Jour 100 ☾ — Samson : un élu ou un ado rebelle ?
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 13 et 14 du livre des Juges : l'apparition de l'ange à la femme de Manoah, la naissance de Samson consacré à Dieu comme nazir, puis sa descente à Timna, le lion déchiré, le miel dans la carcasse et l'énigme posée aux Philistins. Le commentaire situe Samson entre le Christ et Jean le Baptiste, mais surtout signale un changement d'échelle : le livre des Juges passe du niveau collectif au niveau domestique, et met sous la loupe le mélange d'idolâtrie et de salut qui se joue dans une vie individuelle. Samson y apparaît comme la caricature du roi que nous voudrions être, avec un cœur donné un peu trop facilement. L'épisode se termine par une prière plutôt qu'un psaume.
Introduction
La roue du récit commence à s'emballer. Pourtant, ça avait bien commencé, mais maintenant Abimélek, et puis ensuite Jephté, et là Samson… Mais Samson, ça commence à devenir n'importe quoi, cette affaire de juges. Juges 13 et 14.
Lecture : Juges 13-14
Les fils d'Israël recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux du Seigneur, et le Seigneur les livra entre les mains des Philistins pendant quarante ans.
Il y avait un homme de Soréa, du clan de Dane, nommé Manoah. Sa femme était stérile et n'avait pas eu d'enfant. L'ange du Seigneur apparut à cette femme et lui dit : « Tu es stérile et tu n'as pas eu d'enfant, mais tu vas concevoir et enfanter un fils. Désormais, fais bien attention : ne bois ni vin ni boisson forte, et ne mange aucun aliment impur, car tu vas concevoir et enfanter un fils. Le rasoir ne passera pas sur sa tête, car l'enfant sera voué à Dieu dès le sein de sa mère. »
La femme s'en alla dire à son mari : « Un homme de Dieu est venu me trouver. Il avait l'apparence d'un ange de Dieu, tant il était imposant. Je ne lui ai pas demandé d'où il venait, et il ne m'a pas fait connaître son nom. Mais il m'a dit : Tu vas devenir enceinte et enfanter un fils. Désormais, ne bois ni vin ni boisson forte, et ne mange aucun aliment impur, car l'enfant sera voué à Dieu dès le sein de sa mère et jusqu'au jour de sa mort. »
Alors Manoah implora le Seigneur et dit : « Je t'en prie, Seigneur, que l'homme de Dieu que tu as envoyé revienne vers nous et qu'il nous enseigne ce que nous devrons faire pour l'enfant qui va naître. »
Dieu écouta la voix de Manoah et l'ange de Dieu revint trouver la femme, qui était assise dans le champ en l'absence de son mari. Aussitôt elle courut annoncer à son mari : « Voici que m'est apparu l'homme qui est venu me trouver l'autre jour. » Manoah se leva et suivit sa femme. Il vint vers l'homme et lui dit : « Est-ce toi, l'homme qui a parlé à cette femme ? » Il répondit : « C'est moi. » Manoah dit : « Maintenant que ta parole va se réaliser, quelle sera la règle de conduite à l'égard de l'enfant, et que devra-t-il faire ? »
L'ange du Seigneur dit à Manoah : « Que ta femme s'abstienne de tout ce que je lui ai interdit. Elle ne doit rien manger qui provienne du fruit de la vigne, qu'elle ne boive ni vin ni boisson forte, qu'elle ne mange aucun aliment impur. Tout ce que je lui ai ordonné, qu'elle l'observe. »
Manoah dit à l'ange du Seigneur : « Permets, je t'en prie, que nous te retenions et que nous te préparions un chevreau. » L'ange du Seigneur répondit à Manoah : « Même si tu me retenais, je ne mangerais pas de ton pain. Offre plutôt un holocauste au Seigneur. » Manoah ne savait pas que l'homme était l'ange du Seigneur. Il lui dit : « Quel est ton nom, pour que nous puissions t'honorer lorsque tes paroles se réaliseront ? » L'ange du Seigneur lui répondit : « Pourquoi demandes-tu mon nom, alors qu'il est merveilleux ? »
Manoah prit le chevreau et l'offrande de céréales et, sur le rocher, il en fit l'holocauste au Seigneur, à celui qui fait des merveilles. Manoah et sa femme regardaient. Or, quand la flamme monta de l'autel vers le ciel, l'ange du Seigneur monta dans la flamme de l'autel. Voyant cela, Manoah et sa femme tombèrent face contre terre. Désormais, l'ange du Seigneur ne leur apparut plus. Et Manoah comprit que c'était l'ange du Seigneur. Il dit à sa femme : « Nous allons sûrement mourir, car nous avons vu Dieu. » Mais sa femme lui dit : « Si le Seigneur voulait nous faire mourir, il n'aurait accepté de notre main ni holocauste ni offrande, et il ne nous aurait pas donné pareille chose à voir et à entendre maintenant. »
La femme enfanta un fils et lui donna le nom de Samson. L'enfant grandit et le Seigneur le bénit. Et l'esprit du Seigneur commença à s'emparer de lui à Mahané-Dane, entre Soréa et Eshtaol.
Samson descendit à Timna et remarqua une femme parmi les filles des Philistins. Il remonta l'annoncer à son père et à sa mère et il leur dit : « À Timna, j'ai remarqué une femme parmi les filles des Philistins. Prenez-la moi donc pour femme. » Son père lui dit, ainsi que sa mère : « N'y a-t-il pas assez de femmes parmi les filles de tes frères et dans tout mon peuple, pour que tu ailles prendre femme chez les Philistins, ces incirconcis ? » Mais Samson répondit à son père : « Prends-la moi, elle me plaît. » Son père et sa mère ne savaient pas que le Seigneur inspirait ce choix et qu'il cherchait une occasion de conflit avec les Philistins qui, en ce temps-là, dominaient Israël.
Samson descendit donc à Timna avec son père et sa mère. Alors qu'ils arrivaient aux vignes de Timna, voici qu'un jeune lion se précipita sur lui en rugissant. L'esprit du Seigneur s'empara de lui et, sans rien en main, Samson déchira le lion comme on déchire un chevreau. Il ne raconta pas à son père et à sa mère ce qu'il avait fait. Puis il continua sa route. Il parla à la femme. Elle lui plut.
Il revint quelques jours après pour la prendre, mais il fit un détour pour revoir le cadavre du lion. Il y avait dans sa carcasse un essaim d'abeilles et du miel. Il en recueillit dans ses mains et, chemin faisant, il en mangea. Arrivé chez son père et sa mère, il leur en donna et ils en mangèrent. Mais il ne leur raconta pas qu'il avait recueilli le miel dans la carcasse du lion.
Son père descendit alors chez cette femme et Samson y donna un festin, comme le font habituellement les jeunes gens. Dès qu'on le vit, on lui donna trente compagnons pour rester avec lui. Samson leur dit : « Je vais vous proposer une énigme. Si vous me l'expliquez au cours des sept jours du festin et que vous en trouviez le sens, je vous donnerai trente tuniques et trente habits de rechange. Si vous ne pouvez me l'expliquer, c'est vous qui me donnerez trente tuniques et trente habits de rechange. » Ils lui dirent alors : « Propose ton énigme, nous écoutons. » Samson leur dit : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux. »
Au bout de trois jours, les jeunes gens n'avaient pas encore pu expliquer l'énigme. Ils dirent à la femme de Samson : « Séduis ton mari pour qu'il nous explique l'énigme, sinon nous te brûlerons, toi et la maison de ton père. Est-ce pour nous déposséder que vous nous avez invités, oui ou non ? »
La femme de Samson se mit à pleurer tout contre lui. Elle lui disait : « Tu ne fais que me haïr, tu ne m'aimes pas. Cette énigme que tu as proposée aux fils de mon peuple, tu ne me l'as pas expliquée. » Il lui répondit : « Je ne l'ai même pas expliquée à mon père et à ma mère, et à toi je l'expliquerais ? » Elle pleura tout contre lui pendant les sept jours que dura le festin et, le septième jour, à force d'être harcelé, il finit par lui expliquer l'énigme. Et elle l'expliqua à son tour aux fils de son peuple.
Au septième jour, avant le coucher du soleil, les gens de la ville dirent à Samson : « Qu'y a-t-il de plus doux que le miel, qu'y a-t-il de plus fort que le lion ? » Samson leur dit : « Si vous n'aviez pas labouré avec ma génisse, vous n'auriez pas trouvé mon énigme. »
L'esprit du Seigneur s'empara de lui. Il descendit à Ascalon, y tua trente de ses habitants, prit leurs vêtements et donna les habits de rechange à ceux qui avaient expliqué l'énigme. Puis, plein de colère, il remonta vers la maison de son père. Quant à la femme de Samson, elle fut donnée à l'un de ses compagnons, dont il avait fait son ami.
Commentaire
Commençons par une toute petite parenthèse. Samson vous est présenté comme un nazir. C'est un homme consacré à Dieu, d'où la mention de sa chevelure — magique, pourrait-on dire. Souvenez-vous, on avait parlé du nazir dans la Torah, de ces hommes consacrés qui ne devaient boire aucune boisson fermentée. Ce qui vous donnera plus tard saint Paul, qui se fera la rasure, qui se rasera les cheveux pour les offrir à Dieu lorsque son vœu sera accompli, et ce qui vous donnera la tonsure monastique. Je ferme la parenthèse.
J'ouvre une deuxième parenthèse. On vous dit que l'esprit du Seigneur s'empare de Samson. C'est la première fois que vous avez une telle mention. Samson, bizarrement, vous est présenté comme un des premiers christs. Fin de parenthèse.
Je rouvre une troisième parenthèse. Derrière Samson, vous avez aussi Jean le Baptiste. Les deux seront consacrés, les deux mourront dans un temple-palais, les deux mourront à cause d'une femme. Et je referme la parenthèse.
Bon, alors maintenant, Samson, Samson lui-même. Samson… On ne sait pas très bien quoi dire, ni comment commenter l'histoire de Samson. Ça part dans tous les sens, on ne sait pas quoi dire. L'auteur termine le livre des Juges en une sorte de bouquet final. Il devient aussi espiègle que son héros. Ceci dit, il y avait déjà des traces de cela dans le récit des premiers juges. Souvenez-vous d'Éhoud, qui avait tué le roi dans les toilettes. Ça aussi, c'était pas mal, avec le vague sentiment quand même d'être plutôt du côté de la caricature.
Moi, maintenant, je vous donne mon point de vue, pour ce qu'il vaut, sur ce récit. J'ai l'impression, avec Samson, que le livre des Juges a changé de zoom. On est passé à une résolution beaucoup plus fine. Jusqu'à présent, on avait une vue globale : l'histoire des peuples et les relations avec les autres rois, en essayant de comprendre ce mélange d'idolâtrie, de prostitution de la part d'Israël, qui ensuite se faisait exploiter, qui ensuite priait Dieu, à qui Dieu envoyait un sauveur, et puis ensuite tout recommençait. Mais ça, c'était un niveau collectif.
Avec Samson, on est ramené à un niveau domestique. C'est comme si vous regardiez à la loupe, au microscope, les premiers moments où se mélangent la prévarication, l'idolâtrie, la prostitution d'un côté, le salut, la prière envers Dieu de l'autre côté. Tout ça se mélangeait. C'est comme ce que nous vivons à l'échelle des peuples, et que nous vivons dans notre propre histoire. Parce que jusqu'à présent, avec les histoires de rois, peut-être m'aurez-vous dit que ça ne vous concernait pas. Le livre des Juges vous dit non, non, non, non, non. Ça se passe au niveau individuel, dans ce que vous vivez, dans vos relations amoureuses, dans la manière déjà dont vous fondez une famille, dont vous vous comportez avec vos voisins.
Vous avez déjà comme une lutte quasiment biologique, quasiment cellulaire, entre d'un côté des virus, de l'autre côté des anticorps. Le virus philistin ; les anticorps, la puissance de Dieu ; et au milieu, le petit cœur de Samson, qui ne sait plus où donner de la tête, avec une force qui le dépasse et des pulsions qui le dépassent tout autant.
Il y a un mélange de sagesse et d'idiotie, de brutalité et de finesse dans Samson, qui est quand même très étonnant et assez extraordinaire. Samson, c'est la caricature de ce que vous êtes. C'est la caricature de ce que vous devriez être, entièrement consacré à Dieu ; la caricature de ce que parfois vous êtes, bestial, animé par vos pulsions. Et quand je dis « vous », je me mets dedans.
Mais vous sentez le point faible de Samson, qui nous paraît de ce point de vue-là étonnamment humain : l'amour, l'attrait des femmes, et un cœur qu'il donne un peu trop facilement. C'est une belle manière de mettre en parabole l'idolâtrie et la prostitution d'Israël, qui donne son cœur un peu trop facilement aux idoles et aux dieux étrangers.
Parce qu'est-ce que c'est, ce dont il est question ? À qui, ou à quoi, donnez-vous le meilleur de vous-même ? À qui ouvrez-vous les portes de votre intimité ? C'est ce que vous dit le livre du Cantique des cantiques : « Entraîne-moi à ta suite, courons ! » C'est la bien-aimée qui parle. « Le roi m'a fait entrer dans ses demeures. » Votre cœur est le palais du roi, et vous êtes censé régner à l'intérieur.
Samson, c'est le roi que nous imaginons être dans notre propre vie. Parce qu'il y a quelque chose du roi dans Samson : à travers sa force, c'est la puissance militaire ; à travers sa sagesse, c'est ce qu'on pourrait espérer d'un roi ; à travers ces femmes qu'il va voir, c'est le harem ; l'esprit qui s'empare de lui, c'est le fait d'être consacré à Dieu. Samson, c'est le roi que nous voudrions être. Sauf que lui est roi dans la caricature, l'excès, l'intempérance et le manque de chasteté. Alors qu'à la base, pour être roi, Dieu vous avait donné un chemin : c'était le naziréat. En s'abstenant de boissons alcoolisées, en ne coupant pas ses cheveux, c'était obéir à la Torah. D'après les midrashim juifs, les cheveux de Samson représentent son dévouement à Dieu, et la privation d'alcool, la maîtrise de soi.
Nous terminons par une courte prière. Oui, vous avez bien entendu : aujourd'hui, vous n'aurez pas entendu de psaume. Je fais ce que je peux, vraiment, pour essayer de répartir au mieux les textes. Courage, faites-moi confiance, j'essaye de gérer au mieux. En attendant, que cela ne vous empêche pas de prier.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Seigneur, nous te confions notre vie. Nous te demandons d'être des rois dans nos propres vies, c'est-à-dire de régner sur nos vies en étant des serviteurs de Dieu, en obéissant à la loi et à l'Évangile, en essayant de ne pas être cruels envers ceux qui nous sont proches, en essayant de maîtriser nos désirs et nos pulsions. Et, Seigneur, en essayant d'être fidèles et de cultiver cette liberté de cœur qui fera de nous vraiment les fils de Dieu.
Que Dieu donne à chacun d'entre vous d'être, pour les uns, roi dans sa vie, pour les autres, reine dans leur vie. Que Dieu vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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