Jour 114 ☼ — David en fuite : entre survie et trahison
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Résumé : David, désormais fugitif, obtient d'Ahimélek les pains consacrés et l'épée de Goliath, puis simule la folie devant Akish, roi de Gath, avant de rassembler autour de lui quatre cents hommes en détresse dans la grotte d'Adoullam. Dénoncé par Doëg l'Édomite, le prêtre Ahimélek et toute la ville de Nob sont massacrés sur l'ordre de Saül ; seul Abiatar en réchappe et rejoint David. Le frère Paul-Adrien éclaire ce récit par l'archéologie : les lettres d'Amarna mentionnent les « Habirou », marginaux, endettés et fugitifs fédérés autour de chefs charismatiques. David apparaît ainsi comme un chef de bande particulièrement doué, qui transformera ce groupe en force politique régionale jusqu'à conquérir Jérusalem.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Est-ce que j'ai besoin d'introduire l'épisode ? Vous sentez bien que là, il y a une tension, un stress. Ah non, je crois que l'épisode se suffit à lui-même. Bonne écoute.
Lecture : 1 Samuel 21-22
David se leva et s'en alla, tandis que Jonathan rentrait dans la ville.
David arriva à Nob, chez le prêtre Ahimélek. Celui-ci vint en tremblant à la rencontre de David et lui dit : « Pourquoi es-tu seul, sans personne avec toi ? » David répondit au prêtre Ahimélek : « Le roi m'a donné un ordre et m'a dit : "Que personne ne sache rien de l'affaire pour laquelle je t'envoie et que je t'ai ordonnée." Mes compagnons, je leur ai fixé un point de rencontre à tel endroit. Maintenant, qu'as-tu sous la main ? Donne-moi cinq pains, ou bien ce que tu pourras trouver. »
Le prêtre répondit à David : « Je n'ai pas de pain ordinaire sous la main, mais il y a le pain consacré. Les hommes pourront en manger s'ils se sont gardés de rapport avec les femmes. » David répondit au prêtre : « Assurément, les femmes nous ont été interdites, comme précédemment quand je partais en campagne. Sur ce point, les hommes étaient en état de sainteté. Cette expédition est profane, certes, mais aujourd'hui, elle sera sanctifiée de ce fait. » Le prêtre lui donna alors du pain consacré. En effet, il n'y avait pas d'autre pain que le pain disposé devant le Seigneur, celui que l'on retire pour le remplacer, le jour même, par du pain chaud.
Cependant, le même jour, un des serviteurs de Saül se trouvait là, retenu devant le Seigneur. Il s'appelait Doëg l'Édomite, et c'était le plus important des bergers de Saül.
David dit à Ahimélek : « N'as-tu pas ici, sous la main, une lance ou une épée ? Je n'ai pris avec moi ni épée ni bagage, tant la mission du roi était urgente. » Le prêtre répondit : « Il y a l'épée de Goliath, le Philistin, que tu as abattu dans le val du Térébinthe. La voici, enveloppée dans le manteau, derrière l'éphod. Si tu veux la prendre, prends-la, il n'y en a pas d'autre ici. » David lui dit : « Elle n'a pas sa pareille, donne-la-moi. »
David se leva et s'enfuit ce jour-là, loin de Saül. Il arriva chez Akish, roi de Gath. Les serviteurs d'Akish dirent à leur maître : « Cet homme n'est-il pas David, le roi du pays ? N'est-il pas celui pour qui l'on dansait en se renvoyant ce refrain : "Saül a tué ses milliers et David ses dizaines de milliers" ? » David fut impressionné par ces paroles, si bien qu'il eut très peur d'Akish, roi de Gath. Alors, à leurs yeux, il fit semblant de perdre la raison. Il se mit à divaguer au milieu d'eux, à tracer des signes sur les battants de la porte, à baver dans sa barbe. Akish dit à ses serviteurs : « Vous voyez bien que cet homme est fou. Pourquoi me l'amenez-vous ? Est-ce que je manque de fous, pour que vous ameniez celui-ci faire le fou devant moi ? Et cet individu entrerait dans ma maison ? »
David partit de là et se sauva dans la grotte d'Adoullam. L'ayant appris, ses frères, avec toute la maison de son père, descendirent le rejoindre à cet endroit. Alors se rassemblèrent autour de lui tous les gens en détresse, tous les endettés et tous les mécontents, et il devint leur chef. Il y eut ainsi avec lui environ quatre cents hommes.
David partit de là pour Mispé de Moab. Il dit au roi de Moab : « Permets que mon père et ma mère se retirent chez vous en attendant que je sache ce que Dieu fera de moi. » Il les conduisit devant le roi de Moab et ils restèrent chez le roi tout le temps que David se tint dans son refuge fortifié.
Le prophète Gad dit à David : « Ne reste pas dans ce refuge. Va-t'en, rentre au pays de Juda. » David s'en alla et parvint à la forêt de Hèreth.
Saül apprit que l'on avait reconnu David et ceux qui l'accompagnaient. Saül se tenait sur la hauteur à Guibéa, sous le tamaris, la lance à la main, et tous ses serviteurs debout auprès de lui. Saül leur dit : « Écoutez bien, fils de Benjamin ! Le fils de Jessé vous donnerait-il, à vous tous, des champs et des vignes ? Vous nommerait-il, vous tous, officiers de milliers et officiers de centaines, pour que vous ayez tous conspiré contre moi ? Pour que personne ne m'ait averti quand mon fils faisait alliance avec le fils de Jessé ? Non, aucun de vous ne s'est tourmenté à mon sujet et personne ne m'a averti quand mon fils dressait mon serviteur contre moi pour me tendre une embuscade, comme aujourd'hui. »
Doëg l'Édomite prit la parole, lui qui se tenait là avec les serviteurs de Saül. Il dit : « J'ai vu le fils de Jessé. Il est venu à Nob, chez Ahimélek, fils d'Ahitoub. Ahimélek a consulté pour lui le Seigneur. Il lui a fourni des vivres et lui a donné l'épée de Goliath, le Philistin. »
Alors le roi fit convoquer le prêtre Ahimélek, fils d'Ahitoub, et toute la maison de son père, c'est-à-dire les prêtres qui étaient à Nob. Ils vinrent tous auprès du roi. Saül leur dit : « Écoute bien, fils d'Ahitoub. » Celui-ci déclara : « Me voici, mon seigneur. » Saül lui dit : « Pourquoi avez-vous conspiré contre moi, toi et le fils de Jessé, quand tu lui as fourni du pain et une épée, quand tu as consulté Dieu en sa faveur pour qu'il se dresse contre moi et me tende une embuscade, comme aujourd'hui ? » Ahimélek répondit au roi : « Y a-t-il parmi tous tes serviteurs quelqu'un de plus sûr que David, le gendre du roi, lui qui est affecté à ta garde personnelle et qui est honoré dans ta maison ? Est-ce que c'est aujourd'hui que j'ai commencé à consulter Dieu pour lui ? Quelle horreur ! Que le roi ne charge en rien son serviteur, ni la maison de mon père, car ton serviteur ignorait absolument tout de cette affaire. » Mais le roi lui dit : « Tu vas mourir, Ahimélek, tu vas mourir, toi et toute la maison de ton père. »
Le roi dit aux gardes qui étaient debout près de lui : « Tournez-vous et mettez à mort les prêtres du Seigneur, puisqu'ils prêtent main-forte eux aussi à David. Ils le savaient en fuite, ils ne m'ont pas averti. » Mais les serviteurs du roi refusèrent de lever la main pour frapper les prêtres du Seigneur. Le roi dit alors à Doëg : « Tourne-toi, et frappe les prêtres. » Doëg l'Édomite se retourna et c'est lui qui frappa les prêtres. Il fit mourir ce jour-là quatre-vingt-cinq hommes qui portaient l'éphod de lin. Et la ville des prêtres, Nob, on la passa au fil de l'épée : hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs, ânes et moutons, au fil de l'épée.
Un seul des fils d'Ahimélek, fils d'Ahitoub, put se sauver. Il s'appelait Abiatar. Il prit la fuite pour rejoindre David. Abiatar rapporta à David que Saül avait massacré les prêtres du Seigneur. Et David lui dit : « Je savais, ce jour-là, Doëg l'Édomite étant présent, qu'il irait sûrement informer Saül. C'est à cause de moi que les événements ont tourné contre toutes les personnes de la maison de ton père. Reste avec moi, ne crains rien. Il en voudra à ma vie, celui qui en voudra à la tienne. Tu es en sûreté auprès de moi. »
Commentaire
Aujourd'hui, un peu d'archéologie et d'histoire, pour que les récits que vous entendez, vous puissiez leur donner une consistance, savoir à quelle réalité concrète ça correspond, est-ce que ça a vraiment existé. Et je pars pour cela d'un verset que vous venez d'entendre, chapitre 22, verset 2 :
Alors se rassemblèrent autour de David tous les gens en détresse, tous les endettés et tous les mécontents, et il devint leur chef. Et il y eut ainsi avec lui environ quatre cents hommes.
J'avais comparé Saül à Breaking Bad. Si je devais comparer David, cette fois-ci c'est à Robin des Bois que je le comparerais. Vous savez, cette espèce de noble hors-la-loi qui regroupe autour de lui une bande de mécontents et d'endettés pour voler les riches — ici, ce sont les Philistins — pour les redonner aux pauvres — et ici, ce sont les Israélites. La question, c'est : est-ce que de tels Robin des Bois, ça a existé, et est-ce que l'archéologie a retrouvé leurs traces ? La réponse est oui.
À l'époque de David, les Israélites vivent dans des petits villages dispersés, des hameaux, 200, 300, 400 habitants, des villages pauvres situés dans les hauteurs, dans les montagnes, tandis que les Philistins, les grands centres économiques, eux, étaient riches et vivaient dans les plaines. À cette époque, les deux grands empires que sont, au sud, l'Égypte, et au nord, les Hittites, sont en période de reflux, et au fur et à mesure qu'ils retournent, l'un vers le nord et l'autre vers le sud en Égypte, ils laissent au milieu toute une zone où peuvent émerger tranquillement des petits États.
Alors, je dis qu'ils peuvent laisser émerger tranquillement des petits États : oui et non. Il y a encore, en tout cas pour l'Égypte, des pays et des villes vassales qu'ils ont installés. Il se trouve qu'on a retrouvé des lettres, des lettres qui datent du XIVe siècle, qu'on appelle d'Amarna, une collection de tablettes écrites en écriture cunéiforme, découverte en Égypte, à Amarna, et qui montrent la correspondance entre les rois vassaux cananéens qui dépendent de l'Égypte, et l'Égypte.
Ces lettres parlent d'un groupe qu'on appelle les Habirou — H-A-P-I-R-U — qui est une sorte de regroupement de vauriens, de mécontents, de déclassés et de personnes endettées, qui se fédèrent autour de chefs de clans capables de mener des actions coup de poing pour piller certains villages. On a notamment retrouvé une correspondance d'un roi de Jérusalem de cette époque qui s'appelle Abdi-Hépa. Ce roi, qui gouvernait Jérusalem sous la suzeraineté égyptienne, est en train d'écrire à Pharaon pour signaler que sa ville est menacée. Il déclare au roi égyptien : « Voici que les Habirou s'emparent des terres du roi d'Égypte, il n'y a plus de roi, et je suis attaqué par les Habirou. »
Alors, « Habirou », on en a fait tout de suite l'ancêtre du mot « hébreu » — maintenant on revient un petit peu là-dessus — mais « Habirou », ça ne désigne pas un peuple spécifique, mais une classe sociale marginale, composée de rebelles, de fugitifs, de nomades, sans attache fixe, mais qui se regroupent sous la houlette d'un chef charismatique. Et ça, ces Habirou-là, c'est précisément ce que décrivait le verset que je vous ai relu.
Et David, c'est qui ? C'est le chef particulièrement charismatique d'une de ces bandes de Habirou dont on a retrouvé la trace, qui a réussi l'exploit, à coup de génie militaire, de se débarrasser de ses rivaux pour se constituer en véritable force politique régionale. C'est lui qui va conquérir Jérusalem.
Et en parlant de puissance politique régionale, de fait, l'archéologie là aussi a montré une croissance démographique quasiment exponentielle à l'époque de David, de tous ces petits villages de Habirou qui d'un coup deviennent des centres structurés. Tout ça a eu lieu. Voilà, c'est avéré.
Terminons maintenant par un psaume.
Psaume 72
Vraiment, Dieu est bon pour Israël, pour les hommes au cœur pur. Un rien, et je perdais pied. Un peu plus, et je faisais un faux pas.
Car j'étais jaloux des superbes, je voyais le succès des impies. Jusqu'à leur mort, ils ne manquent de rien, ils jouissent d'une santé parfaite. Ils échappent aux souffrances des hommes, aux coups qui frappent les mortels.
Ainsi l'orgueil est leur collier, la violence l'habit qui les couvre. Leurs yeux qui brillent de bien-être trahissent les envies de leur cœur. Ils ricanent, ils prônent le mal. De très haut, ils prônent la force. Leurs bouches accaparent le ciel et leurs langues parcourent la terre.
Ainsi, le peuple se détourne vers la source d'une telle abondance. Ils disent : « Comment Dieu saurait-il ? Le Très-Haut, que peut-il savoir ? » Voyez comment sont les impies : tranquilles, ils amassent leur fortune.
Vraiment, c'est en vain que j'ai gardé mon cœur pur, lavé mes mains en signe d'innocence. Me voici frappé chaque jour, châtié dès le matin.
Si j'avais dit : « Je vais parler comme eux », j'aurais trahi la race de tes fils. Longtemps, j'ai cherché à savoir, je me suis donné de la peine. Mais quand j'entrais dans la demeure de Dieu, je compris quel serait leur avenir.
Vraiment, tu les as mis sur la pente, déjà, tu les entraînes vers la ruine. Comment vont-ils soudain au désastre, anéantis, achevés par la terreur ? À ton réveil, Seigneur, tu chasses leur image, comme un songe au sortir du sommeil.
Oui, mon cœur s'aigrissait, j'avais les reins transpercés. Moi, stupide comme une bête, je ne savais pas, mais j'étais avec toi. Moi, je suis toujours avec toi, avec toi qui as saisi ma main droite. Tu me conduis selon tes desseins, puis tu me prendras dans la gloire.
Qui donc est pour moi dans le ciel, si je n'ai même avec toi aucune joie sur la terre ? Ma chair et mon cœur sont usés ; ma part, le roc de mon cœur, c'est Dieu, pour toujours.
Qui s'éloigne de toi périra ; tu détruis ce qui te délaisse. Pour moi, il est bon d'être proche de Dieu. J'ai pris un refuge auprès de mon Dieu, pour annoncer les œuvres du Seigneur aux portes de Sion.
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