Jour 116 ☼ — David épargne encore Saül… jusqu'à quand ?
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 26 et 27 du premier livre de Samuel : David s'introduit de nuit dans le camp de Saül, lui prend sa lance et sa gourde au lieu de le tuer, puis interpelle Abner et le roi depuis la montagne d'en face. Après cette réconciliation apparente, David passe chez les Philistins, à Gath puis à Ciqlag, où il mène des razzias en trompant Akish sur ses cibles. Le commentaire propose le « jeu des sept différences » avec la première rencontre dans la grotte : David y agit désormais avec sang-froid, par initiative propre, et tient un discours structuré et spirituellement élevé. On y voit un héros qui grandit sous nos yeux et devient familier de Dieu. L'épisode se conclut par deux psaumes, 74 et 75.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Alors, vous ferez attention, ça va commencer par un épisode… vous aurez l'impression de l'avoir déjà entendu : David qui s'approche de Saül dans la nuit. Ce sera un peu le jeu des sept différences. Essayez de voir la différence entre la première rencontre que nous avions eue et celle-là. 1 Samuel 26 et 27.
Lecture : 1 Samuel 26-27
Les gens de Ziph vinrent trouver Saül à Guibéa pour lui dire : « Est-ce que David ne se cache pas sur la colline de Hakila, en face de la steppe ? »
Saül se mit en route. Il descendit vers le désert de Ziph avec trois mille hommes, l'élite d'Israël, pour y traquer David. Saül campa sur la colline de Hakila, qui est en face de la steppe, au bord de la route.
David, qui se tenait dans le désert, s'aperçut que Saül le poursuivait jusqu'au désert. Il envoya des espions et fut certain de l'arrivée de Saül. David se mit en route et parvint à l'endroit où campait Saül. Il vit l'endroit où étaient couchés Saül et Abner, fils de Ner, le chef de son armée. Saül était couché au milieu du camp et la troupe campait autour de lui.
David prit la parole et dit à Ahimélek le Hittite, ainsi qu'à Abishaï, fils de Cerouya, le frère de Joab : « Qui veut descendre avec moi au camp jusqu'à Saül ? » Abishaï répondit : « Moi ! Je descendrai avec toi. »
David et Abishaï arrivèrent de nuit près de la troupe. Or, Saül était couché, endormi, au milieu du camp, sa lance plantée en terre près de sa tête. Abner et ses hommes étaient couchés autour de lui.
Alors Abishaï dit à David : « Aujourd'hui, Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d'un seul coup. Je n'aurai pas à m'y reprendre à deux fois. »
Mais David dit à Abishaï : « Ne le tue pas ! Tu ne pourrais demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l'onction du Seigneur. »
Puis David ajouta : « Par la vie du Seigneur, c'est le Seigneur seul qui le frappera. Soit que son jour arrive et qu'il meure, soit qu'il descende au combat et qu'il y périsse. Que le Seigneur me préserve de porter la main sur lui, le Messie du Seigneur. Et maintenant, prends donc la lance qui est près de sa tête, avec la gourde d'eau, et allons-nous-en. »
David prit la lance et la gourde d'eau qui étaient près de la tête de Saül et ils s'en allèrent. Personne ne vit rien. Personne ne le sut. Personne ne s'éveilla. Ils dormaient tous, car le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux.
David passa sur l'autre versant de la montagne et s'arrêta sur le sommet, au loin, à bonne distance. Alors David cria en direction de la troupe et d'Abner, fils de Ner : « Ne vas-tu pas répondre, Abner ? » Celui-ci répondit : « Qui es-tu, toi, qui appelles le roi ? »
David dit à Abner : « N'es-tu pas un homme, toi qui es sans égal en Israël ? Alors, pourquoi n'as-tu pas veillé sur le roi, ton maître ? Quelqu'un du peuple est venu pour tuer le roi, ton maître. Ce n'est pas bien, ce que tu as fait là. Par la vie du Seigneur, vous méritez la mort, pour n'avoir pas veillé sur votre maître, le Messie du Seigneur. Maintenant, regarde ! Où sont la lance du roi et la gourde d'eau qui était près de sa tête ? »
Saül reconnut la voix de David et dit : « Est-ce bien ta voix, mon fils David ? » David répondit : « C'est ma voix, mon Seigneur le roi. » Il continua : « Pourquoi, mon Seigneur, poursuit-il son serviteur ? Qu'ai-je donc fait ? Et quel mal ai-je commis ? Que mon Seigneur le roi daigne écouter maintenant les paroles de son serviteur. Si c'est le Seigneur qui t'a excité contre moi, qu'il soit apaisé par l'agréable odeur d'une offrande. Mais si ce sont des êtres humains, maudits soient-ils devant le Seigneur. Aujourd'hui, ils m'ont expulsé, dépossédé de l'héritage du Seigneur, en disant : "Va servir d'autres dieux." Et maintenant, que mon sang ne soit pas répandu sur la terre, loin de la face du Seigneur. En effet, le roi d'Israël s'est mis en campagne pour chercher une simple puce, comme on chasse la perdrix dans les montagnes. »
Saül dit : « J'ai péché. Reviens, mon fils David. Je ne te ferai plus de mal, puisque ma vie a été aujourd'hui si précieuse à tes yeux. Oui, j'ai agi comme un fou, et je me suis lourdement trompé. »
David répondit : « Voici la lance du roi. Qu'un jeune garçon traverse et vienne la prendre. Le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité. Aujourd'hui, le Seigneur t'avait livré entre mes mains, et je n'ai pas voulu porter la main sur le Messie du Seigneur. Et de même que ta vie aujourd'hui a eu beaucoup de valeur à mes yeux, de même ma vie en aura beaucoup aux yeux du Seigneur, qui me délivrera de toute angoisse. »
Saül dit à David : « Béni sois-tu, mon fils David. Oui, quoi que tu entreprennes, tu réussiras. » Puis David reprit son chemin, et Saül retourna chez lui.
David se dit en lui-même : « C'est sûr, un jour ou l'autre, je périrai par la main de Saül. Mieux vaut donc pour moi m'échapper définitivement dans le pays des Philistins. Saül renoncera désormais à me chercher dans tout le territoire d'Israël, et ainsi j'échapperai à sa main. »
David se mit en route avec les six cents hommes qui l'accompagnaient et passa chez Akish, fils de Maok, le roi de Gath. David s'installa auprès d'Akish, à Gath, lui et ses hommes, chacun avec sa famille. David y était avec ses deux femmes, Ahinoam de Izréel et Abigaïl de Carmel, la femme de Nabal. On avertit Saül que David s'était enfui à Gath, et Saül cessa de le chercher.
David dit à Akish : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, qu'on me donne un lieu où je puisse habiter, dans une ville, à l'écart. Pourquoi ton serviteur habiterait-il auprès de toi dans la ville royale ? » Aussitôt, Akish lui donna Ciqlag. C'est pourquoi Ciqlag a appartenu aux rois de Juda jusqu'à ce jour. La durée du séjour de David en territoire philistin fut de un an et quatre mois.
David entreprit avec ses hommes des incursions chez les Gueshourites, les Guirzites et les Amalécites, ces peuplades qui, depuis toujours, occupent le territoire jusqu'à l'entrée de Shour et jusqu'au pays d'Égypte. David dévastait le pays, ne laissant en vie ni homme ni femme, s'emparant du petit et du gros bétail, des ânes, des chameaux ainsi que des vêtements. Puis, à son retour, il se rendait chez Akish.
Quand Akish demandait : « Où avez-vous fait une incursion aujourd'hui ? » David répondait : « Contre le Néguev de Juda », ou « Contre le Néguev des Yerahmeélites », ou « Dans le Néguev des Qénites ». David ne laissait ramener vivant à Gath ni homme ni femme. Il se disait : « Vous pourriez parler contre nous et dire : "Voilà ce que David a fait." » Telle fut sa manière d'agir tout le temps qu'il séjourna dans le pays philistin.
Akish faisait confiance à David. Il se disait : « David s'est vraiment rendu trop odieux à son peuple Israël. Il restera mon serviteur à jamais. »
Commentaire
Vous avez noté, à la fin de ce chapitre, comment est-ce que David passe chez l'ennemi en ayant bien soin de garder sa loyauté envers les Israélites. Mais cela fait écho à ce que je vous disais sur David, Robin des Bois, chef d'une bande armée de brigands et qui vend sa loyauté aux plus offrants. On en profite au passage pour ridiculiser le roi des Philistins qui vit à Gath, Akish. Une veste en passant, ça fait toujours ça de pris.
En attendant, nous revenons au début de notre lecture, à une nouvelle — encore une — confrontation entre David et Saül, qui reprend quasiment le même motif. Une nouvelle fois, David qui s'approche subrepticement de Saül. Une nouvelle fois, David qui lui prend un objet. Une nouvelle fois, David qui interpelle tout ce beau monde. Oui, mais il y a quelques petites différences qui ne vous auront pas échappé.
La première rencontre entre David et Saül se faisait au fond d'une grotte, et c'étaient les hommes de David qui l'avaient poussé. Ici, c'est David qui prend l'initiative. Dans la première confrontation, David avait été pris d'un scrupule après avoir coupé le manteau de Saül, ce qui montre qu'il était encore en proie à l'émotion. Ici, au contraire, il agit avec du sang-froid, en toute conscience, et il décide délibérément de ne pas toucher à Saül. On pourrait quasiment supposer que la première fois, il avait voulu attenter à Saül, mais il avait manqué et avait juste pris une partie de son manteau. Là, non : il prend simplement une lance et une cruche. La même lance, probablement, qui a servi à Saül pour essayer de tuer David. Petit sourire ironique de David.
Avec David qui revient sans cesse titiller le dragon endormi Saül, on a l'impression d'un héros qui essaie d'apprivoiser sa peur. Comme s'il allait chercher le défi, comme s'il allait chercher le piège, pour essayer de montrer à lui-même, aux yeux de Saül et aux yeux de ses hommes, qu'il est en train de grandir, de prendre la pleine mesure de ses moyens. Et ça marche. C'est assez beau de voir David grandir sous nos yeux.
Tenez, regardez le discours qu'il adresse à Saül. La première fois qu'il avait rencontré Saül, c'était un discours très émotif. Là, au contraire, c'est un discours structuré, réfléchi, qui est d'abord adressé à Abner pour se moquer de tout le dispositif militaire de Saül, pour montrer que Saül est vraiment isolé. Et ensuite, il lance une diatribe, mais vraiment très argumentée et très charpentée, envers Saül.
Regardez, il commence par montrer l'absurdité de Saül, qui le poursuit alors qu'il n'est qu'une puce. Alors, vous ne serez pas dupes, David ne pense pas qu'il est une puce, mais ça veut dire que le danger qu'il représente est comparable à la piqûre d'une puce et que le roi gaspille ses forces à le traquer inutilement. Ce n'est pas lui l'ennemi, ce sont les Philistins.
Et ensuite, deuxième partie de son discours, David donne une interprétation spirituelle de ce qui se passe. Ou bien c'est Dieu qui pousse Saül à traquer David, et dans ce cas-là, il faut que Saül demande pardon à Dieu en offrant un sacrifice. Ou bien ce sont des hommes qui calomnient David, et alors qu'ils soient maudits, parce qu'en fait ils ont poussé un Israélite, David, à quitter son peuple, et en quittant son peuple, à servir d'autres dieux étrangers. Souvenez-vous de ce que je vous disais sur le Dieu d'Israël, qui était encore plus ou moins attaché à un endroit particulier.
En tout cas, il y a une hauteur spirituelle qu'on n'avait pas encore vue dans le discours de David. Il faut croire qu'il a raison, parce que quand il s'approchait de Saül, les hommes étaient pris d'un sommeil, un sommeil mystérieux qui venait de Dieu. Hauteur spirituelle de David, qui est devenu maintenant familier de Dieu.
Et nous terminons notre commentaire. Il y a encore beaucoup d'autres choses à dire, mais il est l'heure de partir maintenant sur les psaumes. Et aujourd'hui, non pas un, mais deux psaumes.
Psaume 74
À toi, Dieu, nous rendons grâce, nous rendons grâce, et ton nom est proche. On proclame tes merveilles.
« Oui, au moment que j'ai fixé, moi, je jugerai avec droiture. Que s'effondre la terre et ses habitants, moi seul en ai posé les colonnes.
Aux arrogants, je dis : plus d'arrogance ! Et aux impies : ne levez pas votre front, ne levez pas votre front contre le ciel, ne parlez pas en le prenant de haut. »
Ce n'est ni du levant, ni du couchant, ni du désert que vient le relèvement. Non, c'est Dieu qui jugera : il abaisse les uns, les autres il les relève.
Le Seigneur tient en main une coupe où fermente un vin capiteux. Il le verse, et tous les impies de la terre le boiront jusqu'à la lie.
Et moi, j'annoncerai toujours dans mes hymnes au Dieu de Jacob : « Je briserai le front des impies, et le front du juste s'élèvera. »
Psaume 75
Dieu s'est fait connaître en Juda. En Israël, son nom est grand. À Salem, il a fixé sa tente, et sa demeure, à Sion.
Ici, il a brisé les traits de l'arc, l'épée, le bouclier et la guerre.
Magnifique, toi, tu resplendis au-dessus d'une montagne de butins. Les voici dépouillés, ces guerriers endormis, tous ces braves aux mains inertes. Sous ta menace, Dieu de Jacob, le char et le cheval se sont figés.
Toi, tu es le redoutable ; qui tiendra sous les coups de ta fureur ? Des cieux, tu prononces le verdict. La terre a peur et se tait, quand Dieu se lève pour juger, pour sauver tous les humbles de la terre.
La colère des hommes te rend gloire, quand les survivants te font cortège.
Faites des vœux et tenez vos promesses au Seigneur, votre Dieu. Vous qui l'entourez, portez votre offrande au redoutable. Il éteint le souffle des princes, lui, redoutable aux rois de la terre.
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