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Jour 104 ☾ — Ruth et Boaz : l'amour qui rachète tout

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le dernier chapitre du livre de Ruth : à la porte de la ville, Booz obtient du plus proche parent qu'il renonce à son droit de rachat, prend Ruth pour épouse et donne une postérité à la maison d'Élimélek, jusqu'à la naissance d'Obed, grand-père de David. Le commentaire explique la figure du goël, le rédempteur qui rachète la terre, libère l'endetté, venge le sang et épouse la veuve, puis déploie les trois niveaux de lecture du livre : individuel, social et divin. Il montre que le vrai premier roi d'Israël est Booz et la première reine une étrangère, Ruth, et que la royauté naît d'une histoire d'amour et d'une famille. L'épisode s'achève par un psaume, une prière pour ceux qui se préparent au mariage et quelques strophes de « Booz endormi » de Victor Hugo.

Introduction

On commence avec une mauvaise nouvelle, les enfants : c'est le dernier chapitre du livre de Ruth. On aurait aimé que ça continue plus longtemps. Écoutez, ce qu'il manque à ce livre, vous-mêmes vous l'écrirez avec la personne que vous aurez choisi d'aimer. D'accord ? Vous ferez ça pour moi.

Lecture : Ruth 4

Booz était monté à la porte de la ville et il s'y était assis. Et voici que vint à passer celui dont Booz avait parlé, celui qui avait droit de rachat. Booz l'appela : « Hé, toi, arrête-toi un peu, viens t'asseoir ici. » Il s'arrêta et il s'assit.

Booz prit alors dix hommes parmi les anciens d'Israël et leur dit : « Venez vous asseoir ici pour siéger. » Et ils s'assirent.

Puis il s'adressa à celui qui avait droit de rachat : « La parcelle du champ qui appartenait à notre frère Élimélek, Noémi, qui vient de revenir des champs de Moab, la met en vente. Et moi, je me suis dit que j'allais t'en informer en disant : veux-tu, devant ceux qui siègent ici, devant les anciens du peuple, veux-tu acquérir ce champ ? Si tu veux exercer ton droit de rachat, fais-le. Mais si tu ne veux pas l'exercer, déclare-le-moi pour que je le sache. En effet, personne sauf toi ne peut exercer ton droit de rachat. »

Alors l'autre dit : « Moi, je veux l'exercer. »

Booz reprit : « Le jour où, de la main de Noémi, tu prends possession du champ, tu prends également possession de Ruth la Moabite, la femme de celui qui est mort, afin que le nom du mort reste attaché à son héritage. »

Alors celui qui avait droit de rachat dit : « Je ne pourrais pas exercer mon droit de rachat. »

Or jadis, en Israël, pour le rachat ou pour l'échange, afin de conclure toute affaire, l'un enlevait sa sandale et la donnait à l'autre. En Israël, cela servait de témoignage.

Celui qui avait droit de rachat dit alors à Booz : « À toi de te porter acquéreur. » Et il enleva sa sandale.

Booz dit aux anciens et à tout le peuple : « Aujourd'hui, vous en êtes témoins. De la main de Noémi, j'ai pris possession de tout ce qui appartenait à Élimélek ainsi qu'à Kilyone et Mahlôn. J'ai également pris pour femme Ruth la Moabite, la femme de Mahlôn, afin que le nom du mort reste attaché à son héritage et ne soit pas effacé parmi ses frères ni à la porte de sa ville. Vous en êtes témoins aujourd'hui. »

Tout le peuple qui se trouvait à la porte de la ville ainsi que les anciens répondirent : « Nous en sommes témoins. Que le Seigneur rende la femme qui entre dans ta maison comme Rachel et comme Léa, qui à elles deux ont bâti la maison d'Israël. Fais fortune en Éphrata, fais-toi un nom à Bethléem. Puisse la descendance que le Seigneur te donnera par cette jeune femme rendre ta maison comme la maison de Pérès que Tamar enfanta à Juda. »

Booz prit donc Ruth comme épouse. Elle devint sa femme. Le Seigneur lui accorda de concevoir et elle enfanta un enfant.

Les femmes de Bethléem dirent à Noémi : « Béni soit le Seigneur qui aujourd'hui ne t'a pas laissée sans quelqu'un pour te racheter, que son nom soit célébré en Israël. Cet enfant te fera revivre. Il sera l'appui de ta vieillesse. Il est né de ta belle-fille qui t'aime et qui vaut mieux pour toi que sept fils. »

Noémi prit l'enfant, le mit sur son sein et se chargea de l'élever. Les voisines lui donnèrent son nom. Elles disaient : « Il est né un fils à Noémi. » Et elles le nommèrent Obed, c'est-à-dire Serviteur. Ce fut le père de Jessé, qui fut le père de David.

Et voici la descendance de Pérès. Pérès engendra Hèsron. Hèsron engendra Ram. Ram engendra Amminadab. Amminadab engendra Nahshôn. Nahshôn engendra Salmone. Salmone engendra Booz. Booz engendra Obed. Obed engendra Jessé. Et Jessé engendra David.

Commentaire

Je m'aperçois que je n'en ai pas encore parlé, je répare cet oubli : ce qu'on appelle le goël. Goël, de la racine hébraïque gaal, qui signifie « racheter, délivrer », et qui vous a donné le mot « rédempteur », comme dans « rédemption », que tout le monde connaît, qui est un mot de Scrabble, mais que personne ne comprend. Rédempteur, ça veut dire celui qui rachète, celui qui couvre les dettes, celui qui va payer de sa personne, qui va mettre la main à la pâte et qui va sortir le carnet de chèques pour vous aider quand vous êtes dans la misère. Ici, c'est Booz.

Mais le goël, on peut le retrouver pour plusieurs choses. D'abord, racheter une propriété familiale. S'il y a quelqu'un de votre famille qui devient pauvre et qui doit vendre une terre, qui doit vendre sa maison, qui doit vendre une entreprise, la Bible vous dit que vous, proche parent, vous devez être goël, c'est-à-dire que vous avez le devoir de racheter cette propriété pour qu'elle reste dans la famille. Lévitique, chapitre 25.

Vous pouvez aussi avoir le goël, cette fois-ci, pour libérer quelqu'un qui s'est endetté. Si vous avez quelqu'un de votre famille qui s'est vendu comme esclave pour rembourser ses dettes, le goël, le rédempteur, celui qui rachète, doit intervenir. Lévitique, toujours chapitre 25.

Le goël, rédempteur, c'est aussi celui qui doit venger le sang. En cas de meurtre, le rédempteur, c'est celui qui devient l'exécuteur de la justice, qui doit poursuivre le meurtrier pour rétablir l'honneur familial. Cette fois-ci, vous en êtes dans le livre des Nombres.

Puis vous avez enfin le mariage lévirat. Quand un homme meurt sans laisser d'héritier, le goël, encore lui, le racheteur, doit se marier avec la veuve pour lui donner une descendance.

Donc en fait, le goël, c'est quelqu'un qui, dans la société hébraïque, occupe un rôle très précis. C'est votre protecteur dans la famille. On appellerait peut-être ça le côté parrain. Mais parrain — alors évidemment, on pense au film de mafia — parrain ici au sens biblique, c'est-à-dire celui qui va s'efforcer de veiller sur la famille. Et dans ce contexte-là, ici, c'est Booz, qui rachète par le mariage, qui rachète le champ. Donc Booz, c'est celui qui accomplit la loi. Et vous pouvez voir, en contrepartie, comment est-ce que la loi prend soin des familles.

Ça, ça vous donne les trois niveaux de lecture du livre de Ruth. Le premier niveau, qu'on a pas mal développé, c'est le niveau individuel : l'histoire d'amour et la vertu de chacune des personnes, la fidélité de Ruth et le désintéressement de Booz. Premier niveau.

Et puis, au-dessus du niveau personnel, vous avez le niveau communautaire, social. Et ça, c'est le rôle de goël, accompli à la perfection par Booz.

Et puis vous avez encore un troisième niveau, qui est le niveau divin, la providence. Ici, Dieu est étonnamment absent. Alors généralement, quand Dieu est absent du récit, ce n'est jamais bon signe. Sauf qu'ici, tout se passe tellement bien qu'on ne voit pas où est-ce que Dieu devrait intervenir. C'est le silence de Dieu, mais parce que Dieu ici a juste à contempler les choses se faire. C'est quand même extraordinaire.

Et ceci nous permet de boucler la boucle avec et le livre des Juges, et le début du livre de Ruth. Souvenez-vous, au début du livre de Ruth, on a dit : Élimélek est mort — « mon Dieu est roi » est mort. Et dans le livre des Juges, on s'intéressait à la jeunesse du pouvoir qu'on avait mis dans des hommes fiers-à-bras, dans des gens qui exerçaient la violence. Ruth reprend à nouveau entièrement cette question et la place dans un autre contexte, celui de la famille.

En fait, si vous voulez, le premier roi d'Israël, malgré les apparences, ce n'est pas David, c'est Booz. Et la première reine d'Israël, c'est une étrangère, c'est Ruth. Ils n'ont pas le titre, ils n'ont pas la couronne ; n'empêche que là, de manière propre, claire et nette, qui prend soin du peuple ? Qui prend soin de la famille ? Qui a le souci de la loi ? Et qui Dieu vient-il bénir, sinon Booz et Ruth ? Et c'est pour récompenser Booz et Ruth que c'est de leur famille que naîtra David. David, ce n'est pas la génération spontanée, il n'est pas venu de nulle part. Il est le digne rejeton de Booz et de Ruth, et il gardera dans sa vie la mémoire de ses grands-parents.

La grande histoire de la royauté qui naît à travers une histoire d'amour. Il n'est pas question ici de pouvoir, de conquête. Il est question d'assurer à un homme une postérité. Il est question pour Ruth de prendre soin de sa belle-mère. Il est question pour Booz de veiller sur l'héritage familial et la misère de ses proches parents. Il y a quelque chose de très beau.

Et vous sentez bien que, à travers la manière dont Ruth est bénie — sois semblable à Rachel, sois semblable à Léa, sois semblable à Sarah — on a l'impression qu'on retrouve enfin la glorieuse origine du peuple d'Israël, qui réside non pas dans un territoire à conquérir, ni même dans la multitude innombrable des fils de la promesse, mais qui réside dans des familles. Quand on fonde une famille, on fonde un royaume. C'est pour vous que ce texte a été écrit. Ne l'oubliez jamais.

Psaume 64

Il est beau de te louer, Dieu, dans Sion, de tenir ses promesses envers toi qui écoutes la prière.

Jusqu'à toi vient toute chair avec son poids de péché. Nos fautes ont dominé sur nous : toi, tu les pardonnes.

Heureux ton invité, ton élu : il habite ta demeure. Les biens de ta maison nous rassasient, les dons sacrés de ton temple.

Ta justice nous répond par des prodiges, Dieu notre sauveur, espoir des horizons de la terre et des rives lointaines.

Sa force enracine les montagnes, il s'entoure de puissance. Il apaise le vacarme des mers, le vacarme de leurs flots et la rumeur des peuples.

Les habitants des bouts du monde sont pris d'effroi à la vue de tes signes. Aux portes du levant et du couchant, tu fais jaillir des cris de joie.

Tu visites la terre et tu l'abreuves, tu la combles de richesse. Les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau, tu prépares les moissons.

Ainsi tu prépares la terre : tu arroses les sillons, tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies, tu bénis les semailles.

Tu couronnes une année de bienfaits, sur ton passage ruisselle l'abondance. Au désert, les pâturages ruissellent, les collines débordent d'allégresse.

Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante.

Prière

Je vous propose maintenant de prier pour tous ceux qui se préparent au mariage. Après tout, c'est bien de cela dont il est question dans Ruth. Nous confions leur vie à Dieu.

Seigneur tout-puissant, toi qui es la source de tout amour et de tout élan du cœur, nous te confions aujourd'hui tous ceux qui se préparent au mariage.

Guide leur cœur et leur esprit, pour qu'ils comprennent ta volonté et qu'ils puissent discerner avec sagesse ce qu'il convient pour eux et pour leur vie, et pour leur futur conjoint, dans cette étape importante de leur vie.

Comme Ruth et Booz, donne-leur de s'aimer avec fidélité, avec humilité et avec respect. Donne-leur la grâce de reconnaître si leur chemin est bien celui que tu as tracé pour eux.

Protège-les des doutes et des influences contraires. Fortifie leur foi et fais grandir en eux un amour désintéressé qui reflète ton amour pour nous.

Bénis leur projet et leur engagement futur. Fais d'eux des témoins de ton amour dans le monde. Rends-les heureux.

Et vous tous, que Dieu qui est tout-puissant vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Booz endormi — Victor Hugo

Et ce songe était tel que Booz vit un chêne Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ; Une race y montait comme une longue chaîne ; Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ; Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ; Une immense bonté tombait du firmament ; C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ; Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'œil à moitié sous ses voiles, Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été, Avait, en s'en allant, négligemment jeté Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.


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