Jour 102 ☾ — Guerre civile et destruction… Israël touche le fond
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les deux derniers chapitres du livre des Juges : l'assemblée d'Israël se lève comme un seul homme contre Guibéa, la tribu de Benjamin refuse de livrer les coupables et une guerre civile éclate, qui s'achève par le quasi-anéantissement de Benjamin. Pour donner des femmes aux six cents survivants, Israël massacre Yabesh de Galaad puis organise l'enlèvement des filles de Silo. Le commentaire montre comment l'anathème, donné pour protéger Israël des nations, se retourne ici contre Israël lui-même, et comment le livre s'achève sans juge, sur la phrase « chacun faisait ce qui lui plaisait ». Le frère s'interroge : apologie de la royauté à venir, ou critique encore plus violente de ce peuple ?
Introduction
Nous continuons notre bouquet final, la roue qui, après s'être emballée, est en train d'exploser en vol. Dans le chapitre 19, l'épisode précédent, nous explorions au niveau individuel ce que cela pouvait donner. Cette fois-ci, c'est le même bouquet final, si je puis dire, dans le sordide, mais dans l'autre version, la dimension communautaire.
Souvenez-vous, le livre des Juges, remarquablement construit, après toute cette tension narrative, reprend son thème initial qui était le lien entre l'individu et la communauté. La question de l'héroïsme.
Lecture : Juges 20-21
Tous les fils d'Israël sortirent donc et, comme un seul homme, la communauté s'assembla, depuis Dan jusqu'à Bershéba, y compris le pays de Galaad, auprès du Seigneur à Mispa. Les chefs de tout le peuple et de toutes les tribus d'Israël se rendirent à l'assemblée du peuple de Dieu : quatre cent mille fantassins sachant tirer l'épée. Et les fils de Benjamin apprirent que les fils d'Israël étaient montés à Mispa.
Les fils d'Israël demandèrent : « Racontez comment ce crime a été commis. » Le Lévite, le mari de la femme qui avait été assassinée, prit la parole et dit : « J'étais venu avec ma concubine à Guibéa de Benjamin pour y passer la nuit. Les notables de Guibéa se sont ligués contre moi et ont cerné pendant la nuit la maison où je me trouvais. Ils avaient résolu de me tuer. Ils ont fait violence à ma concubine, elle en est morte. Alors j'ai pris ma concubine, je l'ai coupée en morceaux que j'ai envoyés dans toute l'étendue de l'héritage, car on avait commis en Israël un acte scandaleux et infâme. Vous voici tous, fils d'Israël : délibérez et prenez une décision ici même. »
Tout le peuple se leva comme un seul homme en disant : « Aucun d'entre nous ne reviendra à sa tente, aucun d'entre nous ne regagnera sa maison. Et maintenant, voilà ce que nous allons faire contre Guibéa : nous tirerons au sort. Nous prendrons dans toutes les tribus d'Israël dix hommes sur cent, cent sur mille, mille sur dix mille. Ils procureront des vivres aux gens, à ceux qui iront punir Guibéa de Benjamin pour toute l'infamie qu'elle a commise en Israël. » Tous les hommes d'Israël, associés comme un seul homme, s'unirent contre la ville.
Les tribus d'Israël envoyèrent des messagers dans toute la tribu de Benjamin pour dire : « Quel est ce crime qui a été commis chez vous ? Maintenant, livrez ces hommes, ces vauriens qui habitent Guibéa. Nous les mettrons à mort et nous ôterons ainsi le mal d'Israël. » Les fils de Benjamin ne voulurent pas écouter la voix de leurs frères, les fils d'Israël. Les fils de Benjamin quittèrent leurs villes et se réunirent à Guibéa pour faire la guerre aux fils d'Israël.
Ce jour-là, on recensa les fils de Benjamin qui étaient venus des villes : vingt-six mille hommes sachant tirer l'épée, sans compter les habitants de Guibéa, sept cents hommes d'élite dénombrés à part. Dans cette troupe, il y avait sept cents hommes d'élite gauchers. Chacun d'eux pouvait, avec la pierre de sa fronde, lancer une pierre sur un cheveu sans le manquer. Les fils d'Israël furent également dénombrés, sans compter Benjamin : ils étaient quatre cent mille hommes sachant tirer l'épée, tous hommes de guerre.
Ils se mirent en route et montèrent à Béthel pour consulter Dieu. Les fils d'Israël demandèrent : « Qui de nous montera le premier à l'attaque contre les fils de Benjamin ? » Le Seigneur répondit : « C'est Juda qui montera le premier. »
Au matin, les fils d'Israël partirent et ils installèrent leur camp près de Guibéa. Les hommes d'Israël sortirent combattre Benjamin et se rangèrent en bataille devant Guibéa. Les fils de Benjamin sortirent de Guibéa et, ce jour-là, ils firent mordre la poussière à vingt-deux mille hommes d'Israël.
Mais le peuple, les hommes d'Israël, reprirent courage, et de nouveau ils se rangèrent en bataille au même endroit que le premier jour. Les fils d'Israël vinrent pleurer devant le Seigneur jusqu'au soir. Ils consultèrent le Seigneur en disant : « Devons-nous recommencer à combattre les fils de Benjamin, notre frère ? » Le Seigneur répondit : « Montez contre lui. »
Le deuxième jour, les fils d'Israël s'approchèrent des fils de Benjamin. Les fils de Benjamin sortirent de Guibéa à leur rencontre, ce deuxième jour, et ils firent encore mordre la poussière à dix-huit mille hommes d'Israël, parmi les fils d'Israël, tous sachant tirer l'épée.
Tous les fils d'Israël et tout le peuple montèrent à Béthel. Là, ils pleurèrent, assis devant le Seigneur. Ils jeûnèrent ce jour-là jusqu'au soir. Ils offrirent des holocaustes et des sacrifices de paix devant le Seigneur. Ils le consultèrent, car l'arche de l'Alliance s'y trouvait en ces jours-là. En effet, en ces jours-là, Pinhas, fils d'Éléazar, fils d'Aaron, se tenait devant elle. Ils demandèrent : « Devons-nous recommencer à combattre les fils de Benjamin, notre frère, ou devons-nous y renoncer ? » Le Seigneur répondit : « Montez, car demain je les livrerai entre vos mains. »
Israël plaça des hommes en embuscade autour de Guibéa. Et le troisième jour, les fils d'Israël montèrent contre les fils de Benjamin et se rangèrent devant Guibéa, comme les autres fois. Les fils de Benjamin sortirent à la rencontre du peuple et se laissèrent attirer loin de la ville. Ils commencèrent, comme les autres fois, à faire des victimes parmi le peuple, environ trente hommes d'Israël, sur les routes qui mènent l'une à Béthel, l'autre à Guibéa, en rase campagne. Les fils de Benjamin se dirent : « Les voilà battus devant nous comme précédemment. » Mais les fils d'Israël s'étaient dit : « Nous allons fuir et les attirer loin de la ville, sur les routes. »
Ils quittèrent tous leurs positions et se mirent en ordre de bataille à Baal-Tamar, où l'embuscade d'Israël surgissait de la position qu'elle occupait à l'ouest de Guibéa. Dix mille hommes d'élite, pris dans tout Israël, arrivèrent en face de Guibéa. La bataille fut acharnée. Les fils de Benjamin ne savaient pas que le malheur allait s'abattre sur eux. Le Seigneur frappa Benjamin devant Israël. Ce jour-là, les fils d'Israël firent périr vingt-cinq mille hommes de Benjamin, tous sachant tirer l'épée.
Les fils de Benjamin virent qu'ils étaient battus. Les hommes d'Israël cédèrent du terrain à Benjamin, car ils comptaient sur l'embuscade qu'ils avaient tendue contre Guibéa. Ceux de l'embuscade s'élancèrent rapidement sur Guibéa, se déployèrent et passèrent toute la ville au fil de l'épée. Or, il y avait une convention entre les hommes d'Israël et ceux de l'embuscade : ces derniers devaient faire monter de la ville, en guise de signal, un panache de fumée. Alors les hommes d'Israël engagés dans le combat feraient volte-face. Benjamin avait déjà abattu une trentaine d'hommes parmi eux et se disait : « Les voilà encore battus comme lors du combat précédent. » Mais le signal, une colonne de fumée, avait commencé à s'élever de la ville, et Benjamin se retourna : voici que la ville tout entière montait en feu vers le ciel.
Alors les hommes d'Israël firent volte-face, et les hommes de Benjamin furent épouvantés. Ils virent que le malheur les avait frappés. Ils s'enfuirent devant les hommes d'Israël en direction du désert, mais les combattants les talonnaient, et ceux qui venaient de la ville, les prenant à revers, les massacraient. Benjamin fut cerné, poursuivi sans répit, écrasé en face de Guibéa, du côté du soleil levant. Dix-huit mille hommes de Benjamin tombèrent, tous hommes de valeur. Les autres tournèrent le dos et s'enfuirent au désert, vers le roc de Rimmôn. Cinq mille hommes furent exécutés sur les routes. On en poursuivit jusqu'à Guidéom et, de ceux-ci, on en tua deux mille. Le nombre des Benjaminites qui tombèrent ce jour-là fut de vingt-cinq mille hommes sachant tirer l'épée, tous hommes de valeur. Les six cents hommes qui s'étaient enfuis au désert, vers le roc de Rimmôn, y restèrent quatre mois.
Les hommes d'Israël revinrent vers les fils de Benjamin, les passèrent au fil de l'épée, la population des villes avec le bétail et tout ce qui s'y trouvait. Ils incendièrent aussi toutes les villes qui se trouvaient sur le chemin.
Les hommes d'Israël avaient fait ce serment à Mispa : « Aucun d'entre nous ne donnera sa fille pour femme à un Benjaminite. » Le peuple se rendit à Béthel et là ils se tinrent assis devant Dieu jusqu'au soir. Ils poussèrent des cris et sanglotèrent en disant : « Pourquoi, Seigneur Dieu d'Israël, se fait-il qu'il manque aujourd'hui à Israël une de ses tribus ? » Le lendemain de bon matin, le peuple se leva, bâtit un autel, offrit des holocaustes et des sacrifices de paix.
Les fils d'Israël se demandèrent : « Quelle est celle, parmi toutes les tribus d'Israël, qui n'est pas montée à l'assemblée auprès du Seigneur ? » Car ils avaient fait ce serment solennel : « Ceux qui ne seraient pas montés à Mispa auprès du Seigneur seraient mis à mort. » Les fils d'Israël furent pris de pitié pour Benjamin, leur frère, et ils dirent : « Aujourd'hui, une des tribus a été retranchée d'Israël. Que ferons-nous pour donner des femmes à ceux qui restent, alors que nous avons fait par le Seigneur serment de ne pas leur donner nos filles pour femmes ? »
Ils demandèrent alors : « Y a-t-il quelqu'un parmi les tribus d'Israël qui n'est pas monté auprès du Seigneur à Mispa ? » Voici que, de Yabesh de Galaad, personne n'était venu au camp, à l'assemblée. La population avait été recensée et, en effet, il n'y avait là aucun des habitants de Yabesh de Galaad. La communauté y envoya douze mille hommes de valeur et leur donna cet ordre : « Allez et passez au fil de l'épée les habitants de Yabesh de Galaad, y compris les femmes et les enfants. Voici ce que vous ferez : tout mâle et toute femme ayant partagé la couche d'un homme, vous les vouerez à l'anathème. » Ils trouvèrent parmi les habitants de Yabesh de Galaad quatre cents jeunes filles vierges qui n'avaient partagé la couche d'aucun homme, et ils les amenèrent au camp, à Silo, qui est au pays de Canaan.
Toute la communauté envoya des messagers aux fils de Benjamin qui s'étaient réfugiés au roc de Rimmôn, et ils leur proposèrent la paix. Les Benjaminites revinrent alors et on leur donna les femmes laissées en vie parmi celles de Yabesh de Galaad, mais ils n'en trouvèrent pas assez pour eux. Le peuple fut pris de pitié pour Benjamin, car le Seigneur avait fait une brèche parmi les tribus d'Israël. Les anciens de la communauté dirent alors : « Que ferons-nous pour que ceux qui restent aient des femmes ? » puisque les femmes de la tribu de Benjamin avaient été exterminées. Ils se demandaient : « Comment Benjamin peut-il avoir une postérité pour qu'une tribu ne soit pas effacée d'Israël ? Car nous ne pouvons leur donner des femmes parmi nos filles. » En effet, les fils d'Israël avaient prêté ce serment : « Maudit soit celui qui donnera une femme à Benjamin. »
Mais ils se dirent : « Il y a chaque année une fête du Seigneur à Silo. » La ville se trouve au nord de Béthel, à l'orient de la route qui va de Béthel à Sichem, et au sud de Lebona. Ils donnèrent ces instructions aux fils de Benjamin : « Allez vous embusquer dans les vignes. Vous guetterez, et quand les filles de Silo sortiront pour danser en chœur, vous sortirez des vignes. Vous vous emparerez chacun d'une femme parmi les filles de Silo et vous vous en irez au pays de Benjamin. Et si leurs pères ou leurs frères viennent protester auprès de nous, nous leur dirons : pour elles, faites-nous grâce, car nous n'avons pu prendre des femmes pendant le combat. Et vous, vous auriez été coupables si vous les leur aviez données. »
Les fils de Benjamin agirent ainsi. Ils prirent un nombre de femmes égal au leur parmi les danseuses qu'ils avaient enlevées. Puis ils partirent et revinrent dans leur héritage. Ils rebâtirent leurs villes et ils y habitèrent.
À ce moment-là, les fils d'Israël s'en allèrent, chacun vers sa tribu et vers son clan. Ils s'en retournèrent de là, chacun dans son héritage. En ces jours-là, il n'y avait pas de roi en Israël et chacun faisait ce qui lui plaisait.
Commentaire
Dernière métamorphose du livre des Juges, qui termine cette fois-ci sa mue. On est passé du sordide au livre d'horreur et au génocide. Horreur sur horreur, puisque cette fois-ci l'anathème, ce formidable commandement que Dieu avait donné à Israël pour le protéger des nations avoisinantes, se retourne contre lui. Au nom de l'anathème, on échappe de peu à un génocide, parce que le mal est tellement grand en Israël qu'il n'y a que la puissance de l'anathème qui puisse en contenir la propagation.
On anéantit presque une tribu, pour ensuite aller anéantir une autre ville et en récupérer les femmes, et, comme ça ne suffit toujours pas, en enlever d'autres. Horreur sur horreur sur horreur.
Et cette dernière phrase finale :
En ces jours-là, il n'y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui plaisait.
Et on a vu ce que ça donnait. Est-ce que le livre des Juges, qui avait commencé avec une critique de la royauté — et, derrière, ramenait cela à des notions plus modernes, telles que l'État centralisé — est en train de virer de bord et maintenant de faire l'apologie de la monarchie, qu'il appellerait de ses vœux ? Ou bien est-il en train de faire une critique encore plus violente de tout régime fort politique, en disant : mais vous voyez la cruauté de ce peuple, sa dégénérescence sans nom, comment vouliez-vous qu'une bonne chose sorte de ce peuple ?
En attendant, vous avez noté, à la fin, la figure du juge qui a disparu. Chacun retourne vers sa tribu, vers son clan. Ils s'en retournèrent, chacun dans son héritage, presque en silence. Les héros d'Israël sont morts. En l'absence de juge, en l'absence de personne sainte, voilà ce qui arrive. Faute de juges, vous aurez des rois.
Et ainsi s'achève le livre des Juges.
Ah, je suis tellement démoralisé… J'étais censé vous faire de la pub pour vous dire de nous aider et de nous donner des dons. Je vais le dire juste rapidement comme ça. Ah, j'ai le moral dans les baskets. Écoutez, je vais aller prier de mon côté, priez aussi du vôtre, que chacun rentre dans ses tentes. Ah, ça m'a démoralisé. Bon, allez, remontez-moi le moral en faisant chauffer la carte bleue.
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