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Jour 99 ☾ — Abimélek : premier roi… et premier désastre !

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 9 du livre des Juges, le frère Paul-Adrien lit l'histoire d'Abimélek, fils de Gédéon, qui fait massacrer ses soixante-dix frères pour se faire proclamer roi à Sichem, et qui périra sous une meule lancée par une femme. Au centre du récit, la fable des arbres racontée par Yotam, seul rescapé du massacre, constitue selon le frère le passage le plus important du livre. Le commentaire déploie cette parabole : l'olivier, le figuier et la vigne refusent la royauté parce qu'ils ont déjà trouvé leur dignité en servant Dieu et les hommes, tandis que le buisson d'épines, stérile et violent, accepte et menace de brûler les cèdres du Liban. Une méditation sur la servitude volontaire et sur la dignité royale qu'Israël est en train d'abdiquer.

Introduction

Nous continuons l'histoire de Gédéon, mais cette fois-ci à travers celle de son fils Abimélek. Nous sommes arrivés au centre du livre des Juges. Je vous demande de bien écouter, c'est peut-être le passage le plus important. Juges, chapitre 9.

Lecture : Juges 9

Abimélek, fils de Yeroubaal, alla trouver à Sichem les frères de sa mère et leur parla, ainsi qu'à tout le clan de la maison paternelle de sa mère. Il leur dit : « Faites entendre ceci à tous les notables de Sichem : "Que vaut-il mieux pour vous ? Avoir pour maître les soixante-dix fils de Yeroubaal, ou avoir pour maître un seul homme ?" Souvenez-vous que moi, je suis de vos os et de votre chair. »

Les frères de sa mère firent entendre ces paroles à tous les notables de Sichem. Leur cœur pencha pour Abimélek, car il se disait : « C'est notre frère. » Ils lui donnèrent soixante-dix pièces d'argent du temple de Baal-Berit, avec lesquelles il recruta des vauriens et des aventuriers qui marchèrent à sa suite.

Puis il entra dans la maison de son père à Ofra, et il tua ses soixante-dix frères, les fils de Yeroubaal, sur une même pierre. Seul survécut Yotam, le plus jeune, qui s'était caché.

Tous les notables de Sichem et ceux de la maison du Terre-Plein se réunirent et vinrent proclamer roi Abimélek près du chêne de la pierre dressée qui est à Sichem.

On l'annonça à Yotam. Celui-ci vint se poster sur le sommet du mont Garizim, et il cria de toutes ses forces : « Écoutez-moi, notables de Sichem, et Dieu vous écoutera.

Un jour, les arbres se mirent en campagne pour se donner un roi et le consacrer par l'onction. Ils dirent à l'olivier : "Sois notre roi." L'olivier leur répondit : "Faudra-t-il que je renonce à mon huile, qui sert à honorer Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?"

Alors les arbres dirent au figuier : "Viens, toi ! Sois notre roi." Le figuier leur répondit : "Faudra-t-il que je renonce à la douceur et à la saveur de mes fruits pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?"

Les arbres dirent alors à la vigne : "Viens, toi ! Sois notre roi." La vigne leur répondit : "Faudra-t-il que je renonce à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?"

Alors tous les arbres dirent au buisson d'épines : "Viens, toi ! Sois notre roi." Et le buisson d'épines répondit aux arbres : "Si c'est de bonne foi que vous me consacrez par l'onction pour être votre roi, venez vous abriter sous mon ombre ; sinon, qu'un feu sorte du buisson d'épines et dévore jusqu'au cèdre du Liban."

Maintenant, avez-vous agi dans la fidélité et l'intégrité en faisant roi Abimélek ? Avez-vous bien agi à l'égard de Yeroubaal et de sa famille ? Avez-vous agi selon le mérite de ses actes ? Mon père a combattu pour vous, il a risqué pour vous sa vie, il vous a arrachés aux mains de Madiane. Mais vous, vous vous êtes levés aujourd'hui contre sa maison, vous avez tué ses soixante-dix fils sur une même pierre. Vous avez proclamé roi sur les notables de Sichem Abimélek, le fils de sa servante, parce qu'il est votre frère.

Si en ce jour vous avez agi dans la fidélité et l'intégrité envers Yeroubaal et sa maison, qu'Abimélek fasse votre joie et vous la sienne. Mais s'il n'en est pas ainsi, qu'un feu sorte d'Abimélek et qu'il dévore les notables de Sichem ainsi que la maison du Terre-Plein ; et que des notables de Sichem et de la maison du Terre-Plein un feu sorte pour dévorer Abimélek. »

Yotam prit la fuite et disparut. Il alla s'établir à Béer, par crainte d'Abimélek, son frère.

Abimélek gouverna Israël pendant trois ans. Puis Dieu envoya un esprit de discorde entre Abimélek et les notables de Sichem, qui le trahirent. Il fallait que soit vengée la violence faite aux soixante-dix fils de Yeroubaal, et que leur sang retombe sur Abimélek, leur frère, qui les avait tués, et sur les notables de Sichem qui l'avaient soutenu.

Pour lui faire du tort, les notables de Sichem mirent en embuscade, au sommet des montagnes, des hommes qui dépouillaient tous ceux qui passaient près d'eux sur le chemin. On en informa Abimélek.

Gaal, fils d'Ébed, accompagné de ses frères, passa par Sichem et obtint la confiance de ses notables. Ils sortirent dans la campagne pour vendanger leurs vignes. Ils foulèrent le raisin et organisèrent des réjouissances. Au temple de leur dieu, ils mangèrent et burent, puis ils maudirent Abimélek.

Gaal, fils d'Ébed, dit alors : « Qui est Abimélek ? Qu'est-ce que Sichem, pour que nous servions Abimélek ? N'est-il pas le fils de Yeroubaal ? Et Zeboul, son lieutenant ? Servez les hommes de Hamor, père de Sichem ! Pourquoi, nous autres, servirions-nous celui-là ? Ah ! si seulement j'avais en main ce peuple ! J'écarterais Abimélek. Je lui dirais : "Renforce ton armée et viens combattre." »

Zeboul, gouverneur de la ville, apprit ce que disait Gaal, fils d'Ébed, et il se mit en colère. Il envoya secrètement des messagers à Abimélek pour lui dire : « Gaal, fils d'Ébed, est arrivé à Sichem avec ses frères, et ils excitent la ville contre toi. Maintenant donc, lève-toi de nuit avec ta troupe et mets-toi en embuscade dans la campagne. Puis, le matin, au lever du soleil, tu partiras et tu lanceras un assaut contre la ville. Quand Gaal et la troupe qui le suit sortiront à ta rencontre, tu verras ce que tu pourras leur faire. »

Abimélek partit de nuit avec sa troupe. Ils s'embusquèrent près de Sichem en se divisant en quatre groupes. Comme Gaal, fils d'Ébed, sortait et se trouvait à l'entrée de la porte de la ville, Abimélek et la troupe qui l'accompagnait surgirent de l'embuscade.

À leur vue, Gaal dit à Zeboul : « Voici une troupe qui descend du sommet des montagnes. » Zeboul lui dit : « C'est l'ombre des montagnes que tu prends pour des hommes. » Gaal insista et dit : « Voici une troupe qui descend du côté du lieu-dit "Nombril de la terre", et un autre groupe qui vient par le chemin du chêne des devins. » Zeboul lui dit : « Qu'as-tu fait de ta langue, toi qui disais : "Qui est Abimélek, pour que nous le servions ?" N'est-ce pas la troupe que tu méprisais ? Sors donc maintenant et attaque-le ! »

Gaal sortit à la tête des notables de Sichem et il combattit contre Abimélek. Abimélek poursuivit Gaal, qui s'était enfui. Il y eut de nombreuses victimes à l'entrée de la porte. Abimélek résida alors à Arouma, et Zeboul expulsa Gaal et ses frères pour les empêcher de résider à Sichem.

Le lendemain, les gens sortirent dans la campagne. Abimélek en fut informé. Il prit sa troupe, la partagea en trois groupes et se mit en embuscade dans la campagne. Quand il vit les gens sortir de la ville, il surgit contre eux et les tailla en pièces. Tandis qu'Abimélek et le groupe qui était avec lui se déployaient et prenaient position à l'entrée de la porte de la ville, les deux autres groupes se déployaient contre tous ceux qui étaient dans la campagne et les taillaient en pièces. Tout ce jour-là, Abimélek donna l'assaut à la ville, il s'en empara et tua tous ses habitants. Puis il la détruisit et il sema du sel.

Quand les notables de la tour de Sichem l'apprirent, ils se rendirent dans la crypte du temple d'El-Berit. On avertit Abimélek de leur rassemblement. Il monta alors avec sa troupe sur le mont Salmon. Il prit une hache à double tranchant, coupa une branche d'arbre, la prit et la mit sur son épaule. Il dit à la troupe qui était avec lui : « Ce que vous m'avez vu faire, hâtez-vous de faire comme moi. » Tous les hommes de la troupe coupèrent eux aussi chacun une branche. Ils suivirent Abimélek, jetèrent les branches dans la crypte et la brûlèrent sur ceux qui s'y trouvaient. Ainsi périrent tous les habitants de la tour de Sichem, environ mille hommes et femmes.

Abimélek se rendit alors à Tébets. Il assiégea la ville et s'en empara. Il y avait au milieu de la ville une tour fortifiée. Tous les hommes, les femmes et tous les notables de la ville s'y étaient réfugiés. Après avoir fermé la porte derrière eux, ils étaient montés sur la terrasse de la tour. Abimélek arriva jusqu'à la tour, l'attaqua et s'approcha de l'entrée de la tour pour y mettre le feu. Mais une femme lança une meule sur sa tête, qui lui fracassa le crâne. Abimélek appela aussitôt son écuyer et lui dit : « Tire ton épée et donne-moi la mort, de peur qu'on ne dise de moi : "C'est une femme qui l'a tué." » Alors son écuyer le transperça de son épée, et il mourut.

Quand les hommes d'Israël virent qu'Abimélek était mort, ils s'en allèrent chacun chez soi. Dieu fit retomber sur Abimélek le mal qu'il avait fait à son père en tuant ses soixante-dix frères. Et tout le mal commis par les hommes de Sichem, Dieu le fit retomber sur leur tête. C'est ainsi que s'accomplit la malédiction de Yotam, fils de Yeroubaal.

Commentaire

Abimélek, un nom qui signifie « fils de roi ». Il n'est pas venu tout seul, ça lui vient de Gédéon. Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit ? Avec le livre des Juges, on était dans cette période intermédiaire, avec d'un côté les patriarches, Moïse, Josué, et de l'autre les rois d'Israël qui vont bientôt venir, Saül et David. Et au milieu, vous avez Abimélek.

Et si vous suivez avec moi ce livre des Juges depuis le début, vous sentez bien qu'il y a comme des réticences envers la royauté. Et ces réticences, cette fois-ci, vont s'exprimer à travers une fable que le rédacteur a mise dans la bouche du seul rescapé d'un massacre : la parabole des arbres. Vous êtes dans le centre du livre des Juges, au cœur de son message.

Un jour, les arbres se mirent en campagne pour se donner un roi et le consacrer par l'onction.

Des arbres qui se mettent à marcher. Voilà bien quelque chose de contre-nature. On est d'emblée dans le registre de l'absurde. Donc, voilà des arbres devenus fous qui se mettent en marche à la recherche d'un roi.

Nos arbres commencent par faire passer des entretiens d'embauche. Ils commencent par regarder les arbres les plus méritants : l'olivier, la vigne, le figuier. Trois arbres nobles, ceux qui assurent la prospérité d'un pays. Derrière l'olivier, peut-être peut-on voir l'assise économique d'un pays. Derrière le figuier, sa stabilité religieuse : le figuier, c'est la Loi. Et derrière la vigne, la culture. Et la fête.

Mais voilà que nos trois arbres nobles refusent, en dénonçant la vanité de l'affaire.

Faudra-t-il que je renonce à mon huile, qui sert à honorer Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?

L'olivier, la vigne et le figuier ont déjà trouvé leur place dans l'univers. Ils l'ont trouvée en servant Dieu et les hommes. Et ça fait leur dignité royale. Ils sont déjà rois. À quoi servirait-il d'en avoir un autre ? Sinon pour le plaisir vain de ce bonheur : je vais me balancer au-dessus des autres.

Pourquoi les arbres cherchent-ils un roi ? À quoi ça sert ? Que chacun fasse son travail et tout se passera bien. Enfin, les Israélites, anciens esclaves en Égypte, devraient savoir qu'un roi, c'est dangereux.

Mais voilà que l'absurde redouble, puisque cette fois-ci, ils vont voir un roncier. Si jamais il y a une chose à laquelle le roncier sert, c'est bien à rien. Un arbre stérile et qui n'a pour autre réputation que la violence et la cruauté.

On a l'impression d'entendre à la fois Max Weber, qui définissait l'État comme ayant le monopole de la violence légitime, La Boétie, qui dénonçait la servitude volontaire, et Platon, qui montrait comment l'excès de liberté dans les régimes démocratiques amenait le totalitarisme. On a encore l'impression d'écouter du Edmund Burke : « Tout ce qui est nécessaire pour que le mal triomphe, c'est que les hommes de bien ne fassent rien. » Et de fait, ni l'olivier, ni la vigne, ni le figuier n'ont réagi.

Écoutez maintenant ce que dit le roncier :

Si c'est de bonne foi que vous me consacrez par l'onction pour être votre roi, venez vous abriter sous mon ombre.

Un roncier, ça ne fait pas d'ombre. En tout cas, le buisson a un super pouvoir. Tandis que l'olivier, la vigne et le figuier ont le pouvoir de servir Dieu et les hommes et de réjouir le cœur des uns et des autres, le super pouvoir du buisson, lui, est de prendre feu très rapidement pour brûler les cèdres du Liban.

Les palais des rois sont faits en cèdres du Liban. Le Temple de Jérusalem sera fait en cèdres du Liban. Les cèdres du Liban, l'arbre majestueux par excellence. Ici, dans la fable, les cèdres du Liban, ce sont les fils d'Israël qui, chacun à leur manière, étaient censés déjà posséder cette dignité royale qu'ils sont en train d'abdiquer. C'est ce que saint Pierre dira un jour : « Vous êtes un peuple de rois. » C'est ce que Dieu avait dit à Adam quand il les fit à son image, et c'est ce que Josué avait dit aux fils d'Israël en renvoyant tout le monde sous sa tente pour régner sur la portion que Dieu lui avait donnée.

Cette fable est extraordinaire et hantera longtemps la conscience d'Israël.

Nous terminons par une courte prière, mais si vous vouliez me faire plaisir, prolongez-la à la maison pour tous ceux qui se font exploiter et opprimer par des régimes totalitaires ou injustes.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te confions toutes les victimes.

Priez, s'il vous plaît, pour eux. Que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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