Jour 102 ☼ — Israël en plein chaos : l'impensable arrive…
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 19 du livre des Juges, l'un des plus sordides de toute la Bible : un lévite, sa concubine, l'hospitalité refusée à Guibéa, le viol collectif et le corps dépecé en douze morceaux envoyés aux tribus d'Israël. Le commentaire montre que tout, dans ce récit, est construit pour choquer — et que ce choc est un réveil : Israël est devenu pire que les nations, une nouvelle Sodome. Le geste du lévite est prophétique : il met sous les yeux de tous la cruauté qui habite désormais le cœur du peuple. La phrase d'ouverture, « il n'y avait pas de roi en Israël », pose la question qui trouvera sa résolution dans l'épisode suivant. Deux psaumes viennent ensuite reprendre le souffle.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Je vous avais parlé de cette roue du récit qui s'emballait, qui avait fini par dérailler. Maintenant, on arrive à la fin du livre des Juges. Préparez-vous, elle va exploser en cours de route. Enfin, je n'ai même pas quoi dire. Juges 19.
Lecture : Juges 19
En ces jours-là, il n'y avait pas de roi en Israël. Un lévite qui résidait aux confins de la montagne d'Éphraïm prit comme concubine une femme de Bethléem de Juda. Sa concubine se fâcha contre lui, puis elle le quitta et revint à la maison de son père, à Bethléem de Juda, où elle séjourna quatre mois entiers.
Son mari partit la retrouver pour parler à son cœur et la ramener. Il avait avec lui son serviteur et deux ânes. Sa concubine le fit entrer dans la maison de son père. Le père de la jeune femme le vit. Il était tout joyeux, vint à sa rencontre. Son beau-père, le père de la jeune femme, le retint, et le lévite resta chez lui pendant trois jours. Ils mangèrent, burent et passèrent la nuit en cet endroit.
Le quatrième jour, ils se levèrent de bon matin, et le lévite se disposait à partir quand le père de la jeune femme dit à son gendre : « Restaure-toi en mangeant un morceau de pain, vous partirez après. » Ils s'assirent tous les deux, mangèrent et burent ensemble. Alors le père de la jeune femme dit à son gendre : « Je t'en prie, passe encore la nuit, que ton cœur soit content. » Comme l'homme se levait pour partir, il céda finalement à l'insistance de son beau-père et passa une autre nuit en cet endroit.
Le cinquième jour, il se leva de bon matin pour partir, mais le père de la jeune femme lui dit : « Restaure-toi, je t'en prie, et attardez-vous jusqu'au déclin du jour. » Ils mangèrent tous deux. L'homme se préparait à partir avec sa concubine et son serviteur, mais son beau-père lui dit : « Voici que le jour faiblit vers le soir, passez donc la nuit, voici la tombée du jour, passe la nuit ici et que ton cœur soit content. Demain, de bon matin, vous prendrez la route et tu regagneras ta tente. »
Quand ils furent près de Jébus, le jour avait beaucoup baissé. Le serviteur dit à son maître : « Allons, faisons un détour vers cette ville de Jébuséens, nous y passerons la nuit. » Son maître lui répondit : « Non, nous ne ferons pas un détour vers cette ville étrangère où il n'y a aucun fils d'Israël, nous pousserons jusqu'à Guibéa. » « Allons, dit-il à son serviteur, rapprochons-nous d'une de ces localités, Guibéa ou Rama, pour y passer la nuit. »
Ils s'en allèrent. Le soleil se couchait quand ils approchèrent de Guibéa de Benjamin. Ils firent un détour pour passer la nuit à Guibéa. Le lévite entra, s'assit sur la place, mais personne ne lui offrit l'hospitalité pour la nuit.
Voici qu'un vieillard, le soir venu, rentrait de son travail des champs. Il était originaire de la montagne d'Éphraïm, mais il résidait à Guibéa, dont les habitants étaient benjaminites. Levant les yeux, il remarqua le voyageur sur la place de la ville. Il lui demanda : « Où vas-tu et d'où viens-tu ? » L'homme lui répondit : « Partis de Bethléem de Juda, nous faisons route vers l'arrière-pays de la montagne d'Éphraïm. C'est de là que je suis originaire. Je me suis rendu à Bethléem de Juda et je retourne dans ma maison. Personne ne m'a offert l'hospitalité. Pourtant, nous avons de la paille et du fourrage pour nos ânes. J'ai aussi du pain et du vin, pour moi, pour ta servante et pour le jeune homme qui accompagne tes serviteurs. Nous ne manquons de rien. »
Le vieillard dit alors : « Sois en paix. Laisse-moi pourvoir à tous tes besoins, mais ne passe pas la nuit sur la place. » Il le fit entrer dans sa maison et donna du fourrage aux ânes. Les voyageurs se lavèrent les pieds, ils mangèrent et ils burent.
Pendant qu'ils se restauraient, des hommes de la ville, de vrais vauriens, cernèrent la maison. Ils frappèrent à coups redoublés contre la porte et dirent au vieillard, propriétaire de la maison : « Fais sortir l'homme qui est entré chez toi, pour que nous le connaissions. » Le propriétaire de la maison alla au-devant d'eux et leur dit : « Non, mes frères, non, ne faites pas le mal. Après que cet homme a été reçu dans ma maison, ne commettez pas cette infamie. Voici ma fille, qui est vierge. Je vais la faire sortir. Abusez d'elle, faites avec elle ce qui vous semblera bon, mais ne commettez pas contre cet homme un acte infâme. »
Les hommes de la ville ne voulurent pas l'écouter. Alors le lévite saisit sa concubine et la leur amena dehors. Ils s'unirent à elle et s'en amusèrent toute la nuit, jusqu'au matin. Quand vint l'aurore, ils la relâchèrent. Comme le matin approchait, la femme s'en vint tomber à l'entrée de la maison de l'homme chez qui était son mari, et elle resta là jusqu'à ce qu'il fît jour.
Au petit matin, son mari se leva, ouvrit la porte de la maison, sortit pour reprendre sa route. Voici que sa concubine gisait à l'entrée de la maison, les mains sur le seuil. « Lève-toi, lui dit-il, et partons. » Pas de réponse. Il la mit sur son âne, partit et rentra chez lui.
Une fois arrivé dans sa maison, il prit un couteau, saisit sa concubine, la dépeça, membre après membre, en douze morceaux qu'il envoya dans tout le territoire d'Israël. Quiconque voyait cela disait : « Jamais ne s'est fait, jamais ne s'est vu un crime aussi affreux, depuis le jour où les fils d'Israël sont montés du pays d'Égypte jusqu'à ce jour. »
Le lévite avait donné cet ordre à ses messagers : « Vous parlerez ainsi à tous les hommes d'Israël : Un crime aussi affreux a-t-il jamais été commis depuis le jour où les fils d'Israël sont montés du pays d'Égypte jusqu'à ce jour ? Réfléchissez, donnez conseil et prononcez-vous. »
Commentaire
Mon Dieu, que c'est glauque ! Moi, vous savez, je me dis que c'est quand même vous qui avez choisi la bonne part : vous à écouter et moi à commenter. Mais comment vous voulez commenter ça ?
Je me souviens d'un de mes professeurs d'exégèse qui disait : « Quand un meurtrier tue une femme, c'est un fait sordide. Quand il la coupe en douze, ça devient un geste prophétique. » Et de fait, il avait raison. Alors il faut bien le comprendre. C'est-à-dire que c'est tellement horrible, cette affaire, que si jamais vous vous focalisez uniquement sur cette femme découpée en douze, vous passez à côté de ce que veut dire le récit. On n'en est plus à ça près. Il faut aller jusqu'au bout.
Entre le lévite qui donne sa femme, celle qui se fait ensuite violer pendant toute la nuit, ensuite le lévite qui la remet comme un baluchon sur son âne pour ensuite la découper en douze, c'est quoi le plus horrible ? Tout est fait pour vous choquer. Donc si vous êtes choqués, c'est normal : on l'a en fait fait exprès de vous choquer, pour vous tirer de votre torpeur. Comme s'il vous disait : « C'est maintenant que vous vous réveillez ? Il aura fallu que l'on dépèce une femme en douze pour que vous soyez choqués. »
On en est à 19 chapitres. Il y a déjà eu des massacres et des anathèmes sans nom, et c'est uniquement maintenant que vous vous réveillez. Celui qui a le cœur horrible, c'est pas celui qui a rédigé ce passage. C'est nous. Est-ce que Dan, c'était moins choquant, qui avait massacré une ville entière ? Est-ce qu'Abimélek, c'était moins choquant, qui avait tué ses 70 frères ?
Moi, la première fois que j'ai lu ce passage-là, c'est uniquement au récit de cette femme découpée en douze que j'ai sorti mon livre et puis je fais : « Oh ! Mais qu'est-ce que je suis en train de lire ? » C'était avant qu'il fallait que je me réveille aussi.
Tout est fait pour vous choquer. Donc c'est normal que vous soyez choqués. Ça commence bien, ça commence par une scène domestique où en plus on est en train de se rabibocher. Avec une histoire d'amour, on se dit : « Tiens, on est en train de sauver un couple. » Et ce prologue bucolique rend le contraste d'autant plus violent : avec ces lois de l'hospitalité, qui étaient sacrées, avec un viol collectif, avec l'apparente indifférence du lévite qui en plus sort un couteau de boucher pour la dépecer. Tout est fait pour vous choquer.
Et la morale de cette affaire, c'est que ça met le doigt sur une vérité morale : c'est que les Israélites, en ce temps-là, étaient devenus non seulement comme les nations environnantes, mais même pires que les nations environnantes. Souvenez-vous déjà de Sodome et Gomorrhe, avec les lois de l'hospitalité brisées et un viol. Et là encore, Sodome et Gomorrhe, cette fois-ci, c'est Israël.
Cette femme qui est dépecée, c'est quoi ? C'est le symbole de la perversité qui maintenant habite dans le cœur d'Israël, et que le lévite dépèce pour montrer, preuve à témoin, à toutes les tribus d'Israël : voilà ce que vous êtes devenus. Cette cruauté que je vais révéler aux yeux de tout le monde avec mon couteau, il faut que le monde sache que c'est ce que vous êtes devenus. La cruauté que subit cette femme, c'est celle qui habite votre cœur. Et je vais la mettre devant vos yeux.
Alors maintenant qu'on a parlé de ce qui choque le plus, peut-être qu'on peut revenir au début de notre chapitre. Par quelle phrase ce récit avait-il commencé ? Par une phrase qui n'a l'air de rien, mais que nous venons d'entendre et qui devient ici d'une cruauté sans nom :
En ces jours-là, il n'y avait pas de roi en Israël.
Il n'y avait pas de roi en Israël. Bonne ou mauvaise chose ? Bonne chose qu'il n'y ait pas de roi, parce que manifestement le livre des Juges n'aime pas les rois. Ou mauvaise chose, parce qu'à ne pas avoir de roi, manifestement aussi, cela donne licence à une cruauté sans nom.
Et si vous vous sentez loin de ces notions anciennes de la royauté, remplacez ça par des notions plus modernes de démocratie et de république. Ce sont les mêmes questions. C'est la question de l'État. En ces temps-là, il n'y avait pas d'État. Et alors, il y avait quoi ? Est-ce que c'était une bonne ou une mauvaise chose ? Pour l'instant, la question est posée, et elle trouvera sa résolution dans l'épisode à venir.
Mais vous sentez comment le livre des Juges, qui avait commencé dans l'héroïsme, puis dans le tragi-comique, pour aller du côté du burlesque avec Samson, termine maintenant dans le sordide.
Je vous propose, avant de plonger dans le prochain épisode, de faire une pause poétique, qui, espérons-le, sera suffisamment longue pour nous permettre de reprendre le souffle et de mettre un peu de baume dans le cœur. Nous allons lire, non pas un, mais deux psaumes.
Psaume 56
Pitié, mon Dieu, pitié pour moi ! En toi je cherche refuge, un refuge à l'ombre de tes ailes, aussi longtemps que dure le malheur.
Je crie vers Dieu, le Très-Haut, vers Dieu qui fera tout pour moi. Du ciel qu'il m'envoie le salut ! Mon adversaire a blasphémé. Que Dieu envoie son amour et sa vérité.
Je suis au milieu de lions, gisant parmi des bêtes féroces. Ils ont pour langue une arme tranchante, pour dents des lances et des flèches.
Dieu, lève-toi sur les cieux. Que ta gloire domine la terre.
Ils ont tendu un filet sous mes pas, j'allais succomber. Ils ont creusé un trou devant moi, ils y sont tombés.
Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt. Je veux chanter, jouer des hymnes. Éveille-toi, ma gloire. Éveillez-vous, harpe, cithare, que j'éveille l'aurore.
Je te rendrai grâce parmi les peuples, Seigneur, et j'aurai mes hymnes dans tout pays. Ton amour est plus grand que les cieux, ta vérité plus haute que les nues.
Dieu, lève-toi sur les cieux. Que ta gloire domine la terre.
Psaume 57
Vraiment, vous bâillonnez la justice, vous qui jugez ! Est-ce le droit que vous suivez, fils des hommes ? Mais non ! Dans vos cœurs, vous commettez le crime, sur la terre, vos mains font régner la violence.
Les méchants sont dévoyés dès le sein maternel, menteurs, égarés depuis leur naissance. Ils ont du venin, un venin de vipère. Ils se bouchent les oreilles comme des serpents qui refusent d'écouter la voix de l'enchanteur, du charmeur le plus habile au charme.
Dieu, brise leurs dents et leurs mâchoires. Seigneur, casse les crocs de ces lions. Qu'ils s'en aillent comme les eaux qui se perdent. Que Dieu les transperce et qu'ils en périssent, comme la limace qui glisse en fondant, ou l'avorton qui ne voit pas le soleil. Plus vite qu'un feu de ronce ne lèche la marmite, que le feu de ta colère les emporte.
Joie pour le juste de voir la vengeance, de laver ses pieds dans le sang de l'impie. Et l'homme dira : « Oui, le juste porte du fruit. Oui, il existe un Dieu pour juger sur la terre. »
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