En ces jours-là,
1 Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ;
puis il appela les anciens d’Israël,
avec les chefs, les juges et les scribes ;
ils se présentèrent devant Dieu.
2 Josué dit alors à tout le peuple :
Josué, Le Méconnu
S’il faut rendre à César ce qui est à César, comme dit Jésus, alors nous sommes injustes envers Josué. Nous ne lisons presque jamais le récit de son œuvre : il y a pourtant un livre entier qui porte son nom et ce n’est pas sans raison ! Il apparaît très tôt dans la grande aventure de l’Exode (Ex 17), et semble être le plus proche de Moïse, son fils spirituel, en quelque sorte.
Il avait depuis toujours fait montre d’une fidélité sans faille à Dieu et à Moïse ; et, juste avant sa mort, celui-ci a publiquement désigné son successeur : « Moïse appela Josué, et lui dit en présence de tout Israël : ‘Sois fort et courageux : c’est toi qui vas entrer avec ce peuple dans le pays que le SEIGNEUR a promis par serment à ses pères, c’est toi qui vas remettre au peuple son héritage. C’est le SEIGNEUR qui marchera devant toi, c’est lui qui sera avec toi ; il ne te lâchera pas, il ne t’abandonnera pas. Ne crains pas, ne t’effraie pas !’ » (Dt 31,7-8).
C’est donc Josué qui succéda à Moïse, et eut l’honneur et la responsabilité de faire entrer les fils d’Israël en terre promise. Le livre qui porte son nom rapporte les premiers événements qui marquèrent l’entrée des tribus d’Israël en Canaan ; notre texte de ce dimanche est le dernier grand moment de sa carrière : avant de mourir, il convoque une grande assemblée des douze tribus et scelle leur union autour de l’Alliance conclue au Sinaï.
Deuxième grand nom de ce texte, Sichem (l’actuelle Naplouse) ; nous le connaissons le plus souvent par le Nouveau Testament : quand saint Jean rapporte le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Jn 4), il juge utile de préciser que cela se passe « non loin » de l’antique Sichem ; mais, si Jean en parle, c’est parce que, dans l’Ancien Testament, déjà, elle avait joué un grand rôle : on rappelait volontiers qu’Abraham y avait élevé un autel ; Jacob également ; c’est là aussi que Joseph fut enterré. Plus tard, après le schisme qui déchira le royaume en deux à la mort de Salomon, elle devint la première capitale du royaume du Nord.
Mais la véritable grandeur de Sichem est ailleurs : car elle est devenue le symbole du choix ; Jacob, déjà, au cours de ses pérégrinations, avait pris là une grande décision ; dans un geste ostentatoire de fidélité au Dieu qu’il avait découvert à Béthel, il avait obligé sa famille à abandonner les faux dieux et il avait enterré toutes leurs statues et autres amulettes au pied d’un arbre (Gn 35,4) ; et voici, avec notre texte du livre de Josué le grand moment de Sichem : « Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ».
Qui a pu écrire ce texte ? Quand ? Et pour qui ? On ne sait pas le dire, vu la difficulté de reconstituer l’histoire réelle de l’entrée des tribus d’Israël en Canaan. Les différents textes bibliques sur ce point ne sont pas toujours compatibles ; parce que leur but n’est pas de faire de l’histoire au sens moderne du mot : leur but est toujours d’abord théologique.
Le Peuple À L’Heure Du Choix
Ici, on peut noter quelques insistances majeures : tout d’abord le rôle de Josué ; visiblement, certains auteurs ont souhaité le mettre en valeur : par exemple, le livre des Nombres (13,16) note que, primitivement, il ne s’appelait pas Josué, mais Hoshéa : son premier nom signifiait « il sauve », le second, Josué, est plus précis, puisqu’il veut dire : « C’est le SEIGNEUR qui sauve ». Or, ici, nous voyons Josué dans son rôle de sauveur : il assure l’unité du peuple entier autour de son Dieu. Et il prend la tête de son peuple en donnant l’exemple : « Moi et les miens, nous voulons servir le SEIGNEUR. » Et, bien sûr, il invite toute l’assistance à s’engager comme lui au service du Dieu d’Israël. Pour cela (dans les versets 3-14 manquants dans notre lecture liturgique) il retrace toute l’œuvre de Dieu en leur faveur, depuis le choix d’Abraham « au-delà de l’Euphrate » jusqu’à l’entrée dans ce bon pays (la terre promise), en passant par le miracle de la sortie d’Égypte. Puis il les met en quelque sorte au pied du mur : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate (en Mésopotamie), ou les dieux des Amorites (Cananéens) dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le SEIGNEUR. »
Deuxième insistance de ce texte, la nécessité, et même l’urgence du choix : si notre texte insiste tellement sur la résolution non équivoque du peuple rassemblé à Sichem, c’est peut-être parce que leurs lointains descendants (pour qui ces lignes furent écrites) avaient bien besoin d’en prendre de la graine. On retrouve ici les accents du livre du Deutéronome : « Prenez bien garde que votre cœur ne soit séduit, que vous ne vous détourniez pour servir d’autres dieux et vous prosterner devant eux » (Dt 11,16). Or on sait bien que la tentation du retour à l’idolâtrie a été permanente, que ce soit par exemple au temps des rois (il suffit de se rappeler le combat d’Élie contre les prêtres de Baal, 1 R 19), ou plus tard au temps de l’Exil à Babylone (la mention des dieux du pays au-delà de l’Euphrate n’est probablement là par hasard). Notre texte est exemplaire : évidemment, le peuple saisit la gravité de la question : « Plutôt mourir que d’abandonner le SEIGNEUR pour servir d’autres dieux ! » et fait le bon choix : « Nous aussi, nous voulons servir le SEIGNEUR, car c’est lui notre Dieu. »