Jour 97 ☼ — Juges : Quand Israël fait n'importe quoi !
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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre avec enthousiasme le livre des Juges, qu'il adore pour sa truculence et sa finesse. La lecture du chapitre 1 raconte la conquête après la mort de Josué : les succès de Juda, la générosité de Caleb envers sa fille Aksa, puis la longue liste des tribus qui n'ont pas réussi à déposséder les Cananéens. Le commentaire montre que ce prologue oppose deux exemples : Juda, modèle de solidarité fraternelle, de refus de la monarchie et de préoccupation domestique ; les tribus du Nord menées par Joseph, qui laissent échapper un roi, imposent la corvée comme Pharaon et marchent chacune de leur côté. Toute la problématique du livre est là, et sa conclusion sera sanglante. L'épisode se termine par deux psaumes, le 52 et le 53.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Et aujourd'hui je suis enjoué, aujourd'hui je suis enjoué parce que nous sommes dans le livre des Juges et que j'adore le livre des Juges. C'est truculent à souhait et c'est d'une finesse.
Nous sommes dans le prologue du livre des Juges, qui commence au chapitre 1 jusqu'au début du chapitre 2. On ira aujourd'hui, dans ce premier épisode, jusqu'au chapitre 2, verset 6. Il est question de l'héritage spirituel de Josué, et le moins que l'on puisse dire, c'est que cet héritage, ça raconte une tout autre histoire que celle que nous avions entendue dans le livre de Josué. Bonne écoute.
Lecture : Juges 1
Après la mort de Josué, les fils d'Israël consultèrent le Seigneur : « Qui de nous montera le premier pour attaquer les Cananéens ? » Le Seigneur répondit : « C'est Juda qui montera. Je livre le pays entre ses mains. »
Juda dit alors à son frère Siméon : « Viens avec moi dans le territoire que j'ai reçu en partage et nous combattrons les Cananéens. Puis, à mon tour, j'irai avec toi dans le territoire que tu as reçu en partage. » Siméon alla avec lui.
Juda monta donc et le Seigneur livra entre leurs mains les Cananéens et les Perizzites. À Bézeq, ils les battirent, en tout dix mille hommes. Ayant rencontré Adoni-Bézeq à Bézeq, ils l'attaquèrent et battirent les Cananéens et les Perizzites. Adoni-Bézeq s'enfuit, mais ils le poursuivirent, le saisirent et lui coupèrent les pouces des mains et des pieds. Adoni-Bézeq dit : « Soixante-dix rois dont on avait coupé les pouces des mains et des pieds ramassaient les restes sous ma table. Ce que j'ai fait, Dieu me le rend. » On l'emmena à Jérusalem, il y mourut.
Les fils de Juda attaquèrent Jérusalem, s'en emparèrent, la passèrent au fil de l'épée et mirent le feu à la ville. Ils descendirent ensuite pour combattre les Cananéens qui habitaient la montagne, le Néguev et le Bas-Pays.
Puis Juda marcha contre les Cananéens qui habitaient Hébron. Le nom d'Hébron était auparavant Qiryath-Arba. Et il battit Shéshaï, Ahimane et Talmaï.
De là, il marcha contre les habitants de Debir. Le nom de Debir était auparavant Qiryath-Séfer. Caleb dit : « Celui qui vaincra Qiryath-Séfer et s'en emparera, je lui donnerai pour femme ma fille Aksa. » Otniel, fils de Qenaz, le frère cadet de Caleb, s'empara de la ville. Et Caleb lui donna pour femme sa fille Aksa. Dès qu'elle arriva, Otniel l'incita à demander à son père un champ. Elle descendit de son âne et Caleb lui demanda : « Que veux-tu ? » Elle lui dit : « Accorde-moi une faveur. Puisque tu m'as établie au pays du Néguev, donne-moi aussi des sources. » Caleb lui donna les sources : les sources d'en haut et les sources d'en bas.
Les fils du Qénite, beau-père de Moïse, montèrent de la ville des Palmiers avec les fils de Juda jusqu'au désert de Juda qui est au sud d'Arad. Ils vinrent habiter avec le peuple qui est là.
Puis Juda s'en alla avec son frère Siméon. Ils battirent les Cananéens qui habitaient Cefath et vouèrent la ville à l'anathème. On lui donna le nom de Horma.
Juda s'empara de Gaza et de son territoire, d'Ashqelon et de son territoire, d'Éqrone et de son territoire. Et le Seigneur fut avec Juda et Juda s'empara de la montagne. Mais il ne put déposséder les habitants de la plaine, car ils avaient des chars de fer.
Comme l'avait prescrit Moïse, on donna Hébron à Caleb, qui en déposséda les trois fils d'Anaq.
Les fils de Benjamin ne dépossédèrent pas les Jébuséens qui habitaient à Jérusalem. Ceux-ci ont habité Jérusalem avec les fils de Benjamin jusqu'à ce jour.
La maison de Joseph, de son côté, monta à Béthel. Et le Seigneur était avec eux. Ils envoyèrent d'abord reconnaître Béthel. Le nom de la ville était auparavant Louz. Ceux qui y étaient en reconnaissance virent un homme sortir de la ville et lui dirent : « Montre-nous donc l'accès de la ville et nous ferons preuve de loyauté envers toi. » Il leur montra l'accès de la ville. On la passa au fil de l'épée. Quant à l'informateur, ils le laissèrent aller avec tout son clan. Il s'en alla au pays des Hittites, construisit une ville et la nomma Louz. C'est encore son nom aujourd'hui.
Manassé ne conquit ni Beth-Shéane et ses dépendances, ni Taanak et ses dépendances, ni les habitants de Dor et ses dépendances, ni les habitants de Yibleam et ses dépendances, ni les habitants de Meguiddo et ses dépendances. Les Cananéens persistèrent et habitaient ce pays. Lorsqu'Israël se fut affermi, il les soumit à la corvée, sans toutefois réussir à les déposséder.
Éphraïm ne déposséda pas les Cananéens qui habitaient à Guézer, et les Cananéens habitèrent au milieu d'Éphraïm, à Guézer.
Zabulon ne déposséda pas non plus les habitants de Qitrone, ni les habitants de Nahalol, et les Cananéens habitèrent au milieu de Zabulon et furent soumis à la corvée.
Aser ne déposséda pas les habitants d'Akko, ni les habitants de Sidon, ni ceux d'Ahlab, d'Akzib, de Helba, d'Afiq et de Rehob. Les Asérites habitèrent au milieu des Cananéens habitant le pays, puisqu'ils ne les avaient pas dépossédés.
Nephtali ne déposséda pas les habitants de Beth-Shémesh, ni les habitants de Beth-Anath, et il habita au milieu des Cananéens habitant le pays. Mais les habitants de Beth-Shémesh et de Beth-Anath furent soumis à la corvée.
Les Amorites repoussèrent jusqu'à la montagne les fils de Dan, ne les laissant pas descendre dans la plaine. Les Amorites persistèrent donc à habiter Har-Hérès, Ayyalon et Shaalbim. Mais quand la main de la maison de Joseph pesa lourdement, ils furent soumis à la corvée. Le territoire des Amorites commence à la montée des Scorpions, depuis la Roche, et va ensuite en montant.
Commentaire
Le livre des Juges commence par un double problème. Premier problème : Josué est mort, par qui va-t-on le remplacer ? Et deuxième problème : comment allons-nous conquérir ce pays dans lequel habitent encore les Cananéens ?
J'ouvre une petite parenthèse. Si jamais il reste autant de Cananéens à conquérir, vous sentez bien que ça relativise quand même beaucoup de choses sur ce qu'on a dit de l'anathème. On est plus proche du fantasme militaire que de la réalité historique. Fin de la parenthèse.
Alors, par qui allons-nous remplacer Josué et comment allons-nous conquérir la Terre promise ? Ce prologue du livre des Juges vous propose en exemple la tribu de Juda, le petit chouchou, qui monte de son côté le premier, et c'est d'elle dont il va falloir comprendre l'exemple. Et en contrepoint, deuxième partie de ce chapitre, vous avez entendu un autre exemple, celui-ci qu'il ne faudra pas suivre : ce sont les tribus du Nord, emmenées par Joseph. On avait déjà rencontré dans Josué, souvenez-vous, cette double considération sur les tribus tout feu tout flamme, Juda, et puis les tribus qui y vont en râlant, Joseph. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, mais là on va creuser dans les détails.
Pourquoi est-ce que Juda est une tribu à suivre ? D'abord parce que ça commence par une histoire de solidarité entre tribus, par une charité fraternelle. Juda commence par s'allier avec une autre tribu et dit : on va d'abord conquérir mon territoire et ensuite je viendrai t'aider pour conquérir ton territoire.
Ensuite, deuxième exemple à suivre : ils vont poursuivre un roi, Adoni-Bézeq, dont ils vont couper les pouces, ce qui en fait empêchait ce roi-là de tirer à l'arc. Avec, en prime, une petite phrase d'Adoni-Bézeq :
« Soixante-dix rois dont on avait coupé les pouces des mains et des pieds ramassaient les restes sous ma table. Ce que j'ai fait, Dieu me le rend. »
Inutile de vous dire qu'il est peu probable qu'Adoni-Bézeq ait dit ces paroles, mais on met ici dans la bouche de ce roi la parole de Dieu, justice immanente : telle tu as régné, telle tu péris. Première charge anti-monarchique.
Et ensuite, troisième exemple à suivre, avec notre bon vieux Caleb qu'on retrouve. Il est de tous les bons coups, celui-là. Cette fois-ci, à nouveau, on creuse son histoire et il va donner sa fille Aksa à son frère Otniel. Retenez le nom d'Otniel, parce qu'on le retrouvera plus tard. Il va donner sa fille à son frère. Alors on peut trouver ça bizarre. Ici, le sens, c'est qu'il fait don de ce qui peut donner la vie à quelqu'un qui va faire fructifier le pays et le territoire. D'ailleurs, la fille n'a pas l'air malheureuse et elle demande des sources : les sources d'en haut et les sources d'en bas. Les rabbins traduisent ceci en disant : les sources d'en haut, bénédiction spirituelle ; les sources d'en bas, bénédiction matérielle. Ce que cela signifie derrière, c'est que tout de suite après les préoccupations militaires, occuper un territoire, ce sont les préoccupations domestiques, fonder des foyers, qui prévalent.
Donc, si je résume, l'exemple à suivre à travers Juda, c'est : un, solidarité entre tribus ; deux, refus de la monarchie ; trois, préoccupations domestiques.
À l'inverse, nous avons la tribu de Joseph. Verset 22 :
La maison de Joseph, de son côté, monta à Béthel. Et le Seigneur était avec eux.
Donc ça a l'air de bien se passer. Sauf que tout de suite après, ça se gâte. Parce qu'on les voit capturer la ville de Louz, et ils laissent partir en paix l'explorateur qui leur a donné les clés de la ville. On se dit : c'est sympa de leur part. Sauf que cet explorateur va refonder une Louz. Et on se dit : c'est quand même curieux, c'était peut-être pas un simple explorateur. En fait, la personne qu'ils ont laissée partir, c'est le roi de Louz, qui avait trahi sa ville pour sauver sa vie, qui leur avait donné les clés de la ville, et qui est parti avec un contingent d'hommes pour aller refonder une ville ailleurs. Donc ils ont laissé échapper et survivre un roi. C'est exactement le contraire de Juda.
Ensuite, on vous dit que quand ils arrivent à conquérir un endroit, ils ne soumettent personne à l'anathème, mais au contraire ils les soumettent à la corvée. Et dans le texte biblique, quand vous soumettez quelqu'un à la corvée, c'est rarement un bon signe, parce que ça rappelle furieusement l'exemple de Pharaon. De même que Pharaon avait soumis à la corvée les fils d'Israël, de la même manière les tribus du Nord soumettent à la corvée les habitants du pays. Ils deviennent des rois, des exploiteurs.
Et enfin, vous observez que chacune de ces tribus dont on parle, il n'y en a pas une qui en aide une autre : tout le monde part de son côté. Donc, en fait, c'est exactement le contraire : Juda modèle, Joseph et les autres tribus contre-modèle.
Alors maintenant, je reviens au fait que c'était le premier chapitre, donc le prologue. Le fait que dans le prologue on vous dise qu'il y a deux problèmes — la mort de Josué et comment conquérir le pays — et qu'on vous donne deux exemples, l'un à suivre, Juda, l'autre à ne pas suivre, les tribus du Nord avec Joseph, là, ça commence à raconter notre histoire. C'est en fait une problématique qui est en train de s'instaurer. Et les juges là-dedans, ça va être quoi ? Ils vont suivre quel modèle ? Eh bien, bienvenue dans le livre des Juges. Un livre dont vous allez voir que la conclusion sera sanglante.
Je vous propose maintenant de passer à, non pas un psaume, tiens, mais deux psaumes : le psaume 52 et le psaume 53. Ils sont très beaux.
Psaume 52-53
Dans son cœur, le fou déclare : « Pas de Dieu ! » Tout est corrompu, abominable, pas un homme de bien.
Des cieux, le Seigneur se penche vers les fils d'Adam pour voir s'il en est un de sensé, un qui cherche Dieu.
Tous, ils sont dévoyés, tous ensemble pervertis. Pas un homme de bien, pas même un seul.
N'ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Dieu, jamais ils ne l'invoquent.
Et voilà qu'ils se sont mis à trembler, à trembler sans raison, oui, Dieu a dispersé les os de tes assiégeants. Tu peux en rire : Dieu les rejette.
Qui fera venir de Sion la délivrance d'Israël ? Quand le Seigneur ramènera les déportés de son peuple, quelle fête en Jacob ! En Israël, quelle joie !
Par ton nom, Dieu, sauve-moi, par ta puissance, rends-moi justice. Dieu, entends ma prière, écoute les paroles de ma bouche.
Les étrangers se sont levés contre moi, des puissants cherchent ma perte. Ils n'ont pas souci de Dieu.
Mais voici que Dieu vient à mon aide, le Seigneur est mon appui entre tous. Que le mal retombe sur ceux qui me guettent ; par ta vérité, Seigneur, détruis-les !
De grand cœur, je t'offrirai le sacrifice, je rendrai grâce à ton nom, car il est bon. Oui, il m'a délivré de toute angoisse : j'ai vu mes ennemis défaits.
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