Jour 120 ☾ — David fidèle à son amitié avec Jonathan
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 9 et 10 du deuxième livre de Samuel, le frère Paul-Adrien lit le récit de la recherche d'un survivant de la maison de Saül, l'accueil de Méphibocheth le boiteux à la table du roi, puis l'affront fait aux ambassadeurs de David par Hanoun l'Ammonite et les campagnes contre les Ammonites et les Araméens. Le commentaire montre le lien entre ces deux épisodes : dans les deux cas David veut honorer la mémoire d'un père et manifester le hesed, cette fidélité tendre et gratuite qui fait le grand roi. Le frère souligne la détresse de Méphibocheth, l'ironie de son invitation à Jérusalem, et propose deux lectures possibles du geste de David — générosité sincère ou calcul politique. L'épisode s'achève par une prière pour les personnes en situation de handicap.
Introduction
Dans notre série sur les rois en Israël, une saison s'achève, qui a vu David s'installer à Jérusalem, roi sur tout Israël. Une nouvelle saison commence, qui pour nous va commencer de manière douce et paisible, avec un souvenir de l'amitié de Jonathan. Profitez-en, ça ne va pas durer. Deuxième livre de Samuel, chapitres 9 et 10.
Lecture : 2 Samuel 9-10
David demanda : « Existe-t-il encore un survivant de la maison de Saül, que je puisse traiter avec fidélité en souvenir de Jonathan ? » Or, la maison de Saül avait un serviteur nommé Siba. On le convoqua chez David, et le roi lui demanda : « Est-ce bien toi, Siba ? » Il répondit : « C'est moi, ton serviteur. » Le roi lui dit : « N'y a-t-il plus personne de la maison de Saül que je puisse traiter avec la fidélité de Dieu ? » Siba dit au roi : « Il y a encore un fils de Jonathan, perclus des deux pieds. » « Où est-il donc ? » lui demanda le roi. Siba répondit au roi : « Dans la maison de Makir, fils d'Ammiel, à Lo-Debar. »
Le roi David envoya le chercher, et on le ramena de la maison de Makir, fils d'Ammiel, de Lo-Debar. Méphibocheth, fils de Jonathan, fils de Saül, arriva auprès de David. Tombant face contre terre, il se prosterna. David lui dit : « Méphibocheth. » Il répondit : « Voici ton serviteur. » David lui déclara : « N'aie aucune crainte. Je veux te traiter avec fidélité, en souvenir de ton père Jonathan. Je te restituerai toutes les terres de Saül, ton aïeul, et toi, désormais, tu prendras tous tes repas à ma table. » Méphibocheth se prosterna et dit : « Qu'est-ce donc que ton serviteur, pour que tu tournes ton visage vers un chien crevé tel que moi ? »
Le roi convoqua Siba, serviteur de Saül, et lui dit : « Tout ce qui appartient à Saül et à l'ensemble de sa maison, je le donne à Méphibocheth, le fils de ton maître. Pour lui, tu cultiveras la terre, toi, tes fils et tes serviteurs. Tu en apporteras le produit qui servira de nourriture pour la maison de ton maître, et ils mangeront. Quant à Méphibocheth, le fils de ton maître, il prendra tous ses repas à ma table. » Or, Siba avait quinze fils et vingt serviteurs. Siba dit au roi : « Ton serviteur agira selon tout ce que mon seigneur le roi lui a ordonné. » Méphibocheth mangeait à la table de David comme l'un des fils du roi.
Méphibocheth avait un jeune fils appelé Mika. Tous ceux qui habitaient la maison de Siba étaient au service de Méphibocheth. Méphibocheth résidait à Jérusalem, puisqu'il prenait tous ses repas à la table du roi. Il boitait des deux pieds.
Voici ce qui arriva ensuite. Le roi des fils d'Ammon mourut, et son fils Hanoun régna à sa place. David dit alors : « Je traiterai Hanoun, fils de Nahash, avec la fidélité que son père a montrée envers moi. » Et David, par l'intermédiaire de serviteurs, lui envoya des condoléances au sujet de son père.
Les serviteurs de David arrivèrent au pays des fils d'Ammon. Mais les princes des Ammonites dirent à Hanoun, leur seigneur : « Penses-tu que c'est bien pour honorer ton père que David t'envoie des porteurs de condoléances ? N'est-ce pas plutôt en vue d'explorer la ville, pour l'espionner et la détruire, que David a envoyé ses serviteurs auprès de toi ? » Alors Hanoun se saisit des serviteurs de David, leur fit raser la moitié de la barbe et couper les vêtements à mi-hauteur, jusqu'aux fesses. Puis il les renvoya. On en informa David, qui envoya quelqu'un à leur rencontre, car ces hommes étaient en pleine confusion. Le roi leur fit dire : « Restez à Jéricho jusqu'à ce que votre barbe ait repoussé, ensuite vous reviendrez. »
Les fils d'Ammon virent bien qu'ils s'étaient rendus odieux à David. Alors ils envoyèrent prendre à leur solde les Araméens de Beth-Rehob et ceux de Çoba, soit vingt mille fantassins, avec mille hommes du roi de Maaka et douze mille hommes de Tob. À cette nouvelle, David envoya Joab avec toute l'armée des guerriers. Les fils d'Ammon firent une sortie et se rangèrent en ordre de bataille devant la porte de la ville, tandis que les Araméens de Çoba et de Rehob, les hommes de Tob et de Maaka, se tenaient à l'écart, en rase campagne.
Lorsque Joab vit que le front de combat était à la fois devant et derrière lui, il choisit parmi toute l'élite d'Israël des hommes qu'il rangea face aux Araméens. Il confia le reste de la troupe à son frère Abishaï, qui se rangea face aux fils d'Ammon. Joab lui dit : « Si les Araméens sont plus forts que moi, tu viendras à mon secours. Et si les fils d'Ammon sont plus forts que toi, j'irai te secourir. Sois fort ! Montrons-nous forts pour notre peuple, pour les villes de notre Dieu, et le Seigneur fera ce qui est bon à ses yeux. » Joab se lança pour combattre les Araméens, qui s'enfuirent devant lui. Quand les fils d'Ammon virent que les Araméens s'étaient enfuis, ils prirent la fuite devant Abishaï et rentrèrent dans la ville. Joab s'en revint de la guerre contre les fils d'Ammon et rentra à Jérusalem.
Les Araméens, se voyant battus par Israël, regroupèrent toutes leurs forces. Hadadézer envoya des messagers pour faire venir les Araméens d'au-delà de l'Euphrate. Ceux-ci arrivèrent à Hélam, avec à leur tête Shobak, chef de l'armée de Hadadézer. David en fut informé. Il rassembla tout Israël, passa le Jourdain et parvint à Hélam. Les Araméens se rangèrent en face de David et engagèrent la bataille contre lui. Mais les Araméens s'enfuirent devant Israël. David massacra parmi les Araméens sept cents attelages et quarante mille cavaliers. Il frappa Shobak, le chef de leur armée, et c'est là que celui-ci mourut. Et quand tous les rois qui servaient Hadadézer se virent battus par Israël, ils firent la paix avec Israël et passèrent à son service. Et désormais, les Araméens eurent peur de porter secours aux fils d'Ammon.
Commentaire
Vous avez entendu deux épisodes : l'un avec Méphibocheth le boiteux, et l'autre avec les Ammonites. Quel est le lien qui unit ces deux épisodes ? Eh bien, dans les deux cas, il s'agit de rendre honneur à un père. Derrière Méphibocheth, il y a le souvenir de Jonathan et de son amitié. Et derrière Hanoun l'Ammonite, il y a l'ancien roi Nahash qui, dit le texte, avait été bon envers David.
Alors, c'est un peu curieux, parce que Nahash, c'est ce roi dont on avait parlé dans le premier livre de Samuel, qui avait menacé de réduire en esclavage tous les habitants de Yabesh de Galaad. Mais il faut croire que c'est un roi qui a été bon envers David. Il faut croire que l'histoire ne s'est pas arrêtée là et qu'à un moment donné, Nahash avait montré une bonté envers David, probablement quand il était pourchassé par Saül. Nahash, ennemi de Saül, avait dû se dire : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis », et avait noué une alliance avec David.
Bref, dans les deux cas, il s'agit pour David d'honorer la mémoire des défunts et de montrer, dit le texte, de la fidélité — en hébreu, hesed, H-E-S-E-D — de la grâce, de la tendresse, de la bienveillance. On pourrait encore appeler ça la magnificence, cette noblesse de cœur qui fait que non seulement vous êtes un roi, mais vous êtes même un grand roi.
Dans un cas, avec Méphibocheth, cette tendresse sera reconnue. Dans l'autre cas, avec les fils d'Ammon, cette tendresse ne sera pas reconnue. Mais vous voyez, c'est ce que vous dira Jésus : « Soyez semblables à votre Père, lui qui fait lever son soleil sur les hommes bons comme sur les hommes mauvais, et qui fait descendre la pluie sur les justes comme sur les injustes. » Là où David, c'est plus qu'un roi, c'est un modèle pour nous, qui voulons, si jamais je puis dire, régner dans nos maisons à la manière de ce roi juste et bon. Cette générosité, cette gratuité qui fait que les hommes s'attachent à vous.
L'histoire avec Méphibocheth est particulièrement poignante. Méphibocheth, dans le livre des Chroniques, il s'appellera Meribbaal, de la même manière que le fils de Saül s'appelait Ish-Bocheth ou bien Ish-Baal. En fait, Baal, qui était le nom de la divinité cananéenne, était parfois transformé — me disent mes notes de bas de page — en « bocheth », qui veut dire « honte », parce qu'avoir dans son prénom le nom de Baal, quand on est juif, ça la fout mal, si jamais je puis dire. Sauf que ça veut dire aussi des choses sur la famille de Saül, où manifestement, ça ne dérangeait pas le père d'appeler ses fils ou ses petits-fils Baal. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit sur son rapport à la religion.
En attendant, David se souvient de la promesse qu'il avait faite à Jonathan. Ouais, c'est plutôt… on a le sentiment qu'il cherche un prétexte pour montrer sa générosité. Il trouve Méphibocheth, qui s'était réfugié à Lo-Debar, qui, paraît-il, était une ville extrêmement éloignée de David — puisqu'il devait avoir peur de David — dans un lieu aride. Enfin, vraiment, il s'était mis à un endroit où personne ne pouvait l'atteindre.
C'est un homme frappé par le malheur. Et il est touchant, parce que vous voyez, quand il monte à Jérusalem, déjà, c'est le boiteux qui monte à Jérusalem, ce qui contraste avec David qui est arrivé à Jérusalem en dansant. Et il se met à genoux devant David. Alors, quand vous êtes boiteux et perclus, vous mettre à genoux, c'est quelque chose qui vous fait souffrir. Ça vous montre toute la détresse de cet homme qui se demande quand est-ce qu'il va être tué. Mais vous voyez comment David l'appelle par son prénom — ça, c'est très beau — et l'invite à sa table. Ce qui est assez ironique, quand on sait que deux chapitres auparavant, il y avait écrit que « n'entreront à Jérusalem ni les boiteux, ni les estropiés, parce que David les haïssait ».
Sauf que, vous voyez, de manière intéressante, ce passage-là, vous pouvez aussi le lire de manière totalement différente. Vous pouvez vous le dire un peu en realpolitik : David va avoir Méphibocheth à côté de lui pour le surveiller, pour vérifier qu'il n'y ait pas un rival. Ou bien vous pourriez encore vous dire : c'est une manière de le garder en otage, pour que les tribus qui restent attachées à la famille de Saül respectent David, parce qu'il a pouvoir de vie et de mort sur Méphibocheth. Donc vous pouvez avoir une lecture pour montrer la bonté de David, ou au contraire pour vous montrer ses manipulations. C'est vous qui choisissez.
Dans le texte, il n'y a rien qui permet de douter de la sincérité de David. Mais je trouve ça intéressant de vous signaler les deux interprétations possibles, parce qu'en fait, selon que vous allez choisir l'une ou que vous allez choisir l'autre, ça va peut-être en dire plus long sur vous que sur le texte. En tout cas, pour le texte, David montre là l'homme de cœur qu'il est.
Nous terminons avec notre prière. Je vous propose de prier, bah tiens, avec Méphibocheth, pour les personnes en situation de handicap.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Tout-Puissant, toi qui es fidèle, toi qui es bon, aujourd'hui, nous te prions pour tous ceux qui, comme Méphibocheth, portent sur leur corps et dans leur cœur une souffrance, une blessure, une faiblesse.
Tu n'oublies jamais ce que le monde met de côté, et tu cherches ceux qui sont tombés, ceux qui se croient oubliés, comme David qui a cherché le fils de Jonathan pour lui rendre sa dignité. Pas pour le rejeter, mais pour l'asseoir à sa table. Pas pour l'humilier, mais pour lui montrer sa tendresse.
Seigneur, nous te demandons que tous ceux qui portent un handicap trouvent auprès de toi et auprès de nous un refuge et une force. Que la société apprenne à les accueillir avec bienveillance, et que nous puissions reconnaître en chacun d'eux une richesse unique.
Donne-leur, Seigneur, la patience face aux obstacles du quotidien, et l'espérance qui ne déçoit jamais.
Nous te demandons qu'un jour, eux aussi puissent s'asseoir, comme Méphibocheth s'est assis à la table de David, qu'eux aussi puissent un jour s'asseoir à la grande table de ton Royaume, où toute infirmité sera guérie et toute larme essuyée.
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