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Jour 96 ☾ — Josué : dernier discours avant de partir

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les deux derniers chapitres du livre de Josué : le discours d'adieu du vieux chef, puis la grande assemblée de Sichem où Dieu rappelle toute l'histoire depuis Abraham et où le peuple renouvelle son Alliance, avant la mort de Josué et l'ensevelissement des ossements de Joseph. Le commentaire montre comment la boucle est bouclée — Abraham, Moïse, Joseph, tout est accompli — et comment Josué, par une forme de psychologie inversée, pousse le peuple à bout en lui disant de ne pas servir un Dieu saint et jaloux. Il compare enfin ces discours d'adieu inquiets des patriarches à celui de Jésus dans l'évangile de Jean : ce qui manquait à Moïse et à Josué, c'était de pouvoir envoyer l'Esprit Saint.

Introduction

Les deux derniers chapitres du livre de Josué. Petite séquence émotion, sortez les mouchoirs et écoutez les dernières paroles de Josué. Josué, chapitres 23 et 24, le testament de Josué.

Lecture : Josué 23-24

Longtemps après que le Seigneur eut accordé le repos à Israël face à ses ennemis alentour, Josué, étant devenu vieux et avancé en âge, convoqua tout Israël, ses anciens, ses chefs, ses juges et ses scribes. Il leur dit : « Je suis vieux et avancé en âge. Et vous-mêmes, vous avez vu tout ce que le Seigneur votre Dieu a fait contre toutes ces nations à cause de vous. C'est le Seigneur votre Dieu qui combattait pour vous. Voyez, j'ai fait tomber en héritage pour vous, pour vos tribus, ces nations qui restent, comme celles que j'ai vaincues, depuis le Jourdain jusqu'à la mer, la Méditerranée, au soleil couchant. C'est le Seigneur votre Dieu lui-même qui les repousse à cause de vous, qui les dépossède devant vous. Et vous prendrez possession de leur pays, comme vous l'a dit le Seigneur votre Dieu.

Vous serez donc très forts pour observer et mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la loi de Moïse, sans vous en écarter ni à droite ni à gauche, sans vous mêler à ces populations qui subsistent près de vous. Vous ne prononcerez pas le nom de leurs dieux. Vous ne prêterez pas de serment par ce nom. Vous ne les servirez pas. Vous ne vous prosternerez pas devant eux. Et c'est au Seigneur votre Dieu que vous vous attacherez, comme vous l'avez fait jusqu'à ce jour.

Le Seigneur a dépossédé devant vous des nations grandes et puissantes. Personne n'a pu vous résister jusqu'à ce jour. Un seul d'entre vous en poursuit mille, car le Seigneur votre Dieu combat lui-même pour vous, comme il vous l'a dit. Vous prendrez bien garde à vous-mêmes en aimant le Seigneur votre Dieu.

Car si vous vous détournez, si vous vous attachez au reste des nations qui demeurent auprès de vous, si vous allez vous y marier, si vous vous mêlez à elles et qu'elles se mêlent à vous, sachez-le bien, le Seigneur votre Dieu ne continuera pas de les déposséder devant vous. Elles seront pour vous comme un filet ou un piège, un fouet sur vos côtés, des épines dans vos yeux, jusqu'à ce que vous disparaissiez de cette bonne terre que vous a pourtant donnée le Seigneur votre Dieu.

Moi, je m'en vais aujourd'hui par le chemin de tout le monde. Vous, vous reconnaissez de tout votre cœur et de toute votre âme qu'aucun des engagements pris par le Seigneur votre Dieu en votre faveur n'est resté sans effet. Pour vous, tous ces engagements se sont réalisés. Aucun d'eux n'est resté sans effet. Eh bien, de même que tout engagement pris par le Seigneur votre Dieu s'est réalisé, de même le Seigneur réalisera contre vous toutes ces menaces, jusqu'à vous éliminer de cette bonne terre que le Seigneur votre Dieu vous a donnée. Si vous transgressez l'alliance du Seigneur votre Dieu, alliance qu'il vous a prescrite, si vous allez servir d'autres dieux et vous prosterner devant eux, alors la colère du Seigneur s'enflammera contre vous et vous disparaîtrez rapidement de cette bonne terre que le Seigneur vous a donnée. »

Josué réunit toutes les tribus d'Israël à Sichem. Puis il appela les anciens d'Israël avec les chefs, les juges et les scribes. Ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël : "Vos ancêtres habitaient au-delà de l'Euphrate depuis toujours, jusqu'à Térah, père d'Abraham et de Nahor, et ils servaient d'autres dieux. Alors j'ai pris votre père Abraham au-delà de l'Euphrate et je lui ai fait traverser toute la terre de Canaan. J'ai multiplié sa descendance et je lui ai donné Isaac. À Isaac, j'ai donné Jacob et Ésaü. À Ésaü, j'ai donné en possession la montagne de Séïr. Jacob et ses fils sont descendus en Égypte. J'ai envoyé ensuite Moïse, et j'ai frappé l'Égypte par tout ce que j'avais accompli au milieu d'elle. Ensuite, je vous en ai fait sortir.

Donc, j'ai fait sortir vos pères de l'Égypte et vous êtes arrivés à la mer. Les Égyptiens poursuivaient vos pères avec des chars et des guerriers jusqu'à la mer des Roseaux. Vos pères crièrent alors vers le Seigneur, qui étendit un brouillard épais entre vous et les Égyptiens et fit revenir sur eux la mer qui les recouvrit. Vous avez vu de vos propres yeux ce que j'ai fait en Égypte, puisque vous avez séjourné longtemps dans le désert.

Je vous ai introduits ensuite dans le pays des Amorites, qui habitaient au-delà du Jourdain. Ils vous ont fait la guerre et je les ai livrés entre vos mains. Vous avez pris possession de leur pays, car je les ai anéantis devant vous. Puis Balak, fils de Cippor, roi de Moab, se leva pour faire la guerre à Israël, et il envoya chercher Balaam, fils de Béor, pour vous maudire. Mais je n'ai pas voulu écouter Balaam. Il a même dû vous bénir, et je vous ai sauvés de la main de Balak.

Ensuite, vous avez passé le Jourdain pour atteindre Jéricho. Les chefs de Jéricho vous ont fait la guerre, ainsi que de nombreux peuples : les Amorites, les Perizzites, les Cananéens, les Hittites, les Guirgashites, les Hivvites, les Jébuséens, mais je les ai livrés entre vos mains. J'ai envoyé devant vous des frelons qui ont chassé les deux rois amorites. Ce ne fut ni par ton épée, ni par ton arc. Je vous ai donné une terre qui ne vous a coûté aucune peine, des villes dans lesquelles vous vous êtes installés sans les avoir bâties, des vignes et des oliviers dont vous profitez aujourd'hui sans les avoir plantés."

Et maintenant, craignez le Seigneur. Servez-le dans l'intégrité et la fidélité. Écartez les dieux que vos pères ont servis au-delà de l'Euphrate et en Égypte. Servez le Seigneur. S'il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l'Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays ? Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. »

Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d'abandonner le Seigneur pour servir d'autres dieux ! C'est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d'Égypte, cette maison d'esclavage. C'est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Et même, le Seigneur a chassé devant nous tous ces peuples, ainsi que les Amorites qui habitaient le pays. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c'est lui notre Dieu. »

Alors Josué dit au peuple : « Vous ne pouvez pas servir le Seigneur, car il est un Dieu saint, il est un Dieu jaloux, qui ne pardonnera ni vos révoltes ni vos péchés. Si vous abandonnez le Seigneur pour servir les dieux étrangers, il se retournera contre vous, il vous fera du mal, il vous anéantira, lui qui vous a fait tant de bien. »

Le peuple répondit à Josué : « Mais si ! Nous voulons servir le Seigneur ! »

Alors Josué dit au peuple : « Vous en êtes les témoins contre vous-mêmes : c'est vous qui avez choisi de servir le Seigneur. » Ils répondirent : « Nous en sommes témoins. »

Josué reprit : « Alors enlevez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous et tournez votre cœur vers le Seigneur, le Dieu d'Israël. » Le peuple répondit à Josué : « C'est le Seigneur notre Dieu que nous voulons servir, c'est à sa voix que nous voulons obéir. »

En ce jour-là, Josué conclut une alliance pour le peuple. C'est dans la ville de Sichem qu'il lui donna un statut et un droit. Josué inscrivit tout cela dans le livre de la loi de Dieu. Il prit une grande pierre et la dressa sous le chêne qui était dans le sanctuaire du Seigneur. Il dit à tout le peuple : « Voici une pierre qui servira de témoin contre nous, car elle a entendu toutes les paroles que le Seigneur nous a dites. Elle servira de témoin contre vous pour vous empêcher de renier votre Dieu. » Puis Josué renvoya le peuple, chacun dans la part de territoire qui était son héritage.

Après ces événements, Josué, fils de Noun, serviteur du Seigneur, mourut à l'âge de cent dix ans. On l'ensevelit dans le territoire qu'il avait reçu en héritage, à Timnath-Sérah, dans la montagne d'Éphraïm, au nord du mont Gaash. Israël servit le Seigneur pendant toute la vie de Josué et pendant toute la vie des anciens qui vécurent encore après Josué. Ils connaissaient toute l'œuvre que le Seigneur avait faite pour Israël.

Quant aux ossements de Joseph, que les fils d'Israël avaient emportés d'Égypte, on les ensevelit à Sichem, dans la parcelle du champ que Jacob avait achetée pour cent pièces d'argent aux fils de Hamor, père de Sichem. Ils devinrent un héritage pour les fils de Joseph.

Et Éléazar, fils d'Aaron, mourut. On l'ensevelit sur la colline de son fils Pinhas, celle qui lui avait été donnée dans la montagne d'Éphraïm.

Commentaire

C'est beau de voir comment ici la boucle est bouclée. Le discours de Moïse à l'extérieur de la Terre promise, qui devient le discours de Josué à l'intérieur de la Terre promise, et qui plus est sur le mont Sichem. Là où, peut-être, avait commencé le livre de Josué, juste après la traversée du Jourdain. Mais Sichem, c'est aussi le lieu où Dieu avait donné à Abraham la Terre promise. Les patriarches sont bouclés : Moïse, Abraham, et même Joseph, dont on ramène les ossements. C'est toute une page de l'histoire d'Israël que nous sommes en train de tourner. Tout est accompli. Tout est accompli, comme dira plus tard Jésus.

Sauf qu'ici, tout est accompli, mais Josué est quand même inquiet pour la suite. Et c'est quand même triste de voir comment chacun des patriarches, à la fin de sa vie, a fini avec cette sorte d'inquiétude. Souvenez-vous, fin du livre de la Genèse, le discours d'adieu de Jacob, quand il faisait le tour de ses fils et des tribus pour les bénir — sauf que ses bénédictions, de loin, ça ressemblait quand même à des malédictions. Ou bien encore, livre du Deutéronome cette fois-ci : vous êtes sur une montagne, le monde est beau, le discours d'adieu de Moïse, et là encore cette litanie à n'en plus finir de malédictions.

Et là, de la même manière, vous avez Josué qui dit au peuple : « Eh bien écoutez, maintenant, surtout, ne servez pas Dieu, c'est trop dangereux, vous ne savez pas dans quoi vous vous engagez. Il est le Dieu saint, il est le Dieu jaloux. » Ça, c'était le Dieu du Lévitique, c'était le Dieu du cantique de Moïse, qui est formidable et dangereux par sa beauté, par son éclat et sa transcendance. Josué qui dit au peuple : « Bon, maintenant, ne servez pas Dieu, vous ne savez pas dans quoi vous vous engagez. » Petite ironie de la part de Josué, qui essaie en fait de titiller, d'asticoter le peuple, de le pousser à bout pour que le peuple renouvelle son alliance. On appelle ça de la psychologie inversée. L'Ancien Testament est quand même toujours beaucoup plus fin que ce qu'on peut imaginer.

Mais quitte à comparer l'Ancien Testament et le Nouveau Testament : regardez, là je vous ai parlé des discours d'adieu des patriarches ; regardez un autre discours d'adieu, celui de Jésus. Eh bien là, vous êtes dans l'Évangile selon saint Jean, après qu'il a lavé les pieds de ses disciples, et il promet la venue du Paraclet, il donne le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Cette fois-ci, il n'y aura pas d'inquiétude, il n'y aura pas de malédiction, il n'y aura pas d'angoisse devant ce que vont devenir les disciples. Il y a simplement la certitude de Jésus, qui sait qu'il va vaincre la mort et qu'il va envoyer l'Esprit Saint pour continuer de soutenir l'Église. « Vous aurez peur, le monde vous persécutera, mais je vous enverrai une force d'en haut, je vous enverrai l'Esprit Saint. »

C'est peut-être ça, en fait, ce qui manquait à Moïse et à Josué : ils n'étaient pas capables d'envoyer l'Esprit Saint. Imaginez que Jésus ne soit pas capable d'envoyer l'Esprit Saint, et qu'il vous ait appris le chemin du ciel, et qu'au moment de partir il aille vous laisser tout seuls. Mais vous pourriez comprendre son angoisse ! Heureusement, Jésus et Dieu nous ont envoyé l'Esprit Saint. Mais voilà, ça vous fait rentrer dans la psychologie de Moïse et de Josué, qui eux n'étaient pas Dieu.

Et alors, il vous reste quoi ? Il vous reste une sourde inquiétude devant ce peuple dont vous savez qu'il n'a pas la force de pouvoir tenir l'alliance qui pourrait pourtant lui assurer la survie. Il y a un côté tragique dans l'Ancien Testament qui vous explique la tonalité quasiment désabusée de ces discours d'adieu.

Nous terminons par notre prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Seigneur, toi qui as voulu nous envoyer ton Esprit pour nous réconforter dans la désolation et pour nous permettre d'être fidèles à ta parole, nous te remercions, Seigneur, pour l'Esprit Saint.

Nous te remercions, Seigneur, parce que tu restes présent au milieu de nous, à nous redonner tes enseignements, à nous réconforter, à nous encourager, à nous donner la force.

Merci Seigneur de ne pas nous avoir seulement donné ton enseignement, mais aussi la force de l'accomplir. Merci Seigneur pour ce que tu es.

Et vous, que le Seigneur vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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