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Jour 103 ☼ — Ruth : une histoire de fidélité et de providence

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Résumé : Après la noirceur du livre des Juges, le frère Paul-Adrien ouvre le livre de Ruth comme une respiration : la plus belle histoire d'amour de la Bible, située juste avant l'accession de David au trône. Le chapitre 1 raconte l'exil d'Élimélek à Moab, la mort des trois hommes de la famille, et le retour de Noémie devenue Mara, l'amère, accompagnée de sa belle-fille Ruth. Le commentaire décrypte les noms propres comme un programme politique — « mon Dieu est roi » qui meurt — et présente la loi du lévirat comme la nouvelle « carte joker » de la Bible après l'échec des juges. La clé du personnage de Ruth n'est pas d'abord la foi d'Israël, mais la fidélité à la parole donnée.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur.

Bah écoutez, hier, j'étais tellement déprimé que je me suis dit que pour se requinquer le moral, on allait faire un tour du côté du livre de Ruth. C'est un petit livre, donc on va prendre gentiment son temps, et puis… Ah, et puis écoutez, il est beau, il est gentil, ça va nous faire respirer, c'est une histoire d'amour. La plus grande histoire d'amour romantique de la Bible, c'est une comédie sentimentale. Ah, préparez-vous à sortir les mouchoirs.

En plus, je me suis dit que ça passait très bien, cette affaire, parce que regardez, là, on est entre les Juges et Samuel. Les Juges, c'était : on avait essayé d'avoir des rois, ça n'a pas marché, et puis là, ensuite, on va avoir l'accession au trône de David. Et en fait, Ruth, bah, c'est le moment où on fonde la famille de David. Ruth, c'est qui ? C'est l'arrière-grand-mère de David, et c'est aussi l'arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère de Joseph, celui-là même qui sera le père adoptif de Jésus. Donc écoutez, ah ! C'est de la pommade pour le cœur.

Ruth, chapitre 1.

Lecture : Ruth 1

À l'époque où gouvernaient les juges, il y eut une famine dans le pays. Un homme de Bethléem de Juda émigra avec sa femme et ses deux fils pour s'établir dans la région appelée Champ de Moab. L'homme se nommait Élimélek, c'est-à-dire « mon Dieu est roi ». Sa femme, Noémie, c'est-à-dire « ma gracieuse », et ses deux fils, Mahlôn, c'est-à-dire « maladie », et Kilyôn, c'est-à-dire « épuisement ». C'étaient des Éphratéens de Bethléem de Juda. Ils arrivèrent au champ de Moab et ils y restèrent.

Élimélek, le mari de Noémie, mourut, et Noémie resta seule avec ses deux fils. Ceux-ci épousèrent deux Moabites. L'une s'appelait Orpa, c'est-à-dire « volte-face », et l'autre Ruth, c'est-à-dire « compagne ». Ils demeurèrent là une dizaine d'années. Mahlôn et Kilyôn moururent à leur tour et Noémie resta privée de ses deux fils et de son mari.

Alors, avec ses belles-filles, elle se prépara à quitter les champs de Moab et à retourner chez elle, car elle avait appris que le Seigneur avait visité son peuple et lui avait donné du pain. Elle partit donc de l'endroit où elle habitait, accompagnée de ses deux belles-filles. Elles prirent le chemin du retour vers le pays de Juda.

Alors Noémie dit à ses deux belles-filles : « Allez ! Retournez chacune à la maison de votre mère. Que le Seigneur vous montre le même attachement que vous avez eu envers nos morts et envers moi. Que le Seigneur vous donne de trouver chacune un foyer stable avec un mari. »

Et Noémie les embrassa, mais elles élevèrent la voix et se mirent à pleurer. Elles lui dirent : « Nous voulons retourner avec toi vers ton peuple. »

Mais Noémie reprit : « Retournez chez vous, mes filles. Pourquoi venir avec moi ? Pourrais-je encore avoir des enfants à vous donner comme maris ? Retournez, mes filles, allez ! Oui, je suis bien trop vieille pour avoir un mari. Quand bien même je dirais : il y a encore de l'espoir, je vais appartenir à un homme cette nuit et j'aurai des fils, même dans ce cas, auriez-vous la patience d'attendre qu'ils grandissent ? Pourriez-vous vous passer d'hommes aussi longtemps ? Non, mes filles. Mon sort est trop amer pour que vous le partagiez. Car c'est contre moi que la main du Seigneur s'est levée. »

Or, les deux belles-filles, de nouveau, élevèrent la voix et se mirent à pleurer. Orpa embrassa sa belle-mère, mais Ruth restait attachée à ses pas.

Noémie lui dit : « Tu vois, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux. Retourne, toi aussi, comme ta belle-sœur. »

Ruth lui répondit : « Ne me force pas à t'abandonner et à m'éloigner de toi. Car où tu iras, j'irai. Où tu t'arrêteras, je m'arrêterai. Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu. Où tu mourras, je mourrai et là, je serai enterrée. Que le Seigneur me traite ainsi, qu'il fasse pire encore, si ce n'est pas la mort seule qui nous sépare. »

Voyant qu'elle était résolue à l'accompagner, Noémie cessa de lui parler de cela. Ainsi, elles étaient sur le chemin, toutes les deux, jusqu'à ce qu'elles arrivent à Bethléem.

Alors, arrivées à Bethléem, toute la ville fut en émoi. Les femmes disaient : « Est-ce bien là Noémie ? » Mais elle leur dit : « Ne m'appelez plus Noémie, ma gracieuse. Appelez-moi Mara, amertume. Car le Puissant m'a remplie d'amertume. J'étais partie comblée, mais le Seigneur me ramène les mains vides. Pourquoi m'appeler encore Noémie ? Le Seigneur m'a humiliée, le Puissant m'a fait du mal. »

Noémie revint donc des champs de Moab avec sa belle-fille Ruth la Moabite. Elles arrivèrent à Bethléem au début de la moisson de l'orge.

Commentaire

Vous savez, il y a deux types de comédies sentimentales. Il y a celles qui commencent bien et qui se terminent mal. Et il y a celles qui commencent mal et qui se terminent bien. Bon, là, on est dans le deuxième type de comédies sentimentales.

Alors, plantons le décor. Regardez les premières phrases du livre. « Au temps des juges. » Voilà pour la suture. « Il y eut une famine dans le pays. » « Un homme de Bethléem de Juda. » Maintenant que vous connaissez toutes les tribus d'Israël, vous savez que la tribu de Juda, on l'aime bien. C'est celle de Caleb, c'est celle d'Otniel, c'est celle de ceux qui suivent la volonté de Dieu et qui ne prennent pas trop la confiance quand il s'agit d'exercer le pouvoir.

Bref, il y a un homme qui est dans Juda et qui part à l'étranger. Alors, ça pose plusieurs questions. Parce que partir à l'étranger, dans le livre des Juges, c'est formellement interdit. Et en plus, ses deux fils se marient à deux étrangères, ce qui est encore plus interdit. Quand on se compromet avec les nations avoisinantes, la force spirituelle vous quitte dans le livre des Juges.

Et là, ce n'est pas tout à fait un hasard si Noémie, qui s'appelait « Gracieuse », devient Mara, celle qui est amère, pour donner naissance à deux fils, dont l'un s'appelle « Maladie », Mahlôn, et l'autre « Épuisement », Kilyôn. Sachant que le mari s'appelait Élimélek, ce qui veut dire « mon Dieu, El, et mon roi, Mélek ». « Mon Dieu est roi » — et qu'il est mort. D'ailleurs, ce n'est plus une famille, c'est un programme politique.

Parce que normalement, l'idéal politique d'Israël, c'était que Dieu soit roi. Et justement, on a vu dans le livre des Juges comment le peuple d'Israël avait abandonné cet idéal politique. Il avait cherché à remplacer Dieu par des hommes comme roi sur le peuple. Et on a vu ce que ça donnait. Et vous voyez, de la même manière qu'il y a quelque chose du grand idéal politique d'Israël qui est mort dans le livre des Juges, c'est de la même manière que vous avez un homme, Élimélek, qui meurt dans le livre de Ruth.

Ici, il y a de quoi concentrer dans une famille tout le drame d'Israël. Je trouve ça touchant d'aborder la situation politico-géostratégique de ce peuple hébraïque à travers le prisme familial. Ça lui donne une douceur, ça lui donne un cachet supplémentaire. On arrive dans la vie quotidienne. Ce que vit le peuple d'Israël dans son ensemble, on va le voir à travers cette famille qui, pour l'instant, vit dans le deuil, qui vit dans la solitude, qui vit dans l'amertume.

Alors, c'est là où la Bible va sortir une carte joker pour sauver tout le monde. La première carte joker qu'on avait essayé de sortir dans le livre des Juges, c'était d'appeler des héros. Ça n'a pas marché. On essaye d'en sortir une deuxième. Et cette fois-ci, la carte joker, ça va être une loi, dans le livre du Deutéronome, une loi que l'on appelle la loi du lévirat. Le lévir, en latin, ça veut dire le beau-frère. Ce qui veut dire, en fait, que quand quelqu'un mourait sans avoir d'enfant, la femme devait se marier avec son beau-frère pour susciter au mari qui était mort une descendance et assurer la transmission du patrimoine, la préservation du patrimoine.

Là, vous avez deux personnes qui meurent, Mahlôn et Kilyôn. Donc, normalement, les femmes devraient se marier avec ce qui resterait des frères de Mahlôn et Kilyôn. Sauf que, double problème : d'abord, il n'y a pas de frère. Donc il faut remonter à la génération du dessus, à Élimélek, justement. « Mon Dieu est roi », qui est mort : c'est à lui qu'il va falloir susciter une descendance. Et vous voyez que là, on n'est pas loin de vouloir susciter une dynastie, non pas à un homme, mais à Dieu. C'est ça que ça veut dire, derrière.

Et puis, deuxième problème, c'est surtout que les femmes, ce ne sont pas des Israélites, ce sont des étrangères. Donc, elles ne sont pas tenues par la loi du Deutéronome. Et, de fait, il y en a une qui dira : moi, je vous aime bien, mais c'est sans moi, quoi. Au revoir et ciao tout le monde. Et on ne lui en veut pas parce qu'elle n'y est pas tenue. C'est simplement Ruth, alors qu'elle n'y est pas tenue, qui dit : OK, j'achète.

Et là, je m'excuse, mais quand même, on peut en dire ce qu'on veut de la Bible, mais… Enfin, vous sentez bien que la première carte joker, qui n'avait pas marché et qui était censée être les fiers-à-bras des juges, maintenant, ça devient une femme et une étrangère. On est dans la même lignée que Rahab ici. Et c'est étonnant de voir comment est-ce que la Bible, qui peut être par moments extrêmement dure vis-à-vis des non-Israélites, à chaque fois vous montre que quand tout est dramatiquement raté, eh bien, en fait, c'est grâce à eux qu'on va sauver la situation. Il y a quelque chose, je ne sais pas exactement ce qu'il faut en penser, mais il y a quelque chose d'assez extraordinaire là-dedans.

Ce que dit Ruth, moi, je trouve que ça mérite d'être redit :

Ne me force pas à t'abandonner et à m'éloigner de toi, car où tu iras, j'irai. Où tu t'arrêteras, je m'arrêterai. Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu.

Et c'est ça qui est très intéressant. C'est que Ruth, qui est présentée ici comme le véritable modèle, ce n'est pas d'abord qu'elle a la foi d'Israël. Vous sentez bien que quand elle dit « ton pays sera mon pays », quand elle dit à Noémie, sa belle-mère, « ton Dieu sera mon Dieu », est-ce que c'est un acte de foi derrière ? Probablement pas. Vous sentez bien qu'il y a quelque chose d'un peu tribal là-dedans.

Mais ce qu'il y a d'étonnant, c'est de voir qu'en fait, Ruth entend être fidèle. Elle s'est mariée avec quelqu'un, elle lui a donné son corps, elle lui a dit : c'est à toi que j'appartiendrai, c'est ton nom que je ferai vivre. Et Ruth, à défaut d'avoir la foi d'Israël, à défaut d'être dans une bonne famille, Ruth est une femme de parole. Le jour où elle s'est mariée, c'était pour donner une descendance et un nom à son mari. Et ça, elle ne veut pas le lâcher. Et c'est à partir de ça qu'ensuite tout le reste va arriver.

Au tout début de la foi, vous avez en fait la fidélité, le poids de la parole donnée. Tenir parole. C'est ça que vous demande Dieu. D'une certaine manière, c'est peut-être même plus important que votre religion, que votre foi, etc. C'est d'être honnête. Honnête avec soi, honnête avec ce qu'on pense, honnête avec ses serments. « Que votre oui soit oui », dira Jésus, « que votre non soit non. »

Bon, voilà pour notre commentaire du premier chapitre de Ruth. Alors, maintenant que j'ai dit ça, psaume, psaume 58.

Psaume 58

Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu, de mes agresseurs, protège-moi. Délivre-moi des hommes criminels, des meurtriers, sauve-moi.

Voici qu'on me prépare une embuscade, des puissants se jettent sur moi. Je n'ai commis ni faute, ni péché, ni le mal, Seigneur, et pourtant, ils accourent et s'installent.

Réveille-toi, viens à moi, regarde. Seigneur, Dieu de l'univers, Dieu d'Israël, lève-toi et punis tous ces païens, sans pitié pour tous ces traîtres de malheur.

Le soir, ils reviennent, ils viennent comme des chiens, ils grondent, ils cernent la ville. Les voici, l'écume à la bouche, l'épée aux lèvres : « Qui donc entendrait ? »

Mais toi, Seigneur, tu t'en amuses, tu te ris de tous ces païens. Auprès de toi, ma forteresse, je veille. Oui, mon rempart, c'est Dieu, le Dieu de mon amour, viens à moi.

Avec lui, je défie mes adversaires. Ne les supprime pas, Seigneur, de peur que mon peuple n'oublie, que ta puissance les terrasse et les disperse, Seigneur, notre bouclier.

Ils pèchent dès qu'ils ouvrent la bouche. Qu'ils soient pris à leur orgueil, puisqu'ils mentent et qu'ils maudissent. Dans ta colère, détruis-les, détruis-les, qu'ils disparaissent. Alors on saura que Dieu règne en Jacob et sur l'étendue de la terre.

Le soir, ils reviennent comme des chiens, ils grondent, ils cernent la ville, ils vont en quête d'une proie affamée, hurlant dans la nuit.

Et moi, je chanterai ta force. Au matin, j'acclamerai ton amour. Tu as été pour moi un rempart, un refuge au temps de ma détresse. Je te fêterai, toi, ma forteresse. Oui, mon rempart, c'est Dieu, le Dieu de mon amour.


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