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Jour 113 ☾ — Le dilemme de Jonathan : amitié ou loyauté

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Résumé : Dans ce chapitre 20 du premier livre de Samuel, David, menacé de mort, vient trouver Jonathan pour sonder les véritables intentions de Saül. Les deux amis élaborent un subterfuge — les trois flèches tirées dans la campagne — qui révèlera la fureur du roi. Le frère Paul-Adrien montre que le véritable héros du chapitre n'est pas David mais Jonathan, figure pathétique au sens noble, broyée entre le devoir filial et l'amitié, et qui choisit pourtant David sans amertume. Il y voit la plus grande histoire d'amitié de la Bible et un modèle d'humilité et de gratuité, avant de conclure par une prière pour nos amis.

Introduction

La situation est compliquée pour David. Comment va-t-il s'en sortir ? 1 Samuel, chapitre 20.

Lecture : 1 Samuel 20

David s'enfuit de Naïot de Rama et vint dire devant Jonathan : « Qu'ai-je fait ? Quel est mon péché ? Quelle est ma faute à l'égard de ton père, pour qu'il en veuille à ma vie ? »

Jonathan lui répondit : « Quelle horreur ! Non, tu ne mourras pas. Il se trouve que mon père ne fait aucune chose, importante ou non, sans m'en informer. Alors, m'aurait-il caché cela ? Cela est impossible. »

Mais David reprit en faisant un serment : « Ton père sait très bien que j'ai trouvé grâce à tes yeux. Il s'est dit : que Jonathan ne sache rien, de peur qu'il ne soit affligé. Et par le Seigneur vivant et par ta propre vie, il n'y a qu'un seul pas entre la mort et moi. »

Jonathan dit à David : « À quoi penses-tu ? Je le ferai pour toi. »

David répondit à Jonathan : « Demain, ce sera la nouvelle lune. Et moi, je devrais prendre place auprès du roi pour le repas. Mais tu me laisseras partir, et après-demain, je me cacherai dans la campagne jusqu'au soir. Si ton père remarque mon absence, tu diras : "David a insisté auprès de moi pour faire un saut à Bethléem, sa ville, car on y célèbre le sacrifice annuel pour tout le clan." S'il dit : "C'est bien", je suis en paix, moi, ton serviteur. Mais s'il s'enflamme de colère, sache qu'il est résolu au pire. Agis avec fidélité envers ton serviteur, puisque tu m'as fait entrer dans une alliance du Seigneur avec toi. Mais si je suis coupable, fais-moi mourir toi-même. Pourquoi m'obliger à venir devant ton père ? »

Jonathan répondit : « Quelle horreur pour toi ! Mais si vraiment j'apprenais que mon père est résolu au pire, comment ne pas t'en informer ? »

David dit à Jonathan : « Qui m'informera si ton père te répond avec dureté ? » Jonathan lui répondit : « Viens, sortons dans la campagne. » Et tous deux sortirent dans la campagne.

Alors Jonathan dit à David : « Par le Seigneur, le Dieu d'Israël, demain et après-demain, à cette heure-ci, je sonderai les intentions de mon père. Si tout va bien pour David, et si je n'envoie pas de messager pour te le révéler, que le Seigneur amène le malheur sur Jonathan, et pire encore. Mais s'il paraît bon à mon père de te mettre à mal, je te le révélerai et je te laisserai aller en paix. Que le Seigneur soit avec toi, comme il fut avec mon père. Tant que je vivrai, puisses-tu agir envers moi avec fidélité, comme le Seigneur, pour que je ne meure pas. Puisses-tu ne jamais retirer ta fidélité de ma maison, même quand le Seigneur retranchera de la surface du sol chacun des ennemis de David. »

Ainsi Jonathan conclut-il une alliance avec la maison de David en disant : « Que le Seigneur demande des comptes aux ennemis de David. » Puis Jonathan fit encore prêter serment à David par l'amitié qu'il lui portait, car il l'aimait comme lui-même.

Jonathan lui dit : « Demain, c'est la nouvelle lune. On remarquera ton absence à cause de ta place inoccupée. Après-demain, tu descendras vite, tu arriveras à l'endroit où tu étais caché l'autre jour et tu te placeras à côté de la butte. Quant à moi, je tirerai trois flèches de ce côté, comme pour viser une cible. J'enverrai le garçon en disant : "Va, retrouve les flèches." Puis, si je lui dis : "Les flèches sont en arrière de toi, ramasse-les", alors tu pourras revenir, tu seras en paix. Par le Seigneur vivant, tout ira bien. Mais si je dis au jeune homme : "Les flèches sont au-devant de toi", alors tu t'en iras, car c'est le Seigneur qui te fait partir. Quant à la parole que nous venons d'échanger, toi et moi, le Seigneur en est le garant pour toujours, entre toi et moi. »

David se cachait donc dans la campagne. Quand arriva la nouvelle lune, le roi prit place à table pour le repas. Le roi s'assit à sa place, comme les autres fois, sur le siège placé contre le mur. Jonathan se mit en face. Abner s'assit à côté de Saül. Mais la place de David resta inoccupée. Saül n'en parla pas ce jour-là, car il se disait : « Quelque chose est arrivé qui l'aura rendu impur. Sans doute n'est-il pas pur. »

Or, le lendemain de la nouvelle lune, le deuxième jour, la place de David restait inoccupée. Saül dit à son fils Jonathan : « Pourquoi le fils de Jessé n'est-il pas venu à la table, ni hier, ni aujourd'hui ? »

Jonathan répondit à Saül : « David m'a demandé avec insistance de le laisser aller jusqu'à Bethléem. Il m'a dit : "Laisse-moi partir, je t'en prie, car nous avons dans la ville un sacrifice pour le clan. Mon frère lui-même m'a ordonné de m'y rendre. Maintenant, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, laisse-moi m'échapper pour que j'aille voir mes frères." Voilà pourquoi il n'est pas venu à la table du roi. »

Saül s'enflamma de colère contre Jonathan. Il lui dit : « Fils rebelle et dévoyé, je sais bien, moi, que tu as pris parti pour le fils de Jessé, à ta honte et à la honte de la nudité de ta mère. Oui, aussi longtemps que le fils de Jessé sera vivant sur la terre, ni toi, ni ta royauté ne tiendront. Et maintenant, envoie quelqu'un pour le prendre, qu'on me l'amène, car il mérite la mort. »

Jonathan répondit à Saül son père et lui dit : « Mais pourquoi le mettre à mort ? Qu'a-t-il fait ? » Saül jeta sa lance contre lui pour le frapper. Alors Jonathan comprit que son père avait résolu de mettre à mort David.

Jonathan se leva de table. Enflammé de colère, il ne mangea rien ce deuxième jour de la nouvelle lune, car il était affligé au sujet de David, parce que son père l'avait insulté, lui, Jonathan.

Au matin, Jonathan sortit dans la campagne pour la rencontre avec David. Un jeune garçon l'accompagnait. Il dit au garçon : « Cours, retrouve les flèches que j'avais tirées. » Le garçon courut. Or, Jonathan avait tiré une flèche de manière à le dépasser. Le garçon parvint à l'endroit où se trouvait la flèche qu'avait tirée Jonathan, et celui-ci cria en direction du garçon : « Est-ce que la flèche n'est pas au-devant de toi ? » Puis Jonathan cria au garçon : « Vite, dépêche-toi, ne t'arrête pas ! » Le garçon de Jonathan ramassa la flèche et revint auprès de son maître. Le garçon ne savait rien, mais David et Jonathan, eux, savaient de quoi il s'agissait.

Jonathan confia ses armes à son garçon et lui dit : « Va les reporter à la ville. » Le garçon étant parti, David, à côté de la butte, se leva. Il tomba face contre terre et se prosterna trois fois. Ils s'embrassèrent et pleurèrent l'un avec l'autre, jusqu'à ce que David eût dominé ses larmes.

Alors Jonathan dit à David : « Va en paix, puisque nous avons tous deux prêté serment au nom du Seigneur en disant : "Que le Seigneur soit entre toi et moi, entre ta descendance et la mienne, pour toujours." »

Commentaire

Ne vous y trompez pas, le héros de ce chapitre, ce n'est pas David. C'est Jonathan, qui vous est présenté ici de manière pathétique. Pathétique, ici, ne veut pas dire que Jonathan est présenté de manière minable, mais pathétique ici veut dire qu'on vous introduit dans la complexité de son cœur et de ses souffrances, et que c'est un appel à l'émotion.

Jonathan, une sorte de héros grec qui subit son destin, le cœur broyé par un conflit moral : le devoir de la loyauté envers son père, qu'il aime parce qu'il est un bon fils, et le devoir de la loyauté envers David, qu'il aime parce qu'il est son ami. Sauf que voilà, on est parvenu à ce point de bascule tragique où maintenant Jonathan va devoir faire un choix. Choix qu'il n'a pas envie de faire, et il ne veut pas croire que Saül veut tuer David. Je vous cite :

Il se trouve que mon père ne fait aucune chose sans m'en parler. Alors, pourquoi m'aurait-il caché celle-là ?

Ce qui est curieux, quand même, parce que chapitre 19, verset 1 — ce qu'on vient de lire dans l'épisode précédent — Saül a précisément déclaré à Jonathan son intention de tuer David. Mais il faut croire que Jonathan, ne voulant pas choisir, avait réussi à se duper lui-même. Souvenez-vous, l'épisode précédent : il était allé voir son père, il avait posé les choses à plat, et son père lui avait juré par tous les grands dieux qu'évidemment, il n'attenterait pas à la vie de David. Et de manière un peu naïve, Jonathan s'était forcé de croire en son père.

L'amour qu'il a pour son père rend Jonathan aveugle, et il faut tout l'art de David pour lui dessiller les yeux. Ils vont monter et dessiner ensemble un piège, un test pour sonder le cœur du roi. Et c'est quand même très beau, parce que ça veut dire que Jonathan a déjà choisi dans son cœur à qui allait aller sa loyauté : non pas à son père, mais à David. Qu'il ne va pourtant pas suivre, parce qu'il va rester fidèle à son père, à le servir.

Non, vraiment, Jonathan, si vous voulez, c'est un héros grec. C'est quelqu'un qui est déchiré entre deux conflits, deux devoirs contradictoires, et qui est pris dans une histoire qui le dépasse et de laquelle il ne peut rien faire. Parce que Dieu a dit qu'il mettrait David sur le trône. Et Jonathan assiste, impuissant — et pourtant en même temps il l'aide — il assiste à l'élévation de David.

Quand je vous disais que c'était un chapitre pathétique : comment ne pas souffrir à la place de Jonathan ? On parle souvent d'humilité. Si vous voulez, l'humilité, elle est chez Jonathan. La plus grande histoire d'amitié dans la Bible, ne cherchez pas, c'est Jonathan et c'est David. Et c'est probablement plus à Jonathan qu'on la doit qu'à David. C'est lui le héros.

Et là, quand même, il y a un modèle. Il y a un modèle spirituel. On a envie de lui ressembler, à Jonathan, parce que quelle générosité, quelle gratuité, l'amertume qui ne pénètre pas son cœur. Et on le voit pleurer. Pleurer à l'idée de perdre son ami, de voir son père s'enfoncer dans la folie. Lui-même qui voit bien qu'il n'accédera jamais au trône. Si vous voulez, on pleure souvent devant des histoires d'amour. Mais je crois que la Bible, elle, c'est la seule à m'avoir fait pleurer devant une histoire d'amitié.

Vous pourrez regarder comment ce chapitre est construit. Vous allez de dénégation en dénégation à Jonathan : « Non, cela ne t'arrivera pas. Non, cela ne t'arrivera pas. » Le langage sentimental qui revient sans cesse, l'un qui aime l'autre. Et puis la progression : c'est-à-dire qu'au début du chapitre, on passe d'une alliance entre Jonathan et David — mais vous savez, une alliance, ça peut toujours être rompu — et à la fin du chapitre, on est passé carrément à un serment, c'est-à-dire un pacte solennel qui engage Dieu lui-même. Enfin, voilà quoi : maintenant, c'est un lien éternel qui doit les unir.

Et puis cette histoire de subterfuge avec des flèches, que patiemment ils élaborent entre les deux, pour finalement, à la fin, voler en éclats, puisque de toute façon Jonathan vole et court au-devant de David. Mais précisément, c'est la manière qu'a le rédacteur de vous montrer le tumulte intérieur qui habite Jonathan, incapable de se contenir au subterfuge que lui-même a tissé, et qui est pris par l'émotion. Et ça vous montre la pureté de Jonathan. Il souffre, et ses souffrances sont belles.

Nous terminons par une prière. Écoutez, on va encore prier pour nos amis. Je sais bien qu'on a fait une prière il n'y a pas longtemps pour eux, mais quand vous venez d'entendre ce passage, comment ne pas se dire que nous passons à côté de quelque chose.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te prions pour nos amis. Nous te demandons pardon de ne pas prier suffisamment pour eux. Nous te demandons pardon, Seigneur, de n'en avoir pas suffisamment, pour croire que nous pouvons faire notre vie tout seuls, pour croire que notre intérêt passe avant celui de nos amis.

Nous te demandons, Seigneur, d'avoir la même vie que Jonathan, le même désintéressement que Jonathan, les mêmes sentiments que Jonathan, et de vibrer d'un amour d'amitié comme Jonathan pour ses amis.

Seigneur, nous te demandons d'être attachés à nos amis, de vivre avec eux, de souffrir avec eux, de nous réjouir avec eux. Car, comme a dit Aristote, l'amitié, c'est une âme dans deux corps.

Seigneur, nous te demandons que cette amitié qui unit les âmes soit pour nous le commencement de la vie éternelle, et que nous la connaissions déjà sur terre, dans les larmes comme Jonathan, dans les joies aussi, quand il y a de belles choses.

Seigneur, nous te demandons de nous faire découvrir ce qu'est l'amitié et de lui être fidèles.


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