CapBibliqueCapBiblique

Jour 98 ☾ — Gédéon : l'élu qui doute (beaucoup) !

← J98 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J99 ☼ →


Résumé : Cinquième juge après Barak, Gédéon entre en scène dans un Israël écrasé par Madiane, revenu comme une plaie d'Égypte. L'ange du Seigneur le salue « vaillant guerrier » alors qu'il bat le blé en cachette, et Gédéon ne cesse de se dérober : il rappelle sa petitesse, demande un sacrifice, renverse l'autel de Baal de nuit, réclame un signe puis un contre-signe avec la toison. Le frère Paul-Adrien souligne la parenté entre cette salutation et celle de l'Annonciation, et montre que la timidité de Gédéon, loin d'être moquée par le texte, est justement ce que Dieu choisit pour faire éclater sa gloire. L'épisode se conclut par le psaume 54, non lu la veille.

Introduction

Nous continuons notre liste de juges. On en était au quatrième avec Barak, nous passons maintenant au cinquième, Gédéon. On va voir son histoire en deux épisodes, un aujourd'hui et la fin demain. Juges, chapitre 6.

Lecture : Juges 6

Les fils d'Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur, et le Seigneur les abandonna à Madiane pendant sept ans. Madiane imposa sa puissance à Israël. À cause de Madiane, les fils d'Israël aménagèrent dans les montagnes des failles, des grottes et des lieux escarpés. Chaque fois qu'Israël avait fait les semailles, Madiane montait avec Amalek et les fils de l'Orient, et ils attaquaient Israël. Ils campaient auprès d'eux et dévastaient les produits du pays jusqu'aux abords de Gaza. Ils ne laissaient à Israël ni vivres, ni moutons, ni bœufs, ni ânes. Ils arrivaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, comme une multitude de sauterelles. Eux et leurs chameaux étaient innombrables, et ils envahissaient le pays pour le ravager. À cause de Madiane, Israël fut réduit à une grande misère, et les fils d'Israël crièrent vers le Seigneur.

Comme ils criaient vers le Seigneur au sujet de Madiane, le Seigneur leur envoya un prophète qui leur dit : « Ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : C'est moi qui vous ai fait monter d'Égypte, je vous ai fait sortir de la maison d'esclavage. Je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de tous ceux qui vous opprimaient. Je les ai chassés devant vous, et je vous ai donné leur pays. Je vous ai dit : je suis le Seigneur, votre Dieu. Vous ne craindrez pas les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Mais vous n'avez pas écouté ma voix. »

L'ange du Seigneur vint s'asseoir sous le térébinthe d'Ofra, qui appartenait à Joas, de la famille d'Abiézer. Gédéon, son fils, battait le blé dans le pressoir pour le soustraire au pillage des Madianites. L'ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier. » Gédéon lui répond : « Pardon, mon Seigneur, si le Seigneur est avec nous, pourquoi tout ceci nous est-il arrivé ? Que sont devenus tous ces prodiges que nous ont racontés nos pères ? Ils nous disaient : est-ce que le Seigneur ne nous a pas fait monter d'Égypte ? Mais aujourd'hui, le Seigneur nous a abandonnés, en nous livrant au pouvoir de Madiane. »

Alors le Seigneur regarda Gédéon et lui dit : « Avec la force qui est en toi, va sauver Israël du pouvoir de Madiane. N'est-ce pas moi qui t'envoie ? » Gédéon reprit : « Pardon, mon Seigneur, mais comment sauverais-je Israël ? Mon clan est le plus faible dans la tribu de Manassé, et moi, je suis le plus petit dans la maison de mon père. » Le Seigneur lui répondit : « Je serai avec toi, et tu battras les Madianites comme s'ils n'étaient qu'un seul homme. »

Gédéon lui dit : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, donne-moi un signe que c'est bien toi qui me parles. Ne t'éloigne pas d'ici avant que je revienne vers toi. Je vais chercher mon offrande, et je la placerai devant toi. » Le Seigneur répondit : « Je resterai jusqu'à ton retour. »

Gédéon s'en alla, il prépara un chevreau, et avec une mesure de farine, il fit des pains sans levain. Il mit la viande dans une corbeille et le jus dans un pot, puis il apporta tout cela sous le térébinthe et le lui présenta. L'ange de Dieu lui dit : « Prends la viande et les pains sans levain, pose-les sur ce rocher et répands le jus. » Gédéon obéit. Alors l'ange du Seigneur étendit le bâton qu'il tenait à la main, et il toucha la viande et les pains sans levain. Le feu jaillit de la roche, consuma la viande et les pains sans levain, et l'ange du Seigneur disparut.

Alors Gédéon comprit que c'était l'ange du Seigneur, et il dit : « Malheur à moi, Seigneur mon Dieu ! Pourquoi donc ai-je vu l'ange du Seigneur face à face ? » Le Seigneur lui répondit : « Que la paix soit avec toi. Sois sans crainte, tu ne mourras pas. » À cet endroit, Gédéon bâtit un autel au Seigneur sous le vocable de « Seigneur de la paix ». Et jusqu'à ce jour, cet autel est encore à Ofra d'Abiézer.

Cette nuit-là, le Seigneur dit à Gédéon : « Prends le taureau de ton père et un deuxième taureau âgé de sept ans. Puis tu démoliras l'autel de Baal qui est à ton père, et tu couperas le poteau sacré qui se trouve à côté de lui. Tu bâtiras au Seigneur ton Dieu un autel selon les règles, au sommet de cette citadelle. Tu prendras alors le deuxième taureau et tu l'offriras en holocauste sur le bois du poteau sacré que tu auras coupé. »

Gédéon prit alors avec lui dix de ses serviteurs, et fit ce que lui avait ordonné le Seigneur. Mais comme il craignait sa famille et les gens de la ville, plutôt que de le faire de jour, il préféra agir de nuit. Le lendemain, les gens de la ville, levés de bon matin, virent que l'autel de Baal était renversé, que le poteau sacré qui se trouvait à côté de lui avait été coupé, et qu'un taureau avait été offert en holocauste sur l'autel qui venait d'être bâti. Ils se dirent alors les uns aux autres : « Qui a fait cela ? » Ils cherchèrent et s'informèrent, et ils dirent : « C'est Gédéon, fils de Joas, qui a fait cela. » Les gens de la ville dirent à Joas : « Fais sortir ton fils. Il doit mourir, car il a détruit l'autel de Baal et coupé le poteau sacré qui se trouvait à côté de lui. » Mais Joas répondit à ceux qui se tenaient près de lui : « Est-ce à vous de défendre Baal ? Est-ce à vous de le sauver ? Celui qui défendra Baal sera mis à mort avant le matin. Si Baal est Dieu, qu'il se défende lui-même, puisqu'on a renversé son autel. » Et ce jour-là, on donna à Gédéon le nom de Yeroubaal, c'est-à-dire : que Baal s'en prenne à lui, puisqu'il a renversé son autel.

Tout Madiane, Amalek et les fils de l'Orient se coalisèrent, et, ayant passé le Jourdain, vinrent camper dans la plaine d'Izréel. L'esprit du Seigneur revêtit Gédéon. Celui-ci sonna du cor, et Abiézer se regroupa derrière lui. Il envoya des messagers dans tout Manassé, qui lui aussi se regroupa derrière lui. Il envoya des messagers dans Asher, dans Zabulon, dans Nephtali, qui montèrent à leur rencontre.

Gédéon dit alors à Dieu : « Si vraiment, comme tu l'as dit, tu veux te servir de moi pour sauver Israël, je vais étendre une toison de laine sur l'aire de battage, et s'il n'y a de rosée que sur la toison, et si tout le sol est sec, je saurai que c'est par moi que tu veux sauver Israël, comme tu l'as dit. » Il en fut ainsi. Le lendemain, Gédéon se leva, il pressa la toison, il en exprima la rosée, et il en fit une pleine coupe.

Gédéon dit encore à Dieu : « Que ta colère ne s'enflamme pas contre moi, laisse-moi te parler encore une fois. Permets-moi de faire une fois encore l'épreuve de la toison : que seule la toison soit sèche, et qu'il y ait de la rosée sur tout le sol. » Et Dieu fit ainsi cette nuit-là : seule la toison fut sèche, et il y eut de la rosée sur tout le sol.

Commentaire

Dans le texte, il est question des Madianites. J'espère que ça vous rappelle des choses quand même : le livre des Nombres. Souvenez-vous, Balaam, le premier anathème. Il faut croire qu'il n'a pas marché, parce que revoilà les Madianites, qui sont peut-être comme la mauvaise herbe : on a beau l'arracher, la déraciner, ça finit toujours par repousser. Ici d'ailleurs, ils sont présentés comme un fléau d'Égypte. Ils sont présentés comme des sauterelles qui viennent recouvrir le pays. Ce qui veut dire qu'Israël, maintenant, est du côté de Pharaon.

Mais moi, mon commentaire, je voudrais le commencer avec ce prophète, qui commence par rattraper tout le monde et qui ensuite se transforme en ange. Et c'est là qu'entre en scène notre Gédéon. L'ange est maintenant assis auprès d'un arbre — le lieu sacré, avec ses racines qui plongent dans la terre et son feuillage dans le ciel, lieu de transition entre la terre et le ciel — et il attend de voir qui va passer. Et qui passe ? Gédéon. Gédéon qui, en fait, a dû suivre l'ange, puisqu'il reprend la conversation là où elle s'est arrêtée. Il lui dit : écoute, tu nous as parlé de l'Égypte, très bien, mais on ne peut pas dire non plus que Dieu ait manifesté sa présence depuis l'Égypte de manière flagrante.

J'attire d'ailleurs votre attention sur la salutation de l'ange :

Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier.

Ça ne vous rappelle pas une autre apparition, un autre ange ? Et Gédéon devenu Marie. « Je te salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » La force de Gédéon, c'est la grâce de Marie. Le Seigneur qui est en nous. La grâce, c'est la présence de Dieu. C'est ça qui fait notre force.

Bon, mais il faut croire que Gédéon n'est pas transporté outre mesure par ces promesses théologiques, et il rappelle à l'ange que, quand même, lui, il appartient à la toute petite tribu, et qu'en plus il est le dernier de son clan. Sauf que ça, en fait, il ne le sait pas : c'est précisément le genre de parole qui plaît à Dieu. Parce qu'au moins, quand on est faible, on est sûr que la victoire vient de Dieu. D'où la phrase de saint Paul : c'est quand je suis faible, qu'alors je suis fort.

Réponse de l'ange d'ailleurs assez curieuse : il ne va pas décupler la force de Manassé, il va diminuer au contraire la force de l'ennemi. « Tu battras Madiane comme s'il s'agissait d'un seul homme. »

Vient alors la réaction de Gédéon, qui est très curieuse. Il a l'ange du Seigneur devant lui, et il lui dit : écoute, si c'est bien toi qui me parles, reste ici deux secondes, je vais aller t'offrir un sacrifice pour être sûr que c'est toi qui me parles, et ensuite je reviendrai. C'est étonnant de se dire que dans la tête de Gédéon, un sacrifice, ça vaut mieux qu'une apparition. Le rite sacramentel qui vaut mieux que la grande mystique. En tout cas, il veut faire les choses bien, manifestement. Il ne connaît pas bien son histoire d'Israël, mais il a lu le Lévitique, et en présence du Dieu trois fois saint, il sait qu'il faut offrir un sacrifice.

On a l'impression que Gédéon offre un sacrifice comme on met une ceinture de sécurité quand on va monter dans la voiture d'un conducteur un peu fou. Parce que Gédéon, c'est ce qu'on va voir, ce n'est pas le plus courageux des hommes — ce qui d'ailleurs le rend, moi je trouve, plutôt attachant.

Enfin, regardez quand même. Il commence par rappeler à l'ange qu'il est le plus petit. Ensuite, pour être sûr de bien faire les choses et de ne pas mourir devant l'ange, il va offrir un sacrifice pour être en règle du côté du Lévitique. Après, il se rebelle, mais de nuit, pour que personne ne le voie. Finalement, c'est son père qui lui sauve la vie. Et puis, tout simplement, il se débrouille avec un petit artifice : il change son nom en Yeroubaal, « que Baal s'en prenne à lui », qui est à la fois un nom-malédiction et en même temps un titre de gloire.

Là, vous retrouvez d'ailleurs — toujours dans ma petite parenthèse — la longue tradition des patriarches qui changent de nom : Abram, Abraham ; Jacob, Israël, celui qui est fort contre Dieu. Comme si c'étaient nos luttes existentielles et religieuses qui nous définissaient.

Enfin, je ferme la parenthèse et je reviens au courage de Gédéon, qui se rebelle de nuit, qui est sauvé in extremis par son père, et qui, toujours pour être bien sûr que c'est bien Dieu qui est en face de lui, demande un signe et un contre-signe. Mais vous voyez, cette petitesse de Gédéon, cette timidité, moi, je trouve que ça le rend attachant. Et d'ailleurs, le texte ne se moque pas de lui. Il n'y a même pas ce petit sourire moqueur de l'Ancien Testament que parfois on voit. Dieu prend Gédéon tel qu'il est. Évidemment, ça, ça nous fait penser à nous : ce qu'il y a de petit et de méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour faire éclater sa gloire.

Bon, fin du commentaire. Alors maintenant, vous allez avoir le psaume qu'on n'a pas lu l'épisode d'avant, le psaume 54, exceptionnellement. C'est lui qui nous servira de prière. Mais écoutez, les psaumes, ça sert aussi de prière, ça marche bien.

Psaume 54

Mon Dieu, écoute ma prière, n'écarte pas ma demande. Exauce-moi, je t'en prie, réponds-moi. Tout inquiet, je me plains.

Je suis troublé par les cris de l'ennemi et les injures des méchants. Ils me chargent de crimes, pleins de rage, ils m'accusent.

Mon cœur se tord en moi, la peur de la mort tombe sur moi. Crainte et tremblement me pénètrent, un frisson me saisit.

Alors j'ai dit : qui me donnera des ailes de colombe ? Je volerai en lieu sûr. Loin, très loin, je m'enfuirai pour chercher asile au désert. J'ai hâte d'avoir un abri contre ce grand vent de tempête.

Divise-les, Seigneur, mets la confusion dans leur langage, car je vois dans la ville discorde et violence. De jour et de nuit, elles tournent en haut de ses remparts. Au-dedans, crimes et malheurs ; au-dedans, c'est la ruine. Fraude et brutalité ne quittent plus ses rues.

Si l'insulte me venait d'un ennemi, je pourrais l'endurer. Si mon rival s'était levé contre moi, je pourrais me dérober. Mais toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime ! Notre entente était bonne, quand nous allions d'un même pas dans la maison de Dieu.

Que la mort les surprenne, qu'ils descendent vivants dans l'abîme, car le mal habite leur demeure, il est au milieu d'eux.

Pour moi, je crie vers Dieu ; le Seigneur me sauvera. Le soir et le matin et à midi, je me plains, je suis inquiet, et Dieu a entendu ma voix. Il m'apporte la paix, il me délivre dans le combat que je menais : ils étaient une foule autour de moi.

Que Dieu entende, et qu'il réponde, lui qui règne dès l'origine, à ceux-là qui ne changent pas et ne craignent pas Dieu.

Un traître a porté la main sur ses amis, profané son alliance. Il montre un visage séduisant, mais son cœur fait la guerre. Sa parole est plus suave qu'un parfum, mais elle est un poignard.

Décharge ton fardeau sur le Seigneur : il prendra soin de toi. Jamais il ne permettra que le juste s'écroule. Et toi, Dieu, tu les précipites au fond de la tombe, ces hommes qui tuent et qui mentent. Ils s'en iront dans la force de l'âge. Moi, je m'appuie sur toi.


← J98 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J99 ☼ →