui est d'ailleurs plus ou moins vrai, mais admettons. Et ensuite, avec le sentiment du devoir accompli, qui renvoie tout le monde à ses tentes.

Et là, pouf, cette espèce d'anecdote dont on ne sait pas très bien quoi faire, cette histoire d'autel. Et au centre de cette histoire d'autel, il y a quoi ? Mais il y a encore et toujours ces tribus à l'est du Jourdain, notre cadavre dans le placard de l'histoire d'Israël. Et d'ailleurs, des tribus qui se moquent un peu de tout le monde, parce qu'on sentait quand même bien qu'elles avaient envie de sacrifier sur cet autel. On pourra dire ce qu'on veut, mais je pense que l'inquiétude des autres tribus était justifiée, et qu'elles s'en sortent en disant : mais c'est pour vous rappeler qu'on existe. Sous-entendu : vous nous avez oubliés. La faute à qui ? Pas entièrement aux tribus à l'ouest du Jourdain, parce que tout le monde était censé habiter à l'ouest du Jourdain. Donc les torts sont partagés, on pourrait dire.

C'est le grand thème des brebis dispersées, des enfants dispersés de la maison d'Israël, que Dieu va venir un jour, avec Jésus, rassembler à travers lui. Et ça vous donne cette mention, juste, dans l'Évangile selon saint Matthieu, après le baptême, quand on dit que la renommée de Jésus s'étend et qu'à lui venaient des foules venues de partout, de la Décapole, de la Transjordanie, de la Judée, de Jérusalem et de la Galilée. Eh bien, la Transjordanie, c'était le lointain héritier de ces deux tribus ennemies situées à l'est d'Israël.

Alors au total, c'est peut-être le moment de réfléchir sur le livre de Josué, parce qu'on est bientôt en train de le clore. Vous avez peut-être senti que le livre de Josué, c'est un livre bizarre. On pourrait dire baroque, on pourrait presque dire confus, en ce sens qu'il mélange des hauts faits légendaires, extraordinaires, un peu de l'ordre du fantasme — Jéricho qui tombe parce qu'on fait sept fois le tour à coups de trompette de ses remparts — et puis de l'autre côté comme des avertissements, plein de petits courts-circuits au milieu d'une épopée nationale, pour vous dire : les enfants, peut-être que les choses sont plus compliquées que ça dans la constitution d'un pays, dans ce que c'est que l'intégrité territoriale, dans ce que c'est que de constituer un peuple.

Et je me dis que si le livre de Josué nous paraît à ce point étranger par rapport à nos préoccupations modernes, ou venant d'autres temps immémoriaux dont on a du mal à pénétrer l'intelligence et le secret, c'est peut-être parce que nous avons oublié ce que ça voulait dire que d'être un peuple.

Et que les choses soient bien claires : je sais que parfois, dans certains discours chrétiens, on parle de la chrétienté, ce qu'on appelle ainsi pour dire le règne social du Christ, et comment est-ce que les chrétiens peuvent aussi s'envisager comme institution politique. Mais là, je ne parle même pas de ça. Je parle du sentiment que nous avons, nous chrétiens, de faire partie d'un même peuple. Non seulement d'une même famille, parce que nous avons un même Père et que nous avons un même grand frère, Jésus-Christ, mais aussi d'un même peuple. Nous sommes censés former un peuple : on appelle ça le peuple de Dieu. Alors tout le monde trouve ça très beau, très chic quand on dit « le peuple de Dieu », parce qu'on a l'impression que ça rehausse notre dignité, mais il y a aussi une ambition communautaire derrière.

Regardez, derrière ces tribus qui sont séparées par le Jourdain, je ne sais pas, on peut peut-être imaginer qu'il y a quelque chose de l'ordre des Églises chrétiennes séparées, avec d'un côté les protestants, de l'autre côté les catholiques. Ou alors même la tribu de Juda, qui est très conquérante, telle autre tribu qui est plutôt timorée : c'est aussi certaines sensibilités dans l'Église. On va avoir des sensibilités très mystiques, d'autres qui vont être au contraire très portées vers le social, d'autres qui vont être combatives, d'autres qui vont être plutôt dans la douceur. Il faut que tout cela coexiste, vive ensemble, que nous formions un peuple et que nous nous entraidions les uns les autres, comme les tribus s'entraidaient entre elles. De la même manière, il faut que nos différentes sensibilités s'entraident entre elles. De la même manière que les tribus devaient habiter certains pays, il faut que nous aussi, nous habitions un territoire donné. Qu'est-ce que ça veut dire, que des chrétiens vivent ensemble en communauté dans une ville ? On a parlé des paroisses. Sans oublier qu'ensemble et entre nous, il devrait y avoir comme ce sentiment de chaleur, de chaleur familiale, d'atmosphère, d'amour fraternel et de charité.

Et vous voyez, si le livre de Josué nous paraît à ce point-là décalé d'un point de vue culturel, c'est peut-être parce que cette ambition politique — mais politique au sens noble du terme, vous savez, le fait d'habiter dans une cité, la polis en grec — c'est peut-être parce que ça, nous l'avons oublié. Nous ne savons plus ce que c'est que d'être un peuple. C'est peut-être parce que c'est nous qui avons fini par mettre une croix sur cette promesse de Dieu : « Je ferai de vous un peuple saint, une nation choisie. »

Psaume 51

Pourquoi te glorifier du mal, toi, l'homme fort ? Chaque jour, Dieu est fidèle.

De ta langue affilée comme un rasoir, tu prépares le crime, fourbe que tu es. Tu aimes le mal plus que le bien et plus que la vérité, le mensonge. Tu aimes les paroles qui tuent, langue perverse.

Mais Dieu va te ruiner pour toujours, t'écraser, t'arracher de ta demeure, t'extirper de la terre des vivants.

Les justes verront, ils craindront, ils riront de toi : « Voilà donc cet homme qui n'a pas mis sa force en Dieu. Il comptait sur ses grandes richesses, il se faisait fort de son crime. »

Pour moi, comme un bel olivier dans la maison de mon Dieu, je compte sur la fidélité de mon Dieu, sans fin, à jamais.

Sans fin, je veux te rendre grâce, car tu as agi. J'espère en ton nom devant ceux qui t'aiment : oui, il est bon.


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