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Jour 101 ☼ — Samson : chute brutale et ultime victoire !

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 15 et 16 du livre des Juges, qui racontent la fin de la vie de Samson : la vengeance des trois cents renards, les mille Philistins abattus avec une mâchoire d'âne, la trahison de Dalila, la perte de sa force, la prison de Gaza et l'effondrement du temple de Dagon. Le commentaire refuse de voir en Samson un simple idiot : le juge se rachète en prison, comprend que sa force vient de sa consécration à Dieu, et meurt en martyr en donnant librement sa vie. Le frère recense alors les points communs entre Samson et Jésus — naissance miraculeuse, trahison par le peuple et par un proche, don de la vie — et y voit un éclair fugace de la rédemption à venir. Il conclut sur ce mélange du pire et du meilleur que nous portons aussi en nous-mêmes.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. La roue du récit continue de s'emballer avec la fin de la vie de Samson, Juges 15 et 16.

Lecture : Juges 15-16

Quelque temps après, à l'époque de la moisson des blés, Samson rendit visite à sa femme en apportant un chevreau et déclara : « Je veux entrer dans la chambre à coucher de ma femme. » Mais le père de sa femme ne lui permit pas d'entrer et il dit à Samson : « Je me suis dit que, vraiment, tu l'as haïe, et je l'ai donnée à ton compagnon. Sa sœur cadette ne vaut-elle pas mieux qu'elle ? Qu'elle soit ta femme à la place de l'aînée. »

Samson leur dit : « Cette fois, je serai quitte envers les Philistins si je leur fais du mal. » Il partit, attrapa trois cents renards, prit des torches et, mettant les renards queue contre queue, il plaça une torche entre les deux queues au milieu. Puis il mit le feu aux torches et lâcha les renards dans les blés mûrs des Philistins. Il incendia aussi bien les meules que les épis, et même les vignes et les oliviers.

Les Philistins demandèrent : « Qui a fait cela ? » On leur répondit : « C'est Samson, gendre du Timnite, car celui-ci a repris sa femme et l'a donnée à son compagnon. » Alors les Philistins montèrent et ils brûlèrent la femme et son père.

Samson dit alors : « Puisque vous agissez de la sorte, je ne m'arrêterai qu'après m'être vengé de vous. » Il les battit à plate couture. Et ce fut une terrible défaite. Puis il descendit dans une faille du rocher d'Étam où il demeura.

Les Philistins montèrent camper en Juda et firent une incursion à Léhi. Les hommes de Juda leur dirent : « Pourquoi êtes-vous montés nous combattre ? » Ils répondirent : « C'est pour ligoter Samson, pour le traiter comme il nous a traités. »

Trois mille hommes de Juda descendirent vers la faille du rocher d'Étam et ils dirent à Samson : « Ne sais-tu pas que les Philistins sont nos maîtres ? Que nous as-tu fait là ? » Samson répondit : « Je les ai traités comme ils m'ont traité. » Ils lui dirent : « C'est pour te ligoter que nous sommes descendus, pour te livrer aux Philistins. » Samson leur dit : « Jurez-moi que vous ne me tuerez pas vous-mêmes. » Ils répondirent : « Non, nous voulons seulement te ligoter et te livrer aux Philistins. Nous ne voulons pas te mettre à mort. » Ils le lièrent avec deux cordes neuves et le firent remonter du rocher.

Comme ils approchaient de Léhi, les Philistins vinrent à sa rencontre avec des cris de joie. Mais alors l'esprit du Seigneur s'empara de lui. Les cordes qui lui liaient les bras devinrent comme des fils de lin consumés par le feu et les liens qui retenaient ses mains se dénouèrent. Puis, trouvant une mâchoire d'âne encore fraîche, il étendit la main pour s'en saisir et avec elle abattit mille hommes.

Samson dit : « Avec une mâchoire d'âne valant deux ânesses, avec une mâchoire d'âne, j'ai abattu mille hommes. » Dès qu'il eut achevé de parler, il jeta la mâchoire loin de lui et il appela ce lieu Ramath-Léhi, c'est-à-dire « Hauteur de la mâchoire ».

Comme Samson avait très soif, il invoqua le Seigneur en disant : « C'est toi qui as accordé à ton serviteur cette grande victoire. Vas-tu maintenant me laisser mourir de soif et tomber aux mains des incirconcis ? » Alors Dieu fendit la cavité qui se trouve à Léhi et il en sortit de l'eau. Samson but, il reprit ses esprits et se ranima. Voilà pourquoi on a donné à cette source le nom de « Ein-Haqqoré », c'est-à-dire « La source de celui qui invoque ». Elle se trouve à Léhi jusqu'à ce jour.

Samson jugea Israël à l'époque des Philistins pendant vingt ans.

Samson se rendit à Gaza. Il y vit une prostituée et entra chez elle. On dit aux gens de Gaza : « Samson est venu ici. » Ils firent des rondes et guettèrent toute la nuit à la porte de la ville. Ils se tinrent tranquilles toute la nuit en se disant : « Attendons la lumière du matin et alors nous le tuerons. » Mais Samson resta couché jusqu'au milieu de la nuit. Il se leva alors, saisit les battants de la porte de la ville et les deux montants, les arracha avec leur verrou, les mit sur ses épaules et les emporta au sommet de la montagne qui est en face d'Hébron.

Après ces événements, il s'éprit d'une femme de la vallée de Sorek nommée Dalila. Les princes des Philistins se rendirent auprès d'elle et lui dirent : « Séduis Samson. Vois en quoi réside sa grande force et comment on peut triompher de lui. Alors nous le ligoterons pour le maîtriser et nous te donnerons chacun onze cents pièces d'argent. »

Dalila dit à Samson : « Explique-moi, je t'en prie, d'où vient ta grande force et comment tu devrais être ligoté pour qu'on te maîtrise. » Samson lui dit : « Si on me liait avec sept cordes d'arc neuves qui n'ont pas été séchées, je perdrais ma vigueur et je serais comme n'importe quel homme. » Les princes des Philistins firent apporter à Dalila sept cordes neuves qui n'avaient pas été séchées et Dalila le lia avec ces cordes. Des hommes étaient embusqués dans sa chambre. Elle lui cria : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Celui-ci rompit les cordes qui enserraient ses bras comme se rompt une corde d'étoupe à l'approche du feu, et on ne découvrit donc pas le secret de sa force.

Dalila dit à Samson : « Tu t'es moqué de moi ? Tu m'as menti ? Révèle-moi comment tu devrais être ligoté. » Il lui répondit : « Si on me liait avec des cordes neuves et non travaillées, je perdrais ma vigueur et je serais comme n'importe quel homme. » Dalila le lia avec des cordes neuves puis elle lui cria : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Des hommes étaient embusqués dans sa chambre, mais il rompit les cordes qui lui enserraient les bras comme si c'était du fil.

Dalila dit encore à Samson : « Jusqu'ici tu t'es moqué de moi et tu m'as menti. Révèle-moi comment tu devrais être ligoté. » Samson lui dit : « Si tu tissais les sept tresses de ma chevelure avec la chaîne d'un tissu et si tu les resserrais avec un peigne de tisserand, alors je perdrais ma vigueur et je serais comme n'importe quel homme. » Elle le laissa s'endormir, tissa les tresses de sa chevelure avec la chaîne, les resserra avec le peigne, puis elle lui cria : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Samson s'éveilla et il arracha les tresses de sa chevelure avec le peigne, la navette et la chaîne.

Dalila lui dit alors : « Comment peux-tu dire "Je t'aime" alors que tu ne m'ouvres pas ton cœur ? Voici trois fois que tu te joues de moi. Tu ne m'as pas révélé d'où vient ta grande force. » Et tous les jours elle le harcelait, répétant les mêmes paroles. Samson, excédé à en mourir, lui ouvrit tout son cœur. Il lui dit : « Le rasoir n'a jamais passé sur ma tête, car je suis voué à Dieu depuis le sein de ma mère. Si j'étais rasé, je perdrais toute ma vigueur et je serais comme n'importe quel homme. »

Dalila vit qu'il lui avait ouvert tout son cœur et elle fit appeler les princes des Philistins en leur disant : « Venez, car cette fois il m'a ouvert tout son cœur. » Les princes des Philistins se rendirent chez elle avec l'argent en main. Elle le laissa s'endormir sur ses genoux et elle fit appel à un homme qui rasa les sept tresses de sa chevelure. Alors il commença à faiblir et sa vigueur l'abandonna. Dalila lui cria : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Il s'éveilla et dit : « J'en sortirai comme les autres fois et je me dégagerai. » Mais il ne savait pas que le Seigneur s'était éloigné de lui.

Les Philistins le saisirent et lui crevèrent les yeux. Ils l'emmenèrent à Gaza et le lièrent avec une double chaîne de bronze. Samson tournait une meule dans sa prison. Mais après qu'il eut été rasé, ses cheveux recommencèrent à pousser.

Les princes des Philistins se réunirent pour offrir un grand sacrifice à Dagon, leur dieu, et se livrer à des réjouissances. Ils disaient : « Notre dieu a livré entre nos mains Samson, notre ennemi. » Dès que le peuple le vit, il loua son dieu et l'acclama en disant : « Notre dieu a livré entre nos mains notre ennemi, celui qui dévastait notre pays et qui multipliait nos morts. »

Et comme leur cœur était joyeux, ils dirent : « Appelez Samson et qu'il nous divertisse. » On envoya chercher Samson dans sa prison et il se livra à des bouffonneries devant eux. Puis on le plaça entre les colonnes. Samson dit au garçon qui le tenait par la main : « Guide-moi et fais-moi toucher les colonnes sur lesquelles repose le temple pour que je m'y appuie. » Le temple était rempli d'hommes et de femmes. Il y avait là tous les princes des Philistins et sur la terrasse environ trois mille hommes et femmes qui s'étaient divertis en regardant Samson.

Il invoqua le Seigneur en disant : « Je t'en prie, Seigneur Dieu, souviens-toi de moi, rends-moi ma force encore une fois et que d'un seul coup je me venge des Philistins pour mes deux yeux. » Il tâta alors les deux colonnes du milieu sur lesquelles reposait le temple, prit appui contre l'une avec son bras droit et contre l'autre avec son bras gauche. Il s'écria : « Que je meure avec les Philistins ! » Puis il pesa de toutes ses forces et l'édifice s'effondra sur les princes et sur tout le peuple qui se trouvait là. Et ceux qu'il fit mourir en mourant furent plus nombreux que ceux qu'il avait fait mourir pendant sa vie entière.

Ses frères et toute la maison de son père descendirent et l'emportèrent. Ils remontèrent et l'ensevelirent entre Çorea et Eshtaol dans le tombeau de Manoah, son père. Samson avait jugé Israël pendant vingt ans.

Commentaire

Alors, ça vous a plu ? C'est tellement anecdotique, truculent, folklorique qu'on ne peut pas s'empêcher d'être captivé par cette narration. Même s'il faut bien admettre que ce héros Samson est manifestement tellement idiot qu'il méritait de se faire prendre. Là, on n'est même plus dans la caricature, on est dans autre chose.

Et c'est peut-être là où c'est curieux, parce qu'en même temps on vous dit qu'il a été juge pendant vingt ans. Donc ça veut quand même dire qu'il avait plus ou moins fait ses preuves. On vous dit aussi que d'une certaine manière il se rachète en prison et qu'il sauve son peuple par sa mort.

Mes notes de bas de page disent — je cite, nous sommes dans la Bible de la liturgie : « Samson est le seul juge qui meurt en service commandé. Je dirais qu'il meurt en martyr, en faisant le don de sa vie. Il est également le dernier de la liste des juges. Ce n'est pas un hasard que ces deux éléments se rencontrent dans son histoire personnelle. » Et encore : « La destruction du temple de Dagon réhabilite Samson in extremis. »

On va même jusqu'à me signaler une progression dans la figure de Samson. Au début, la force lui vient de l'esprit de Dieu qui s'empare de lui, alors qu'ici, la force ne lui vient pas de l'esprit de Dieu, mais simplement de ses cheveux qui ont repoussé. Mais là où mes notes de bas de page disent « chose étrange », moi je dis : non. Progression, appropriation de la force de Dieu. On n'est plus dans l'ordre du miracle extérieur, mais dans l'ordre de la repentance de Samson, qui a compris à travers ses cheveux que sa force lui venait de sa consécration à Dieu. C'est pas la même chose.

Allons même plus loin et amusons-nous, si je puis dire, à recenser les points communs qu'il y a entre Jésus et Samson. Naissance miraculeuse dans les deux cas. Don de sa vie jusqu'à la mort dans les deux cas. Trahison par le peuple dans les deux cas : Jésus qui sera livré par les pharisiens, comme Samson qui avait été livré par son peuple qui ne voulait pas de lui — mais ça, c'était dans l'épisode d'avant. Et puis trahison aussi par ses proches : une femme dans le cas de Samson, Judas dans le cas de Jésus.

Et moi, vous voulez que je vous dise le fond de ma pensée ? C'est que ce Samson qui nous paraît tellement idiot — je veux dire quand même, si jamais il n'a pas vu que Dalila était en train de le trahir, cet homme ne méritait pas de vivre — il nous paraît tellement idiot que la seule explication à mon avis possible, c'est de se dire que Samson voyait bien ce qui se passait, et qu'il avait accepté de donner sa vie librement, consciemment. Un peu de la même manière que Jésus, parfaitement conscient de ce qui l'attend à Jérusalem, s'en va librement vers sa mort.

Alors je suis d'accord pour dire qu'il y a quelque chose de l'ordre de la caricature, de l'animalité, de l'idiotie chez Samson. Mais on a quand même le sentiment que là, le narrateur a entrevu un tout petit instant ce qu'il pouvait y avoir derrière le don de sa vie, l'innocent livré à la mort, et la rédemption d'un peuple à travers un homme qui donne sa vie par amour. Alors oui, c'est très fugace, complètement pris dans les caricatures de l'Ancien Testament. Mais un jour, cela vous deviendra plus clair et ça vous donnera Jésus.

Ce qu'il y a de très curieux, c'est que dans Jésus, le pire côtoie le meilleur sous le signe de la miséricorde et de la vertu : Jésus qui côtoie les malades, qui côtoie les pécheurs, qui côtoie les dépravés et les pervers, mais qui arrive à sortir vers le haut constamment par la générosité et la miséricorde. Tandis qu'en Samson, c'est à l'intérieur de lui-même, et comme dans la caricature, où se mêlent, sous le signe d'une royauté mal comprise, la pulsion du désir et le don de sa vie. Mais il y a peut-être eu un petit éclair de génie, même s'il a été très fugace.

Eh bien, regardez à l'intérieur de nos propres vies comment le bien côtoie le mal et le pire côtoie le meilleur. Fin du commentaire. J'ai toujours pas le temps de mettre un psaume, c'est la panique intégrale.


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