Jour 115 ☼ — David épargne Saül : un choix surprenant
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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre cet épisode par une visite des coulisses du podcast, expliquant le travail que représentent la lecture et le commentaire quotidiens. Il lit ensuite 1 Samuel 24 : dans la grotte d'En-Guedi, David tient Saül à sa merci mais se contente de couper un pan de son manteau. Le commentaire montre la tension narrative croissante, la surinterprétation de l'onction par les hommes de David, et la solution « par le haut » que trouve David pour sauver à la fois son autorité et le caractère sacré du roi. Il s'arrête enfin sur les larmes de Saül, où se mêlent rage, frustration, peur — et cruauté.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Alors, si vous en êtes là, c'est que ce podcast, vous avez fini par l'aimer. Je vous emmène du côté des studios pour vous montrer comment est-ce qu'on vous les concocte, ces épisodes.
Alors d'abord, il y a la lecture de la Bible. C'est toujours un peu compliqué parce qu'ensuite, il faut faire les cuts, etc. Il faut être hyper attentif dans la lecture de la Bible. Vous ne vous en apercevez peut-être pas, mais dès que je décroche un petit peu, ça devient beaucoup plus plat. Donc, ça demande un gros effort d'attention. Et d'ailleurs, c'est très sympa, j'aime bien, c'est un exercice spirituel.
Et ensuite, il faut trouver un livre pour faire les commentaires, parce qu'on ne peut pas avoir des idées géniales tout seul, tout le temps. Donc là, par exemple, en ce moment, je suis dans un commentaire qui est d'Amnon Bazak, en anglais, qui est assez judaïsant, qui est très intéressant. Et c'est à partir de ça, généralement. Ça me demande une demi-heure de lecture, de réflexion, de trouver des idées. Et ensuite, pour le coup, ça me demande bien une demi-heure, parce qu'après, j'ai toujours trop de trucs à dire. C'est super compliqué, et je passe une demi-heure à enlever ce qui me paraît le moins important pour faire les commentaires.
Ce qui fait qu'en fait, votre commentaire, pour vous, ça dure cinq minutes. Pour moi, c'est au moins une heure de travail. Je ne suis pas très efficace, d'ailleurs. Bon, sachant qu'il y a deux épisodes par jour, ça veut dire des choses, de l'amour qu'on met dans ces podcasts que vous êtes en train d'entendre.
Ah ah ! Les liens pour nous soutenir et nous aider sont en bas. Ben oui, mais excusez, il faut bien que je vive. Mais j'espère que ce petit détour du côté des studios vous aura donné envie de nous aider. Enfin, vous le sentez, ce podcast, il sent la sueur.
Allez, 1 Samuel, chapitre 24.
Lecture : 1 Samuel 24
De là, David monta au refuge d'En-Guedi où il s'établit.
Or, quand Saül revint de la poursuite des Philistins, on l'en informa : « Voici que David est au désert d'En-Guedi. » Saül prit trois mille hommes choisis dans tout Israël et partit à la recherche de David et de ses gens, en face du rocher des Bouquetins. Il arriva aux parcs à moutons qui sont en bordure de la route. Il y a là une grotte où Saül entra pour se soulager. Or, David et ses hommes se trouvaient au fond de la grotte.
Les hommes de David lui dirent : « Voici le jour dont le Seigneur t'a dit : "Je livrerai ton ennemi entre tes mains, tu en feras ce que tu voudras." » David vint couper furtivement le pan du manteau de Saül. Alors, le cœur lui battit d'avoir coupé le pan du manteau de Saül. Il dit à ses hommes : « Que le Seigneur me préserve de faire une chose pareille à mon maître, qui a reçu l'onction du Seigneur : porter la main sur lui, qui est le Messie du Seigneur ! » Par ces paroles, David retint ses hommes. Il leur interdit de se jeter sur Saül.
Alors Saül quitta la grotte et continua sa route. David se leva, sortit de la grotte et lui cria : « Mon Seigneur le roi ! » Saül regarda derrière lui. David s'inclina jusqu'à terre et se prosterna.
« Pourquoi écoutes-tu les gens qui te disent : "David te veut du mal" ? Aujourd'hui même, tes yeux ont vu comment le Seigneur t'avait livré entre mes mains dans la grotte. Pourtant, j'ai refusé de te tuer, je t'ai épargné et j'ai dit : "Je ne porterai pas la main sur mon Seigneur le roi, qui a reçu l'onction du Seigneur." Regarde, père, regarde donc : voici dans ma main le pan de ton manteau. Puisque j'ai pu le couper et que pourtant je ne t'ai pas tué, reconnais qu'il n'y a en moi ni méchanceté ni révolte. Je n'ai pas commis de faute contre toi, alors que toi, tu traques ma vie pour me l'enlever. C'est le Seigneur qui sera juge entre toi et moi. C'est le Seigneur qui me vengera de toi, mais ma main ne te touchera pas. Comme dit le vieux proverbe : "Des méchants sort la méchanceté." C'est pourquoi ma main ne te touchera pas. Après qui donc le roi d'Israël s'est-il mis en campagne ? Après qui cours-tu donc ? Après un chien crevé ? Après une puce ? Que le Seigneur soit notre arbitre, qu'il juge entre toi et moi. Qu'il examine et défende ma cause, et qu'il me rende justice en me délivrant de ta main. »
Lorsque David eut fini de parler, Saül s'écria : « Est-ce bien ta voix que j'entends, mon fils David ? » Et Saül se mit à crier et à pleurer. Puis il dit à David : « Toi, tu es juste, et plus que moi. Car toi, tu m'as fait du bien, et moi, je t'ai fait du mal. Aujourd'hui, tu as montré toute ta bonté envers moi : le Seigneur m'avait livré entre tes mains et tu ne m'as pas tué. Quand un homme surprend son ennemi, va-t-il le laisser partir tranquillement ? Que le Seigneur te récompense pour le bien que tu m'as fait aujourd'hui. Je sais maintenant que tu règneras certainement et que la royauté d'Israël tiendra bon en ta main. Alors, jure-moi par le Seigneur que tu ne supprimeras pas ma descendance après moi, que tu ne feras pas disparaître mon nom de la maison de mon père. »
David le jura à Saül. Puis Saül rentra chez lui, tandis que David et ses hommes remontaient à leur refuge.
Commentaire
La rencontre au fond d'une grotte. Alors, ce n'est pas la première fois que David est poursuivi par Saül. Mais là, c'est différent, et il y a un stress encore supplémentaire. Cette fois-ci, il est au fond d'une grotte et Saül lui barre l'accès. Ça veut dire que si jamais David veut sortir de là, il va devoir passer par Saül. Est-ce que vous voyez la tension narrative du récit qui, au fur et à mesure des rencontres entre David et Saül, met David dans des situations de plus en plus désespérées ? Désespérées à tel point que, à part tuer Saül, on ne voit pas comment est-ce que David va s'en sortir.
Il y aurait une double excuse. D'abord, celle de la légitime défense. Ensuite, il y a une sombre histoire de prophétie. Verset 5, le texte vous dit : les hommes de David allèrent le voir pour lui dire : « Si, si, souviens-toi. Il y a une prophétie qui dirait que tu allais prendre la place de Saül. Donc c'est bon, tu peux y aller. Tu peux le tuer. Prends sa place. »
Les hommes de David lui dirent : « Voici le jour dont le Seigneur a dit : "Je livrerai ton ennemi entre tes mains, tu en feras ce que tu voudras." »
Sauf que, quitte à s'attacher aux détails du texte, cette prophétie, elle vient de nulle part. On n'en a jamais parlé avant. Les commentateurs disent : c'est parce que les hommes de David étaient au courant que Samuel avait conféré l'onction royale à David, et que pour eux, ça ne pouvait signifier qu'une seule chose, c'est que David allait prendre la place de Saül et allait le tuer. Parce que c'est toujours comme ça que ça se faisait, quand vous prenez la place d'un roi.
Et voyez comment est-ce que les hommes de David, ici, ont surinterprété l'onction. Ah oui, mais souvenez-vous, la bande armée de David, ce n'était pas des gens faciles à gérer. Je vous avais parlé des apirous, c'est-à-dire de mercenaires. Et puis le texte biblique vous disait : des gens endettés, des fuyards, des rescapés à l'âme amère. Et arriver à régner sur eux, ça veut déjà dire quelque chose de David. C'était probablement d'ailleurs le meilleur entraînement qu'il pouvait avoir pour régner ensuite sur Israël.
Enfin, vous le savez, on en a tous fait l'expérience : si vous obéissez trop vite à des gens vindicatifs — ça, on connaît tous — mais qui en plus ici aiment le sang, c'est eux qui vont vous aspirer et vous entraîner dans leur logique et leur spirale infernale. Donc ce qui est en jeu ici, pour David : tuer quelqu'un, ce n'est pas quelque chose qui se fait à la légère. Et puis il faut qu'il rappelle qu'il est le chef et qu'il ne leur doit rien. Ce qui est en jeu, c'est son autorité spirituelle.
Et pour rajouter à la complexité, il y a une ambiguïté, parce que si David ne tue pas Saül, il va passer pour un lâche auprès de ses hommes. Mais s'il le tue, il va aussi montrer à ses hommes que lui, David, ne considère pas le personnage du roi juif — parce qu'en ce moment, c'est Saül qui est le roi juif — il ne le considère pas comme un personnage sacré. C'est lui-même qu'il va finir par fragiliser.
Alors, comment s'en sort David ? Il s'en sort par le haut, et de manière assez géniale, en coupant furtivement un pan du manteau de Saül. Le texte ne nous dit pas comment il a réussi à le faire, mais on sait que David est un sioux. C'est pas mal, parce que, et de un, il montre aux hommes qu'il n'est pas lâche : il aurait pu le tuer, ce n'est pas parce qu'il avait peur qu'il ne l'a pas fait. Deux, ça lui donne un moyen de pression ensuite sur Saül. Trois, ça rehausse son prestige de guerrier habile dans les ruses de guerre auprès de tous ceux qui l'accompagnent. Et quatre, pour nous, en lisant le texte, ça nous rend David encore plus attachant. Vous avez entendu ?
Le cœur lui battit d'avoir coupé le pan du manteau de Saül.
Ça renforce la dimension psychologique, la tendresse et le petit cœur de David. On se dit : ah, c'est lui qu'on aime.
Ah, encore une chose, tiens, qui mérite d'être dite à la fin de ce chapitre. Je passe sur les différents détails, mais vous entendez comment est-ce que Saül, entendant la remontrance de David, se met à pleurer. Les larmes de Saül. Alors, est-ce que ce sont des larmes de crocodile ? Oui, ce sont des larmes de crocodile. Mais n'empêche, et moi je dis, Saül, c'est à la fois quelqu'un qui n'est pas intéressant et quelqu'un pour qui on ne peut pas s'empêcher d'éprouver comme un petit malaise, parce qu'il fait de la peine.
Dans les raisons pour lesquelles Saül pourrait pleurer : d'abord des pleurs de rage, de voir son ennemi encore lui échapper ; ensuite des pleurs parce que — je vous rappelle — c'est un homme possédé par un esprit mauvais, et que c'est un homme qui est profondément enfermé dans la tristesse ; et puis des pleurs parce qu'il est obligé de voir que David est supérieur à lui en toutes choses, militairement et moralement. Il ne peut plus l'ignorer.
Dans les pleurs de Saül, il y a la rage, la frustration, la tristesse, la mauvaise foi, et aussi et surtout — ça, c'est peut-être plus subtil à voir — mais il y a la peur. Il y a dans les pleurs de Saül comme un long frisson.
Écoutez à nouveau ce que Saül dit à David. Saül lui dit : « Tu es meilleur que moi, tu règneras. » Alors on se dit : bah voilà, quoi, c'est beau, enfin un mouvement du cœur et d'honnêteté. Mais tout de suite après, vous avez Saül qui lui dit : « S'il te plaît, ne détruis pas ma famille. » On pourrait se dire : bah oui, mais c'est beau, il essaye de protéger sa famille. Non, ce n'est pas ça que ça veut dire. Ce que ça veut dire, c'est qu'au moment où il réalise que David va devenir roi, il se dit que David va tuer toute sa famille. Alors qu'en fait David vient de l'épargner, donc évidemment, c'est ce qui ne va pas se faire.
Alors pourquoi est-ce que Saül crève de trouille et se dit que David va tuer toute sa famille ? Eh bien parce que lui, Saül, c'est ce qu'il aurait fait. Ce sur quoi les larmes de Saül attirent votre attention, c'est que derrière la rage, la frustration de Saül, derrière la peur et le frisson qu'il a, se cache en fait de la cruauté. Oui, il y a aussi chez cet homme de la cruauté.
Psaume 73
Pourquoi, Dieu, nous rejeter sans fin ? Pourquoi cette colère sur les brebis de ton troupeau ?
Rappelle-toi la communauté que tu as acquise dès l'origine, la tribu que tu revendiquas pour héritage, la montagne de Sion où tu fis ta demeure.
Dirige tes pas vers ces ruines sans fin : l'ennemi a tout saccagé dans le sanctuaire. Dans le lieu de tes assemblées, l'adversaire a rugi ; et là, il a planté ses insignes.
On les a vus brandir la cognée comme en pleine forêt, quand ils brisaient les portails à coups de masse et de hache. Ils ont livré au feu ton sanctuaire, profané et rasé la demeure de ton nom.
Ils ont dit : « Allons, détruisons tout ! » Ils ont brûlé dans le pays les lieux d'assemblées saintes.
Nos signes, nul ne les voit, il n'y a plus de prophètes. Et pour combien de temps ? Nul d'entre nous ne le sait.
Dieu, combien de temps blasphémera l'adversaire ? L'ennemi en finira-t-il de mépriser ton nom ? Pourquoi retenir ta main, cacher la force de ton bras ?
Pourtant, Dieu, mon roi dès l'origine, vainqueur des combats sur la face de la terre, c'est toi qui fendis la mer par ta puissance, qui fracassas les têtes des dragons sur les eaux, toi qui écrasas la tête de Léviathan pour nourrir les monstres marins, toi qui ouvris les torrents et les sources, toi qui mis à sec des fleuves intarissables.
À toi le jour, à toi la nuit, toi qui ajustas le soleil et les astres, c'est toi qui fixas les bords de la terre, l'hiver et l'été, c'est toi qui les formas.
Rappelle-toi : l'ennemi a méprisé ton nom, un peuple de fous a blasphémé le Seigneur. Ne laisse pas la bête égorger ta tourterelle, n'oublie pas sans fin la vie de tes pauvres.
Regarde vers l'Alliance : la guerre est partout, on se cache dans les cavernes du pays. Que l'opprimé échappe à la honte, que le pauvre et le malheureux chantent ton nom.
Lève-toi, Dieu, défends ta cause. Rappelle-toi ces fous qui blasphèment tout le jour. N'oublie pas les vacarmes que font tes ennemis, la clameur de l'ennemi qui monte sans fin.
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