Jour 103 ☾ — Ruth et Boaz : une rencontre providentielle
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 2 du livre de Ruth : la jeune Moabite part glaner dans les champs et se trouve, « par bonheur », dans la parcelle de Booz, un proche parent d'Élimélek qui la protège, la nourrit et la bénit. Le commentaire souligne que tout le monde, dans ce récit, prend soin de tout le monde et fait l'admiration de tout le monde : c'est un conte de fées, mais un conte de fées possible, dont la clé est la charité concrète et la délicatesse vécues au quotidien. L'épisode se termine par les psaumes 59 et 60, une prière pour tous ceux qui cherchent l'âme sœur, et quelques vers de « Booz endormi » de Victor Hugo.
Introduction
Allez, on y va ! Ruth, chapitre 2.
Lecture : Ruth 2
Noémie avait un parent du côté de son mari, Élimélek. C'était un riche propriétaire du même clan. Il s'appelait Booz, c'est-à-dire « en lui la force ».
Ruth la Moabite dit à Noémie : « Laisse-moi aller glaner dans les champs derrière celui aux yeux de qui je trouverai grâce. » Elle lui répondit : « Va, ma fille. »
Ruth partit donc glaner dans les champs derrière les moissonneurs. Elle se trouva, par bonheur, dans la parcelle d'un champ appartenant à Booz, du clan d'Élimélek.
Et voici que Booz arriva de Bethléem. Il dit aux moissonneurs : « Le Seigneur soit avec vous. » Et celui-ci lui répondit : « Que le Seigneur te bénisse. »
Booz demanda à son serviteur, le chef des moissonneurs : « À qui appartient cette jeune femme ? » Celui-ci lui répondit : « Cette jeune femme est une Moabite. Elle est revenue avec Noémie des champs de Moab. Elle a dit : “Laissez-moi glaner et ramasser ce qui tombe des gerbes derrière les moissonneurs.” Depuis qu'elle est arrivée, elle est restée debout depuis ce matin jusqu'à maintenant. C'est à peine si elle s'est reposée. »
Booz dit à Ruth : « Tu m'entends bien, n'est-ce pas, ma fille ? Ne va pas glaner dans un autre champ. Ne t'éloigne pas de celui-ci, mais attache-toi aux pas de mes servantes. Regarde dans quels champs on moissonne et suis-les. N'ai-je pas interdit aux serviteurs de te molester ? Si tu as soif, va boire aux cruches ce que les serviteurs auront puisé. »
Alors Ruth se prosterna face contre terre et lui dit : « Pourquoi ai-je trouvé grâce à tes yeux ? Pourquoi t'intéresser à moi, moi qui suis une étrangère ? »
Booz lui répondit : « On m'a dit et répété tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari. Comment tu as quitté ton père, ta mère et le pays de ta parenté pour te rendre chez un peuple que tu n'avais jamais connu de ta vie. Que le Seigneur te rende en bien ce que tu as fait. Qu'elle soit complète la récompense dont il te comblera, le Seigneur, le Dieu d'Israël, sous les ailes de qui tu es venue t'abriter. »
Et Ruth lui dit : « Que je trouve toujours grâce à tes yeux, mon seigneur. Oui, tu m'as consolée. Oui, tu as parlé au cœur de ta servante, à moi qui ne suis même pas comme l'une de tes servantes. »
Au moment du repas, Booz lui dit : « Approche-toi, mange de ce pain, trempe ton morceau dans la vinaigrette. » Elle s'assit à côté des moissonneurs, et Booz lui passa des épis grillés. Elle mangea, fut rassasiée, et garda le reste.
Alors elle se leva pour aller glaner, et Booz donna cet ordre à ses serviteurs : « Qu'elle glane aussi entre les gerbes, ne la rabrouez pas, et même laissez tomber des épis des brassées. Abandonnez-les, elle les glanera, ne la tracassez pas. »
Elle glana dans le champ jusqu'au soir, puis elle égrena ce qu'elle avait glané. Elle avait recueilli une quarantaine de mesures d'orge. Elle l'emporta et revint en ville.
Elle montra à sa belle-mère ce qu'elle avait glané, ce qu'elle avait gardé après s'être rassasiée. Elle le sortit aussi pour le lui donner. Sa belle-mère lui dit : « Où donc as-tu glané aujourd'hui ? Où as-tu travaillé ? Béni soit celui qui s'est intéressé à toi ! »
Elle raconta alors à sa belle-mère chez qui elle avait travaillé, et lui dit : « L'homme chez qui j'ai travaillé aujourd'hui s'appelle Booz. » Noémie dit à sa belle-fille : « Il est béni du Seigneur, celui qui n'a pas oublié ses liens avec les vivants et les morts. » Et elle ajouta : « Cet homme est l'un de nos proches parents, l'un de ceux qui ont sur nous droit de rachat. »
Ruth la Moabite dit : « Il m'a même déclaré : “Tu t'attacheras aux pas de mes serviteurs jusqu'à ce qu'ils aient terminé toute ma moisson.” » Noémie dit alors à Ruth, sa belle-fille : « C'est bien, ma fille, que tu ailles avec ses servantes. Ainsi, tu ne seras pas maltraitée dans un autre champ. »
Elle s'attacha donc aux pas des servantes de Booz pour glaner jusqu'à la fin de la moisson de l'orge et de la moisson du blé. Et elle habitait avec sa belle-mère.
Commentaire
Au début, vous aviez ce serviteur de Booz qui allait le voir pour lui dire : « Est-ce qu'on va laisser une étrangère glaner nos épis de blé ? » Et à la fin, ce même serviteur s'écrie :
Depuis qu'elle est arrivée, elle est restée debout depuis ce matin jusqu'à maintenant. C'est à peine si elle s'est reposée.
Ruth fait l'admiration de tout le monde. Booz fait l'admiration de Ruth. Ruth fait l'admiration de sa belle-mère. Tout le monde fait l'admiration de tout le monde et tout le monde prend soin de tout le monde. Et on est en plein conte de fées. Moi, j'adore ça. C'est extrêmement beau. C'est extrêmement touchant. Et en même temps, ça vous montre ce que nous pourrions vivre ensemble.
Si vous voulez que votre vie soit un conte de fées, si vous voulez qu'à la maison, il y ait cette même atmosphère que l'on puisse respirer, eh bien, la lecture du livre du jour vous en donne la clé. La tendresse, la délicatesse, l'admiration, la générosité, le travail, le soin des autres. Enfin bref, ce qu'on pourrait appeler la charité concrète, la charité vécue. Prendre soin les uns des autres et, entre guillemets, obliger les autres à faire votre admiration. C'est quand même extraordinaire.
Alors, vous allez me dire, ce livre est quand même romancé. Moi, concrètement, à la maison, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Mes enfants sont pénibles. Mon mari ne s'occupe pas de moi. Ma femme n'est jamais là. Enfin bon, bref, tout ce que vous pouvez imaginer.
Mais ne soyez pas dupes. Très certainement que Noémie aussi avait son petit caractère. Ce n'est pas pour rien qu'on l'a surnommée la femme amère. Très probablement aussi, Ruth avait ses bons côtés et ses mauvais côtés. Et très probablement aussi que Booz était à la fois un grand serviteur, un grand chef, et qu'en même temps, il avait, comme nous tous, son mauvais caractère. Simplement, on n'en parle pas. Et après tout, pourquoi en parler ? Enfin, on en parle déjà suffisamment dans la vie de tous les jours, et peut-être de temps en temps, au nom de la miséricorde et de la charité, on pourrait mettre un voile pudique là-dessus, pour se rappeler une chose, c'est que si vous voulez vivre un conte de fées, en fait, c'est possible.
Enfin, vraiment, ce n'est pas un hasard si ce texte est arrivé dans la Bible. Ça, c'est ce que vous pourriez vivre. C'est ce que des gens ont vécu. Et si jamais ils l'ont vécu, pourquoi pas vous ? Cette même atmosphère de poésie, cette même atmosphère de tendresse, des étrangers qui ne se connaissent pas et que normalement tout sépare, une Moabite que normalement on est censé mépriser, Booz, qui en tant que patron n'est pas censé s'occuper de ces jeunes femmes qui viennent lui piquer sa matière première. Et pourtant, au-dessus de tout ça, il y a le commandement de Dieu. Et c'est ce commandement de Dieu qui irradie de tendresse, de charité, et qui fait de votre vie les prémices de la vie éternelle. Donc, entrez dedans. Ah, mon Dieu, la vie est belle !
Bon, comme on a un peu de temps, je vous propose, avant notre prière finale, d'interpeller non pas un, mais deux psaumes. Comme ça, moi, je vais essayer de refaire un peu mon retard.
Psaume 59
Dieu, tu nous as rejetés, brisés ; tu étais en colère : reviens-nous. Tu as secoué le pays, tu l'as disloqué. Répare ces brèches, il s'effondre !
Tu mets à dure épreuve ton peuple, tu nous fais boire un vin de vertige. Tu as donné un étendard à tes fidèles, est-ce pour qu'ils fuient devant l'arc ?
Que tes bien-aimés soient libérés, sauve-les par ta droite ; réveille-les et réponds-nous.
Dans le sanctuaire, Dieu a parlé : « Je triomphe ! Je partage Sichem, je divise la vallée de Souccoth. À moi Galaad, à moi Manassé ! Éphraïm est le casque de ma tête, Juda, mon bâton de commandement. Moab est le bassin où je me lave ; sur Édom, je pose le talon. Crieras-tu victoire sur moi, Philistie ? »
Qui me conduira dans la ville forte ? Qui me mènera jusqu'en Édom, sinon toi, Dieu, qui nous rejettes et ne sors plus avec nos armées ?
Porte-nous secours dans l'épreuve : néant, le salut qui vient des hommes ! Avec Dieu, nous ferons des prouesses, et lui piétinera nos oppresseurs.
Psaume 60
Dieu, entends ma plainte, exauce ma prière. Des terres lointaines, je t'appelle quand le cœur me manque.
Jusqu'au rocher trop loin de moi, tu me conduiras, car tu es pour moi un refuge, un bastion face à l'ennemi.
Je veux être chez toi pour toujours, me réfugier à l'abri de tes ailes. Oui, mon Dieu, tu exauces mon vœu, tu fais largesse à ceux qui te craignent.
Accorde au roi des jours et des jours : que ces années deviennent des siècles ! Qu'il trône à jamais devant la face de Dieu : assigne à sa garde amour et vérité.
Alors, je chanterai sans cesse ton nom, j'accomplirai mon vœu jour après jour.
Prière
Je vous propose de prier, en guise de conclusion finale, pour tous ceux qui cherchent l'âme sœur. Ah, Ruth est une comédie sentimentale après tout.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Seigneur tout-puissant, nous te confions tous ceux et toutes celles qui cherchent l'âme sœur. Comme Ruth dans les champs, qu'ils avancent avec foi et espérance, cherchant et trouvant la personne avec qui partager un amour vrai et durable. Nous te demandons, Seigneur, de les guider vers des cœurs bienveillants, vers des cœurs intègres et remplis d'amour, comme Booz, qui a su accueillir Ruth avec bonté et respect. Seigneur, protège leurs cœurs des désillusions et des chemins trompeurs, et remplis leur vie de ta paix, même dans les moments d'incertitude. Nous te remercions pour ton amour infini et pour les bénédictions que tu as prévues pour chacun d'eux.
Et vous, que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Et puis, avant de se quitter, je suis retombé sur un poème de Victor Hugo, le poème « Booz endormi ». Je me suis dit que j'allais vous lire quelques extraits pour terminer le livre de Ruth. Victor Hugo, en parlant de Booz :
Booz était bon maître et fidèle parent ; Il était généreux, quoiqu'il fût économe ; Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme, Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard, qui revient vers la source première, Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ; Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière.
Ah ! Oh là là, la vie est belle.
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