Jour 104 ☼ — Ruth et Boaz : une nuit, une destinée
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 3 du livre de Ruth : sur le conseil de Noémie, Ruth descend de nuit sur l'aire et vient se coucher aux pieds de Booz, qui accepte d'exercer son droit de rachat. Le commentaire s'émerveille de la délicatesse du texte, où le réveil de Booz fait écho à celui d'Adam découvrant Ève, et où la dignité de Ruth — femme, étrangère, pauvre — est exaltée sans jamais verser dans la caricature, alors même que le contexte est patriarcal. L'épisode se termine par deux psaumes pour rattraper le retard, puis par quelques strophes de « Booz endormi » de Victor Hugo.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Nous nous en étions arrêtés à Ruth, qui était partie glaner du blé dans le champ de Booz. Que va-t-il se passer ? Vite, vite, vite, vite, vite. Ruth, chapitre 3.
Lecture : Ruth 3
Noémie, sa belle-mère, dit à Ruth : « Ma fille, ne devrais-je pas chercher à t'établir pour que tu sois heureuse ? Et maintenant, Booz n'est-il pas notre parent, lui dont tu as suivi les servantes ? Voici que cette nuit il vanne lui-même l'orge sur l'aire. Va te baigner, te parfumer, et mets ton manteau. Tu descendras sur l'aire. Ne te fais pas reconnaître de l'homme avant qu'il ait fini de manger et de boire. Quand il sera couché, tu sauras où il couche. Alors va, découvre-lui les pieds, et là tu te coucheras. Lui t'indiquera ce que tu devras faire. »
Et Ruth lui répondit : « Tout ce que tu me dis, je le ferai. »
Elle descendit sur l'aire et fit tout ce que sa belle-mère lui avait ordonné. Booz mangea et but, puis, le cœur content, il alla se coucher contre la meule. Alors Ruth s'approcha discrètement, découvrit les pieds de Booz et se coucha.
Or, au milieu de la nuit, l'homme frissonna. Il se tourna pour voir, et voici qu'une femme était couchée à ses pieds. Il demanda : « Qui es-tu ? » Elle répondit : « C'est moi, Ruth, ta servante. Étends sur ta servante le pan de ton manteau, car c'est toi qui as droit de rachat. »
Alors il dit : « Sois bénie du Seigneur, ma fille ! Ce geste d'attachement est plus beau que le premier : tu n'as pas recherché les jeunes gens, pauvres ou riches. Et maintenant, ma fille, n'aie pas peur. Tout ce que tu diras, je le ferai pour toi, car tout le monde ici sait que tu es une femme parfaite. C'est vrai que j'ai droit de rachat, mais il existe un plus proche parent que moi qui a droit de rachat. Passe donc la nuit ici, et demain matin, s'il veut te racheter, eh bien, qu'il te rachète. Mais s'il ne le veut pas, c'est moi qui te rachèterai, aussi vrai que le Seigneur est vivant. Reste couchée jusqu'au matin. »
Elle resta donc couchée à ses pieds jusqu'au matin, mais elle se leva avant qu'on puisse reconnaître qui que ce soit. Car Booz se disait : « Il ne faut pas qu'on apprenne que cette femme est venue sur l'aire. »
Il lui dit alors : « Présente le châle que tu portes et tiens-le bien. » Elle le tint donc. Il mesura six mesures d'orge et l'aida à s'en charger. Puis il rentra en ville.
Ruth revint chez sa belle-mère, qui lui demanda : « Que t'est-il arrivé, ma fille ? » Alors Ruth lui raconta tout ce que l'homme avait fait pour elle. Et elle ajouta : « Il m'a donné ces six mesures d'orge en me disant : "Ne rentre pas chez ta belle-mère les mains vides." »
Noémie lui dit : « Reste ici, ma fille, jusqu'à ce que tu saches comment l'affaire aboutira. Car cet homme n'aura de cesse qu'il n'ait conclu cette affaire aujourd'hui même. »
Commentaire
Mon Dieu, qu'est-ce que c'est beau ! Vous avez en direct, dans ce texte, un homme qui tombe amoureux d'une femme. Booz, qui a le coup de foudre sur Ruth. Et c'est dit de manière extrêmement belle et extrêmement délicate. Écoutez, ça mérite d'être dit et d'être redit :
Or, au milieu de la nuit, l'homme frissonna. Il se tourna pour voir, et voici qu'une femme était couchée à ses pieds.
Et alors là, en plus, ça vous ramène à la création d'Adam et Ève. Adam tombe dans un sommeil mystérieux, Dieu prend une de ses côtes. Alors ici, vous avez Booz qui se tourne pour voir. Adam se réveille, il voit une femme, il l'appelle Ève. Booz se réveille, il voit une femme qui est couchée à ses pieds. Au milieu de la nuit. Je vous rappelle qu'on dit « au milieu de la nuit » parce que la création de la femme pour l'homme est comme un mystère. Il y a là quelque chose de très beau, qui vous rappelle qu'à travers toute histoire d'amour — celle que vous avez peut-être eue le jour où vous avez eu le coup de foudre pour votre mari ou pour votre femme — il y a un lointain écho de la création de l'homme et de la femme. C'est quand même extraordinaire. « Voici qu'une femme était couchée à ses pieds. »
Alors, ma note de la Bible dit : le comportement de Ruth nous fait découvrir une coutume ancienne ; le contact avec les pieds était un signe de la condition de service. Il est aussi un signe de l'amour où le corps se livre. Ce contact prépare la demande en mariage. La femme est présentée comme la compagne de l'homme, l'aide dont il a besoin, l'aide complémentaire ; de la même manière que l'homme est présenté ici comme celui qui protège, celui qui va donner sa vie pour sauver quelqu'un. Alors ici, donner sa vie, ça va être de manière peut-être plus prosaïque, mais c'est quand même bien de se rappeler que la vie, c'est ça aussi : donner de son bien, donner de son argent pour racheter un champ, et en rachetant le champ, racheter Noémie.
Alors, ce que je vous dis là, vous sentez bien qu'il ne faut pas grand-chose pour que ce soit interprété de manière sexiste. C'est toute la difficulté de parler et de l'homme et de la femme : on sent bien qu'il y a de la poésie, on sent bien qu'il y a une manière d'être un homme qui est différente de la manière d'être une femme. Simplement, tout ceci est vécu plutôt sous le signe de la beauté et de la poésie. Et dès qu'on essaie de mettre des mots dessus, les mots deviennent maladroits et versent très facilement du côté de la caricature.
Je ne sais pas comment le texte fait, mais le texte de Ruth, lui, arrive à dépasser tout cela. Ici, ce qu'il y a de très beau, c'est que tout ce livre, ce livre de Ruth, exalte la dignité de Ruth, qui est à la fois femme, à la fois étrangère, et qui est proposée comme un modèle. Et comme tout le monde fait œuvre d'humilité, il n'y a aucune caricature, ni dans un sens, ni dans l'autre. Il reste simplement la beauté de ce que c'est qu'être un homme et de ce que c'est qu'être une femme.
Et ceci, alors même que, de manière ouverte, le contexte est un contexte patriarcal. Vous êtes là dans une société où les hommes dominent la femme, où la femme reste une mineure — et en plus, une étrangère. Donc il y aurait tellement moyen de flatter ce côté patriarcal. Mais non, il n'y a rien. Il n'y a rien. Il y a juste ce sommeil mystérieux de Booz, qui voit une femme à côté de lui, qui tombe amoureux et qui se dit : pour elle, je donnerai tout mon bien pour la sortir, elle, de la misère et lui permettre d'accomplir le rêve de sa vie — susciter une descendance à son premier mari. Même pas pour lui : pour son premier mari. Quand vous vous oubliez, que vous arrivez à voir la beauté et la vertu de la personne qui est en face de vous et que vous vous donnez pour ça, alors les choses deviennent belles, poétiques, telles que Dieu les avait voulues.
Petit interlude poétique : deux psaumes, pour rattraper notre retard. Et puis après, on a un petit peu de temps, on va continuer Victor Hugo.
Psaume 61
Je n'ai de repos qu'en Dieu seul, mon salut vient de lui. Lui seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle : je suis inébranlable.
Combien de temps tomberez-vous sur un homme pour l'abattre, vous tous, comme un mur qui penche, une clôture qui croule ? Détruire mon honneur est leur seule pensée : ils se plaisent à mentir. Des lèvres, ils bénissent ; au fond d'eux-mêmes, ils maudissent.
Je n'ai mon repos qu'en Dieu seul, oui, mon espoir vient de lui. Lui seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle : je reste inébranlable.
Mon salut et ma gloire se trouvent près de Dieu, chez Dieu, mon refuge, mon rocher imprenable. Comptez sur lui en tout temps, vous, le peuple : devant lui, épanchez votre cœur, Dieu est pour nous un refuge.
L'homme n'est qu'un souffle, les fils des hommes, un mensonge : sur un plateau de balance, tous ensemble, ils seraient moins qu'un souffle.
N'allez pas compter sur la fraude et n'aspirez pas au profit ; si vous amassez des richesses, n'y mettez pas votre cœur.
Dieu a dit une chose, deux choses que j'ai entendues : ceci, que la force est à Dieu ; à toi, Seigneur, la grâce ! Et ceci : tu rends à chaque homme selon ce qu'il fait.
Psaume 62
Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche. Mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.
Je t'ai contemplé au sanctuaire, j'ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres.
Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.
Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l'ombre de tes ailes. Mon âme s'attache à toi, ta main droite me soutient.
Mais ceux qui pourchassent mon âme, qu'ils descendent aux profondeurs de la terre, qu'on les passe au fil de l'épée, qu'ils deviennent la pâture des loups !
Et le roi se réjouira de son Dieu. Qui jure par lui en sera glorifié, tandis que l'homme de mensonge aura la bouche close.
Prière
Oh, je ne résisterai pas, je ne résisterai pas : encore une ou deux strophes de Victor Hugo à propos de l'histoire de Booz.
Comme dormait Jacob, comme dormait Judith, Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ; Or, la porte du ciel s'étant entrebâillée Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.
Et ce songe était tel que Booz vit un chêne Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ; Une race y montait comme une longue chaîne ; Un roi chantait en bas — David — en haut mourait un dieu — Jésus.
Plus loin :
Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase, Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ; Le cèdre ne sent pas une rose à sa base, Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.
Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une Moabite, S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu, Espérant on ne sait quel rayon inconnu, Quand viendrait du réveil la lumière subite.
Booz ne savait point qu'une femme était là, Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle. Un parfum frais sortait des touffes d'asphodèle ; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ; Les anges y volaient sans doute obscurément, Car on voyait passer dans la nuit, par moments, Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.
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