Jour 120 ☼ — Dieu refuse un temple, mais fait une promesse
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Résumé : David, enfin installé dans sa maison de cèdre et délivré de ses ennemis, veut construire un temple pour l'Arche de Dieu. Par la bouche du prophète Nathan, Dieu refuse : ce n'est pas David qui lui bâtira une maison, mais lui qui bâtira à David une maison, une descendance et un trône stable pour toujours. Le frère Paul-Adrien montre que Dieu ne veut pas d'un royaume militaire mais d'un empire liturgique, et situe l'alliance davidique — première alliance inconditionnelle et éternelle — dans la série des alliances noachique, abrahamique et mosaïque, jusqu'à son accomplissement en Jésus, fils de David.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. David a ramené l'Arche de Dieu à Jérusalem. Comment va se passer la cohabitation ? 2 Samuel, chapitres 7 et 8.
Lecture : 2 Samuel 7-8
Le roi habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l'entouraient. Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde, j'habite dans une maison de cèdre, mais l'Arche de Dieu habite sous un abri de toile. » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l'intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. »
Mais cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtirais une maison pour que moi j'y habite ? Depuis le jour où j'ai fait monter d'Égypte les fils d'Israël et jusqu'à ce jour, je n'ai jamais habité dans une maison. J'ai été comme un voyageur sous la tente qui était ma demeure. Pendant tout le temps où j'étais comme un voyageur parmi tous les fils d'Israël, ai-je demandé à un seul des juges que j'avais institué pasteur de mon peuple Israël : Pourquoi ne m'avez-vous pas bâti une maison de cèdre ?
Tu diras donc à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : C'est moi qui t'ai pris au pâturage derrière le troupeau pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J'étais avec toi partout où tu es allé. Devant toi, j'ai abattu tous tes ennemis. Je t'ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël. Je l'y planterai. Il s'y établira et ne tremblera plus. Et les méchants ne viendront plus l'humilier comme ils l'ont fait autrefois, depuis le jour où j'ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. Oui, je t'ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis.
Le Seigneur t'annonce qu'il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C'est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils. S'il fait le mal, je le corrigerai avec le bâton, à la manière humaine. Je le frapperai comme font les hommes. Mais ma fidélité ne lui sera pas retirée, comme je l'ai retirée à Saül que j'ai écarté de devant toi. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi. Ton trône sera stable pour toujours. »
Toutes ces paroles, toute cette vision, Nathan les rapporta fidèlement à David.
David vint s'asseoir en présence du Seigneur et il dit : « Qui suis-je donc, Seigneur ? Et qu'est-ce que ma maison pour que tu m'aies conduit jusqu'ici ? Mais cela ne te paraît pas encore suffisant, Seigneur ? Et tu adresses une parole à la maison de ton serviteur pour un avenir lointain ? Est-ce là, Seigneur Dieu, la destinée de l'homme ? Qu'est-ce que David pourrait encore ajouter à ces paroles ? Toi, Seigneur, tu connais ton serviteur. À cause de ta parole et selon ton cœur, tu as accompli toute cette grande action pour instruire ton serviteur.
Ainsi, tu es grand, Seigneur Dieu. Oui, tu es sans égal, et il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, d'après tout ce que nous avons entendu de nos oreilles. Est-il sur la terre une seule nation comme ton peuple, comme Israël ? Ce peuple, Dieu est allé le libérer pour qu'il devienne son peuple, pour lui faire un nom. Il a accompli pour vous cette grande action. Tu as fait pour ton pays des choses redoutables. Et tu l'as fait à cause de ton peuple que tu as libéré d'Égypte, de cette nation et de ses dieux. Pour toi, tu as établi à jamais ton peuple, Israël. Et toi, Seigneur, tu es devenu son Dieu.
Maintenant donc, Seigneur Dieu, la parole que tu as dite au sujet de ton serviteur et de sa maison, tiens-la pour toujours, et agis selon ce que tu as dit. Que ton nom soit exalté pour toujours. Que l'on dise : le Seigneur de l'univers est le Dieu d'Israël. Et la maison de ton serviteur David sera stable en ta présence. Oui, c'est toi, Seigneur de l'univers, Dieu d'Israël, qui as fait cette révélation à ton serviteur : Je te bâtirai une maison. C'est pourquoi ton serviteur ose t'adresser cette prière. Seigneur, c'est toi qui es Dieu. Tes paroles sont vérité. Et tu as fait cette magnifique promesse à ton serviteur. Daigne bénir la maison de ton serviteur afin qu'elle soit pour toujours en ta présence. Car toi, Seigneur Dieu, tu as parlé. Et par ta bénédiction, la maison de ton serviteur sera bénie pour toujours. »
Voici ce qui arriva ensuite. David battit les Philistins, les soumit et les priva de leur hégémonie. Il battit les gens de Moab et, les ayant couchés à terre, il les mesura au cordeau : deux cordeaux à destiner à la mort et un plein cordeau à laisser en vie. Alors Moab fut asservi à David et paya tribut.
David battit Hadadézer, fils de Réob, roi de Soba, lorsqu'il s'apprêtait à rétablir son pouvoir sur l'Euphrate. David lui prit mille sept cents cavaliers et vingt mille fantassins. Il fit couper les jarrets de tous les attelages et n'en laissa qu'une centaine. Les Araméens de Damas vinrent au secours de Hadadézer, roi de Soba, mais David battit vingt-deux mille hommes parmi les Araméens. Puis David établit des postes de garde chez les Araméens de Damas. Aram fut asservi à David et paya tribut. En tout lieu où allait David, le Seigneur lui donnait la victoire. David prit les carquois en or appartenant aux serviteurs de Hadadézer et les emporta à Jérusalem. À Bèta et à Bérothaï, villes de Hadadézer, le roi David prit du bronze en grande quantité.
Lorsque Toï, roi de Hamath, apprit que David avait battu toute l'armée de Hadadézer, il envoya son fils Joram auprès du roi David pour le saluer et le féliciter d'avoir fait la guerre à Hadadézer et de l'avoir battu. Hadadézer, en effet, était constamment en guerre avec Toï. Joram apporta des objets en argent, en or et en bronze. Le roi David les consacra au Seigneur, comme il avait consacré l'argent et l'or venant de toutes les nations qu'il avait assujetties : Aram, Moab, les fils d'Ammon, les Philistins, Amalec, sans compter ceux qui provenaient du butin de Hadadézer, fils de Réob, roi de Soba.
David se fit un nom en revenant d'avoir abattu Édom et ses dix-huit mille hommes dans la vallée du Sel. Il établit des postes de garde en Édom. Il en établit dans tout le pays. Tous les gens d'Édom furent asservis à David. En tout lieu où allait David, le Seigneur lui donnait la victoire.
David régna sur tout Israël, faisant droit et justice à tout son peuple. Joab, fils de Sarouya, commandait l'armée. Josaphat, fils d'Ahiloud, était archiviste. Sadoc, fils d'Ahitoub, et Ahimélek, fils d'Abiatar, étaient prêtres. Seraya était secrétaire. Benaïa, fils de Yoyada, commandait les Kérétiens et les Pélétiens. Et les fils de David étaient prêtres.
Commentaire
Remarquez le ton solennel du début de ce chapitre :
Le roi habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l'entouraient.
Il y a là quelque chose de l'ordre de la création, et de la création achevée. Parce que le Seigneur qui accorde la tranquillité — sous-traduction : le Seigneur qui accorde le repos, le sabbat — c'est le Seigneur qui accorde le repos après l'œuvre achevée, Genèse chapitre 2. Oui, bâtir un royaume, c'est déjà recréer le monde. Et quoi de plus beau, maintenant, pour le repos sabbatique, que de vaquer aux œuvres du Seigneur, ce qui prend ici la forme d'ériger un temple ?
Et la réponse extraordinaire du prophète : « Va, Dieu est avec toi, tout ce que tu as l'intention de faire, fais-le. » On a l'impression de lire du saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. » Le roi David est parvenu au sommet de la maturité et de la possession de ses moyens, et Dieu lui fait confiance. Bon, après, d'accord, la réponse va être précisée dans un autre sens, mais ça ne doit pas vous faire oublier la beauté de ce qui vient d'être dit.
Dans la deuxième réponse, vous avez Dieu qui rappelle que lui, il aime habiter une tente. Ce qui nous ramène aux jours bénis de l'Exode dans le désert. La véritable fondation du royaume d'Israël, elle n'est pas à Jérusalem, elle est dans l'Exode.
Et puis, deuxième chose à laquelle Dieu est particulièrement attentif : il ne veut pas régner à la manière des autres nations. Ce n'est pas toi qui me construiras un temple, parce que tu as versé trop de sang. Ce n'est pas qu'il en veuille à David d'avoir fait la guerre, il n'avait pas le choix, mais ça veut dire que Dieu est particulièrement attentif au fait que, non : toutes les nations aux alentours, c'est par le sang qu'elles conquièrent des territoires, mais lui, Dieu, il n'entend pas fonder un royaume militaire. Ce qu'il entend fonder, c'est ce qu'on qualifiera plus tard d'empire liturgique. Et vous voyez, ce Dieu de l'Ancien Testament que l'on dépeint volontiers comme vindicatif et violent, c'est ce même Dieu qui s'avère ici étonnamment non violent et pacifique.
Ensuite, bon, Dieu ne peut pas s'empêcher de faire la leçon à David, et il lui rappelle qu'il ne faut pas tout mélanger. Ce n'est pas David qui lui construit une maison, c'est lui, Dieu, qui lui construit un royaume. Voilà, on rappelle qui est le chef. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que David trouve grâce aux yeux de Dieu : parce que David accepte la leçon. Il agit moins comme un roi que comme un vice-roi. Il fait attention à respecter les intermédiaires, les prophètes. Il fait attention à donner à Dieu une maison — alors Dieu veut autre chose, très bien, mais il accepte. Et là, quand Dieu voit ça, eh bien, il craque. Et pour David, c'est le jackpot.
Et ça vous donne ce chapitre essentiel pour tout le peuple juif et pour les chrétiens, ce chapitre où Dieu fait alliance avec David : « Je serai pour toi un père et tu seras pour moi un fils. » Et c'est ce qu'on appelle l'alliance davidique, qui vous amènera jusqu'à Jésus, fils de David.
Ça vaut le coup, à mon avis, de s'arrêter ici deux secondes, parce que c'est une étape vraiment cruciale, et de la comparer aux alliances qui ont déjà été passées. L'alliance avec Moïse était une alliance conditionnelle : je serai votre Dieu, vous serez mon peuple, si vous respectez mes lois. Si vous respectez mes lois, il y aura des bénédictions ; si vous ne respectez pas mes lois, vous partirez en déportation. Et là, c'est une alliance inconditionnelle. Je vous relis :
S'il fait le mal, je le corrigerai avec le bâton, à la manière humaine. Je le frapperai comme font les hommes. Mais ma fidélité ne lui sera pas retirée. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi. Ton trône sera stable pour toujours.
Vous avez ici une alliance éternelle, inconditionnelle. Ça, c'est totalement nouveau. Vous avez eu l'alliance noachique, l'alliance abrahamique, l'alliance mosaïque, et là, l'alliance davidique. C'est la dernière alliance de l'Ancien Testament. Même si on pourrait toujours dire que c'est la même qui est approfondie.
Et de fait, elle est approfondie en même temps que ça se rétrécit. Elle est approfondie parce que là, on passe d'une alliance conditionnelle à une alliance éternelle. Et en même temps, ça se rétrécit, parce qu'avec Noé, c'était la terre entière ; avec Abraham, c'était un peuple ; avec Moïse, c'était une nation ; et là, maintenant, c'est une famille qui est bénie. Ultimement, ça culminera dans un homme, Jésus. Et cette fois-ci, on passera de l'éternité à la miséricorde. De l'éternité à la miséricorde et à la résurrection.
Psaume 78
Dieu, les païens ont envahi ton domaine. Ils ont souillé ton temple sacré et mis Jérusalem en ruine. Ils ont livré les cadavres de tes serviteurs en pâture aux rapaces du ciel, et la chair de tes fidèles aux bêtes de la terre. Ils ont versé le sang comme l'eau aux alentours de Jérusalem. Les morts restaient sans sépulture.
Nous sommes la risée de nos voisins, la fable et le jouet de l'entourage. Combien de temps, Seigneur, durera ta colère, et brûlera le feu de ta jalousie ?
Déverse ta fureur sur les païens qui ne t'ont pas reconnu, sur les royaumes qui n'invoquent pas ton nom, car ils ont dévoré Jacob et ravagé son territoire.
Ne retiens pas contre nous les péchés de nos ancêtres. Que nous vienne bientôt ta tendresse, car nous sommes à bout de force. Aide-nous, Dieu notre Sauveur, pour la gloire de ton nom. Délivre-nous et efface nos fautes, pour la cause de ton nom.
Pourquoi laisser dire aux païens : « Où donc est leur Dieu ? » Que les païens, sous nos yeux, le reconnaissent : il sera vengé, le sang versé de tes serviteurs.
Que monte en ta présence la plainte du captif. Ton bras est fort : épargne ceux qui doivent mourir. Rends à nos voisins, sept fois en plein cœur, l'outrage qu'ils t'ont fait, Seigneur Dieu.
Et nous, ton peuple, le troupeau que tu conduis, sans fin nous pourrons te rendre grâce, et d'âge en âge proclamer ta louange.
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