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Jour 113 ☼ — Saül traque David… mais tout bascule !

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Résumé : Dans ce chapitre 19 du premier livre de Samuel, la haine de Saül contre David devient un projet de meurtre assumé : Jonathan plaide pour son ami, Michal fait descendre son mari par la fenêtre et déguise une idole domestique dans le lit, et David se réfugie chez Samuel à Ramah. Le frère Paul-Adrien admire l'art du rédacteur, capable de nouer quatre intrigues simultanées — amitié, politique, amour, vassalité — autant de projecteurs braqués sur la grandeur de David. Il analyse surtout l'effondrement psychologique de Saül, miné par la jalousie, la peur et un rapport magique et superstitieux à Dieu, jusqu'à cette scène finale où le roi, nu et en transe, s'écroule devant les prophètes.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Nous continuons notre histoire de drame, de complot, de guerre, de jalousie et d'amitié dans le premier livre de Samuel, chapitre 19. Je vous avais parlé du lien qui unissait Jonathan et David : nous allons commencer par là, avant de parler des amours de David.

Lecture : 1 Samuel 19

Saül dit à son fils Jonathan et à tous ses serviteurs son intention de faire mourir David. Mais Jonathan, le fils de Saül, aimait beaucoup David et il alla le prévenir : « Mon père Saül cherche à te faire mourir. Demain matin, sois sur tes gardes et mets-toi à l'abri, dissimule-toi. Moi, je sortirai et je me tiendrai à côté de mon père dans le champ où tu seras. Je parlerai de toi à mon père. Je verrai ce qu'il en est et je te le ferai savoir. »

Jonathan fit à son père l'éloge de David. Il dit : « Que le roi ne commette pas de faute contre son serviteur David, car lui n'a commis aucune faute envers toi. Au contraire, ses exploits sont une très bonne chose pour toi. Il a risqué sa vie, il a frappé à mort Goliath le Philistin, et le Seigneur a donné une grande victoire à tout Israël. Tu l'as vu et tu en as été heureux. Pourquoi donc commettre une faute contre la vie d'un innocent en faisant mourir David sans motif ? »

Saül écouta Jonathan et il fit ce serment : « Par le Seigneur vivant, il ne sera pas mis à mort. » Alors Jonathan appela David et lui répéta tout ce que le roi avait dit. Puis il le conduisit à Saül, et David reprit sa place comme avant.

La guerre avait repris. David partit combattre les Philistins. Il leur porta un coup très dur et ils s'enfuirent devant lui.

Un mauvais esprit envoyé par le Seigneur vint sur Saül. Alors qu'il était assis dans sa maison, il tenait sa lance à la main et David jouait de son instrument. Saül chercha à clouer David au mur avec sa lance. Mais David esquiva le coup de Saül, qui ficha sa lance dans le mur. David prit la fuite et fut sauvé cette nuit-là.

Saül envoya des émissaires à la maison de David pour le surveiller et le mettre à mort au matin. Mais Michal, la femme de David, l'avertit : « Si tu ne te sauves pas cette nuit, demain tu seras mis à mort. » Et Michal fit descendre David par la fenêtre. Il partit, prit la fuite et fut sauvé.

Michal saisit l'idole domestique, la plaça sur le lit. Elle mit à l'endroit de la tête une touffe de poils de chèvre et recouvrit le reste d'un manteau. Saül envoya des émissaires pour se saisir de David. Mais elle dit : « Il est malade ! » Alors Saül renvoya les émissaires voir David, en leur disant : « Apportez-le-moi dans son lit pour qu'il soit mis à mort. » Mais quand les émissaires furent entrés, il n'y avait sur le lit que l'idole, avec une touffe de poils de chèvre à l'endroit de la tête.

Saül dit à Michal : « Pourquoi m'as-tu ainsi trompé ? Tu as laissé partir mon ennemi et il s'est sauvé. » Michal répondit à Saül : « C'est lui qui m'a dit : "Laisse-moi partir. Pourquoi faudrait-il que je sois la cause de ta mort ?" »

David prit donc la fuite et fut sauvé. Il arriva chez Samuel à Ramah et lui rapporta tout ce que Saül lui avait fait subir. Puis ils allèrent, lui et Samuel, habiter à Nayoth.

On rapporta à Saül : « Voici que David est à Nayoth de Ramah. » Saül envoya des émissaires pour se saisir de David. Ils virent le groupe des prophètes en état de transe prophétique, avec Samuel debout à leur tête. Un esprit de Dieu vint sur les émissaires de Saül et ils entrèrent en transe eux aussi. On le rapporta à Saül, qui envoya d'autres émissaires : ils entrèrent en transe eux aussi. Une troisième fois, Saül envoya des émissaires, qui entrèrent en transe à leur tour.

Alors il se rendit lui-même à Ramah et parvint à la grande citerne qui est à Sékou. Il demanda : « Où se trouvent Samuel et David ? » On lui répondit : « À Nayoth de Ramah. » Comme il se rendait là-bas, à Nayoth de Ramah, sur lui aussi vint un esprit de Dieu. Saisi de transe prophétique, il continua à marcher jusqu'à ce qu'il parvienne à Nayoth de Ramah. Lui aussi, il retira ses vêtements. Lui aussi fut en transe devant Samuel. Puis il s'écroula, nu, restant ainsi toute la journée et toute la nuit. Et voilà pourquoi l'on dit : « Saül est-il aussi parmi les prophètes ? »

Commentaire

Ce n'est pas la première fois que vous avez une tentative de meurtre contre David, mais celle-ci a un caractère de non-retour. La première fois, Saül avait pris sa lance pour clouer David contre le mur, mais on a le sentiment qu'il avait presque réussi à déguiser ça en accident, lui qui est pris par les esprits impurs. D'ailleurs, la preuve, c'est que David, manifestement, ne s'était pas inquiété outre mesure : il était resté dans la maison. Ensuite, vous avez une tentative plus sournoise de tuer David, en manigançant cette histoire de dot : une centaine de Philistins à tuer pour pouvoir épouser sa fille. David ne pouvait pas refuser cette offre-là. Et maintenant, troisième tentative, mais cette fois-ci qui ressemble à un plan mûrement échafaudé, conscient, choisi, assumé. Et c'est cela qu'il explique devant Jonathan. Oui, un point de non-retour a été franchi.

Admirez quand même le travail du rédacteur, qui arrive à nouer ensemble quatre intrigues en même temps. Enfin, je veux dire, ce n'est pas dit que dans nos séries modernes on arrive avec autant de brio à rendre compte d'une situation humaine aussi complexe. Il y a d'abord une relation d'amitié avec Jonathan, qui est si rudement mise à l'épreuve. On voit ensuite David au cœur d'une autre relation, une relation politique avec Saül, marquée du côté de Saül par de la jalousie, et du côté de David par une forme de service et de respect.

Et troisième relation : David au cœur d'une relation amoureuse avec Michal. Et là, moi, Michal, elle me fait un peu de la peine, parce que généralement elle a mauvaise presse, à cause d'un épisode qu'on entendra plus tard dans le deuxième livre de Samuel, avec l'Arche d'Alliance. Mais en attendant, ici, vous la voyez quand même prête à payer de sa personne pour sauver le mari qu'elle aime. Michal, c'est la seule femme dans la Bible dont on dit qu'elle aime son mari. C'est la seule. Et on ne peut pas dire que David lui exprime beaucoup d'affection. Au contraire, quand il parle d'elle, c'est surtout pour voir en elle la fille du roi qu'il va enfin épouser. Je suis un peu vache, mais vous regarderez bien le texte.

Et puis ensuite, vous voyez une quatrième relation, cette fois-ci de vassalité, entre David et Samuel : il va voir le vieux prophète pour obtenir de lui de l'aide. Quatre relations différentes. Et vous notez quand même ce que ça veut dire de l'intrigue, de la difficulté d'écriture, mais qui fonctionne comme une sorte de projecteur. C'est autant de projecteurs qu'on met sur la figure de David pour montrer sa beauté, sa grandeur et son excellence, parce qu'on vous a montré que Jonathan aimait David, que Michal aimait David, que Samuel se mettait au service de David, et que même Saül, qui déteste David — d'une certaine manière, c'est déjà une louange implicite faite à David.

Saül, d'ailleurs, arrêtons-nous un instant sur lui. Vous sentez comment sa psychologie est en train de se fissurer. On les avait déjà notées, ces premières fissures, mais là, elles éclatent au grand jour, avec cette espèce de folie qui vient le posséder, avec ses éclats qui viennent de nulle part, avec cette jalousie maladive, avec l'usage des idoles. C'est quand même curieux que Michal, dans la maison du roi, ait des idoles de divination ! C'est avec ça qu'elle va cacher David. D'ailleurs, c'est très beau de voir comment, d'une mauvaise chose, on peut faire un bon usage. En attendant, ça veut dire qu'on pratiquait la divination dans la maison de Saül. Et Saül aura beau jeu, plus tard, d'interdire la nécromancie et la divination : il fut le premier à la pratiquer.

Et vous retrouvez ici ce que je vous disais sur Saül et la religion : un rapport magique et superstitieux. Et c'est précisément ce rapport défaillant à Dieu qui, d'après le texte biblique, est la cause des fissures psychologiques que vous observez en Saül, qui commence à ressembler de plus en plus à un possédé. Vous sentez que cet esprit mauvais qui vient en lui pour lui suggérer le meurtre, l'esprit homicide, c'est le diable. Et que s'il faut une certaine forme de musicothérapie — derrière laquelle c'est la prière qui est désignée, parce que David, ce qu'il chante, ce sont des chants religieux — si jamais il n'y a que ça qui peut chasser l'esprit impur, c'est que vous êtes, à mots couverts, dans une séance d'exorcisme.

Et même, à la fin du chapitre, quand vous avez cette scène improbable de Saül qui, cette fois-ci, ne se fait plus posséder par l'esprit impur, mais qui se fait posséder — parce que c'est toujours le même mécanisme psychologique de possession — qui se fait posséder par l'Esprit du Seigneur et qui tombe au milieu des prophètes, quasiment en transe… Enfin, je vous rappelle ce que dit saint Paul dans ses lettres : l'esprit des prophètes est soumis aux prophètes. C'est-à-dire que, normalement, un prophète reste maître de lui-même, même quand Dieu l'inspire. Et là, vous avez en fait une psychologie à la dérive. Oui, vraiment, c'est une psychologie de possédé que vous êtes en train de voir éclore sous vos yeux.

Et normalement, il devrait y avoir, en écoutant ce texte, en vous, comme une sorte de frisson, de malaise, une sorte de stupeur devant la violence de ce qui est écrit. Vous êtes en train de voir, sous vos yeux, un personnage en train de s'effondrer, et la finesse psychologique du rédacteur du premier livre de Samuel vous permet de plonger dans tous les méandres de cette psychologie inversée. Au cœur de cet effondrement : la jalousie, la peur et la superstition. Cette fois-ci, si jamais je devais comparer cette série à une autre série Netflix, je dirais Breaking Bad.

Nous terminons notre commentaire par un psaume.

Psaume 71

Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. Qu'il gouverne ton peuple avec justice, qu'il fasse droit aux malheureux.

Montagnes, portez au peuple la paix, collines, portez-lui la justice. Qu'il fasse droit aux malheureux de son peuple, qu'il sauve les pauvres gens, qu'il écrase l'oppresseur.

Qu'il dure sous le soleil et la lune, de génération en génération. Qu'il descende comme la pluie sur les regains, une pluie qui pénètre la terre.

En ce jour-là fleurira la justice, grande paix jusqu'à la fin des lunes. Qu'il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu'au bout de la terre.

Des peuplades s'inclineront devant lui, ses ennemis lécheront la poussière. Les rois de Tarsis et des îles apporteront des présents, les rois de Saba et de Séba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. Il les rachète à l'oppression, à la violence : leur sang est d'un grand prix à ses yeux.

Qu'il vive ! On lui donnera l'or de Saba. On priera sans relâche pour lui, tous les jours on le bénira.

Que la terre, jusqu'au sommet des montagnes, soit un champ de blé, et ses épis onduleront comme la forêt du Liban. Que la ville devienne florissante comme l'herbe sur la terre. Que son nom dure toujours, sous le soleil que subsiste son nom. En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre, que tous les pays le disent bienheureux.

Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, lui seul fait des merveilles. Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire. Amen. Amen.


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