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Jour 97 ☾ — Premiers Juges : Otniel, Éhud et Shamgar

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le second prologue du livre des Juges (chapitre 2) et les trois premiers juges (chapitre 3) : Otniel, Éhud et Shamgar. Il explique l'apparente incohérence chronologique par un double prologue et montre comment la même histoire que celle de Josué est ici racontée du point de vue du peuple, et non plus d'un héros. Il décrit le « mode d'emploi » des Juges — infidélité, oppression, cri vers Dieu, suscitation d'un sauveur — une roue qui finira par s'emballer. Le commentaire se termine sur la puissance de la sainteté d'un seul pour couvrir une multitude de fautes.

Introduction

Nous continuons notre livre des Juges avec le chapitre 2 et le chapitre 3. Alors vous ferez attention, parce qu'il y a un petit problème au verset 6 : il est écrit « Josué renvoya le peuple ». Vous allez me dire : « je ne vois pas le problème ». Ça veut dire que Josué est en vie, alors que dans le chapitre 1, donc dans l'épisode d'avant, on avait dit « après la mort de Josué ». Donc il y a une petite incohérence, et je pense que la manière la plus simple de la résoudre, c'est que vous avez en fait un double prologue. Le premier prologue général, c'était le chapitre 1, et ensuite on a un deuxième prologue qui reprend les choses à zéro. Donc il faut imaginer qu'on fait un petit flashback en arrière.

D'ailleurs, ça va commencer avec l'ange de Gilgal. Ça, on l'avait déjà vu, l'ange de Gilgal, dans le livre de Josué. Sauf que dans le livre de Josué, il disait plein de belles choses, et là, manifestement, c'est un petit peu différent. Puis ensuite, vous allez avoir Josué, et là, donc chapitre 2, on va vous donner la philosophie générale du livre des Juges. Ce sera la fin de l'introduction.

Et puis après, vous aurez le chapitre 3. Et là, on va commencer l'histoire des juges en particulier. Il y en aura douze au total, douze comme les douze tribus d'Israël — sauf que ce n'est pas mathématique, il n'y a pas vraiment un par tribu, mais la philosophie générale, c'est douze juges, douze tribus. Et là, on va commencer dans le chapitre 3 avec les trois premiers petits juges.

Lecture : Juges 2-3

L'ange du Seigneur monta de Gilgal à Bokim et dit : « Je vous ai fait monter d'Égypte et vous ai fait entrer dans le pays que j'avais juré de donner à vos pères. J'avais dit : jamais je ne romprai mon alliance avec vous. Et vous, vous ne conclurez pas d'alliance avec les habitants de ce pays, vous renverserez leurs autels. Mais vous n'avez pas écouté ma voix. Qu'avez-vous fait là ? Eh bien, je l'affirme, je ne chasserai pas ces peuples devant vous. Ils seront sur vos flancs et leurs dieux deviendront pour vous un piège. »

Or, dès que l'ange du Seigneur eut adressé ces paroles à tous les fils d'Israël, le peuple se mit à crier et pleura. Ils appelèrent cet endroit Bokim, c'est-à-dire « pleureurs », et ils y sacrifièrent au Seigneur.

Josué renvoya le peuple et les fils d'Israël se rendirent chacun dans son héritage pour prendre possession du pays. Le peuple servit le Seigneur pendant toute la vie de Josué et toute la vie des anciens qui vécurent encore après Josué et avaient vu toute la grande œuvre du Seigneur pour Israël. Josué, fils de Noun, serviteur du Seigneur, mourut à l'âge de cent dix ans. On l'ensevelit dans le territoire qu'il avait reçu en héritage, à Timnath-Hérès, dans la montagne d'Éphraïm, au nord du mont Gaash. Quand toute cette génération fut à son tour réunie à ses pères, une autre génération lui succéda, qui ne connaissait pas le Seigneur ni l'œuvre qu'il avait faite pour Israël.

Voici les nations que le Seigneur laissa subsister afin de mettre par elles à l'épreuve les fils d'Israël, tous ceux qui n'avaient connu aucune des guerres de Canaan. Elles servirent à instruire les générations des fils d'Israël. Ils apprirent l'art de la guerre, ceux du moins qui ne le connaissaient pas auparavant. Voici ces nations : cinq princes des Philistins et tous les Cananéens, les Sidoniens et les Hivites qui habitaient la montagne du Liban, depuis la montagne de Baal-Hermon jusqu'à l'entrée de Hamat. Ces nations servirent donc à mettre à l'épreuve les fils d'Israël, pour savoir s'ils écouteraient les commandements que le Seigneur avait donnés à leurs pères par l'intermédiaire de Moïse.

Les fils d'Israël habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizzites, des Hivites, des Jébuséens. Ils prirent leurs filles pour femmes et ils donnèrent leurs filles à leurs fils. Ils servirent leurs dieux.

Les fils d'Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Ils oublièrent le Seigneur leur Dieu, et ils servirent les Baals et les Achéras. La colère du Seigneur s'enflamma contre Israël et il les abandonna aux mains de Kouchân-Richeataïm, roi d'Aram des deux fleuves. Et les fils d'Israël servirent Kouchân-Richeataïm pendant huit ans.

Ils crièrent vers le Seigneur, et le Seigneur suscita pour eux un sauveur, Otniel, fils de Kénaz, frère cadet de Caleb, et il les sauva. L'Esprit du Seigneur fut sur lui, et il jugea Israël. Il partit en guerre, et le Seigneur lui livra Kouchân-Richeataïm, roi d'Aram, et sa main puissante fut contre Kouchân-Richeataïm. Le pays fut en repos pendant quarante ans. Puis Otniel, fils de Kénaz, mourut.

Les fils d'Israël recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Et le Seigneur donna la force à Églon, roi de Moab, contre Israël, puisqu'il faisait ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Églon s'adjoignit les fils d'Ammon et Amalec, puis il alla battre Israël. Ils prirent possession de la ville des Palmiers. Les fils d'Israël servirent Églon, roi de Moab, pendant dix-huit ans.

Ils crièrent vers le Seigneur, et le Seigneur suscita pour eux un sauveur, Éhud, fils de Guéra, Benjaminite, qui était gaucher. Par son intermédiaire, les fils d'Israël envoyèrent un tribut à Églon, roi de Moab. Éhud se fit un long poignard à deux tranchants, et il l'attacha sous son vêtement, sur sa cuisse droite. Il offrit donc le tribut à Églon, roi de Moab, qui était un homme très gros. Dès qu'il eut fini de présenter le tribut, Éhud raccompagna les gens qui avaient apporté ce tribut. Pour lui, arrivé aux idoles qui sont près de Gilgal, il rebroussa chemin et dit : « J'ai à te transmettre une parole confidentielle, ô roi. » Celui-ci dit : « Silence ! » Et tous ceux qui se tenaient debout auprès de lui se retirèrent.

Éhud alla vers Églon, alors qu'il se reposait dans la fraîcheur de la chambre haute qui lui était réservée. Éhud dit : « J'ai à te transmettre une parole de Dieu. » Le roi se leva de son siège. Éhud étendit la main gauche, prit le poignard sur sa cuisse droite, et l'enfonça dans le ventre du roi. Même la poignée entra après la lame, et la graisse se referma sur la lame, car Éhud n'avait pas retiré le poignard du ventre du roi. Alors Éhud sortit par l'escalier extérieur, après avoir fermé derrière lui les portes de la chambre haute et mis le verrou.

Quand il fut sorti, les serviteurs vinrent et constatèrent que les portes de la chambre haute étaient verrouillées. Ils dirent : « Sans doute se couvre-t-il les pieds dans la chambre bien fraîche. » Ils attendirent indéfiniment. Églon n'ouvrait toujours pas la porte de la chambre haute. Alors ils prirent la clef et ils ouvrirent. Leur maître gisait à terre, mort.

Quant à Éhud, il s'était échappé pendant que les serviteurs s'attardaient. Il avait dépassé les idoles et il s'échappait vers la Séira. Dès qu'il arriva, il sonna du cor dans la montagne d'Éphraïm. Les fils d'Israël descendirent de la montagne, avec Éhud en tête. Il leur dit : « Suivez-moi, car le Seigneur a livré votre ennemi Moab entre vos mains. » Ils descendirent derrière lui. Ils prirent à Moab le passage des gués du Jourdain, et ne laissèrent plus personne traverser. En ce temps-là, ils battirent Moab, environ dix mille hommes, tous robustes et vaillants, et personne ne s'échappa. En ce jour-là, Moab fut abaissé sous la main d'Israël, et le pays fut en repos pendant quatre-vingts ans.

Après Éhud, il y eut Shamgar, fils d'Anath. Brandissant un aiguillon à bœufs, il battit les Philistins au nombre de six cents, et lui aussi sauva Israël.

Commentaire

Pour que tout le monde remette bien les choses et arrive à comprendre le petit chemin qui a été parcouru entre le livre de Josué et le livre des Juges. Parce qu'en fait, on est à peu près à la même époque.

Dans le livre de Josué, ça commence avec Josué, avec le peuple qui traverse le Jourdain. Il va prendre douze pierres du Jourdain pour en faire douze pierres témoins. Il renouvelle l'alliance près de Gilgal. Et là, un ange lui apparaît pour lui dire : « Je suis le chef de l'armée du Seigneur. » Sous-entendu : ce combat n'est pas d'abord votre combat, c'est celui de Dieu, et je vais chasser tout le monde devant vous.

Bon, maintenant, on est dans le livre des Juges. On est à nouveau à Gilgal, il y a à nouveau un ange qui apparaît. Cette fois-ci, simplement, l'ange finit par attraper tout le monde en disant : « C'est un scandale, vous ne m'avez pas obéi. » Et tout le monde se met à pleurer. Et Josué renvoie tout le monde à ses tentes, la queue entre les jambes. Ensuite, mort de Josué, et là le texte vous dit : « Et une nouvelle génération arriva, qui ne connaissait pas Dieu et qui faisait n'importe quoi. » Ah ! Il est loin maintenant, le triomphalisme du livre de Josué.

C'est la même histoire. C'est exactement la même histoire, mais racontée de manière totalement différente. Dans le livre de Josué, on voyait la conquête du pays à travers les yeux d'un héros, celui de Josué. Là, dans le livre des Juges, on va vous reparler de la conquête du pays à travers les yeux du peuple. Ce n'est pas franchement la même chose.

À noter une différence, quand même. Dans le livre de Josué, notre héros éponyme avait pris douze pierres qu'il avait arrachées au cours du Jourdain pour en faire douze pierres témoins. Et ces douze pierres témoins, dans le livre des Juges, vont devenir des hommes. Douze hommes, douze juges, qui nous permettront de savoir exactement où on en est.

D'ailleurs, le livre des Juges est sympa, parce que, tout de suite après, il vous donne le mode d'emploi des Juges. Je vous la fais courte : le peuple fait n'importe quoi, Dieu en a ras-le-bol, il leur retire sa protection, donc les Philistins dominent sur Israël, qui tout d'un coup se souviennent que Dieu existe, qui se mettent à pleurer. Comme Dieu a bon cœur, il se laisse toucher, il leur envoie un juge pour les sauver, le juge les sauve, les fils d'Israël vont mieux, ils prennent la confiance, ils commencent à refaire n'importe quoi, Dieu en a marre, tape du poing sur la table, enlève la protection, les Philistins à nouveau dominent, etc., etc., etc. C'est un peu une roue sans fin, cette affaire — sauf qu'on va voir comment, dans le livre des Juges, cette roue va finir par s'emballer et tout détruire.

Alors, on commence petit. On commence petit avec trois petits juges : Otniel, Éhud, Shamgar. Otniel, on l'a déjà vu, c'est le frère de Caleb. Caleb, on l'aime bien ; Otniel, on l'aime bien : 20 sur 20. Il arrive à prendre une ville, il fonde un foyer, et ensuite il retourne à ses champs. Il n'a pas d'ambition démesurée, il prend soin de sa famille : 20 sur 20. En plus, c'est le frère de Caleb, on l'adore.

Ensuite, vous avez Éhud. Alors Éhud, il vient de la tribu de Benjamin. La tribu de Benjamin, ça veut dire « le fils de la droite ». Éhud, il était gaucher. Mais il y a un petit côté satirique là-dedans. Je pense qu'on est plutôt dans le côté comique que dans le côté critique. D'ailleurs, question caricature, on vous dit qu'il y a un roi qui est très gros et qui va aller dans les toilettes. Et que c'est dans les toilettes qu'Éhud va lui plonger une épée qui va rentrer, le ventre va se refermer sur l'épée. Alors, que tout ceci se soit passé dans les toilettes, c'est le verset 24 :

Sans doute se couvre-t-il les pieds dans la chambre bien fraîche.

Et mes notes de bas de page disent : « la chambre bien fraîche, un endroit d'aisance où se soulager. » Mon Dieu, que cela est joliment dit ! En tout cas, Éhud, lui aussi : 20 sur 20. Parce que lui, il tue les rois. Otniel ne voulait pas devenir roi. Là aussi, c'est toujours la même charge anti-monarchique. Mais vous notez quand même au passage le style bizarre, cruel, gore qu'on commence à trouver dans le livre des Juges. On le retrouvera plus tard.

Et ensuite, Shamgar. Shamgar, c'est fait en deux phrases : il n'y a rien à dire, il a bien fait son boulot. Donc on commence avec trois petits juges. Ils sauvent Israël, ils n'ont pas pris la grosse tête, ils n'ont pas pris la confiance, et en plus, ils tuent des rois.

Je termine mon commentaire par une remarque d'ordre général sur la notion de juge. Dans le dernier livre de Josué, je vous avais dit que Dieu considérait à égalité certains individus et puis des communautés entières, et qu'il y avait de la place dans le plan de Dieu pour des exploits et pour de l'héroïsme. Souvenez-vous, on avait déjà parlé de Rahab, on avait déjà parlé de Caleb. Et je vous avais dit alors qu'un homme pouvait sauver une communauté, en même temps que c'était une communauté qui donnait un sens à l'exploit individuel.

Il y a là une grande leçon de la Bible. Un homme a le pouvoir de racheter une multitude de fautes. Une femme, si elle est sainte, a le pouvoir de couvrir une multitude d'offenses. C'était un jour ce que j'avais dit à ma mère. Ma mère me disait : « C'est quand même curieux, tous les abus, tous les scandales qu'il y a dans l'Église. » Je lui ai dit : « Oui, mais c'est vrai que de temps en temps dans ma vie, j'ai pu rencontrer une ou deux personnes qui étaient à ce point-là saintes qu'elles avaient réussi à me faire oublier les abus et les scandales dans l'Église. » Cela ne les avait pas résolus, mais l'espace d'un instant, ça me les avait fait oublier.

Vous voulez sauver l'Église ? Soyez saints. Vous voulez faire avancer les choses ? Soyez saints.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, donne-nous d'être des hommes justes. Donne-nous d'être des hommes forts. Seigneur, donne-nous d'être des saints sur lesquels ceux que nous aimons, nos proches, nos amis, notre communauté puissent venir s'appuyer. Et quand nous, nous n'allons pas bien, donne-nous, Seigneur, des hommes et des femmes fortes sur lesquels nous pouvons nous appuyer.

Et vous, que Dieu qui est tout-puissant vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.


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