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Jour 119 ☾ — L'Arche arrive à Jérusalem… mais ça tourne mal

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Résumé : Après la conquête de Jérusalem, David veut faire de sa nouvelle capitale une capitale religieuse en y transférant l'Arche de l'Alliance — mais le transfert tourne mal et Ouzza meurt sur place. Le frère Paul-Adrien montre que l'incident n'est pas un caprice divin : l'Arche est transportée à la manière des idoles païennes, sur un chariot tiré par des bœufs, au mépris des prescriptions du Lévitique. Derrière l'abus liturgique se cache un abus de pouvoir : David découvre que sa royauté ne lui donne pas la main sur Dieu. Le commentaire s'achève sur Michal, ses circonstances atténuantes et l'amertume dans laquelle elle s'enfonce, puis sur une prière de pardon pour toutes les fois où nous traitons Dieu trop à la légère.

Introduction

2 Samuel chapitre 6. Maintenant que l'on a conquis Jérusalem, il convient de l'établir comme capitale et d'en faire une capitale religieuse. Quoi de mieux pour cela que d'y faire monter l'Arche de l'Alliance ? Oui, mais ça ne se passe pas tout à fait comme prévu.

Lecture : 2 Samuel 6

David rassembla encore toute l'élite d'Israël, trente mille hommes, puis il se mit en route. Avec tout le peuple qui l'accompagnait, il partit de Baalé-Juda pour en faire monter l'Arche de Dieu, sur laquelle est invoqué un nom, le nom du Seigneur des armées qui siège sur les Kéroubim.

On chargea l'Arche de Dieu sur un chariot neuf, et on l'emmena depuis la maison d'Abinadab, située sur la colline. Ouzza et Ahio, les fils d'Abinadab, conduisaient le chariot avec l'Arche de Dieu. Or, Ahio marchait devant l'Arche.

David et toute la maison d'Israël dansaient devant le Seigneur, au son des instruments en bois de cyprès, cithares et harpes, des tambourins, des cistres et des cymbales.

Comme on arrivait à l'aire de Nakon, Ouzza étendit la main vers l'Arche de Dieu et la retint, car les bœufs la faisaient verser. Alors la colère du Seigneur s'enflamma contre Ouzza. Dieu le frappa sur place pour ce comportement. Ouzza mourut là, près de l'Arche de Dieu.

David fut irrité de ce que le Seigneur avait ouvert une brèche parmi les siens en frappant Ouzza, et on appela ce lieu Pèrès-Ouzza, c'est-à-dire brèche d'Ouzza, nom qu'il a gardé jusqu'à ce jour.

David eut peur du Seigneur ce jour-là et dit : « Comment l'Arche du Seigneur pourrait-elle rentrer chez moi ? » David renonça donc à transférer chez lui, dans la cité de David, l'Arche du Seigneur, mais il la dévia vers la maison d'Obed-Édom, le Guittite. L'Arche du Seigneur resta pendant trois mois dans la maison d'Obed-Édom, le Guittite, et le Seigneur bénit Obed-Édom ainsi que toute sa maison.

On rapporta au roi David : « Le Seigneur a béni la maison d'Obed-Édom et tout ce qui lui appartient à cause de l'Arche de Dieu. » David partit alors et fit monter l'Arche de Dieu de la maison d'Obed-Édom jusqu'à la cité de David, au milieu des cris de joie. Quand les porteurs de l'Arche eurent avancé de six pas, il offrit en sacrifice un taureau et un veau gras.

David, vêtu d'un pagne de lin, dansait devant le Seigneur, en tournoyant de toutes ses forces. David et tout le peuple d'Israël firent monter l'Arche du Seigneur parmi les ovations, au son du cor.

Or, comme l'Arche du Seigneur rentrait dans la cité de David, Michal, fille de Saül, se pencha par la fenêtre. Elle vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur. Dans son cœur, elle le méprisa.

Ils amenèrent donc l'Arche du Seigneur et l'installèrent à sa place, au milieu de la tente que David avait dressée pour elle. Puis il offrit devant le Seigneur des holocaustes et des sacrifices de paix. Quand David eut achevé d'offrir les holocaustes et les sacrifices de paix, il bénit le peuple au nom du Seigneur des armées. Il fit une distribution à tout le peuple, à la foule entière des Israélites, hommes et femmes, pour chacun une galette de pain, un morceau de rôti et un gâteau de raisins. Ensuite, tout le monde s'en retourna chez soi.

Alors que David revenait pour bénir sa maisonnée, Michal, fille de Saül, sortit à sa rencontre et dit : « Ah, comme il s'est honoré aujourd'hui, le roi d'Israël, lui qui s'est découvert aux yeux des servantes de ses esclaves, comme se découvrirait un homme de rien ! »

David dit à Michal : « Devant le Seigneur, lui qui m'a choisi de préférence à ton père et à toute sa maison, pour m'instituer chef sur Israël, sur le peuple du Seigneur, oui, je danserai devant le Seigneur. Je me déshonorerai encore plus que cela, et je serai abaissé à mes propres yeux, mais auprès des servantes dont tu parles, auprès d'elles je serai honoré. »

Et jusqu'au jour de sa mort, Michal, fille de Saül, n'eut pas d'enfant.

Commentaire

Un chapitre comme on les aime, avec Dieu qui tout d'un coup éclate de colère et qui tue un innocent au passage. Allez hop là ! Victime collatérale. On se dit : « Waouh ! Mais comment ça se fait que ce soit la même Bible qui nous dit dans le Nouveau Testament "Dieu est amour" et qui là tue un innocent ? Il est où le lien ? » Eh bien, c'est à ça que ça sert, les études bibliques.

Alors, avant d'aller dans le détail du texte, il y a quand même une chose qui mérite d'être dite. C'est que ce n'est pas parce que Dieu est amour qu'il faut l'apprivoiser trop vite, tout de suite, en en faisant une sorte d'animal de compagnie. L'amour de Dieu est quelque chose qui nous échappe, quelque chose qui nous transcende, quelque chose qui est à la fois merveilleux, beau et effrayant. Merveilleux parce qu'il nous attire et qu'on se sent compris ; effrayant parce que c'est une sainteté pure qui intègre en elle la colère contre l'injustice en même temps que la pitié devant la détresse. Enfin, l'amour de Dieu est un mystère. La transcendance de Dieu et l'amour de Dieu, ce n'est pas la petite maison dans la prairie. Y'en a marre !

Enfin, le livre du Lévitique dit noir sur blanc que ce sont des lévites qui doivent transporter à dos d'hommes l'Arche de l'Alliance, et on a passé tout le livre du Lévitique à vous expliquer comment la sainteté de Dieu était comme une centrale nucléaire qui risquait d'exploser à tout moment, et que c'était pour ce pouvoir-là que l'Arche de l'Alliance a été utilisée dans un cadre militaire. Donc, si vous voulez, Dieu ne prend personne en traître. Bon, voilà, j'ai poussé mon coup de gueule.

Remontons maintenant dans le texte et voyons ce que ça veut dire dans le détail. Eh bien, il y a plein de petites ambiguïtés dans le détail. David va chercher l'Arche avec trente mille hommes. Alors, petit clin d'œil : ces trente mille hommes, c'était le nombre de tués que les Philistins avaient infligés à Israël quand ils avaient capturé l'Arche de l'Alliance. Il y a peut-être un clin d'œil. N'empêche qu'en attendant, c'est avec une véritable armée que David vient chercher l'Arche. Alors, c'est pour solenniser l'occasion, c'est aussi pour éviter toute tentative de raid des Philistins qui voudraient s'emparer de l'Arche. N'empêche qu'il y a quand même une ambiguïté, parce que, ben, normalement, c'est l'Arche de l'Alliance qui protège l'armée, et c'est pas le contraire.

Deuxième ambiguïté. On vous dit que l'Arche de l'Alliance va être tirée par des bœufs. Le texte a soin de vous préciser que ça va être un attelage conçu pour l'occasion, un chariot neuf, un attelage sacré. On dira : par respect de la part de Dieu. Sauf que l'Arche de l'Alliance tirée par des bœufs, ça ressemble pour le coup furieusement à la manière dont les Philistins avaient transporté l'Arche de l'Alliance. Alors, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que David va utiliser l'Arche de l'Alliance comme les nations utilisaient leur propre idole ? Eh bien, il y a méprise sur la marchandise. Dieu n'entend pas être une idole parmi d'autres.

D'ailleurs, pour enfoncer le clou, ce n'est pas du tout comme ça que la Torah stipulait qu'il fallait transporter l'Arche de l'Alliance. Dans la Torah, on l'a vu, c'est le livre du Lévitique : il devait y avoir dans l'Arche de l'Alliance des anneaux sur le côté, dans lesquels on faisait passer des bâtons d'acacia, de mémoire, et ensuite on devait transporter l'Arche à dos et à épaules d'hommes. Eh bien, Dieu ne veut pas être transporté par des bœufs, il veut être transporté par des hommes. Et vous sentez que derrière, il y a toute une dimension mystique. Et la question que cela pose, c'est : qui est le chef ici ? Moïse, il a servi à quoi ? Et, si jamais, pour ne pas être mal interprété, je dirais : est-ce que la Torah s'est faite pour les petits cochons ?

Cette question du transport de l'Arche de l'Alliance, elle n'est pas anecdotique. Derrière, c'est : est-ce que l'Arche de l'Alliance va être traitée comme une idole païenne ? Est-ce que le fait qu'il y ait une alliance entre Dieu et les hommes, que Dieu s'intéresse aux hommes pour être transporté dans leur cœur, ça veut dire quelque chose ? Est-ce que Moïse, le Lévitique, tout ça, c'est encore d'une utilité ? Et est-ce que David peut faire ce qui lui plaît avec l'Arche de l'Alliance ?

Et c'est dans ce contexte-là qu'il faut comprendre l'incident avec Ouzza. C'est Dieu qui rappelle qu'il est une personne, qu'on ne le traite pas n'importe comment, qu'il y a tout le livre du Lévitique pour expliquer comment ça devait être fait, et que c'est lui, c'est lui, Dieu, qui est le roi.

Vous allez me dire : c'est le pauvre Ouzza qui s'en prend plein la figure, alors qu'il s'était gentiment proposé pour transporter l'Arche de l'Alliance. Oui et non. Si déjà l'Arche de l'Alliance était dans la famille d'Ouzza, c'était parce que, de base, il y avait déjà eu un problème comme ça et qu'on s'était arrêté là. Donc tout ça est parfaitement su, tout ça est parfaitement connu.

Et c'est aussi pour ça que David devient en colère, parce qu'il s'aperçoit qu'en fait il n'a pas la main sur l'Arche de l'Alliance et que ça lui pose un problème. Ça lui échappe, ça lui rappelle qu'il n'est pas le maître absolu. Ça lui rappelle que sa royauté, elle vient de quelque chose, de quelqu'un, de Dieu, qui le dépasse ; et que cette Arche de l'Alliance qui contient la loi de Moïse — et derrière la loi de Moïse, c'est toutes les lois morales sur le rachat des esclaves, sur la manière de traiter le divorce, les bornes de champs du voisin, etc. — c'est tout ça que maintenant il va falloir respecter, et un peu mieux que ce qu'il a fait jusqu'à présent.

Donc David, pas folle la guêpe, dit : « Oh, on se calme ! » C'est un peu vache : il envoie l'Arche de l'Alliance vers un étranger, comme ça, si jamais il y a de l'humeur, ce n'est pas très grave. Bon, sauf qu'il s'aperçoit que l'étranger, manifestement, s'y prend mieux que lui et qu'il devient béni. Donc David se dit : ça vaut le coup de retenter sa chance. Cette fois-ci, il potasse son livre du Lévitique, l'Arche de l'Alliance est transportée à dos d'homme, et ça se passe très bien.

Et pour tous ceux qui trouveraient la sanction encore disproportionnée malgré tout ce que je viens de dire : il y a un abus. Un abus liturgique. Mais derrière cet abus liturgique, il y a un abus de pouvoir. Eh bien, quand on n'arrête pas de parler d'abus de pouvoir — et notre époque y est particulièrement sensible —, c'est là que ça commence. Et si jamais vous ne réagissez pas dès le début, eh bien, voilà quoi. Voilà pour le passage compliqué de ce chapitre.

Je reviens un court instant sur Michal, qui se moque de David. Je vous avais dit que Michal avait droit aux circonstances atténuantes, je maintiens. N'empêche que la tristesse légitime qu'elle peut éprouver en tant que femme délaissée — et ça, vraiment, il faut le dire, voilà, pauvre Michal —, mais ça, c'est une chose ; et l'amertume et le ressentiment dans lesquels elle s'est enfoncée, c'en est une autre. Je comprends que c'est dur, probablement que je ferais la même chose. Mais en même temps, vous sentez bien que… enfin, voilà, il y a quelque chose qui ne va pas là-dedans. Et d'ailleurs, vous regarderez à nouveau la réponse de David. Une réponse dure, mais elle est juste, sa réponse.

Allez, nous terminons par une prière pour demander à Dieu pardon pour toutes les fois où nous avons agi envers lui trop à la légère, où on l'a considéré un peu trop comme notre pote. Mais Dieu, ce n'est pas notre pote, c'est notre ami. Et ce n'est pas tout à fait la même chose.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te demandons que, dans notre relation avec toi, nous t'aimions pour ce que tu es, et non pas que nous t'aimions pour ce que nous croyons que tu es.

Nous te demandons pardon pour toutes les fois où nous parlons trop vite à ta place.

Nous te demandons, Seigneur, que tu sois proche de nous à la manière d'un ami, mais à la manière d'un ami qui nous émerveille parce qu'il nous dépasse.

Nous te demandons, Seigneur, que tu sois un mystère vivant devant lequel, comme Moïse, nous nous approchons à tâtons.

Nous te demandons pardon, Seigneur, pour toutes les fois où nous n'avons pas cultivé ta sainteté ; parce qu'en ne cultivant pas ta sainteté, c'est ton amour dont nous n'avons pas cultivé la pureté.

Seigneur, sois pour nous comme une flamme qui dévore. Une flamme d'amour, mais qui dévore le mal tellement elle est puissante.


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