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Jour 121 ☾ — David face à Nathan : l’heure du jugement

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 12 du deuxième livre de Samuel : le prophète Nathan confond David par la parabole de la brebis du pauvre, annonce que l'épée ne s'écartera plus de sa maison, et l'enfant né de Bethsabée meurt. Le commentaire montre comment la parabole ramène David à son innocence de berger et provoque le premier aveu de péché sans détour de toute la Bible : « J'ai péché contre le Seigneur. » Mais si la culpabilité est enlevée, les conséquences demeurent : David devra rembourser au quadruple, et le désastre est à venir dans sa propre maison. L'épisode se termine par une prière de pénitence.

Introduction

Nous continuons notre sombre histoire. Que va-t-il se passer maintenant ? Dieu avait promis sa fidélité à jamais à David, et voilà que David vient de faire n'importe quoi. Aussitôt scellée, l'Alliance est mise à rude épreuve. Vous n'êtes pas prêts pour ce qui va arriver. 2 Samuel, chapitre 12.

Lecture : 2 Samuel 12

Le Seigneur envoya vers David le prophète Nathan, qui alla le trouver et lui dit : « Dans une même ville, il y avait deux hommes. L'un était riche, l'autre était pauvre. Le riche avait des moutons et des bœufs en très grand nombre. Le pauvre, lui, n'avait rien qu'une brebis, une toute petite, qu'il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait chez lui, au milieu de ses fils. Elle mangeait de son pain, buvait de sa coupe, elle dormait dans ses bras. Elle était comme sa fille. Un voyageur arriva chez l'homme riche. Pour préparer le repas de son hôte, celui-ci épargna ses moutons et ses bœufs. Il alla prendre la brebis du pauvre et la prépara pour l'homme qui était arrivé chez lui. »

Alors David s'enflamma d'une grande colère contre cet homme et dit à Nathan : « Par le Seigneur vivant, l'homme qui a fait cela mérite la mort ! Et il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis une telle action et n'avoir pas épargné le pauvre. »

Alors Nathan dit à David : « Cet homme, c'est toi ! Ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Je t'ai consacré comme roi d'Israël, je t'ai délivré de la main de Saül. Puis je t'ai donné la maison de ton maître, j'ai mis dans tes bras les femmes de ton maître. Je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si ce n'est pas encore assez, j'ajouterai encore autant. Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l'épée Ourias le Hittite, sa femme tu l'as prise pour femme. Lui, tu l'as fait périr par l'épée des fils d'Ammone. Désormais, l'épée ne s'écartera plus jamais de ta maison, parce que tu m'as méprisé et que tu as pris la femme d'Ourias le Hittite pour qu'elle devienne ta femme.

Ainsi parle le Seigneur : De ta propre maison, je ferai surgir contre toi le malheur. Je t'enlèverai tes femmes sous tes yeux et je les donnerai à l'un de tes proches, qui les prendra sous les yeux du soleil. Toi, tu as agi en cachette, mais moi, j'agirai à la face de tout Israël et à la face du soleil. »

David dit à Nathan : « J'ai péché contre le Seigneur. » Nathan lui répondit : « Le Seigneur a passé sur ton péché, tu ne mourras pas. Cependant, parce que tu as bafoué le Seigneur, le fils que tu viens d'avoir mourra. » Et Nathan rentra chez lui.

Le Seigneur frappa l'enfant que la femme d'Ourias avait donné à David, et il tomba gravement malade. David implora Dieu pour le petit enfant. Il jeûna strictement, et quand il rentrait chez lui, il passait la nuit couché par terre. Les anciens de sa maison insistaient auprès de lui pour qu'il se relève, mais il refusa et ne prit avec eux aucune nourriture.

Le septième jour, l'enfant mourut. Les serviteurs de David n'osaient pas lui annoncer que l'enfant était mort. Ils se disaient en effet : « Lorsque l'enfant était vivant, nous lui avons parlé, il ne nous a pas écoutés. Maintenant, comment lui dire que l'enfant est mort ? Il va faire un malheur. » Voyant ses serviteurs chuchoter entre eux, David comprit que l'enfant était mort. Il demanda aux serviteurs : « L'enfant est-il mort ? » Et ils répondirent : « Il est mort. »

Alors David se releva de terre, se baigna, se parfuma et changea de vêtements. Il entra dans la maison du Seigneur et se prosterna, puis il rentra chez lui. Il demanda qu'on lui serve de la nourriture et il mangea. Ses serviteurs lui dirent : « Mais que fais-tu ? Pour l'enfant, quand il était en vie, tu as jeûné et pleuré. Et maintenant qu'il est mort, tu te relèves et tu prends de la nourriture ? » Il répondit : « Tant que l'enfant était encore en vie, j'ai jeûné et j'ai prié, en me disant : Qui sait, le Seigneur peut-être aura pitié de moi et l'enfant vivra. Mais maintenant qu'il est mort, à quoi bon jeûner ? Pourrais-je encore le faire revenir ? C'est moi qui m'en irai le rejoindre, mais lui ne reviendra pas vers moi. »

David consola Bethsabée, sa femme. Il la retrouva et coucha avec elle. Elle lui donna un fils qu'il nomma Salomon. Le Seigneur l'aima et le fit savoir par le prophète Nathan, qui lui donna, à cause du Seigneur, le nom de Yedidya, aimé du Seigneur.

Joab attaqua la ville de Rabba, celle des fils d'Ammone. Comme il allait s'emparer de la ville royale, il envoya des messagers à David pour lui dire : « J'ai attaqué Rabba et j'ai même pris la ville basse. Rassemble maintenant le reste de tes troupes et viens dresser ton camp devant la ville pour t'en emparer. Sinon, c'est moi qui le ferai, et elle porterait mon nom. »

Ayant donc rassemblé toutes les troupes, David marcha sur Rabba, lui donna l'assaut et s'en empara. David enleva la couronne qui était sur la tête de leur roi ; elle pesait un talent d'or et était ornée d'une pierre précieuse. On la mit sur la tête de David. Puis celui-ci emporta de la ville une très grande quantité de butin. Quant à sa population, il l'emmena, lui imposa le travail de la scie, des pics de fer et des haches, et l'affecta au four à briques. Il traita ainsi toutes les villes des fils d'Ammone. Puis David et toutes ses troupes revinrent à Jérusalem.

Commentaire

Pas vu, pas pris : David pense que l'affaire a été oubliée et qu'il a tout bien camouflé, même à son avantage. Grand seigneur, il a pris chez lui la veuve. Et ainsi, satisfait de sa propre moralité, il écoute d'une oreille attentive et innocente la parabole de Nathan. Une parabole qui prend soin de déguiser le lien entre Bethsabée et cet homme riche qui avait une brebis, et pourtant qui rapproche, à travers le vocabulaire, les deux histoires.

Et c'est là où l'on retrouve, de manière bizarre, le David d'avant. Il faut dire que Nathan l'a pris au vif en parlant d'un berger. Et David était un berger. Ce qui oblige David à revenir en arrière, alors qu'il n'était pas encore roi, qu'il risquait encore sa vie pour protéger les brebis de l'ours et du lion. Plein de candeur, ce n'est plus le roi qui répond, c'est le berger adolescent qui vous répond, fou de rage, et qui dit : « Il paiera le quadruple. »

Exode 22, verset 1 : quand un voleur sera pris sur le fait, il faudra qu'il rembourse au quadruple. Ce qui viendra plus tard — petite parenthèse — dans l'épisode de Zachée avec Jésus. Zachée dira à Jésus que s'il a fait du tort à quelqu'un, il lui rendra le quadruple. Nous, on prend ça comme de l'extrême générosité, et c'est vrai que c'en est. Mais derrière, c'est plutôt obéir à la loi : c'est reconnaître implicitement, de la part de Zachée, qu'il était un voleur. Bon, je ferme la parenthèse, mais retenez ce chiffre du quadruple. On le retrouvera plus tard, et pour David, d'une manière cruelle.

Je reviens à mon récit. Nathan explose et accuse David. Et David, qui a fait un retour en arrière dans ses jours innocents où il était berger — surprise ! — redevient l'homme de cœur que nous aimions. Il confesse. Il dit les choses. Il ne cherche aucune excuse. Il avoue son forfait. C'est une seule phrase :

J'ai péché contre le Seigneur.

Mais il faut l'imaginer en train de baisser les yeux. Et il dit juste une phrase, parce qu'il s'est pris la main dans le sac : vous en dites le moins possible, parce que ça peut se retourner contre vous. Mais vous admettez : je plaide coupable. Je plaide coupable ? Quelqu'un qui a commis un adultère mérite la lapidation ! David plaide coupable.

Eh bien, c'est la première fois dans la Bible où on a un homme qui confesse ainsi son péché. Abraham, je ne vois pas. Moïse, je ne vois pas. Josué, on ne nous dit pas qu'il avait commis de péché. Mais c'est la première fois qu'un homme dans la Bible, sur une matière grave, dont il sait qu'elle est passible de la peine de mort, avoue ainsi, sans détour, son péché. Et c'est à contraster avec Saül, qui s'était fait choper, si je puis dire, en flagrant délit, et à qui Samuel disait : « Mais c'est quoi, là, ce que j'entends ? » Et Saül qui répondait : « Oh mais non, ce n'est pas un péché, c'est moi qui voulais offrir un sacrifice, en fait. » Eh bien, la confession absolue du péché, c'est une nouveauté radicale dans l'histoire. Et de la part de l'homme, et de la part de Dieu, qui évidemment ne peut pas faire autrement que pardonner. Et c'est là-dessus que sera construit l'Évangile.

En attendant, en attendant, en attendant… La culpabilité est enlevée, David est réconcilié avec Dieu. Oui, mais il y a les conséquences du péché. Par exemple, si jamais vous allez casser la figure de quelqu'un, vous pouvez vous réconcilier avec lui et lui demander pardon, il vous donnera peut-être son pardon. Mais en attendant, si jamais vous lui avez pété la jambe, il faut réparer la jambe. C'est une chose de demander pardon, c'est autre chose d'assumer les conséquences du péché. Et là, David, il a fait un adultère, il a tué quelqu'un, il a mis son armée en péril. On est sur une autre dimension.

Souvenez-vous d'Abel, Dieu qui disait à Caïn : « Mais qu'est-ce que tu as fait ? Tu as tué ton frère. La terre a bu son sang, et maintenant elle est maudite et réclame vengeance. » Là, Dieu dit à David : « Mais qu'est-ce que tu as fait ? Maintenant, l'épée ne s'éloignera jamais de ta maison. » C'est la phrase que David avait dite à Joab, de manière nonchalante : « Il faut bien que l'épée dévore du monde à la guerre. » Cette même phrase-là, Dieu la reprend contre David pour lui en faire une malédiction. Il lui dit : « Mais en entretenant le meurtre, tu crois qu'il va se passer quoi, maintenant, chez toi ? Tu viens de dire à tout le monde chez toi qu'on avait le droit d'être cruel. »

Et je vais essayer de ne pas spoiler, mais je vous avais dit qu'il fallait rembourser au quadruple : vous compterez le nombre de vies que David va devoir rembourser. Et ça va commencer tout de suite, avec une première vie, un premier fils qui va mourir. Et qu'on ne dise pas que c'est la faute de Dieu qui fait mourir l'enfant : David a amené sur lui-même la malédiction sur sa propre maison.

Et Joab, dont j'ai dit qu'il était plutôt un chef mafieux qu'un général d'armée : est-ce que vous croyez que c'est une bonne chose de contracter une dette de sang auprès de ce personnage-là ? Et vous voyez la manière, cette espèce de passe-passe, qui se passe à la fin de ce chapitre : Joab qui dit au roi : « Maintenant, débrouille-toi pour venir terminer la guerre, qu'on dise que c'est toi le chef. » Mais en attendant, Joab lui fait bien dire que c'est lui qui a gagné cette ville.

Enfin, tout ça pour vous dire : ne passez pas trop vite sur ce péché. Ce n'est pas parce que Dieu pardonne comme ça qu'en attendant il n'y a pas un désastre à venir. La seule chose, c'est que maintenant, Dieu sera du côté de David dans son désastre. C'est ça, la nouveauté par rapport à sa vie.

Bon, alors après, je n'ai pas le temps de commenter, mais ce deuil magnifique que David prend pour son fils avant qu'il meure, et ensuite qu'il glorifie Dieu, et qui vous montre, en prenant à rebrousse-poil toutes les conventions sociales de l'époque, la grandeur d'âme de David, sur un ton un peu tragique de résignation : « C'est moi qui vais vers lui, et lui ne reviendra pas vers moi. » Il y a quelque chose de l'ordre de la gratuité dans le jeûne, et quelque chose de la gratuité dans la louange de David. C'est quelqu'un qui croit en Dieu. Quelqu'un qui croit en Dieu, même s'il fait n'importe quoi. Ça, on ne peut pas lui enlever.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, souviens-toi de cette fois où j'ai fait n'importe quoi. Non seulement j'ai commis le mal, mais en plus je me suis vautré et je me suis complu dans le péché. Et maintenant, je suis devant toi et je n'ai rien à t'offrir, sinon l'aveu de ma faute.

Seigneur, j'ai péché contre toi, aie pitié de moi. Selon ta grande miséricorde, Seigneur, pardonne-moi. Je n'ai pas d'excuses. Et si jamais tu veux me pardonner, je suis dans ta main. Si jamais tu veux me tenir rigueur, je plaide coupable. La seule chose que je demande, Seigneur, c'est de pouvoir rester avec toi.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.


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