Jour 122 ☼ — Absalom venge Tamar… et le chaos commence
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 13 du deuxième livre de Samuel, le frère Paul-Adrien lit le récit le plus sombre du cycle de David : le viol de Tamar par son demi-frère Amnon, la haine qui suit le désir, le déshonneur exposé publiquement par la jeune femme, puis la vengeance d'Absalom qui fait assassiner Amnon avant de s'enfuir trois ans à Guéchour. Le commentaire souligne le parallèle avec le viol de Dina, la lucidité d'une Bible qui « met les mains dans le cambouis », et surtout le silence de David, rendu incapable de toute autorité morale par l'affaire de Bethsabée. Le désastre annoncé au chapitre précédent ne fait que commencer — et c'est David lui-même qui l'a invité chez lui.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
On pourra dire ce qu'on veut de la Bible, mais quand même, ces livres de Samuel, c'est juste hallucinant. Comment est-ce qu'on passe d'un film sur le grand banditisme, à un film domestique, à une série qui parle de jalousie, pour finalement arriver sur une série qui vire dans le glauque avant… Enfin bon bref, je vous laisse découvrir 2 Samuel chapitre 13.
Lecture : 2 Samuel 13
Voici ce qui arriva ensuite. Absalom, fils de David, avait une sœur d'une très grande beauté nommée Tamar, et Amnon, fils de David, en devint amoureux. Il était tourmenté, au point de se rendre malade à cause de sa sœur Tamar. Celle-ci était vierge, et pour Amnon, lui faire quoi que ce soit semblait impossible.
Mais Amnon avait un ami nommé Yonadab, fils de Chiméa, un frère de David. Et Yonadab était un homme très astucieux. Il dit à Amnon : « Pourquoi donc, fils de roi, es-tu si déprimé matin après matin ? Ne veux-tu pas me l'expliquer ? » Et Amnon lui répondit : « C'est Tamar, la sœur de mon frère Absalom. J'en suis amoureux. » Yonadab lui dit : « Couche-toi sur ton lit et fais le malade. Quand ton père viendra te voir, tu lui diras : "Permets que ma sœur Tamar vienne me faire prendre quelque nourriture, qu'elle prépare cette nourriture sous mes yeux pour que je la voie, et je la mangerai de sa main." »
Amnon se coucha et fit le malade. Le roi vint le voir, et Amnon lui dit : « Permets que ma sœur Tamar vienne faire sous mes yeux deux galettes, et je prendrai cette nourriture de sa main. » David envoya dire à Tamar chez elle : « Va donc chez ton frère Amnon et prépare-lui sa nourriture. »
Tamar se rendit chez son frère Amnon, qu'elle trouva couché. Elle prit la pâte et la pétrit, fit les galettes sous ses yeux et les mit à cuire. Quand elle prit la poêle et en fit glisser les galettes devant lui, il refusa de manger. Amnon dit alors : « Faites sortir tout le monde de chez moi ! » Et tout le monde sortit de chez lui. Amnon dit à Tamar : « Apporte la nourriture dans la chambre, que je la prenne de ta main. »
Les galettes qu'elle avait préparées, elle les apporta à son frère Amnon dans la chambre. Comme elle s'approchait de lui pour qu'il mange, il la saisit en disant : « Viens, ma sœur, couche avec moi ! » Elle lui dit : « Non, mon frère, ne me fais pas violence, on n'agit pas ainsi en Israël. Ne commets pas cette infamie ! Et moi, où irai-je porter mon déshonneur ? Et toi, tu serais considéré comme un infâme en Israël. Va plutôt parler au roi, il n'empêchera pas que je t'appartienne. » Mais lui ne voulut pas l'écouter. Il la maîtrisa, lui fit violence et coucha avec elle.
Après quoi, Amnon se mit à la haïr d'une très grande haine. Oui, la haine qu'il lui porta fut plus grande encore que l'amour dont il l'avait aimée. Amnon lui dit alors : « Lève-toi, va-t'en. » Elle lui dit : « Non, car me renvoyer serait un autre mal, plus grand que celui que tu viens de me faire. » Mais il ne voulut pas l'écouter. Il appela le garçon qui le servait et lui dit : « Qu'on la jette hors de chez moi, celle-là, et verrouille la porte derrière elle. »
Elle avait une tunique de grand prix. C'était le vêtement que portaient les filles du roi quand elles étaient vierges. Le serviteur la mit dehors et verrouilla la porte derrière elle. Alors Tamar répandit de la cendre sur sa tête et déchira la tunique à longue manche qu'elle portait. Elle mit la main sur sa tête et s'en alla en criant.
Son frère Absalom lui dit : « Ton frère Amnon a donc été avec toi ? Maintenant, ma sœur, calme-toi. C'est ton frère. Ne prends pas trop à cœur cette affaire. » Et Tamar, abandonnée, habita dans la maison de son frère Absalom.
Le roi David apprit tous ces événements et il en fut très irrité. Quant à Absalom, il n'adressait plus la parole à son frère Amnon, ni en mal, ni en bien. Car il s'était mis à le haïr en raison de la violence qu'Amnon avait faite à sa sœur Tamar.
Deux ans plus tard, lorsque les tondeurs de moutons étaient à Baal-Hasor près d'Éphraïm chez Absalom, celui-ci invita tous les fils du roi. Absalom alla trouver le roi et lui dit : « Les tondeurs sont arrivés chez ton serviteur. Que le roi daigne donc venir chez moi avec tous ses serviteurs. » Le roi répondit à Absalom : « Non, mon fils, nous n'irons pas tous. Nous ne voulons pas être à ta charge. » Comme l'autre insistait, le roi refusa de venir tout en lui donnant sa bénédiction. Absalom reprit : « Soit, mais permets au moins que mon frère Amnon vienne avec nous. » Le roi lui dit : « Et pourquoi irait-il avec toi ? » Mais devant l'insistance d'Absalom, il laissa partir avec lui Amnon et tous ses autres fils.
Absalom donna cet ordre à ses serviteurs : « Faites bien attention. Dès qu'Amnon aura le cœur en joie sous l'effet du vin et que je vous dirai : "Frappez Amnon", vous le ferez mourir. N'ayez pas peur. N'est-ce pas moi qui vous donne cet ordre ? Soyez forts. Soyez vaillants. » Les serviteurs traitèrent Amnon comme Absalom l'avait ordonné. Alors tous les fils du roi se levèrent et, montant chacun sur sa mule, ils s'enfuirent.
Ils étaient encore en chemin quand la rumeur parvint à David qu'Absalom avait abattu tous les fils du roi et qu'il n'en restait pas un seul. Le roi se leva, déchira ses vêtements et se coucha par terre. Tous ses serviteurs se tenaient debout, les vêtements déchirés. Mais Yonadab, fils de Chiméa, un frère de David, intervint en disant : « Que mon seigneur ne se dise pas qu'on a fait mourir tous les jeunes gens, les fils du roi, car seul Amnon est mort. La bouche d'Absalom l'avait décrété depuis le jour où Amnon avait fait violence à sa sœur Tamar. Maintenant, que mon seigneur le roi ne s'imagine donc pas que tous les fils du roi sont morts. Non, seul Amnon est mort. »
Et Absalom prit la fuite. Un jeune homme, le guetteur, leva les yeux et vit derrière lui une troupe nombreuse qui débouchait au flanc de la montagne. Alors Yonadab dit au roi : « Voici les fils du roi qui arrivent. Tout s'est donc passé comme ton serviteur l'avait dit. » À peine eut-il achevé ses paroles que les fils du roi étaient arrivés, criant et pleurant. Alors le roi et tous ses serviteurs se mirent aussi à pleurer et fondirent en larmes.
Absalom avait pris la fuite. Il était allé chez Talmaï, fils d'Ammihoud, roi de Guéchour. Et pendant tout ce temps, David fut en deuil de son fils. Absalom avait donc pris la fuite et il était allé à Guéchour où il resta trois ans. L'esprit du roi cessa de s'emporter contre Absalom, car il s'était consolé de la mort d'Amnon.
Commentaire
Je ne comprends pas qu'il y ait encore des parents qui appellent leur fille Tamar, parce que manifestement dans la Bible, s'appeler Tamar, ce n'est pas une bonne chose. Souvenez-vous de Jacob. Sauf qu'ici, le texte dresse plutôt un parallèle avec Dina qui s'était fait violer, elle aussi, vous vous souvenez, une des filles de Jacob. C'est exactement les mêmes mots qui sont repris :
Il la maîtrisa, lui fit violence et coucha avec elle.
Sauf que celui qui avait violé Dina était tombé amoureux de Dina. Alors que là, autant il avait aimé Tamar, autant Amnon se met à la haïr. Parce que maintenant, à travers elle, c'est sa propre faute qu'il voit, et c'est elle qu'il rend responsable. C'est elle. Elle n'avait qu'à ne pas être aussi belle — comme si elle y était pour quelque chose.
Et elle, vous notez bien comment est-ce qu'elle a essayé de se débattre. Elle dit : on va voir mon père, on va parler de ça pour qu'il puisse nous marier. Ce n'est pas du tout qu'elle voulait se marier, probablement, avec Amnon. C'était une manière de sortir de la pièce pour se protéger. Et puis ensuite, elle lui dit : mais maintenant, marie-toi au moins avec moi. Maintenant qu'elle a perdu sa virginité, qu'est-ce qui va se passer pour elle ? Sa vie, elle est détruite. Si jamais déjà elle échappe à la mort, elle sera bien heureuse.
Finalement, Tamar sort de la pièce et, dans sa douleur, plutôt que de taire l'incident comme manifestement tout le monde lui suggère de faire, elle déchire sa robe qui était le symbole de sa virginité et expose ainsi le scandale à tout le monde. Et là, silence gêné, il n'y a personne qui répond. On pourra dire ce qu'on veut de la Bible, mais on ne pourra pas dire qu'elle est naïve. Personne, sauf son frère Absalom, qui d'ailleurs lui dit une phrase — au glauque, on rajoute du glauque :
Quoi ? Ton frère a donc été avec toi ? Maintenant, ma sœur, allez, calme-toi, c'est ton frère. Ne prends pas trop cette chose à cœur.
Et David, qui ne dit rien. Et là, vous voyez, moi je me dis que des situations glauques comme ça, dans la vie, ça existe. Eh bien la Bible, elle met les mains dans le cambouis et elle en parle. Eh bien on se dit que si jamais on se mettait vraiment à l'écoute de la parole de Dieu, nous aussi on mettrait les mains dans le cambouis, et que le pire serait de ne pas en parler. De ne pas en parler, à l'image de David qui est totalement absent de ce récit.
C'est comme si ce qui venait de se passer avec Bethsabée, ça l'avait cassé. Regardez : son fils tombe amoureux de sa sœur. Euh, ok, très bien. David, il va lui dire quoi ? « Ce que tu fais, c'est pas terrible » ? Eh bien la réponse, elle est toute trouvée : « Au moins, moi, j'ai pas tué son mari. » Enfin, David n'est plus en position de faire la morale à qui que ce soit. L'histoire qu'il y a eu avec Bethsabée, vous pensez bien que tout le monde est au courant. Vous pensez bien que les serviteurs qui ont amené Bethsabée dans le palais royal… enfin, un serviteur, ça parle. Donc les fils de David, ils savent très bien ce que leur père a fait. David a beau avoir demandé pardon à Dieu et obtenu le pardon, ce n'est plus un modèle d'exemplarité morale pour ses fils. Évidemment.
Et vous avez noté la dernière phrase de ce chapitre :
Et pendant tout ce temps, David fut en deuil de son fils.
Lequel ? En fait, David est comme bloqué dans le désastre qui a eu lieu au chapitre précédent. Et c'est comme si, à travers ses fils, il revivait encore et toujours le péché que lui-même a commis.
Quand je vous avais dit qu'un désastre allait s'abattre, on n'en est qu'au début — et c'est David qui l'a invité chez lui. C'est pour ça qu'il ne faut jamais sous-estimer les conséquences du péché.
Ah ! On termine par un psaume. J'espère que ce sera un peu plus joyeux.
Psaume 80
Criez de joie pour notre force, acclamez le Dieu de Jacob. Jouez musique, frappez le tambourin, la harpe et la cithare mélodieuse, sonnez du cor pour le mois nouveau, quand revient le jour de notre fête.
C'est là pour Israël une règle, une ordonnance du Dieu de Jacob. Il en fit pour Joseph une loi quand il marcha contre la terre d'Égypte.
J'entends des mots qui m'étaient inconnus : « J'ai ôté le poids qui chargeait ses épaules, ses mains ont déposé le fardeau. Quand tu étais sous l'oppression, je t'ai sauvé ; je répondais, caché dans l'orage, je t'éprouvais près des eaux de Mériba.
Écoute, je t'adjure, mon peuple ; vas-tu m'écouter, Israël ? Tu n'auras pas chez toi d'autres dieux, tu ne serviras aucun dieu étranger. C'est moi, le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait monter de la terre d'Égypte. Ouvre ta bouche, moi je l'emplirai.
Mais mon peuple n'a pas écouté ma voix, Israël n'a pas voulu de moi. Je l'ai livré à son cœur endurci : qu'il aille et suive ses vues !
Ah, si mon peuple m'écoutait, Israël, s'il allait sur mes chemins ! Aussitôt j'humilierais ses ennemis, contre ses oppresseurs je tournerais ma main. Mes adversaires s'abaisseraient devant lui ; tel serait leur sort à jamais. Je le nourrirais de la fleur du froment, je le rassasierais avec le miel du rocher. »
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