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Jour 98 ☼ — Débora et Yaël : deux femmes, deux victoires !

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 4 et 5 du livre des Juges : le quatrième juge, Baraq, ne remporte la victoire sur Sisera que grâce à la prophétesse Débora, et c'est Yaël, une femme sous sa tente, qui achève le chef ennemi. Suit le cantique de Débora, l'un des plus beaux poèmes de l'Ancien Testament. Le commentaire est consacré au « féminisme biblique » : la manière propre aux femmes de combattre le mal, en désarmant l'homme plutôt qu'en l'affrontant par la force. De Yaël à Judith, de Marie à la femme de l'Apocalypse, une même figure de femme forte traverse toute l'Écriture. Le psaume, faute de temps, est reporté à l'épisode suivant.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur. Nous avons eu l'histoire de nos trois premiers juges, Otniel, Shamgar et Éhoud. Nous allons continuer maintenant avec un quatrième juge, Baraq. Un nom qui signifie « éblouissant ». Euh… ce ne sera pas vraiment éblouissant. Ça reste satisfaisant, mais grâce à une femme, Débora, dont on entendra ensuite le cantique, un des plus beaux cantiques de l'Ancien Testament. Nous sommes dans les Juges, chapitre 4 et chapitre 5.

Lecture : Juges 4-5

Après la mort d'Éhoud, les fils d'Israël recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Le Seigneur les vendit à Yabine, roi de Canaan, qui régnait à Haçor. Le chef de son armée était Sisera ; celui-ci habitait à Harosheth-Goïm. Les fils d'Israël crièrent vers le Seigneur, car Yabine avait neuf cents chars de fer et il avait opprimé durement les fils d'Israël pendant vingt ans.

Or, Débora, une prophétesse, femme de Lappidoth, jugeait Israël en ce temps-là. Elle siégeait sous le palmier de Débora, entre Rama et Béthel, dans la montagne d'Éphraïm, et les fils d'Israël venaient vers elle pour faire arbitrer leur litige.

Elle fit appeler Baraq, fils d'Avinoam, de Qédesh en Nephtali, et lui dit : « Le Seigneur, Dieu d'Israël, n'a-t-il pas donné cet ordre ? Va, fais mouvement vers le mont Tabor, et prends avec toi dix mille hommes parmi les fils de Nephtali et les fils de Zabulon. Je ferai venir vers toi, au torrent de Qishôn, Sisera, le chef de l'armée de Yabine, avec ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains. »

Baraq lui dit : « Si tu marches avec moi, j'irai ; mais si tu ne marches pas avec moi, je n'irai pas. » Elle dit : « Je marcherai donc avec toi. Mais sur la voie où tu marches, l'honneur ne sera pas pour toi, car c'est à une femme que le Seigneur abandonnera Sisera. »

Débora se leva et se rendit avec Baraq à Qédesh. Baraq convoqua Zabulon et Nephtali à Qédesh. Dix mille hommes le suivirent et Débora partit avec lui.

Héber, le Qénite, s'était séparé de Caïn et des fils de Hobab, parents de Moïse. Il avait dressé sa tente non loin du chêne de Çaanannim, près de Qédesh.

On annonça à Sisera que Baraq, fils d'Avinoam, était arrivé au mont Tabor. Alors Sisera convoqua tous ses chars, neuf cents chars de fer, ainsi que tout le peuple qui était avec lui, depuis Harosheth-Goïm jusqu'au torrent de Qishôn.

Débora dit à Baraq : « Lève-toi, car c'est aujourd'hui que le Seigneur livre Sisera entre tes mains. Le Seigneur n'est-il pas sorti devant toi ? » Baraq descendit du mont Tabor avec dix mille hommes derrière lui.

Alors le Seigneur frappa de panique Sisera, tous ses chars et toute l'armée, qui fut passée au fil de l'épée devant Baraq. Sisera descendit de son char et s'enfuit à pied. Baraq poursuivit les chars et l'armée jusqu'à Harosheth-Goïm, et toute l'armée de Sisera tomba au fil de l'épée. Il n'en resta pas un seul.

Or, Sisera s'était enfui à pied. Il s'enfuit vers la tente de Yaël, femme de Héber le Qénite, car la paix régnait entre Yabine, roi de Haçor, et la maison de Héber le Qénite. Yaël sortit au-devant de Sisera et lui dit : « Arrête-toi, mon seigneur ! Arrête-toi chez moi ! Ne crains rien ! » Il s'arrêta chez elle, dans sa tente, et elle le recouvrit d'une couverture. Il lui dit : « Peux-tu me donner à boire un peu d'eau, car j'ai soif ? » Elle ouvrit l'outre de lait, le fit boire et le recouvrit. Il lui dit : « Tiens-toi à l'entrée de la tente, et si quelqu'un vient, t'interroge et demande : "Y a-t-il quelqu'un ici ?", tu répondras : "Non !" »

Mais Yaël, femme de Héber, prit un piquet de la tente, saisit un marteau dans sa main, vint près de lui doucement et lui enfonça dans la tempe le piquet, qui alla se planter dans la terre. Sisera, qui, épuisé, était profondément endormi, mourut.

Or, voici que Baraq poursuivait Sisera. Yaël sortit à sa rencontre et lui dit : « Viens, et je te ferai voir l'homme que tu cherches. » Il entra chez elle, et voilà que Sisera gisait mort, le piquet dans la tempe.

En ce jour-là, Dieu abaissa Yabine, roi de Canaan, devant les fils d'Israël. La main des fils d'Israël se fit de plus en plus lourde contre Yabine, roi de Canaan, jusqu'à ce qu'ils aient abattu Yabine, roi de Canaan.

Ce jour-là, Débora et Baraq, fils d'Avinoam, dirent ce chant :

Alors qu'en Israël on laisse flotter les chevelures, alors qu'un peuple s'offre librement, bénissez le Seigneur !

Rois, écoutez ! Prêtez l'oreille, souverains ! C'est moi, c'est moi qui vais chanter pour le Seigneur, c'est moi qui vais jouer pour le Seigneur, Dieu d'Israël.

Seigneur, quand tu sortis de Séïr, quand tu partis de la campagne d'Édom, la terre trembla, les cieux mêmes fondirent et les nuées fondirent en eau. Les montagnes furent ébranlées devant la face du Seigneur, celui du Sinaï, devant la face du Seigneur, Dieu d'Israël.

Aux jours de Shamgar, fils d'Anath, aux jours de Yaël, ne passaient plus les caravanes. Ceux qui marchaient par les sentiers prenaient des voies tortueuses. Les guides manquaient, ils manquaient en Israël, jusqu'à ce que je me lève, moi, Débora, jusqu'à ce que je me lève, mère en Israël.

On adoptait des dieux nouveaux, alors la guerre était aux portes. À peine voyait-on une lance, un bouclier pour quarante mille hommes en Israël.

Le cœur va aux chefs d'Israël, à ceux du peuple qui s'offrent librement. Bénissez le Seigneur !

Vous qui montez des ânesses blanches, vous qui siégez sur des tapis, et vous qui marchez sur la route, parlez ! Dans les propos échangés auprès des abreuvoirs, là on raconte les justes actions du Seigneur, la justice de sa force en Israël. Alors le peuple du Seigneur est descendu aux portes.

Éveille-toi, éveille-toi, Débora ! Éveille-toi, éveille-toi, lance ton chant ! Lève-toi, Baraq, emmène tes captifs, ô fils d'Avinoam !

Que le reste du peuple l'emporte, que pour moi le Seigneur l'emporte sur les héros. Ceux qui viennent d'Éphraïm sont en Amalec, derrière toi, Benjamin est avec tes troupes. De Makir sont descendus des chefs, et de Zabulon, ceux qui portent le bâton de commandement. Les princes en Issakar sont avec Débora ; Issakar est fidèle à Baraq, dans la vallée il s'est élancé sur ses pas.

Dans les clans de Ruben, grandes intentions du cœur. Pourquoi es-tu resté assis entre deux parcs, à écouter le son des flûtes auprès des troupeaux ? Dans les clans de Ruben, grandes hésitations du cœur. Galaad est resté au-delà du Jourdain. Et Dan, pourquoi demeure-t-il sur ses vaisseaux ? Asher est resté assis au bord des mers, il est resté dans ses ports. Zabulon, le peuple qui méprise sa vie à en mourir, de même Nephtali, sur les hauteurs du pays.

Survinrent les rois, ils ont combattu. Les rois de Canaan ont combattu à Taanak, près des eaux de Meguiddo, mais de l'argent, ils n'en ont pas gagné.

Du haut du ciel, les étoiles ont combattu, depuis leur sentier, elles ont combattu Sisera. Le torrent de Qishôn les a balayés, le torrent d'autrefois, le torrent de Qishôn. Avance hardiment, ô mon âme !

Alors les sabots des chevaux ont martelé le sol : ils galopent, ils galopent, ces coursiers.

Maudissez Méroz, dit l'ange du Seigneur, maudissez, maudissez ses habitants, ils ne sont pas venus au secours du Seigneur, au secours du Seigneur, contre les héros.

Bénie soit parmi les femmes Yaël, la femme de Héber le Qénite ; parmi les femmes qui vivent sous la tente, bénie soit-elle ! Il demanda de l'eau, elle donna du lait ; dans la coupe d'honneur, elle offrit de la crème. Elle étendit sa main vers un piquet de tente, et sa droite vers un marteau de travailleur. Elle martela Sisera et lui broya la tête, elle frappa et lui perça la tempe. À ses pieds il s'écroule, il tombe, il gît ; à ses pieds il s'écroule, il tombe ; là, il s'écroule, il tombe, anéanti.

Par la fenêtre, elle jette un regard, la mère de Sisera, elle se lamente à travers la claire-voie : « Pourquoi son char tarde-t-il à venir ? Pourquoi la marche de ses chars est-elle si lente ? » Les plus sages de ses dames lui répondent, et elle se redit à elle-même : « Sans doute se partagent-ils le butin qu'ils ont trouvé ? Une captive, deux captives par guerrier ; des étoffes de couleur comme butin pour Sisera, comme butin des étoffes de couleur brodées, pour son cou une étoffe de couleur rebrodée. »

Que périssent ainsi tous tes ennemis, Seigneur ! Mais que tes amis soient comme le soleil quand il s'élance dans sa force !

Et le pays fut en repos pendant quarante ans.

Commentaire

Tiens, je vais profiter de ce chapitre pour parler un petit peu du féminisme biblique. C'est quoi, la manière dont la Bible parle des femmes fortes ? On a quand même eu deux exemples, avec Yaël et avec Débora. Donc c'est peut-être le moment d'en parler.

On a toujours une image des femmes d'Israël comme des femmes effacées. Mais vous voyez ici avec Débora, vous voyez ici avec Yaël, et vous verrez plus tard encore avec Marie — je vous le mets en bonus, mais un jour on va en parler, un jour on fera attention au Magnificat de Marie. Le Magnificat de Marie, c'est tout sauf une femme soumise. On a l'impression qu'on est plutôt du côté de la révolution prolétarienne : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes, il relève les humbles. » Si vous faites attention, dans le Magnificat de Marie, il y a comme un lointain écho du cantique de Débora.

Par des femmes qui se lèvent pour se rebeller contre l'ordre établi. Vous avez des femmes rebelles, et Dieu vous dit qu'il y a une place dans l'histoire sainte, et au ciel, pour des femmes qui sont rebelles de cette manière-là. Pour des femmes qui rappellent aux hommes leurs devoirs et qui se moquent de leur lâcheté.

Alors, vous allez me dire que la manière dont Yaël combat le mal n'est pas très propre. Elle prend quand même un pieu et le lui enfonce dans le crâne, après lui avoir fait croire qu'il était en sécurité. C'est pas joli, joli. Ah non, en fait, si vous voulez : le féminisme dans la Bible, c'est combattre le mal à la manière des femmes, et non pas à la manière des hommes.

Combattre le mal à la manière des hommes, généralement, ça veut dire qu'on sort la force, on fait les fiers-à-bras, et on monte au combat. Et généralement, on voit d'ailleurs ce que ça donne. Partir en guerre contre le mal à la manière des femmes, dans la Bible, c'est une autre chose. Précisément, c'est à la manière des femmes. Et la manière des femmes est très particulière.

Et il y a quelque chose de très, très beau, c'est que dans la Bible, les femmes ont le pouvoir de désarmer les hommes. Peut-être parce que ce sont des femmes et que les hommes ne se méfient pas d'elles. Un homme se méfie toujours d'un autre homme, en qui il voit son concurrent. Mais un homme ne se méfie pas tout de suite d'une femme. Bref, une femme a le pouvoir de désarmer un homme et de rentrer dans le lieu de son intimité.

Elle le fait avec ses moyens à elle. Aujourd'hui, avec Yaël, c'est le moyen de l'hospitalité. Plus tard, dans le livre de Judith, ce sera avec les moyens de la séduction. Et encore plus tard, dans l'Évangile, avec Marie, ce sera avec le moyen de la foi et de la douceur. Mais vous voyez… ça, j'y crois beaucoup, qu'une femme ait le pouvoir de désarmer un homme et que ce soit son moyen à elle de combattre le mal. Je trouve ça extraordinaire.

D'ailleurs, si vous voulez, même pour continuer jusqu'au bout : dans l'Apocalypse, quel est le signe que vous aurez dans le ciel ? Eh bien, le signe que vous aurez dans le ciel, ce sera une femme. Une femme dans le ciel, sur le point d'accoucher, et qui est en train d'écraser un dragon. La voilà, cette femme. Cette lutte de la femme contre le mal, ce féminisme biblique, cette image de la femme forte, gravée pour l'éternité dans le ciel, et dont nous venons de voir la première ébauche à travers Yaël et Débora.

Bon, écoutez, les textes ont été longs. J'ai fait ce que j'ai pu, mais je n'ai pas réussi à caser le psaume. On l'écoutera dans l'épisode suivant, promis.


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