Jour 100 ☼ — Jephté : victoire, vœu tragique et massacre…
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit d'une traite les chapitres 10 à 12 du livre des Juges : les juges mineurs Tola et Yaïr, la rechute idolâtrique d'Israël, puis toute l'histoire de Jephté, fils d'une prostituée, rappelé d'exil par les anciens de Galaad. Le commentaire montre que le peuple ne cherche plus un sauveur mais un roi : l'ambassade se passe de toute initiative divine et s'achève sur une formule royale. Jephté, admirable de justice et de théologie face aux ennemis du dehors, devient cruel au-dedans : sacrifice de sa fille — que la Bible interdit formellement — et massacre de la tribu d'Éphraïm au mot de passe « Shibboleth ». Le frère évoque enfin la tradition qui lit ce vœu comme une consécration à la virginité, et invite à comparer Jephté au premier juge, Otniel.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur.
Nous avons terminé Gédéon et Abimélek, et nous connaissons maintenant le fond de l'affaire, ce qui se trame dans le livre des Juges. Nous voilà repartis pour une autre série de petits juges avant d'arriver à Jephté. Tout petit regret : les lectures sont longues et je ne vais toujours pas avoir le temps de mettre à la fin mon psaume. Dans mon plan de lecture, en ce moment, c'est la panique.
Juges, chapitres 10, 11 et 12.
Lecture : Juges 10-12
Après Abimélek, ce fut Tola, fils de Poua, fils de Dodo, qui se leva pour sauver Israël. Il était d'Issacar et il habitait Shamir, dans la montagne d'Éphraïm. Il fut juge en Israël pendant vingt-trois ans, puis il mourut et fut enseveli à Shamir.
Après lui, ce fut Yaïr de Galaad qui jugea Israël pendant vingt-deux ans. Il avait trente fils, qui montaient trente ânons et possédaient trente villes, qu'on appelle encore aujourd'hui les douars de Yaïr, au pays de Galaad. Puis Yaïr mourut et il fut enseveli à Qamone.
Les fils d'Israël recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Ils rendirent un culte aux Baals et aux Astartés, aux dieux d'Aram, de Sidon, de Moab, aux dieux des fils d'Amon et aux dieux des Philistins. Ils abandonnèrent le Seigneur et ne le servirent plus.
La colère du Seigneur s'enflamma contre Israël et il les vendit aux Philistins et aux fils d'Amon. Ceux-ci écrasèrent et tourmentèrent les fils d'Israël cette année-là et pendant dix-huit ans, tous ceux qui étaient au-delà du Jourdain, dans le pays des Amorites, en Galaad. Les fils d'Amon passèrent le Jourdain pour combattre aussi Juda, Benjamin et la maison d'Éphraïm, et la détresse d'Israël fut très grande.
Alors les fils d'Israël crièrent vers le Seigneur en disant : « Nous avons péché contre toi, car nous avons abandonné notre Dieu pour servir les Baals. »
Le Seigneur dit aux fils d'Israël : « Lorsque les Égyptiens, les Amorites, les fils d'Amon, les Philistins, les Sidoniens, les Amalécites et les Madianites vous ont opprimés et que vous avez crié vers moi, ne vous ai-je pas sauvés de leurs mains ? Mais vous, vous m'avez abandonné et vous avez servi d'autres dieux. C'est pourquoi je ne vous sauverai pas à nouveau. Allez, criez vers les dieux que vous avez choisis, qu'ils vous sauvent, eux, au temps de votre détresse. »
Les fils d'Israël dirent : « Nous avons péché. Toi, fais de nous ce qui est bon à tes yeux, mais aujourd'hui, délivre-nous. » Ils enlevèrent les dieux étrangers et servirent le Seigneur, qui ne put supporter la souffrance d'Israël.
Les fils d'Amon se rassemblèrent et campèrent en Galaad. Les fils d'Israël se réunirent et campèrent à Mispa. Le peuple, les chefs de Galaad, se dirent l'un à l'autre : « Quel est l'homme qui entreprendra le combat contre les fils d'Amon ? Il sera le chef de tous les habitants de Galaad. »
Jephté de Galaad était un vaillant guerrier. Il était le fils d'une prostituée. C'était Galaad qui l'avait engendré. Puis la femme de Galaad lui enfanta des fils qui, lorsqu'ils eurent grandi, chassèrent Jephté en lui disant : « Tu n'auras pas de part d'héritage dans la maison de notre père, car tu es le fils d'une autre femme, toi. » Jephté s'enfuit loin de ses frères et s'établit dans le pays de Tob. Des vauriens s'associèrent à lui et ils faisaient avec lui des affaires. Et puis des expéditions.
Quelque temps après, les fils d'Amon vinrent combattre Israël. Comme les fils d'Amon combattaient Israël, les anciens de Galaad allèrent chercher Jephté au pays de Tob et ils lui dirent : « Viens, sois notre commandant et nous combattrons les fils d'Amon. »
Jephté répondit aux anciens de Galaad : « N'est-ce pas votre haine qui m'a chassé de la maison de mon père ? Pourquoi venez-vous vers moi maintenant que vous êtes dans la détresse ? »
Les anciens de Galaad dirent à Jephté : « C'est bien pour cela que maintenant nous sommes revenus vers toi, pour que tu viennes avec nous combattre les fils d'Amon et pour que tu sois notre chef et celui de tous les habitants de Galaad. »
Jephté répondit aux anciens de Galaad : « Si vous me faites revenir pour combattre les fils d'Amon et que le Seigneur les livre à ma merci, moi, je serai votre chef. »
Les anciens de Galaad lui dirent alors : « Le Seigneur sera témoin entre nous si nous n'agissons pas selon ta parole. »
Jephté partit avec les anciens de Galaad. Le peuple en fit son chef. Jephté redit toutes ses paroles devant le Seigneur à Mispa.
Jephté envoya des messagers au roi des Ammonites pour lui dire : « Que me veux-tu pour être venu faire la guerre à mon pays ? »
Le roi des Ammonites répondit aux messagers de Jephté : « C'est parce qu'Israël, quand il est monté d'Égypte, s'est emparé de mon pays depuis l'Arnon jusqu'au Yabboq et au Jourdain. Maintenant, rends ce territoire pacifiquement. »
Jephté envoya de nouveau des messagers au roi des Ammonites et lui dit : « Ainsi parle Jephté : Israël n'a pas pris le pays de Moab, ni celui des fils d'Amon. En effet, quand il est monté d'Égypte, Israël a marché dans le désert jusqu'à la mer des Roseaux et il est arrivé à Kadès. Israël envoya des messagers au roi d'Édom pour lui dire : "Permets-moi, je t'en prie, de traverser ton pays." Le roi d'Édom ne voulut rien entendre. Israël envoya aussi des messagers au roi de Moab, qui refusa. Israël demeura donc à Kadès. Puis il marcha dans le désert, contourna le pays d'Édom et le pays de Moab, et arriva à l'est de Moab. Ils campèrent au-delà de l'Arnon et n'entrèrent pas dans le territoire de Moab, dont l'Arnon marque la frontière. Israël envoya des messagers à Sihon, roi des Amorites, roi de Heshbon, pour lui dire : "Permets, nous t'en prions, que nous traversions ton pays pour nous rendre là où nous voulons aller." Mais Sihon n'accepta pas qu'Israël traverse son territoire. Il rassembla tout son peuple qui campa à Yahats, et il livra bataille à Israël. Le Seigneur, Dieu d'Israël, livra Sihon et tout son peuple entre les mains des Israélites, qui les battirent. Israël prit possession de tout le pays des Amorites qui habitaient alors ce pays. Ils occupèrent entièrement le territoire des Amorites, depuis l'Arnon jusqu'au Yabboq, depuis le désert jusqu'au Jourdain. Et maintenant que le Seigneur, Dieu d'Israël, a dépossédé les Amorites en faveur de son peuple Israël, toi, tu voudrais l'en déposséder ? Ne possèdes-tu pas ce que Kemosh, ton dieu, t'a permis de posséder ? Et ne posséderions-nous pas tout ce que le Seigneur nous a donné ? Vaudrais-tu donc mieux que Balak, fils de Cippor, roi de Moab ? A-t-il osé chercher querelle, lui, à Israël ? A-t-il osé combattre contre lui ? Lorsque, il y a trois cents ans, Israël s'est établi à Heshbon et dans toutes ses dépendances, à Aroër et dans toutes ses dépendances, dans toutes les villes qui sont sur les bords de l'Arnon, pourquoi ne pas les avoir reprises à ce moment-là ? Ce n'est pas moi qui ai fait une faute contre toi. C'est toi qui agis mal maintenant envers moi en me combattant. Que le Seigneur, le juge, juge aujourd'hui entre les fils d'Israël et les fils d'Amon. »
Mais le roi des Ammonites n'écouta pas les paroles que Jephté lui avait fait adresser.
L'esprit du Seigneur s'empara de Jephté et il traversa les pays de Galaad et de Manassé, et Mispa de Galaad. De là, il passa la frontière des fils d'Amon. Jephté fit alors ce vœu au Seigneur : « Si tu livres les fils d'Amon entre mes mains, la première personne qui sortira de ma maison pour venir à ma rencontre quand je rentrerai victorieux appartiendra au Seigneur et je l'offrirai en sacrifice d'holocauste. »
Jephté passa chez les fils d'Amon pour les attaquer, et le Seigneur les livra entre ses mains. Il les battit depuis Aroër jusqu'à proximité de Minnith et jusqu'à Abel-Keramim, soit le territoire de vingt villes. Ce fut une très grande défaite et les fils d'Amon durent se soumettre aux fils d'Israël.
Lorsque Jephté revint à Mispa, comme il arrivait à sa maison, voici que sa fille est sortie à sa rencontre en dansant au son des tambourins. C'était son unique enfant. En dehors d'elle, il n'avait ni fils ni fille. Dès qu'il l'aperçut, il déchira ses vêtements et s'écria : « Hélas, ma fille, tu m'accables ! C'est toi qui fais mon malheur ! J'ai parlé trop vite devant le Seigneur et je ne peux pas reprendre ma parole. »
Elle lui répondit : « Mon père, tu as parlé trop vite devant le Seigneur. Traite-moi donc selon ta parole, puisque maintenant le Seigneur t'a vengé de tes ennemis, les fils d'Amon. » Et elle ajouta : « Je ne te demande qu'une chose : laisse-moi un répit de deux mois. J'irai dans les montagnes pour pleurer ma virginité avec mes amies. »
Il lui dit : « Va. » Il la laissa partir pour deux mois. Elle s'en alla donc avec ses amies dans la montagne et pleura sa virginité. Les deux mois écoulés, elle revint vers son père et il accomplit à son égard le vœu qu'il avait prononcé. Elle ne s'était pas unie à un homme. Et c'est une coutume en Israël que, d'année en année, les filles d'Israël aillent honorer la fille de Jephté de Galaad, quatre jours par an.
Les hommes d'Éphraïm se regroupèrent et passèrent vers le nord. Ils dirent à Jephté : « Pourquoi es-tu passé pour combattre les fils d'Amon sans nous avoir appelés à marcher avec toi ? Nous brûlerons ta maison sur toi. »
Jephté leur répliqua : « J'étais en grand conflit, moi et mon peuple, avec les fils d'Amon. Lorsque j'ai fait appel à vous, vous ne m'avez pas sauvé de leurs mains. Quand j'ai vu que vous ne me sauveriez pas, j'ai risqué ma vie. Je suis passé chez les fils d'Amon, le Seigneur les a livrés entre mes mains. Pourquoi êtes-vous montés contre moi aujourd'hui pour me combattre ? »
Jephté regroupa alors tous les hommes de Galaad et attaqua Éphraïm. Les hommes de Galaad battirent ceux d'Éphraïm, qui disaient : « Vous êtes des rescapés d'Éphraïm, gens de Galaad, au milieu d'Éphraïm, au milieu de Manassé. » Galaad s'empara des gués du Jourdain près d'Éphraïm. Et lorsqu'un des rescapés d'Éphraïm disait : « Je voudrais traverser », les hommes de Galaad lui demandaient : « Es-tu d'Éphraïm ? » S'il répondait « Non », il lui disait : « Eh bien, dis : Shibboleth. » Et lui prononçait : « Sibboleth », car il n'arrivait pas à dire le mot correctement. Alors, on le saisissait et on l'égorgeait près des gués du Jourdain. À cette époque, tombèrent quarante-deux mille hommes d'Éphraïm.
Jephté jugea Israël pendant six ans. Puis Jephté le Galaadite mourut et fut enseveli dans sa ville, en Galaad.
Après lui, ce fut Ibsan de Bethléem qui jugea Israël. Il avait trente fils et trente filles. Il maria ses filles au dehors et fit venir du dehors des femmes pour ses fils. Il jugea Israël pendant sept ans. Puis Ibsan mourut et fut enseveli à Bethléem.
Après lui, ce fut Élôn de Zabulon qui jugea Israël pendant dix ans. Puis Élôn mourut et fut enseveli à Ayyalon, en terre de Zabulon.
Après lui, ce fut Abdon, fils de Hillel, de Piréaton, qui jugea Israël. Il avait quarante fils et trente petits-fils, qui montaient soixante-dix ânons. Il jugea Israël pendant huit ans. Puis Abdon, fils de Hillel, mourut et fut enseveli à Piréaton, au pays d'Éphraïm, dans la montagne des Amalécites.
Commentaire
Ah ! Maintenant que nous avons quitté le centre du livre des Juges, avec Gédéon qui avait frôlé la perfection, qui avait commencé dans la rigueur théologique pour terminer dans la posture de prince et de roi sans en emporter le titre, le concept d'homme fort en Israël semble avoir pris du plomb dans l'aile depuis Abimélek. Et ça ne s'arrange pas.
Le peuple ne cherche plus un sauveur, il cherche un roi. D'où une ambassade curieuse, puisqu'ils vont voir le fils d'un vaurien et d'une prostituée. En multipliant les hésitations de cette ambassade, le rédacteur du texte la force à livrer son ultime secret. Voilà la dernière phrase de l'ambassade : nous voulons que tu sois à notre tête. Expression royale. Et vous remarquez comment, à la différence des autres juges, où il y avait toujours une initiative divine — un ange qui apparaissait à Gédéon, une prophétesse, Déborah —, ici, aucune initiative sinon le peuple.
Et voilà que notre Jephté, qui apparaît avisé avec les ennemis de l'extérieur, qui fait un discours digne d'une profonde théologie où il rappelle la douceur et la bonté d'Israël pour ensuite mener rondement cette guerre, voilà que ce Jephté si juste à l'extérieur devient cruel et injuste à l'intérieur : faisant un génocide, appelons-le comme ça, sur une tribu entière, la tribu d'Éphraïm, et sacrifiant sa fille — ce que la Bible interdit formellement — et imitant par là les gestes des rois antiques qui fondaient leur royauté sur des sacrifices humains.
Alors, mes notes de bas de page disent à ce propos : dans le texte, il n'est pas question de mourir ; une tradition affirme que l'offrande que son père fait d'elle à Dieu signifie qu'elle est condamnée à la virginité, c'est pourquoi elle pleure sa virginité et donc sa stérilité. Soit. Je ne suis pas entièrement convaincu. Mais alors, dans ce cas-là, admirons cette geste glorieuse de cette fille qui s'avance au-devant de son père pour prendre sur elle la malédiction, puisque, se consacrant à Dieu, elle empêche son père d'avoir des petits-enfants, le privant ainsi d'une dynastie.
En bonus, vous pourrez comparer Jephté à Otniel, notre premier juge, et voir la différence avec leur fille.
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