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Jour 115 ☾ — David, Nabal et Abigaïl : une colère évitée

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Résumé : Le chapitre 25 du premier livre de Samuel s'ouvre sur la mort et l'enterrement du prophète, puis raconte l'affaire de Nabal, ce riche propriétaire de Carmel qui refuse insolemment à David le moindre présent. Fou de colère, David part avec quatre cents hommes pour l'exterminer, mais Abigaïl, la femme de Nabal, vient au-devant de lui avec des vivres et des paroles de sagesse qui le retiennent d'en venir au sang. Le commentaire montre que David, ici, joue le rôle d'un nouvel Esaü, et que ce revirement brutal par rapport au chapitre précédent tient à un événement décisif : la mort de Samuel, verrou qui vient de sauter. L'épisode se termine par une prière pour la magnanimité face à l'ingratitude.

Introduction

Ah, aujourd'hui, séchez vos larmes, nous enterrons Samuel.

Lecture : 1 Samuel 25

Samuel mourut. Tout Israël se rassembla pour le pleurer. On l'ensevelit chez lui, à Rama. David se mit en route et descendit au désert de Paran.

Il y avait à Maôn quelqu'un dont l'exploitation se trouvait à Carmel. Cet homme très riche possédait trois mille moutons et un millier de chèvres. Il se trouvait à Carmel pour la tonte de son troupeau. L'homme s'appelait Nabal et sa femme Abigaïl. La femme était intelligente et belle, tandis que l'homme était dur et malfaisant. Il était du clan de Caleb.

David, au désert, apprit que Nabal faisait tondre son troupeau. Il envoya dix serviteurs en leur disant : « Montez à Carmel. Vous entrerez chez Nabal et vous le saluerez de ma part. Vous direz : "Pour l'année qui vient : paix à toi, paix à ta maison, paix à tout ce qui t'appartient. J'ai appris que l'on faisait la tonte chez toi. Sache maintenant ceci : tes bergers étaient avec nous et nous ne les avons pas molestés. Rien n'a disparu de chez eux tout le temps de leur séjour à Carmel. Interroge-les, ils t'informeront. Que mes serviteurs trouvent grâce à tes yeux, puisque nous sommes venus en ce jour de fête. Alors, je t'en prie, donne à tes serviteurs et à ton fils David ce que ta main trouvera." »

Les serviteurs de David entrèrent chez Nabal et lui répétèrent toutes ces paroles de la part de David, puis restèrent en silence. Nabal répondit aux serviteurs de David : « Qui est David ? Et qui est le fils de Jessé ? Ils sont nombreux aujourd'hui, les serviteurs évadés de chez leurs maîtres. Et je prendrais de mon pain, de mon eau, de mes bêtes que j'ai fait abattre pour mes tondeurs, et je les donnerais à des gens dont je ne sais même pas d'où ils viennent ? »

Les serviteurs de David rebroussèrent chemin. Ils s'en retournèrent et, arrivés auprès de David, lui rapportèrent toutes ces paroles. David dit à ses hommes : « Que chacun de vous prenne son épée. » Et chacun d'eux prit son épée. David aussi prit la sienne. Quatre cents hommes environ montèrent à la suite de David. Deux cents restèrent près des bagages.

Cependant, Abigaïl, la femme de Nabal, avait été avertie. L'un des bergers lui avait dit : « Voici que David a envoyé des messagers depuis le désert pour saluer notre maître, mais lui s'est emporté contre eux. Et pourtant, ces hommes étaient très bons pour nous. Nous n'avons pas été molestés, et rien n'a disparu de chez nous, tout le temps où nous avons parcouru avec eux la campagne. Ils étaient pour nous un rempart, de nuit comme de jour, tout le temps où nous avons été avec eux à faire paître les troupeaux. Maintenant, tâche de voir ce que tu dois faire, car le malheur est décidé contre notre maître Nabal et toute sa maison. C'est un vaurien. On ne peut même pas lui parler. »

Abigaïl se dépêcha de prendre deux cents pains, deux outres de vin, cinq moutons tout préparés, cinq boisseaux de grain grillé, cent gâteaux de raisin sec et deux cents gâteaux de figues, qu'elle chargea sur des ânes. Elle dit à ses serviteurs : « Passez devant moi, je vous suis. » Cependant, elle n'avertit pas Nabal, son mari.

Alors que, sur son âne, elle descendait à l'abri de la montagne, voici que David et ses hommes descendaient dans sa direction. Elle les rencontra. Or, David s'était dit : « C'est donc en pure perte que j'ai protégé tout ce que possédait ce Nabal dans le désert, et que rien n'a disparu de ce qu'il possédait. Il m'a rendu le mal pour le bien. Que Dieu amène le malheur sur David, ou plutôt sur ses ennemis, et pire encore, si je laisse subsister parmi tous les siens, d'ici demain matin, un seul mâle. »

Apercevant David, Abigaïl descendit vite de son âne. Elle se jeta devant David, face contre terre, et se prosterna. S'étant jetée à ses pieds, elle dit : « C'est moi, c'est ma faute, monseigneur. Permets à ta servante de te parler. Écoute donc les paroles de ta servante. De grâce, que monseigneur ne prête pas attention à ce vaurien de Nabal. Il porte bien son nom : son nom est "le fou", et c'est la folie qui l'accompagne. Mais moi, ta servante, je n'avais pas vu les serviteurs de monseigneur, ceux que tu avais envoyés. Et maintenant, par la vie du Seigneur et par ta propre vie, puisque le Seigneur t'a empêché d'en venir au sang et de te sauver par ta propre main, qu'ils deviennent comme Nabal, tes ennemis et ceux qui veulent du mal à monseigneur. Et maintenant, ce présent que ta servante apporte à monseigneur, qu'il soit remis aux serviteurs qui t'accompagnent. Pardonne, je te prie, l'offense de ta servante. Nul doute, en effet, le Seigneur fera à monseigneur une maison stable, parce que toi, monseigneur, tu as mené les combats du Seigneur, et que de toute ta vie on ne trouvera pas de mal en toi. Un homme s'est levé pour te poursuivre et s'en prendre à ta vie, mais la vie de monseigneur sera gardée précieusement avec celle des vivants, auprès du Seigneur ton Dieu, tandis que la vie de tes ennemis, le Seigneur la placera dans le creux de sa fronde pour la lancer au loin. Aussi, lorsque le Seigneur aura fait à monseigneur tout le bien qu'il a prédit à ton sujet, et qu'il t'aura institué chef sur Israël, ce ne sera pas un obstacle pour toi, ni un remords au cœur de monseigneur, d'avoir versé le sang inutilement en voulant te sauver par ta propre main. Mais quand le Seigneur aura fait du bien à monseigneur, tu te souviendras de ta servante. »

David dit à Abigaïl : « Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, qui t'a envoyée en ce jour à ma rencontre. Béni soit ton bon sens, et bénie sois-tu, toi qui m'as retenu aujourd'hui d'en venir au sang et de me sauver par ma propre main. Mais, par le Seigneur vivant, par le Dieu d'Israël qui m'a empêché de te faire du mal, si tu n'étais pas venue aussi vite à ma rencontre, il ne serait pas resté à Nabal un seul mâle avant que le matin ne se lève. »

David reçut de la main d'Abigaïl ce qu'elle lui avait apporté. Puis il lui dit : « Remonte en paix chez toi. Tu le vois, je t'ai écoutée, je t'ai fait grâce. »

Quand Abigaïl revint chez Nabal, celui-ci donnait un festin dans sa maison, un vrai festin de roi. Nabal avait le cœur en joie, mais comme il était complètement ivre, Abigaïl ne l'informa de rien avant que le matin se lève. Le lendemain matin, après que Nabal eut cuvé son vin, sa femme l'informa de ce qui s'était passé. Alors le cœur de Nabal défaillit dans sa poitrine, et lui-même fut comme pétrifié. Au bout d'une dizaine de jours, le Seigneur frappa Nabal, qui mourut.

David apprit que Nabal était mort et il dit : « Béni soit le Seigneur qui a défendu ma cause après l'insulte reçue de Nabal, et qui a empêché son serviteur de faire le mal. Quant à la méchanceté de Nabal, le Seigneur l'a fait retomber sur sa tête. »

Puis David envoya dire à Abigaïl qu'il la prendrait pour femme. Les serviteurs de David vinrent donc chez Abigaïl, à Carmel, et lui dirent : « David nous a envoyés chez toi afin de te prendre pour sa femme. » Elle se leva, puis se prosterna face contre terre et dit : « Voici ta servante, comme une esclave prête à laver les pieds des serviteurs de mon seigneur. » Se relevant en toute hâte, Abigaïl monta sur son âne et, accompagnée de cinq de ses servantes, elle suivit les messagers de David et devint sa femme.

David avait aussi épousé Ahinoam de Izréel : elles furent toutes les deux ses femmes. Or, Saül avait donné sa fille Mikal, femme de David, en mariage à Palti, fils de Laïsh, qui était de Gallim.

Commentaire

Le livre de commentaires que je lis a une petite marotte qui consiste à comparer chacun des protagonistes dans le livre de Samuel avec les patriarches dans le livre de la Genèse. Par exemple, ici, Nabal est comparé à Laban. Souvenez-vous, Laban, c'était le beau-père de Jacob, qui n'avait cessé de vouloir rouler dans la farine Jacob. Ça, ce n'est pas bien. Ça, c'est pour Nabal.

Venons-en maintenant à David. Si je compare Nabal à Laban, ça veut dire que, d'après la Bible, au début du chapitre, David a le beau rôle. Sauf que… il y a un petit truc. David s'énerve, prend la mouche du coche et décide de tuer tout le monde. Et je suis désolé, mais même dans le monde professionnel et militaire, l'ingratitude ne justifie pas le meurtre. C'est d'ailleurs ce que lui dira Abigaïl : que c'est totalement disproportionné comme réaction, et qu'en plus, ça risque de nuire à sa réputation de futur roi. Parce que ça voudra dire quelque chose sur sa manière de gouverner.

Alors, penchons-nous d'un peu plus près sur cette rencontre entre Abigaïl et David, et essayez de voir, quitte à comparer les personnages du livre de Samuel aux patriarches de l'Ancien Testament, si David, à ce moment précis de son histoire, ne vous fait pas penser à un autre patriarche. David avance avec quatre cents soldats pour tuer tout le monde. Tiens, comme dans Genèse chapitre 33, quand c'est Ésaü qui avance au-devant de Jacob avec une bande de quatre cents personnes. Ensuite, Abigaïl qui envoie des serviteurs puis des cadeaux au-devant de David, exactement comme Jacob avait envoyé au-devant d'Ésaü ses serviteurs et des cadeaux. Alors, on pourrait multiplier les autres ressemblances, mais l'idée est là. Dans ce passage, David est un nouvel Ésaü. Et cette fois-ci, ça ne joue pas en la faveur de David. D'ailleurs, David comme Ésaü, tous les deux étaient roux. Enfin, je ne sais pas si c'est à voir.

Alors, reprenons maintenant un tout petit peu de hauteur. Si vous regardez le chapitre précédent, il y avait David qui avait la vie d'un homme entre ses mains, Saül. Et il ne l'a pas tué. Grandeur, magnanimité de David. Et cette fois-ci, il a un autre homme entre ses mains et il veut le tuer par colère et ressentiment. Et cette fois-ci, mesquinerie maladive de David. Est-ce que c'est le même homme ? Et comment se fait-il qu'à un chapitre d'écart, deux rencontres amènent une réaction totalement différente ?

C'est parce qu'entre les deux, il s'est passé un événement particulier. Entre les deux, entre la rencontre avec Saül que David a épargné et Nabal que David a voulu tuer, il y a eu la mort de Samuel. Tant que Samuel était vivant, il y avait quelqu'un pour freiner David. Mais Samuel mort, un verrou vient de sauter. Souvenez-vous de la royauté, de ce qu'en disait Samuel : comment elle avait le pouvoir de corrompre même les meilleurs. Et ici, David ne doit le salut de son âme qu'à l'intervention quasi providentielle d'Abigaïl, qui le ramène à la raison. Il s'en est fallu de peu. Ne prenez pas ça à la légère.

Et remarquez comment la fin du chapitre insistait, sans avoir l'air, sur deux autres petits accrocs de la tunique royale de David : les femmes de David. Abigaïl qu'il prend pour femme, à la limite on comprend. Est-ce qu'il y avait besoin de nous mentionner ces deux autres femmes ? Vous regarderez.

Nous terminons par une prière dans laquelle nous demandons à Dieu la grâce d'être magnanime, et de ne pas céder à la colère, de ne pas ressentir l'injure faite au manque de gratitude.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, tu le sais. Tu connais toutes les fois où les gens nous ont manqué de gratitude. Tu connais toutes les couleuvres que nous sommes obligés d'avaler. Tu connais tous les petits coups, toutes les mesquineries qu'on nous fait. Tu connais tout ça.

Tu connais les fois où nous avons réussi, par grandeur d'âme, à passer à côté, et toutes les fois aussi où, par petitesse d'âme, nous avons succombé aux démons du ressentiment et de l'amertume.

Seigneur, nous te demandons que la voix du prophète en nous ne se taise pas, et que nous ayons toujours devant nous l'idéal de la justice, de la fermeté, mais aussi de la gratuité et de la tendresse.

Seigneur, apprends-nous à être rusés comme des serpents, mais naïfs comme des colombes. Seigneur, nous te demandons que le serpent en nous ne tue pas la colombe.

Ah, pas facile. Que le Seigneur nous aide.


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