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Jour 122 ☾ — Absalom revient… mais prépare sa revanche

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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit la saga « politique et mafia » de la maison de David avec le chapitre 14 du deuxième livre de Samuel. Joab envoie au roi une femme avisée de Teqoa qui, par une parabole, obtient le retour d'Absalom exilé à Guéshour. Le commentaire décrypte les calculs de Joab, qui place ses pions auprès du nouvel héritier, et montre un David diminué, manipulé, indécis entre son devoir de père et son devoir de roi. Il souligne aussi les signes inquiétants qui s'accumulent autour d'Absalom : le nom donné à sa fille Tamar, l'incendie du champ de Joab, l'orgueil de sa chevelure pesée. L'épisode se termine par une prière pour la grâce d'une véritable réconciliation du cœur.

Introduction

Nous continuons notre saga entre politique et mafia. Cette fois-ci, dans Netflix, on est du côté de House of Cards. Deuxième livre de Samuel, chapitre 14 : que va-t-il maintenant se passer avec Absalom ?

Lecture : 2 Samuel 14

Joab, fils de Cerouya, sachant que le cœur du roi se préoccupait d'Absalom, envoya chercher à Teqoa une femme avisée et lui dit : « Mets-toi en deuil, je te prie. Revêts des habits de deuil, ne te parfume pas, comporte-toi comme une femme depuis longtemps en deuil d'un mort. Puis va trouver le roi et parle-lui comme je vais te le dire. » Et Joab lui indiqua les paroles qu'elle devait dire.

La femme de Teqoa s'adressa donc au roi. Se jetant face contre terre, elle se prosterna et dit : « Que le roi vienne à mon secours ! » Le roi lui demanda : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Hélas ! Je suis veuve, mon mari est mort. Ta servante avait deux fils. Ils se sont querellés tous deux dans les champs, il n'y avait personne pour s'interposer. L'un a frappé l'autre d'un coup mortel. Et voici que tout le clan s'est dressé contre ta servante en disant : “Livre-nous celui qui a frappé son frère, nous le mettrons à mort pour la vie de son frère qu'il a assassiné, et nous ferons par le fait même disparaître l'héritier.” Ils vont éteindre la seule braise qui reste à mon foyer, de sorte que mon mari n'ait plus de nom ni de postérité sur la terre. »

Le roi dit à la femme : « Rentre chez toi, je vais donner des ordres à ton sujet. » La femme de Teqoa dit au roi : « Monseigneur le roi, si l'on épargne le meurtrier, cette faute sera sur moi et sur la maison de mon père, mais le roi et son trône en seront exempts. » Le roi lui dit : « Celui qui te parle de supprimer le meurtrier, tu me l'amèneras, il cessera de s'en prendre à toi. » Elle reprit : « Je vais faire que le vengeur du sang n'augmente pas les ravages et que l'on ne fasse pas disparaître mon fils. » Il répondit : « Par le Seigneur vivant, pas un seul cheveu de ton fils ne tombera à terre. »

La femme reprit : « Que ta servante puisse encore dire un mot à Monseigneur le roi. » Il lui dit : « Parle. » Alors la femme poursuivit : « Pourquoi donc nourris-tu un tel projet à l'encontre du peuple de Dieu ? En prononçant cette parole, le roi se déclare lui-même coupable, en ne laissant pas revenir celui qu'il a banni. À coup sûr, nous mourrons, mais nous sommes comme l'eau qui s'écoule sur la terre sans être recueillie. Mais Dieu n'enlève pas la vie et il forme des projets pour que le banni ne soit plus banni loin de sa présence. Maintenant, je suis venue dire cette parole à Monseigneur le roi, car les gens m'ont fait peur. Alors je me suis dit : “Je vais parler au roi. Peut-être fera-t-il ce que lui a dit sa servante.” Puisque le roi accepte d'arracher sa servante à la poigne de l'homme qui veut nous faire disparaître de l'héritage de Dieu, mon fils et moi, alors je me suis dit : que la parole de Monseigneur le roi apporte donc l'apaisement. En effet, Monseigneur le roi est comme l'ange de Dieu qui distingue le bien et le mal. Que le Seigneur ton Dieu soit avec toi. »

Le roi reprit la parole et dit à la femme : « Ne me cache rien, je t'en prie, quand tu répondras à la question que je vais te poser. » La femme répondit : « Que Monseigneur le roi daigne parler. » Le roi demanda : « Ne serait-ce pas la main de Joab qui t'a guidée dans toute cette affaire ? » La femme reprit la parole et dit : « Par ta vie, Monseigneur le roi, que nul ne s'écarte à droite ou à gauche de tout ce qu'a dit Monseigneur le roi. Oui, c'est bien ton serviteur Joab qui m'a donné l'ordre et qui a mis toutes ces paroles dans la bouche de ta servante. Il a fait cela afin de retourner la situation. Mais Monseigneur le roi est d'une sagesse pareille à celle de l'ange de Dieu. Il sait tout ce qui se passe dans le pays. »

David alors dit à Joab : « Soit, je fais comme il a été dit. Va et ramène le jeune Absalom. » Joab, se jetant face contre terre, se prosterna et bénit le roi. Puis il dit : « Monseigneur, Monseigneur le roi, aujourd'hui ton serviteur a trouvé grâce à tes yeux, puisque le roi a accompli la parole de ton serviteur. » Joab se releva, partit pour Guéshour et ramena Absalom à Jérusalem. Le roi déclara : « Qu'il retourne chez lui, mais qu'il ne paraisse pas en ma présence. » Absalom retourna donc chez lui, mais il ne parut pas en présence du roi.

Il n'y avait pas dans tout Israël un homme aussi beau qu'Absalom, ni plus admiré que lui. De la plante des pieds au sommet de la tête, on ne trouvait en lui aucun défaut. Quand il se faisait raser la tête — à la fin de chaque année, sa chevelure devenant trop lourde, il devait la faire raser — il pesait sa chevelure et son poids atteignait deux cents sicles, selon la mesure royale. Il naquit à Absalom trois fils et une fille nommée Tamar, une femme très belle.

Absalom resta deux ans à Jérusalem sans paraître en présence du roi. Il envoya chercher Joab pour le faire intervenir auprès du roi, mais Joab refusa de venir chez lui. Absalom l'envoya chercher une seconde fois, mais Joab refusa encore de venir. Alors Absalom dit à ses serviteurs : « Vous voyez le champ de Joab à côté du mien, là où il a mis son orge ? Allez-y, incendiez-le ! » Les serviteurs d'Absalom incendièrent donc le champ.

Alors Joab se décida à venir chez Absalom et lui demanda : « Pourquoi tes serviteurs ont-ils incendié le champ qui m'appartient ? » Absalom répondit à Joab : « Eh bien moi, je t'avais fait dire : “Viens ici afin que je t'envoie, toi, Joab, chez le roi et que tu lui dises de ma part : Pourquoi fallait-il que je revienne de Guéshour ? Il vaudrait mieux pour moi que j'y sois encore.” Maintenant, je veux paraître en présence du roi. Et s'il y a en moi une faute, il pourra me mettre à mort. »

Alors Joab se rendit auprès du roi et lui rapporta les paroles d'Absalom. Le roi fit appeler Absalom, qui vint auprès de lui et qui se prosterna devant lui, face contre terre. Et le roi embrassa Absalom.

Commentaire

Mais pourquoi Joab fait-il revenir Absalom à la cour ? Rien n'est gratuit chez cet homme. Deux explications possibles. Ou bien parce que, fidèle à David et vieux guerrier, il connaît le prix de la stabilité politique et de la stabilité de la dynastie, et sait qu'il vaut mieux avoir l'héritier près du roi. Deuxième interprétation possible — et les deux ne sont pas contradictoires : c'est un moyen de se rapprocher d'Absalom, qui est devenu l'héritier de David.

Absalom était le troisième dans la ligne de succession. Le premier, Amnon, il l'a tué — ce qui explique aussi une partie de la rancœur tenace que David tient contre Absalom. Il y avait un deuxième fils, mais on en parle une seule fois, très brièvement ; on suppose qu'il a dû mourir assez jeune. Et donc Absalom, qui était le troisième dans la ligne de succession, est devenu le premier. Et probablement aussi que Joab est en train de placer ses pions.

Et Joab, qui maintenant a bien compris comment fonctionnait le roi, se prend pour une sorte de nouveau prophète, de nouveau Nathan. Et puisque le roi aime les paraboles, lui aussi va lui en raconter une. Et il lui envoie cette femme avec ses deux fils. David, lui, sait ce qu'il doit à Joab. Enfin, c'est Joab qui a tué Ourias, qui a sauvé la peau du roi et qui lui a fait gagner la guerre. David est en dette envers Joab, et il le sait. Et il n'a pas le choix : il doit acquiescer. Il fait donc revenir Absalom.

Absalom revient, mais manifestement le pardon ne lui est accordé que du bout des lèvres. Et vous voyez comment David vous apparaît comme diminué. Il n'y a plus dans son pardon de grande générosité. Il se fait manipuler par son général et par une femme. Et il est indécis entre son devoir de père qui doit pleurer Amnon, son devoir de père qui doit se réconcilier avec son fils, son devoir de roi qui demande la justice pour le premier fils Amnon, son devoir de roi qui doit assurer une dynastie. Ah, notre vaillant guerrier, il n'est pas au mieux de sa forme. Sauf que… quand vous êtes le chef d'une famille, d'un pays, d'une bande, vous ne pouvez pas vous laisser balloter par la droite et par la gauche. Sinon, vous n'allez pas rester longtemps au pouvoir.

Et vous sentez bien qu'Absalom, lui, il a un agenda. Vous voyez comment il a appelé sa fille : Tamar. Ce n'est pas simplement par respect et par amour pour sa sœur qui s'était fait violer, mais c'était aussi pour faire de cette histoire-là son étendard, un titre de gloire. Il affiche la couleur à tout le monde : voilà ce qui vous arrivera si vous ne me respectez pas. Vous le voyez aussi dans cette sorte de guéguerre avec Joab. Alors là, pour le coup, je ne sais pas si c'est très fin de la part d'Absalom. Parce que, d'accord, Joab a accédé à sa demande, mais ce n'est jamais très intelligent de mettre le couteau sous la gorge d'un chef d'armée.

D'ailleurs, vous sentez tous qu'il y a quelque chose qui cloche chez Absalom. L'insistance avec laquelle le narrateur nous parle de sa beauté, comme si c'était là son unique qualité. Et le poids de ses cheveux ! Enfin, deux cents sicles, me dit ChatGPT, ça correspond à… Qui, parmi vous, quand il va chez le coiffeur, ôte de sa chevelure 2,28 kg ? Et d'abord, qui, parmi vous, pèse ses cheveux ? Personne ne pèse ses cheveux. Ça en dit long sur l'orgueil et le narcissisme d'Absalom, qui vous est présenté ici comme une sorte d'anti-nazir. Le nazir, c'est celui qui s'interdit de raser sa chevelure parce qu'elle appartient à Dieu, en signe de sa consécration. Absalom, c'est celui qui met son orgueil à se couper les cheveux. Ce qui est curieux… enfin, on met son orgueil où on veut.

Vous le sentez, là ? L'orage qui est en train d'arriver, le ciel qui est en train de devenir noir. Quand est-ce qu'il va éclater ? Et au milieu de tout ça, vous avez David. David qui est manipulé par les uns, indécis en face des autres, dépassé. Oui, mais voilà : encore une fois, le péché l'a détruit. Vous savez, quand on lit l'histoire de David et de Bethsabée, nous, au lycée, on se dit : c'est juste un chapitre, et puis magnifique confession et magnifique miséricorde, et on passe à autre chose. Dieu a pardonné à David, c'est vrai. Mais il a aussi dit qu'un désastre allait s'abattre sur sa maison. La seule chose, c'est que Dieu a promis qu'il allait le vivre avec lui. Et ça n'enlèvera pas le désastre qui arrive.

Nous terminons par une prière pour demander à Dieu la grâce d'une véritable réconciliation. Vous savez, par exemple, quand l'un trompe l'autre et que vous lui pardonnez, et qu'au fond de votre cœur, après plusieurs années, vous continuez de garder une certaine forme d'amertume.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur tout-puissant, Dieu de justice et de miséricorde, tu connais nos combats, tu connais toutes nos épreuves, tu connais nos cœurs. Tu sais que c'est difficile de pardonner et qu'on ne peut pas s'empêcher de garder notre distance, même quand nous avons dit avec notre bouche les mots de la réconciliation.

Seigneur, nous te demandons, comme David avec Absalom, la grâce de pouvoir ouvrir notre cœur, de pouvoir tourner la page, de pouvoir dire « je te pardonne » sans rester méfiants et sans garder ce mur invisible entre nous et ceux qui nous ont fait du mal.

Quand nous avons satisfait la justice et que nous sommes assurés de la personne en face de nous, apprends-nous la réconciliation au plus près possible, au plus profond de notre cœur.

Toi qui as pardonné à tes bourreaux du haut du sommet de la croix, donne-nous la force de ne pas simplement tolérer ceux qui sont proches et qui nous ont fait du mal mais qui ont demandé pardon, donne-nous la grâce de les aimer à nouveau.


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