Jour 99 ☼ — Gédéon : un chef humble ou un roi caché ? ?
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 7 et 8 du livre des Juges : la réduction de l'armée de Gédéon à trois cents hommes, le songe de la galette d'orge, la déroute nocturne de Madiane au son des cors et des torches, puis la poursuite des rois Zéba et Salmouna. Le commentaire montre que sous la victoire éclatante se cachent des détails inquiétants : l'humiliation de Soucote, première fissure dans l'unité nationale d'Israël, et la dérive de Gédéon qui refuse le titre de roi mais en prend tous les usages — tribut, harem, éphod idolâtrique. Exceptionnellement, pas de psaume dans cet épisode.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur. Gédéon, suite et fin. Premier épisode, les chapitres 7 et 8. Et dans le deuxième épisode de la journée, le chapitre 9. Exceptionnellement, aujourd'hui, il n'y aura pas de psaume. J'ai fait tout ce que j'ai pu, je vous promets. Je n'y suis pas arrivé, les lectures étaient trop longues.
Lecture : Juges 7-8
Yeroubaal, c'est-à-dire Gédéon, et tout le peuple qui était avec lui, se levèrent de bon matin et vinrent camper près de Ein-Harod. Le camp de Madiane se trouvait plus au nord, au pied de la colline de Moré, dans la vallée.
Le Seigneur dit à Gédéon : « Le peuple qui est avec toi est trop nombreux pour que je livre Madiane entre ses mains. Israël pourrait s'en glorifier et dire : "C'est ma main qui m'a sauvé." Et maintenant, crie ceci au peuple : "Ceux qui ont peur et tremblent, qu'ils s'en retournent et partent par le mont Galaad." » Vingt-deux mille hommes s'en retournèrent. Il en resta dix mille.
Le Seigneur dit à Gédéon : « Ce peuple est encore trop nombreux. Fais-le descendre au bord de l'eau, et là, pour toi, je le mettrai à l'épreuve. Celui dont je te dirai : "Il doit aller avec toi", il ira avec toi. Et celui dont je te dirai : "Il ne doit pas aller avec toi", il n'ira pas. »
Alors Gédéon fit descendre le peuple au bord de l'eau, et le Seigneur dit à Gédéon : « Tous ceux qui laperont l'eau comme des chiens avec leur langue, tu les mettras à part. Tu feras de même pour ceux qui se mettront à genoux pour boire. » Ceux qui lapèrent en portant la main à la bouche furent au nombre de trois cents. Tout le reste du peuple s'était mis à genoux pour boire de l'eau.
Le Seigneur dit à Gédéon : « C'est avec les trois cents hommes qui ont lapé que je vous sauverai et que je livrerai Madiane entre tes mains. Que le reste du peuple s'en aille chacun chez soi. » Les trois cents hommes prirent les provisions du peuple ainsi que leurs cors. Puis Gédéon renvoya tous les hommes d'Israël, chacun à sa tente, ne retenant que les trois cents. Le camp de Madiane était au-dessous de lui, dans la vallée.
Cette nuit-là, le Seigneur dit à Gédéon : « Lève-toi, descends au camp, car je te livre le camp entre tes mains. Mais si tu as peur de descendre, va d'abord au camp avec Poura, ton serviteur. Tu entendras ce qu'on y dit. Ton courage en sera fortifié et tu pourras alors descendre dans le camp. »
Gédéon alla donc avec Poura, son serviteur, jusqu'aux avant-postes du camp. Madiane, Amalec et tous les fils de l'Orient étaient étendus dans le camp. Ils étaient aussi nombreux que des sauterelles. Leurs chameaux étaient innombrables, comme est innombrable le sable au bord de la mer.
Au moment où Gédéon arrivait, un homme racontait un songe à son camarade : « Je viens d'avoir un songe. Une galette de pain d'orge tournoyait dans le camp de Madiane. Elle arriva jusqu'à la tente, la heurta, la fit tomber et la bouleversa. Et voilà la tente effondrée. » Son camarade lui répondit : « Ce ne peut être que l'épée de Gédéon, fils de Joas, l'Israélite. Dieu livre entre ses mains Madiane et tout son camp. »
Quand Gédéon eut entendu le récit du songe et son interprétation, il se prosterna, puis revint au camp d'Israël et dit : « Levez-vous, car le Seigneur livre entre vos mains le camp de Madiane. »
Gédéon sépara les trois cents hommes en trois groupes. Il leur remit à tous des cors et des cruches vides, dans lesquelles ils mirent des torches. Il leur dit : « Vous me regarderez et vous ferez comme moi. Quand je serai arrivé à la limite du camp, vous ferez comme je ferai. Je sonnerai du cor, ainsi que tous ceux qui seront avec moi. Alors vous aussi, vous sonnerez du cor tout autour du camp et vous direz : "Pour le Seigneur et pour Gédéon !" »
Gédéon et les cent hommes qui étaient avec lui arrivèrent à la limite du camp vers minuit. On venait de relever les sentinelles. Ils sonnèrent du cor et brisèrent les cruches qu'ils tenaient à la main. Alors les trois groupes sonnèrent du cor et brisèrent les cruches. De la main gauche, ils saisirent les torches et ils crièrent : « Guerre pour le Seigneur et pour Gédéon ! » Pendant qu'ils étaient debout autour du camp, chacun à sa place, tous les hommes du camp se mirent à courir, à pousser des cris, et ils s'enfuirent. Et tandis que retentissaient les trois cents cors, le Seigneur fit que, dans tout le camp, chacun tourna l'épée contre son compagnon. Tous s'enfuirent jusqu'à Beth-Ha-Shitta, du côté de Séréra, et jusqu'au bord de la rivière d'Abel-Mehola, près de Tabbat.
Alors les hommes d'Israël venus de Nephtali, d'Asher et de tout Manassé se regroupèrent et poursuivirent Madiane. Gédéon envoya des messagers dans toute la montagne d'Éphraïm pour dire : « Descendez à la rencontre de Madiane, et occupez avant eux les points d'eau jusqu'à Beth-Bara, ainsi que le Jourdain. » Tous les hommes d'Éphraïm se regroupèrent, et ils occupèrent les points d'eau jusqu'à Beth-Bara, ainsi que le Jourdain. Ils s'emparèrent des deux chefs de Madiane, Oreb et Zeeb. Ils tuèrent Oreb au rocher d'Oreb et Zeeb au pressoir de Zeeb. Puis ils poursuivirent Madiane et rapportèrent à Gédéon les têtes d'Oreb et de Zeeb, par-delà le Jourdain.
Les gens d'Éphraïm dirent à Gédéon : « Qu'est-ce que tu nous as fait là ? Tu ne nous as pas appelés quand tu es parti combattre Madiane. » Et ils se querellèrent violemment avec lui. Gédéon leur répondit : « Je n'ai rien fait en comparaison de ce que vous avez fait. Ce qu'on ramasse après la vendange dans la vigne d'Éphraïm ne vaut-il pas mieux que la récolte d'Abiézer ? C'est entre vos mains que Dieu a livré les chefs de Madiane, Oreb et Zeeb. Que pouvais-je faire en comparaison de ce que vous avez fait ? » Cette parole calma leurs esprits.
Gédéon arriva au Jourdain. Il le passa avec ses trois cents hommes. Ils étaient épuisés par la poursuite. Gédéon dit aux gens de Soucote : « Donnez donc des couronnes de pain à la troupe qui marche avec moi, car ils sont épuisés. Je poursuis Zéba et Salmouna, les rois de Madiane. » Mais les chefs de Soucote répondirent : « Tiens-tu déjà en ton pouvoir Zéba et Salmouna pour que nous donnions du pain à ton armée ? » « Eh bien, répliqua Gédéon, quand le Seigneur m'aura livré Zéba et Salmouna, je vous écraserai avec les épines et les chardons du désert. »
Il monta de là à Penouël. Il parla de la même manière, et les gens de Penouël répondirent comme l'avaient fait les gens de Soucote. Gédéon répliqua aux gens de Penouël : « Quand je reviendrai sain et sauf, je détruirai cette tour. »
Zéba et Salmouna se trouvaient dans le Qarqor avec leur armée, qui comptait environ quinze mille hommes. Tout ce qui restait de l'armée des fils de l'Orient : cent vingt mille guerriers étaient tombés. Gédéon monta par la route des nomades, à l'est de Noba et de Yogbéa, et il battit l'armée alors qu'elle se croyait en sécurité. Zéba et Salmouna s'enfuirent, mais Gédéon les poursuivit, s'empara des deux rois de Madiane, et sema la panique dans toute l'armée.
Gédéon, fils de Joas, revint du combat par la montée de Hérès. Il arrêta un jeune homme de Soucote et il l'interrogea. Celui-ci écrivit pour lui le nom des chefs et des anciens de Soucote, soixante-dix-sept hommes. Gédéon se rendit alors auprès des gens de Soucote et il leur dit : « Voici Zéba et Salmouna, à propos desquels vous m'aviez mis au défi en me disant : "Tiens-tu déjà en ton pouvoir Zéba et Salmouna pour que nous donnions du pain à tes hommes épuisés ?" » Il prit les anciens de la ville, et avec des épines et des chardons du désert, il donna une leçon aux hommes de Soucote. Il renversa aussi la tour de Penouël et il tua les habitants de la ville.
Puis il dit à Zéba et Salmouna : « Comment étaient les hommes que vous avez tués au Tabor ? » Ils répondirent : « Ils étaient comme toi. Ils avaient chacun l'air d'un fils de roi. » Il leur dit : « C'étaient mes frères, les fils de ma mère. Par la vie du Seigneur, si vous les aviez laissés vivre, je ne vous tuerais pas. » Puis il dit à Yéter, son fils aîné : « Lève-toi et tue-les. » Mais le garçon ne tira pas son épée, il n'osait pas, car il était encore jeune. Zéba et Salmouna dirent alors : « Lève-toi toi-même et frappe-nous, car la bravoure, c'est l'homme. » Alors Gédéon se leva et tua Zéba et Salmouna, et il prit les amulettes en forme de croissants de lune qui étaient au cou de leurs chameaux.
Les gens d'Israël dirent à Gédéon : « Sois notre maître, toi, puis ton fils, puis ton petit-fils, car tu nous as sauvés de la main de Madiane. » Gédéon répondit : « Moi, je ne serai pas votre maître. Pas plus que mon fils. C'est le Seigneur qui sera votre maître. » Gédéon ajouta : « Je veux vous faire une requête : que chacun de vous me donne un anneau de son butin. » Les ennemis avaient en effet des anneaux d'or, car c'étaient des Ismaélites. « Nous les donnerons volontiers », répondirent-ils. Ils étendirent un manteau, et chacun y jeta un anneau de son butin. Le poids des anneaux d'or qu'il avait demandés s'éleva à celui de mille sept cents pièces d'or, sans compter les amulettes, les pendants d'oreilles, les vêtements de pourpre que portaient les rois de Madiane et les colliers qui étaient au cou de leurs chameaux. Gédéon en fit un objet de culte, un éphod, qu'il installa dans sa ville, à Ophra. Toute Israël vint s'y prostituer, car cet éphod devint un piège pour Gédéon et pour sa maison.
Madiane fut soumise par les fils d'Israël et ne releva plus la tête. Ainsi, au temps de Gédéon, le pays fut en repos pendant quarante ans.
Yeroubaal, c'est-à-dire Gédéon, fils de Joas, alla résider dans sa maison. Il eut soixante-dix fils issus de lui, car il avait beaucoup de femmes. Sa concubine, qui habitait Sichem, lui enfanta elle aussi un fils qu'il nomma Abimélek. Gédéon, fils de Joas, mourut après une vieillesse heureuse et il fut enseveli dans le tombeau de Joas, son père, à Ophra d'Abiézer.
Après la mort de Gédéon, les fils d'Israël recommencèrent à se prostituer aux Baals et ils adoptèrent pour dieu Baal-Berith. Ils ne se souvinrent plus du Seigneur, leur Dieu, qui les avait délivrés de la main de tous leurs ennemis d'alentour, et ils ne firent preuve d'aucune fidélité envers la maison de Yeroubaal-Gédéon, après tout le bien qu'il avait fait à Israël.
Commentaire
Dans le premier épisode, Gédéon n'a eu de cesse de nous rappeler sa timidité et sa faiblesse, et voilà que Dieu met le doigt là où ça fait mal en réduisant par deux fois l'armée israélienne. Mais la victoire n'en est que plus éclatante : à Dieu appartient la force.
Pour ceux qui ont besoin de voir des significations spirituelles partout, pour les rabbins, le fait de laper signifie le fait de rester en état de vigilance, parce qu'en faisant ça, vous gardez les yeux ouverts, vous restez droit, vous pouvez voir ce qui se passe autour.
En tout cas, tout semble se passer pour le mieux. Oui, mais voilà, le diable se cache dans les détails. Gédéon appartient à la sous-tribu de Manassé, sise à la fois à l'ouest et à l'est du Jourdain, et dont la tâche au sein du peuple d'Israël est de faire cette unité entre les tribus installées à l'ouest et les tribus transjordaniennes. Avec les tribus de l'ouest, ça se passe bien, tout le monde vient l'aider : Éphraïm, Asher, Nephtali. Mais avec les tribus de l'est, ça se passe mal. Gédéon traverse le Jourdain, il est épuisé, il demande de l'aide aux gens de Soucote qui la lui refusent.
Si vous regardez bien, c'est la première accroche sérieuse dans l'unité nationale du peuple israélite que l'on voit. Gédéon obligé d'humilier Soucote. Obligé d'humilier Soucote ? Ou est-ce que c'est Gédéon qui est en train, passez-moi l'expression, de prendre la grosse tête ? Regardez ce que disent Zéba et Salmouna, ces deux rois à l'est du Jourdain, juste avant que Gédéon ne les tue.
Gédéon leur dit : « Comment étaient les hommes que vous avez tués au Tabor ? » Ils répondent : « Ils étaient comme toi, ils avaient chacun l'air d'un fils de roi. »
D'ailleurs, tout de suite après, Gédéon se lève, tue Zéba et Salmouna, il prend les amulettes en forme de croissant de lune qui étaient au cou de leurs chameaux — donc il prend leurs bijoux en or — et il en fait une idole.
Gédéon en fit un objet de culte, un éphod, qu'il installa dans sa ville. Toute Israël vint s'y prostituer, et cet éphod devint un piège pour Gédéon et pour sa maison.
Alors, ce n'est pas tout. Les gens d'Israël vont voir Gédéon pour lui demander d'être leur seigneur et leur maître. Ça, on ne l'a jamais vu encore. Gédéon, par fausse humilité, refuse le titre, mais son premier geste est de lever un tribut royal. D'ailleurs, il termine sa vie avec ce qu'il faut bien appeler un harem. Ce n'est pas dit comme ça, mais à mots couverts, c'est dans le texte :
Il eut soixante-dix fils issus de lui, car il avait beaucoup de femmes.
Vous voyez comment notre Gédéon, qui avait commencé timide et gauche, finit comme ça, bien sûr de lui. Ça ressemble étrangement à des allures de roi, et d'après ce que vous dit le récit biblique, ce n'est pas forcément une bonne chose. Le prix qu'il a fallu payer, c'était d'humilier Soucote et de faire le premier trou dans l'unité nationale. Ça y est, le mal est planté en Israël.
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