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Jour 101 ☾ — Chaos total : quand Israël oublie Dieu !

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 17 et 18 du livre des Juges : un certain Micayehou vole sa mère pour se fabriquer une idole et s'attacher un lévite comme prêtre personnel, avant que la tribu de Dan ne lui dérobe idoles et prêtre pour aller massacrer la paisible ville de Laïch. Le commentaire souligne que ce récit « manque singulièrement de classe » de tous les côtés : simonie, cruauté gratuite, religion privée. Derrière la disparition de la tribu de Dan, la Bible montre l'écart qui se creuse entre l'individu et le peuple, entre l'embourgeoisement spirituel personnel et la dimension communautaire et politique de la foi. L'épisode se termine par le psaume 55 et une prière.

Introduction

Je vous avais dit que la roue du récit était en train de s'emballer, eh bien voilà que maintenant elle commence à dérailler et à tourner à vide. Ça s'emballe de plus en plus. Du point de vue narratif, le livre des Juges est une merveille.

Lecture : Juges 17-18

Il y avait un homme de la montagne d'Éphraïm nommé Micayehou. Il dit à sa mère : « Les mille cent pièces d'argent que l'on t'a dérobées, et pour lesquelles tu as proféré une malédiction que tu m'as répétée, les voici : c'est moi qui les avais prises. » Sa mère dit : « Sois béni du Seigneur, mon fils. » Il rendit les mille cent pièces d'argent à sa mère, qui lui dit : « En fait, j'avais consacré de moi-même cet argent au Seigneur, pour mon fils, afin d'en faire une statue, une idole en métal fondu. Aussi vais-je maintenant te le rendre. »

Lorsqu'il eut rendu l'argent à sa mère, elle prit deux cents pièces d'argent qu'elle donna au fondeur. Celui-ci en fit une statue, une idole en métal fondu, qui fut placée dans la maison de Micayehou.

Cet homme, Micah, avait un sanctuaire. Il fit donc un éphod et des idoles domestiques, et il donna l'investiture à l'un de ses fils, qui devint son prêtre. À cette époque, il n'y avait pas de roi en Israël, et chacun faisait ce qui lui plaisait.

Il y avait un jeune homme de Bethléem en Juda, appartenant au clan de Juda, qui était lévite et résidait là comme étranger. Il avait quitté la ville de Bethléem de Juda pour aller là où il trouverait où s'établir. Chemin faisant, il parvint dans la montagne d'Éphraïm, à la maison de Micah. Micah lui demanda : « D'où viens-tu ? » Il lui répondit : « Je suis un lévite de Bethléem de Juda. Je me suis mis en route afin de trouver là où m'établir. » Alors Micah lui dit : « Reste avec moi. Tu seras pour moi un père et un prêtre. Je te donnerai dix pièces d'argent par an, des vêtements et ta nourriture. » Le lévite consentit à se fixer chez lui, et il devint comme l'un de ses fils. Micah donna l'investiture au lévite, qui devint son prêtre. Micah se dit : « Maintenant, je sais que le Seigneur me fera du bien, puisque ce lévite est devenu mon prêtre. »

Ils atteignirent, dans la montagne d'Éphraïm, la maison de Micah, et y passèrent la nuit. Comme ils s'approchaient de la maison de Micah, ils reconnurent la voix du jeune lévite, se dirigèrent de son côté et lui demandèrent : « Qui t'a fait venir ici ? Que fais-tu là ? Qu'est-ce qui t'y retient ? » Il répondit : « Micah m'a donné beaucoup d'avantages. Il m'a engagé et je suis devenu son prêtre. » Ils lui demandèrent : « Consulte donc Dieu, pour que nous sachions si le voyage que nous entreprenons réussira. » Le prêtre leur répondit : « Allez en paix. Le voyage que vous entreprenez est sous le regard du Seigneur. »

Les cinq hommes s'en allèrent et arrivèrent à Laïch. Ils virent que les gens qui y habitaient vivaient en sécurité, tranquilles et confiants, à la manière des Sidoniens, personne ne blâmant dans le pays le détenteur du pouvoir. Ces gens étaient loin des Sidoniens et ils n'avaient affaire avec personne.

Ils revinrent alors vers leurs frères, à Soréa et Eshtaol, et leurs frères leur demandèrent : « Que nous rapportez-vous ? » Ils répondirent : « Levons-nous, montons contre eux. Nous avons vu leur pays : c'est un excellent pays. Et vous demeurez muets ? Mais mettez-vous en marche sans hésiter pour aller conquérir ce territoire. En arrivant, vous trouverez un peuple confiant. Le pays est étendu. Dieu l'a mis entre vos mains, ce lieu où rien ne manque de ce que l'on peut avoir sur la terre. »

Six cents hommes équipés d'armes de guerre partirent donc de là, du clan de Dan, de Soréa et d'Eshtaol. Ils montèrent camper à Kiryath-Yéarim en Juda. Et voilà pourquoi, jusqu'à ce jour, on appelle ce lieu Mahané-Dan, c'est-à-dire « camp de Dan ». Il est situé à l'ouest de Kiryath-Yéarim. De là, ils passèrent dans la montagne d'Éphraïm et y atteignirent la maison de Micah.

Les cinq hommes qui étaient allés espionner le pays de Laïch prirent la parole et dirent à leurs frères : « Savez-vous qu'il y a ici, dans ces maisons, un éphod, des idoles domestiques, une statue, une idole en métal fondu ? Et maintenant, vous savez ce que vous avez à faire. » Ils firent un détour pour se rendre à la maison du jeune lévite, la maison de Micah, et ils le saluèrent. Les six cents hommes de Dan, équipés de leurs armes de guerre, prirent position à l'entrée de la porte. Les cinq hommes qui étaient allés espionner le pays montèrent, entrèrent là et prirent la statue, l'éphod, les idoles domestiques, l'idole en métal fondu. Le prêtre se tenait debout à l'entrée de la porte, avec les six cents hommes équipés d'armes de guerre.

Comme ils étaient entrés dans la maison de Micah et avaient pris la statue, l'éphod, les idoles domestiques, l'idole en métal fondu, le prêtre leur demanda : « Que faites-vous ? » « Tais-toi, lui dirent-ils. Mets ta main sur ta bouche, et viens avec nous. Sois pour nous un père et un prêtre. Vaut-il mieux pour toi être prêtre dans la maison d'un seul homme, ou être prêtre d'une tribu ou d'un clan en Israël ? » Le prêtre se réjouit en son cœur. Il prit l'éphod, les idoles domestiques, la statue, et se plaça au milieu de la troupe. Ils reprirent leur chemin et partirent, en plaçant devant eux les enfants, le bétail et les bagages.

Ils étaient déjà loin de la maison de Micah quand les habitants des maisons voisines de celle de Micah s'ameutèrent et se mirent à poursuivre les fils de Dan. Comme ils interpellaient les fils de Dan, ceux-ci se retournèrent et dirent à Micah : « Qu'as-tu à ameuter ces gens ? » Il leur répondit : « Les dieux que je m'étais faits, vous les avez pris, ainsi que le prêtre, et vous partez. Que me reste-t-il ? Comment pouvez-vous me dire : qu'est-ce que tu as ? » Les fils de Dan lui dirent : « Qu'on ne t'entende plus. Sinon, nos hommes exaspérés pourraient bien vous attaquer, et tu risquerais ta vie et celle de ta maison. » Les fils de Dan poursuivirent leur chemin, et Micah, voyant qu'ils étaient les plus forts, fit demi-tour et revint chez lui.

Ainsi, après avoir pris les dieux que Micah avait faits et le prêtre qui le servait, les fils de Dan marchèrent contre Laïch, contre une population tranquille et confiante. Ils la passèrent au fil de l'épée et incendièrent la ville. Personne ne vint à son aide, car elle était loin de Sidon et n'avait affaire avec personne. La ville se trouve en effet dans la plaine qui s'étend vers Beth-Réhob. Ils rebâtirent la ville et s'y établirent. Ils nommèrent la ville Dan, du nom de Dan leur père, qui était né de Jacob. Mais à l'origine, le nom de cette ville était Laïch.

Les fils de Dan érigèrent pour eux la statue. Jonathan, fils de Gershom, fils de Moïse, puis ses fils, furent prêtres de la tribu de Dan jusqu'au jour de la déportation. Ils installèrent pour leur usage la statue que Micah avait faite. Elle demeura là aussi longtemps que la maison de Dieu subsista à Silo.

Commentaire

Ce récit manque singulièrement de classe. Il manque de classe de tous les côtés. D'abord, ça commence par un homme qui vole sa mère pour ensuite faire une idole. Ensuite, ça continue en faisant de la simonie : un prêtre qui accepte de se mettre au service de quelqu'un pour le petit confort personnel d'une maison. Ensuite, il se fait enlever par une tribu. La tribu conquiert une ville, Laïch, qui, nous dit le texte, était tranquille et confiante. Cruauté gratuite des conquérants, qui installent là leur prêtre enlevé — enfin, enlevé, victime consentante — pour ériger une idole. Ça manque singulièrement de classe de tous les côtés. Mais de tous les côtés.

Cette tribu de Dan, on l'avait déjà vue. On l'avait déjà vue dans le livre de Josué, donc je suppose qu'il y a encore une certaine forme de mémoire en vous. Josué, chapitre 19. Je vous avais parlé de ces tribus fainéantes qui n'avaient pas voulu conquérir le territoire que Josué leur avait donné. Et parmi ces tribus fainéantes, il y en avait une en particulier : Dan, qui n'avait pas réussi à conquérir le territoire attribué au centre d'Israël et qui était parti dans le nord. Eh bien, vous avez ici un focus sur cette émigration vers le nord de la tribu de Dan qui, faute de grives, se rabat sur les merles, et n'ayant pas réussi à conquérir le territoire central, part au nord.

La tribu de Dan disparaîtra dans les limbes de l'histoire. En fait, c'est ça, c'est simple : on ne sait pas ce qui s'est passé. Assimilation culturelle, invasion… Elle va disparaître, à tel point d'ailleurs que dans le livre de l'Apocalypse, au chapitre 7, alors qu'il sera question des cent quarante-quatre mille sauvés — douze fois douze fois mille, et donc de la plénitude des douze tribus qui rentrent dans le salut — la tribu de Dan n'est pas mentionnée. Cela a tellement intrigué les commentateurs, d'ailleurs, qu'ils ont même dit que l'Antéchrist viendrait probablement de la tribu de Dan. Il y a quelque chose de maudit autour de cette tribu, et là, on vous raconte l'histoire de cette malédiction. Ce n'est pas de la fainéantise, c'est en fait de la cruauté et de la facilité.

Et en face de cette tribu, il y a quoi ? Il y a Micayehou. Micayehou, c'est celui qui avait volé l'argent de sa mère pour acheter le service d'un prêtre et se faire une idole. Micayehou, c'est l'antithèse de la tribu. La tribu, c'est le collectif ; Micayehou, c'est le singulier. Et ce n'est pas impossible que derrière Micayehou, il y aurait dû y avoir un juge — et là, Micayehou reste chez lui. C'est la fin des juges. Il n'y en a tout simplement plus. C'est une lente dégradation du concept.

Oui, mais alors, qu'est-ce qui se passe dans un pays quand il n'y a plus de héros ? Quand il n'y a plus de juges ? Qu'est-ce qui se passe dans un pays quand il n'y a plus de personnes saintes ou de prophètes ? Nous avons déjà eu un premier élément de réponse avec ce mélange curieux d'embourgeoisement malsain — se faire sa petite religion à soi — d'un côté, et de l'autre côté, même si c'est juste au détour d'une phrase, une cruauté qui commence à devenir de plus en plus large.

Ce qui intéresse la Bible ici, c'est l'écart qui est en train de se creuser entre l'individu et le peuple. Pour oublier deux secondes l'Ancien Testament et revenir à nous : regardez-nous dans notre vie. Nous, on est toujours un peu focalisés sur notre salut individuel, on ne peut pas s'en empêcher — d'ailleurs, c'est une bonne chose, l'effort personnel vers la vertu, et c'est bien — et puis, de l'autre côté, on déconnecte ça de la dimension communautaire de notre vie. Communautaire, voire politique.

L'Ancien Testament ne cesse de faire des liens entre les deux. Et là, ce lien, c'est entre l'embourgeoisement personnel, se fabriquer sa petite religion — ce que nous vivons tous, je suis désolé de le dire, mais même moi, dans ma vie, en tant que moine, je vois bien comment mon champ s'est rétréci : j'essaye de devenir saint, mais est-ce que je lui donne une dimension collective comme il faudrait ? — et de l'autre côté, il y a un peuple qui va à vau-l'eau et qui multiplie ou bien les erreurs de parcours, ou bien la cruauté, ou bien qui s'asservit volontairement.

C'est un lien comme un autre. Laissez-moi le redire. Bien souvent, nous avons l'habitude de ne faire aucun lien entre notre vie spirituelle personnelle et puis une certaine forme d'ambition collective, communautaire. Ce que la Bible me dit, c'est qu'à ne vouloir faire aucun lien, voilà en réalité le lien qui existe : c'est celui de la médiocrité. Et parfois, c'est le pire.

Fin du commentaire. Alors, pour une fois, j'ai un peu de temps. Donc, pour rattraper le retard, on va commencer par un psaume avant de faire la prière.

Psaume 55

Pitié, mon Dieu ! Des hommes s'acharnent contre moi. Tout le jour, ils me combattent, ils me harcèlent. Ils s'acharnent, ils me guettent tout le jour.

Mais là-haut, une armée combat pour moi. Le jour où j'ai peur, je prends appui sur toi. Sur Dieu dont j'exalte la parole, sur Dieu je prends appui : plus rien ne me fait peur. Que peuvent sur moi des êtres de chair ?

Tout le jour, leurs paroles me blessent. Ils ne pensent qu'à me faire du mal. À l'affût, ils épient, ils surveillent mes pas, comme s'ils voulaient ma mort. Vont-ils échapper malgré leurs crimes ? Que ta colère, mon Dieu, abatte les nations !

Toi qui comptes mes pas vagabonds, recueille en tes outres mes larmes. Cela n'est-il pas dans ton livre ? Le jour où j'appellerai, mes ennemis reculeront. Je le sais : Dieu est pour moi.

Sur Dieu dont j'exalte la parole, sur le Seigneur dont j'exalte la parole, sur Dieu je prends appui : plus rien ne me fait peur. Que peuvent sur moi des humains ?

Mon Dieu, je tiendrai ma promesse, je t'offrirai des sacrifices d'action de grâce, car tu m'as délivré de la mort et tu préserves mes pieds de la chute, pour que je marche à la face de Dieu dans la lumière des vivants.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Seigneur tout-puissant, nous venons devant toi reconnaissants pour ta parole qui éclaire nos chemins. Ces chapitres des Juges nous ont rappelé l'importance de vivre dans la vérité et l'ordre que tu as établi. Aide-nous à cultiver un lien équilibré entre notre vie personnelle d'un côté, et nos responsabilités dans la communauté d'un autre côté. Donne-nous un cœur attentif à ta volonté, afin que nos choix individuels ne soient pas guidés par ce qui nous semble juste à nos propres yeux, mais par le bien de toute la communauté, et surtout par ta sagesse et ton amour. Dans notre dimension collective et politique, Seigneur, inspire-nous à bâtir une société fondée sur la justice et la paix. Écarte de nous tout esprit d'idolâtrie, de désordre ou de division.

Et vous, que le Seigneur vous bénisse, qu'il renforce votre foi, votre unité et votre engagement. Que le Seigneur vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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